A M. B. JOUVIN
Ce i*' mai «iscs.
Un remerciement de vous est fait pour me flatter^ monsieur; je ne croyais pas le mériter. Je n*avais été envers vous que de la plus indispensable justice. Ce n'est paâ ma faute s*il n'y a que bien peu de critiques véritables en ce temps-ci, et si vous en êtes un, et un excellent» quand vous n'aimez mieux être un piquant satirique. Vous étiez hier encore ce critique de bon sens i(qui est chose si rare parmi nous) quand vous parliez des Misérables. Il me sera difficile, si je reviens jamais à écrire sur le cardinal de Retz, de ne pas rappeler comme cfuoi il est, par sa galerie de portraits, un grand ^uém^^r du romantisme. Je conçois vos répugnances; je ne suis pas moi-même, vous le pensez bien, sans souffrir de bien des choses présentes ou prochainement futures; mais je tâche de m'accommoder, puisqu'il le faut, avec les faits accomplis et d'en tirer le meilleur parti possible. Nous sommes des avocats qui ont souvent à plaider des causes différentes et contraires; l'essentiel est que, la ôause plaidée^ on se garde réciproquement un peu d'estime.
Agréez^ monsieur^ l'expression de mes sentiments les plus distingués.
À M. ERNEST RENAN
Ce limdi 5 mai (186S).
Cher confrère,
J'étais venu pour vous demander une séance^ et voilà qu'on me dit que vous partez pour la Hollande. Seres-vous revenu samedi ou dimanche? C'est bien douteux et c'aurait été pour la semaine prochaine que j'aurais aimé être tout entier à mon sujet.
Cependant voici ce que je voudrais, en attendant une conversation à deux :
J'ai presque tous vos écrits, mais non pas tous.
Pourriez-vous me prêter pour quelques jours ceux que je n'ai pas?
Le Cantique des Cantiques ; la deuxième édition du Langage, s'il y a eu deuxième édition; une petite liste chronologique de vos écrits qui me permette de vous suivre et de voir si j'ai tout.
Puîs^ aussitôt votre retour, que madame votre mère désire le plus prompt possible, une petite conversation au débotté, ne fût-ce que mardi ou mercredi en huit.
Bon voyage, cher confrère, et à vous de tout cœur.
1. Sainte-BeuYB fut toute sa vie un peintre de portraits, et il n'entama jamais un siget nouveau sans demander une séance au modèle.
P,S, — Je ne trouve pas si mauvais cet article du Règlement qui obligeait la Classe répondant à l'Académie française de faire, au moins quatre fois Van^ un Rapport public où les ouvrage^ importants seraient examinés. L'esprit au moins qui a dicté cet article me semble juste, puisqu'il obligeait l'Académie fançaise à lire et à se tenir au courant*.
AU MÊME
Ce 26 mai 1862.
Cher confrère,
Je ne vous ai pas remercié de cette dernière lettre écrite au moment du départ et qui complétait ce bon et charmant entretien. Je voudrais être un bon secrétaire. Le premier article ne passe que lundi prochain ; vous n'êtes pas de ceux qu'on brusque ; j'habite avec vous, je croyais vous connaître déjà et vous me réserviez une surprise. J'écoutais et suivais un critique, le plus fin et le plus attachant des critiques^ et voilà que je trouve au bout de chaque allée un artiste. Ce dernier côté me frappe beaucoup en vous étudiant. Ah ! que vous êtes difficile à embrasser !
Tout à vous.
Ce qu'il faudrait faire sur vous, ce serait un dialogue à la manière de Platon : mais qui le ferait ?
1. C'était le Règlement de l'ancien Institut, fondé par la Convention nationale après rabolition de toute Académie,
AU M ME
Ce dimanche $ août H Ml).
Cher confrère^
J'ai reçu et lu aussitôt votr. lettre ^ si ferme, si digne, si sensée, si admirable de. forme; vous voilà un principe, et Ton se rangera autour de vous, et votre nom sera un jour celui d'une victoire pour la pensée humaine.
Je suis chargé de vous inviter à aller dîner jeudi à Saint- Gratien ; j'espère que vous le pourrez. Vous y êtes fort apprécié.
Tout à vous.
J'offre mes respectueux hommages à madame Renan.
A M. POULET-MALASSIS
Ce u août 1862.
Mon cher monsieur,
On me dit que vous avez envie de vous défaire de mon édition*; je regrette que vous ne m'en ayez pas parlé plus
1 . Il s'agissait de la lettre intitulée : la Chaire d'Hébreu au Collège de France^ adressée par M. Renan à ses collègues, le 31 juillet 1862.
