Sans nom de destinataire
sont toujours plus ou moins obscurs pour ceux qui ne sont pas du temps et de la coterie même. Ce ne sont que des à peu près qui se transmettent; ce qu'il y a de plus léger et de plus vif dans ces plaisanteries de société ne survit pas et s'évanouit.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments très obligés et les plus distingués.
À M. LORÉDAN LARGHEY^
Ce 25 novembre i868.
Cher monsieur.
Je vous remercie de votre bonne sympathie et de votre sentiment d'honnête indignation. Mon histoire avec M. M... est bien simple : il y a des années déjà, au début de mes Nouveaux Lundis au Constitutionnel, j'étais dans la boutique de Michel Lévy, il y était aussi, et, m'entendant nommer, il se jeta à ma tête. Compliments, avances, rien n'y manqua. Le lendemain, je recevais tous ses livres. Il est vrai que je n ai jamais pu trouver l'occasion d'en parler. Cet ancien élève de l'École normale n'a rien de solide, il n'a rien gardé de sa première éducation et n'a aucun des mérites de ses autres camarades sécularisés et
1. M. Lorédan Larchey avait pris la défense de Sainte-Bauve dans l'Impartial du Bas-Rhin (du 23 novembre 1868) contre M..., qui avait insulté Sainte-Beuve dans un article du Gaulois (10 novembre 1868>
émancipés ; il est inexact, léger^ parlant de ce qu'il sait peu, et, somme touie, ayant peu réussi à marquer sa place dans cetle pléiade des About, Paradol, Weiss, Sarcey, etc. Un peu de mauvaise humeur est bien pardonnable^ et je conviens avoir tout fait par mon silence pour la mériter.
Mais encore une fois, merci de prendre ainsi en main la cause de ceux qui vous paraissent attaqués injustement.
CCLXXXU.
A M. ERNEST RENAN
Ce 30 novembre 1868.
Mon cher ami,
Dussé-je venir à la traverse du Saint-Paul, je ne crois pas être importun ni hors de propos en vous priant de joindre la lettre que je mets sous ce pli aux précédentes de M. Ritter, concernant le volume de Strauss projeté. Je ne verrai pas une seule fois Lévy sans le remettre à la question. Cette introduction de Strauss en France par un côté intime et imprévu est une dépendance et une partie de votre œuvre à vous-même. — Tout à vous.
Hommages à madame Renan.
CCLXXXlll .
AM. FÉLIX AUVILLAIN.
Ce 2 décembre 1868-
Je lis avec intérêt, monsieur, vos vers, vos soupirs de plainte et de tristesse. — Nous avons passô par celte mnme pliase poétique et morale. C'est déjà commencer à guérir de son mal que de le chanter. Vos vers sont sincères et d'une harmonie qui est bien d'accord avec votre pensée. J'aime ce passage :
Quand le vent.. .
Il y a des faiblesses et des négligences, deux fois aubépine à la rime, par exemple; mais celui qui a chanté ainsi n'en restera pas là. Un exercice utile et doux serait de rechercher dans les poètes français, anglais ou italiens, des notes et des variantes d'une plainte plus ou moins pareille à la vôtre. Cette étude n'écarterait pas de la poésie et, en même temps, elle forlifierait votre veine. Au lieu d'être seul à chanter, et à pleurer, vous vous feriez un concert de tous ces chants, tantôt doux et tendres, tantôt lamentablés et sublimes.
Croyoz-en un ancien élégiaque, rien ne relève et ne console davantage.
Veuillez agréer l'assurance de mes sympathies dévouées.