‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 147 sur 185 · Sans nom de destino taire · texte numérisé non relu

Sans nom de destino taire

introduite dans l'administration, protégée et avancée jusqu'à ce jour. 11 s'agit de Ghivot, qui est entré à Tadministration grâce à vous, il y a quatorze ans déjà. Ses services, vous les connaissez mieux que personne, puisque c'est auprès de vous, au Secrétariat, qu'il a été pendant plus de trois ans. Il a eu, il y a deux ans, une mission en Egypte, et je crois qu'il a justifié la confiance qu'on avait mise en lui. 11 aspire maintenant à monter d'un degré et à la place de sous-chef.

J'en ai trop dit et je veux surtout, cher monsieur, vous remercier de tout ce que vous avez fait, en ma considération, dès le principe et vous dire que j'en suis toujours reconnaissant. Ma mauvaise santé, qui me retient dans la chambre, ne me permet plus d'espérer los chances de voui rencontrer quelquefois. Cette privation même ne fait que graver les souvenirs.

Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments de haute considération et de dévouement.

GCCII.

A M. BUISSON, AGRÉGÉ DE PHILOSOPHIE, A NEUCHATEL (SUISSfi).

Pari<!, avril -1859.

Monsieur,

Je me tiens pour très honoré de votre appel. J'ai déjà répondu à l'une de vos amies, madame Beck-Bernard (de

Lausanne), à ce même sujet*. Personnellement et à n'interroger que mes seuls sentiments individuels, je ne puis que souhaiter plein succès à votre entreprise : mais, au point de vue de la doctrine et de l'idée même, j'ai une objection insurmontable. Votre christianisme libéral^ expression dont on a déjà tant usé et abusé en France dans le parti Lamennais-Lacordaire-Montâlembert^ est matière à confusion. Vous semblez admettre comme chose convenue et incontestable que l'Évangile et la morale du Christ est l'idéal auquel se rallieraient tous les esprits dissidents. Mais, je vous en demande bien pardon, cela n'est pas. Quantité de vrais philosophes et de sages ne trouvent pas que le Sermon sur la montagne soit le code le plus parfait de morale; il renferme à leur sens trop de pieuse folie et de divin ou d'humain délire. J'en puis parler d'autant plus à nion aise que, personnellement, et par ma propre sensibilité, je pencherais volontiers du côté de cet admirable Sermon ; mais d'autres plus sévères et plus raisonneurs résistent et veulent plus de logique jusque dans la morale. Ainsi ce ne serait qu'à l'aide d'un malentendu ou d'un sous-entendu que cette partie considérable de libres penseurs, honnêtes gens, adhérerait à votre programme.

Veuillez agréer, cher monsieur, avec mon excuse pour ma raison récalcitrante, l'assurance de mon affectueux respect.

1. Voir tome II de la Correspondance, page 360 (lettre à madame •**, datée du 18 mars 1869).

sa NOUVELLE CORKESPOXDANCE

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