‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 19 sur 185 · A M. ALFRED ASSELINE · texte numérisé non relu

A M. ALFRED ASSELINE

20 novembre iSki.

Je suis bien touché, monsieur, de la lettre que vous m'écrivez; vous n'aviez pas besoin d'explication, et votre nom suffisait. Quoiqu'il y ait bien longtemps, en effet, que je

74 NOUVELLE CORRESPOJNDANCE

n*ai eu l'honneur de revoir votre famille, rien de ce qui y touche ne saurait être oublié de moi; j'ai dii vous y voir autrefois, mais enfant. Vous avez autour de vous de quoi vous exciter et vous guider mieux que personne ne saurait faire *. Le seul avantage souvent (et il est triste) de ceux qui paraissent arrivés, c'est de savoir beaucoup mieux les difficultés et les dangers que les moyens. La fortune, même quand le talent s'en mêle, y est pour beaucoup. Dans les études positives, avec de la patience et de la volonté, d'une manière ou d'une autre, on arrive. Dans le champ de l'imagination, le naufrage est presque partout, il n'est qu'heur et malheur. Vous devez être très jeune ; ce n'est qu'alors qu'on est si découragé encore ; vous le serez moins en avançant, dès que vous vous serez fixé, même peut-être à contre-cœur d'abord.

Je vous parle un peu au hasard, ne sachant pas. Je vis très retiré et tout absorbé dans un volume que j'achève et qui me prend mon peu de loisirs. Je suis pourtant à ma Bibliothèque * une couple de jours de la semaine, samedi, mercredi, de dix à trois heures. Si, un jour, vous passiez par là, j'aurais plaisir à vous reconnaître et à vous redire combien j'ai gardé bon souvenir de vos excellents parents et de tout ce qui vous touche.

1. M. Asseline, père de M. Alfred Asseline, était ronde de madame Victor Hugo.

2. La Bibliothèque Mazarine, dout Sainte-Beuve était alors Tun des conservateurs.

Page 1