A MADAME VERTEL
Ce 10 juillet 1844.
Non, chère madame, je ne prends pas pour autre chose que pour de Tamitié votre aimable insistance; merci de m'avoir informé de cette joie de famille. Je n'ai pas répondu parce que je me suis dit: « J'irai ! » et les soirs se sont succédé sans que j'aie trouve le moment. Je suis moimême fort abattu depuis bien des jours et en proie à une anxiété qui m'ôte tout ressort. Vous attachez à ces nominations et honneurs littéraires un prix qu'il m'est impossible d'y voir ; je regrette le temps où je vous chantais, et toutes les Académies du monde ne sont que des palliatifs fort peu récréatifs. — Des que j'aurai un peu de mouvement, j'irai vous remercier et féliciter mademoiselle Noëma, dont je vois d'ici toute la sagesse, et à qui je dois désormais tous mes hommages. Et votre Chariot?
A vous, chère madame, mes vœux les plus respectueux.
À M. CHARLES EYNARD
Ce 2 août 18U.
J'ai bien pris part, cher monsieur, à la perte que vous avez faite, et, après la mort de ce pauvre Lèbre et de la
comtesse d*£dling, je puis bien dire^ à celles que nous avons faites. — C'est vous qui m'apprenez la mort de madame Edling : je ne vois ici personne qui ait pu m'en informer ; ainsi je serai heureux de savoir par vous les détails plus particuliers quand vous les aurez. Je n'avais pas reçu de lettre d'elle depuis l'article sur Joseph de Maistre, paru il y a un an, et qu'elle n'avait pas encore lu au moment de sa dernière lettre. — Plus la vie avance, plus on se disperse, chacun s'asseyant sur quelque borne de la route par fatigue, et le chemin est ainsi semé. — Vous êtes échoué là-bas sur un bien beau et doux rivage ; je ne l'ai qu'entrevu, mais il me semble que ce séjour doit apaiser Tâme quand elle ne porte pas en elle de ces blessures incurables. Vous avez, d'ailleurs, le grand remède, cher monsieur; le soleil de ces beaux lieux doit vous en être plus bienfaisant. Je suis aussi, de mon côté, vieillissant et laborieux : je lâche de mener à fin, à travers la vie de Paris, les travaux commencés, et j'en viens difficilement à bout. Mon troisième volume n'est pas prêt; il me faut pour le troisième et le qujatrième volume six ou sept mois complets de solitude que je ne pourrai me procurer que lorsque j'aurai été reçu ^ à l'Académie. Si Dieu me prête vie, j'arriverai au terme malgré toutes les lenteurs, car je ne perds pas de vue mon but. — J'ai reçu votre Guizan et l'ai lu avec l'intérêt que mérite une vie si diverse et si honorable, et si bien racontée: ce sont de beaux livres. Ne perdez pas de vue madame de Kriidner, que j'ai annoncée en note en réimprimant mes Portraits, J'ai le livre de