A M. J. LECHEVALIER
C« mardi lo r.
Mon cher Jules,
Je vous remercie des bons envoisquô vous voulez bien me faire. Je voudrais pour mon compte y mieux répondre : ce n'est pas même à moi que vous devez cette annonce de la Revue, Je suis si abondamment et si complètement occupé pour six semaines ou deux mois encore, que je n'ap-
pelle pas cela vivre, vivre de la vie de relations, de la vie d*amilié et d'intelligence. Excusez-moi et croyez à l'intérêt vif que je prends à tout ce que vous faites et au profit que j'y trouve. Vos archives me paraissent pouvoir donner un excellent centre de perspective à ce mouvement philosophique qui reprend de plus belle. Je vais écrire à Qainet ce que vous me demandez.
Tout à vous d'amitié.
À M. N. MARTIN
Ce Jeudir
VoLre petiië histoire du sonnet est très agréable et me revient tout à fait. Chez nous, les Goethe et les Byron — MM. de Lamartine et Hugo — n'ont jamais daigné condescendre au sonnet, et je crois bien qu'ils en pensent ce qu'en pensait le grand Olympien germanique. S'ils en font jamais, je tâcherai de me souvenir de la conversion chantée par Uhland ; mais je ne crois pas qu'ils s'y hasardent ; GoÔLhe était encore meilleur enfant qu'eux en poésie : le plus calculé des Allemands a encore "de la naïveté, si on le compare à nos grands hommes.
Je suis bien occupé et souffrant. Excusez-moi si je ne gravis qu'en esprit votre montagne et croyez à mes sentiments obligés et dévoués.
AU MÊME
Ce dimanche soir.
Combien ai-je à vous remercier, monsieur, de tout ce que vous me faites lire d'agréable, de flatteur, et de ce que vous nous préparez de poétique? Si voire lettre-prologue m'a beaucoup fait rougir, vos traductions en vers m*ont charmé. Je serais heureux d'en causer avec vous et je venais le tenter. Veuillez me dire, par un petit mot à la poste, quel jour vous pourriez venir vers sept heures du soir pour que je vous attende.
Recevez, monsieur, l'expression de ma gratitude. Cordiaux sentiments bien distingués.
XIH.
AU MÊME
Vendredi.
Vos vers sont charmants, et que voue êtes bon de ne pas m'en croire indigne, malgré mes distances cl mas irrégularités! Vous avez vu peut-être que nous en avons mis dans la Revue de Paris d'il y a trois semaines ? Je regrette bien que nous n'ayons pas eu Violette de mars et les Glaneurs pour les ajouter au bouquet : mais ce sera pour une pro-
chaîne lois. Soyez de plus en plus sévère et pur dans vos vers, pur à Toreille, pur pour le style ; ne faites pas de mots nouveaux coaame espcreurs. Hélas 1 nous en avons trop fait^ c'a été notre mal . Le simple et le vrai, quand le poétique y est d'ailleurs, voilà ce qui triomphe.
J'irai vous voir sans faute un de ces après-midi, après quatre heures.
Amitiés.
AU MÊME
Co jeudi.
Vos vers ont été les bienvenus, monsieur, et les vôtres bien particulièrement.
Je veux cloîtrer mon âme et En voyage sont dignes de tout, même de ce voisinage d'Uhland. Pourquoi ne pas traduire les siens vous-même? Combien les sonnets (d'Écho et la Foret) me plaisent I Je suis, par malheur, dans ce moment tout à la prose et pour longtemps. Port-Royal me cloître, mais j'aime à entendre du dehors les voix : cœur très peu contrit, vous le voyez bien. J'espérais, en voyant la belle lune de ces soirs, pouvoir vous aller dire cela bientôt ; mais voilà le déluge revenu. Je n'ai pas du moins voulu tarder plus longtemps à vous redire mes remerciements et tous mes sentiments très dévoués.