‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 15 sur 185 · À MADAME 0..., DE LAUSANNE · texte numérisé non relu

À MADAME 0..., DE LAUSANNE

Savez-vous, chère madame, que cela rentre bleu dans mes idées de gloire d'apprendre que vous lisez mes vers en tête-à-tête avec Miçkiewicz ? Voyez-vous, la plus grande gloire des poètes morts ou absents consiste à ce que les vivants heureux et présents les lisent pour en faire un accompagnement et un prétexte à leurs pensées : le piano du fond pendant lequel on cause.

La Rochefoucauld a dit : « Nos actions sont comme les bouts rimes que chacun fait rapporter à ce qui lui plaît, j» Jugez si cela est encore plus vrai de nos vers.

1. Cette lettre est le commentaire en prose de la précédente à madame d'AgouIt. C'est, du moins, la même pensée sous une forme un peu moins ennuagée.

Je dounerais donc tout Thonneur d'être lu par vous avec lui au bonheur de lire près de vous ises vers et le Paris ou le sonnet en Âh ! ah ! ou n*ini porte quoi interrompu par une parole de vous, par un sourire ou par de fous rires.

Et si lui, Mîçkiewicz, en était fier, il serait bien bon enfant vraiment I -^ « Je serais bien fâché d*être immortel, dit Heine (le poète), parce que, si je Pétais, immortel, je m'apercevrais bien vite que je ne le suis pas. »

A MADEMOISELLE IIERMINIE CHAVANNES *.

Mardi, 26 mai 1840.

Mademoiselle^

Rien ne pouvait m'être plus agréable que le témoignage de souvenir que vous me faites l'honneur de m'adresser.

1. Un remerciement public est dû à M. Charles Ritter, de Morges, — le savant et distingué traducteur de Strauss, — àTinitiative de qui nous devons la plupart des lettres de Sainte-Beuve, qui nous viennent de la Suisse. — M. Joseph Hornung, professeur de droit à l'Université de Genève, dont le nom arrête plusieurs fois l'attention, d'une façon significative, dans le tome II de la Correspondance publiée en 1878, a bien voulu, de son côté et de concert avec M. Ritter, joindre des notes explicatives à quelques-unes de ces lettres, adressées à ses compatriotes. En voici une, entre autres, dont il n'est pas besoin de faire ressortir l'importance et l'intérêt littéraires : « Mademoiselle Herminie Chavannes, de Lausanne, née en 1798, morte en 1853, fille du publiciste et philanthrope Daniel- Alexandre Chavannes, sœur du pasteur Félix Chavannes, connu comme poète; parente [par sa mère) de Châtelain, dont il sera question tout à l'heure. Elle a publié, entre autres ouvrages, des biographies de Haller,

Vous avez bien jugé de mes sentiments pour Lausanne, pour les personnes dont la bienveillance m'y a, dès l'abord, entouré et soutenu ; dans la reconnaissance que je leur garde, une bonne part, mademoiselle, doit revenir à vous qui m'avez été d'une si assidue et si entière indulgence. Mon plus grand soin, dans le livre que je rédige si lentement *, est de retrouver tout ce que j'ai dit, tout ce qui m'a été inspiré et fourni par mes bons et sérieux audi teurs, et de le reproduire avec ce qu'exige d'accompagnement et d'entourage le monde d'ici. Ce que vous me dites de ce premier volume, ce qu'on veut bien m'en dire ici même me fait espérer d'avoir assez réussi et m'impose pour les volumes suivants l'obligation de justifier ce premier succès. Veuillez remercier M. Châtelain* pour ses

de Lavater, de Pestalozzi, de madame Elisabeth Fry. — Elle habitait une charmante maison dans le vieux quartier de la Cité. C'est de ;.la terrasse qu'elle montra un jour à Sainte-Beuve une figure de taureau que la neige, en fondant, dessine sur le sommet de la Dent-d'Oche, à l'époque des fenaisons. Sainte-Beuve y fait allusion dans sa pièce de vers adressée, en 1837, aux étudiants de Lausanne. » (Voir cette pièce, datée du 31 décembre 1837, aux étudiants de la Société de Zofingue^ dans Notes ei Sonnets, faisant comme suite aux Pensées d'août.)

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