A M. IIARMANT, DI RE CT EUR D U V AU DE V I LL E
Co 10 avril 1860.
C'est une grande présomption à moi de venir m'adresser h vous pour une pièce de Ihéiltre qui m*a intéressé h la lecture, qui m*a paru rentrer dans le cadre de ces pièces passionnées et vraiment modernes que voire théâtre a le privilège de faire réussir. Jo sais et je me suis dit toute la différence qu'il y a entre un juirement formé dans un faulouil et celui d'un lecteur qiii se met au point de vue de la rampe. Malgré tout, Tauteur de la pièce, qui me paraît avoir fort étudié les procédés scéniques, pourrait bien avoir réussi du premier coup et sauf les conseils que la mise en (cuvre suggère nécessairement. Oserai-je appeler toute votre attention sur la lecture du manuscrit et vous prier de ivcevoir et d'entendre l'autour, qui est de mes bons amis, homme d'esprit et d'art, — de plusieurs arts, — qui a fort éoudié surtout certains côtés plastiques trop négligés peutêtre au ihoAtre et qui peuvent avoir leur nouveauté? il sera auprès de vous le meilleur inlerprète de son ouvrage.
Et maintenant il ne mo reste, monsieur, qu'à vous prier de vouloir bien agréer mes excuses avec l'assurance de ma hautiî considération.
DE C.-A. SAlME-BEUVE. 345
CGGIV.
A M. EDMOiND Ij I R É '.
Ce 19 avril 1869.
Monsieur,
Je parcours avec empressement et intérêt voire* volume. Personnellement, j'ai à vous remercier de vos remarques et des paroles dont vous les accompagnez. J'aurais bien quelque objection à faire sur ridée générale du livre. Vous avez voulu, avant lout, réfuter le tableau qu'avait tracé Victor Hugo de Tannée 4817. Je ne crois pas que Huiço ait voulu systématiquement être malveillant, et l'idée générale de ses pages me paraît autre. Moi aussi, j*ai vu l'année 1847, et je m'en souviens. Mettez, si vous voulez, J816 ou 1818, on n'en est pas à quelques mois près; mais ce qui est certain, c'est que, de quelque point de vue qu'on prenne la Restauration, le caractère de ce régime n'était point encore prononcé et tranché à cette date. Il y avait amalgame, mélange, tâtonnement ; la forme nette n'était pas encore désengaînéc. il y a dans l'âge de l'homme et de l'enfant un cerinin moment de transition qu'on appelle rage bêle. Eh bien, l'an 4817 répondait assez fidèlement, pour ce régime, qui eut son éclat et tout son développement heureux vers 1828, à ce premier âge intermédiaire» et
1. Àuleur duu livre qui parut en ISQ). Victor Hugo et la Restauration, et que Sainte-Beuve a déjà réfuté dans le t )nie XI des Nouveaux Lundis, k la suite d'un article sur le poète Charles Lovson.
gauche. Je me figure que c'est cette idée qui a inspiré les pages de Hugo. Quant aux détails inexacts, vous avez bien fait de les relever ; toute erreur appelle sa rectification.
Je réimprime en ce moment mes Portraits contemporaitis. Deux, premiers volumv s de cette réimpression paraîtront h la fois. Dans le premier, où j'ai placé tout ce que j'avais écrit sur Victor Hugo, vous verrez une note sur le mot iVenfant ""sublime. Je suis persuadé et convaincu que le mot a été dit par Chateaubriand ; après m'étro assuré, comme vous, qu'il ne se trouvait point dans une note du Conservateur littéraire^ j'en suis venu à penser que c'était en causant avec M. Agier, que Chateaubriand l'avait dit, et M. Agier l'aura répété et l'aura même imprimé dans quelque article de la Quotidienne ou de quelque autre journal royaliste. La griujace que faisait Chateaubriand et sa dénégation quand on lui rappelait le mot^ ne prouvent rien que sa variation de sentiments à l'égard de Hugo.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.