2. Le secrétaire de Sainte-Beuve avait été averti par M. Champfleury que Poulet-Malassis cherchait à se débarrasser .de l'édition de Joseph Delorme qu'il avait publiéeé C'est alors que
DE C.-.A SAINTE-BEOVE. 177
tôt vous-même; car il est de notre intérêt commun que, si vous vous en défaites, vous vous en défassiez dans les meilleures conditions. Permettez-moi de m'étonner que, dans une afiaire où je n'ai eu qu'à me louer de vous, où vous-même avez fait toutes les avances obligeantes, où vous m'avez proposé la réimpression, où vous avez de vousmême fixé le prix, vous ayez été ensuite si ménager de paroles à mon égard et que je n'aie janoais pu, dans une conversar tion à fond, aviser avec vous aux moyens d'empêcher que cette opération vous devînt onéreuse ou désagréable.
Vous voyez bien que c'est un reproche tout amical que je vous adresse, et je ne puis vous en adresser d'autres. Mettez-moi à même de traiter de la chose avec un de mes autres éditeurs, ou Lévy ou MM. Garnier. Je n'ai pu encore voir M. Lévy, à qui j'ai écrit, et que j'attends chaque jour.
Agréez mille amitiés.
CXXYU.
A M. PARENT-DK-ROSAN.
I» Ce %% décembre 486^.
Recevez, monsieur, mes bien sincères remerciements pour tant d'obligeante amabilité. Me voilà, grâce à vous, des mieux munis et je n'ai plus rien à désirer; car ce qui
Sainte-Beuve proposa à Michel Lévy, qui accepta, de racheter ce volume et de donner, dans un deuxième volume du même format la suite de ses Poésies, Con&oXaiixms, et Pensées d'aoûU
reste à préciser est désormais si bien circonscrit, qu*il me suffira de renvoyer à vos recherches. Je ne serais pas très étonné que la sortie de prison de madame de Boufflers^ eût ainsi tardé de quelques mois après le 9 thermidor ; il me semble que ç*a été le cas pour plus d'une personne qui était dans sa situation. Sept mois pourtant à la Conciergerie, c'est beaucoup... Tout ce que vous me fournissez de notes montre bien sa peur.
Agréez, monsieur^ l'expression de ma considération respectueuse et de mon dévouement.
AU MÊME
Ce 23 décembre 1868.
Monsieur,
Je reçois vos nouveaux renseignements qui complètent et rectifient les précédents. J'avais écrit une lettre que j'avais fait remettre à M. Ghéron de la Bibliothèque impériale pour vous dire combien je vous étais reconnaissant de tant d'aimable et utile obligeance. Me voilà, grâce à vous, en mesure de faire, sur celte charmante femme, un travail qu'elle méritait et qui aurait bien pu ne jamais venir. Je m'y mettrai dès le commencement de janvier, je ne
1. M. Parent-de-Rosan avait fourni à Sainte-;Beuve des documents pour son étude sur la comtesse de Boùfflers, Tamie de Jean-Jacques Rousseau. — Cette étude fait partie aujourd'hui des Vfouveaux Lundis^ t. IV,
saurais mieux commencer Tannée. Croyez, monsieur, que j'apprécie, comme je le dois, ces généreuses et libérales communications, qui font de ceux qu'on ne connaissait pas la veille des obligés et j'ose dire des amis par l'esprit ; et agréez l'expression de tous les sentiments qu'elles inspirent.
P. S. — Je pense qu'il suffit de mettre Auteuil sur l'adresse pour qu'une lettre arrive à rhistoriographé d' Auteuil.
A M. WILLIAM L. HUGHES
Ce 27 décembre ises.
Cher monsieur,
Je viens, comme si souvent, vous demander un service. J'ai bien besoin d'avoir une idée et presque une traduction abrégée des plus jolis endroits de l'Essai de Charles Lamb, Old China. J'ai écrit à Lacaussade, qui est sans doute absent, puisqu'il n'a pas répondu, et je viens dans ma détresse recourir à vous. Êtes-vous ici ? — Pourriez-vous me laisser lire avec vous ce joli Essai dont j'entrevois l'idée et tout le sentiment, mais dont bien des détails curieux m'échappent? Je joins le volume au cas oii vous ne l'auries pas^
Excuses, remercîments et amitiés^
AU MÊME
Ce 30 décembre -I Ml.
Merci, merci, cher monsieur! me voilà bien riche, grâce à vous; puisque je vous ai fait faire cette corvée à laquelle vous vous êtes mis avec tant d'amitié, je ne voudrais pas que Tusage trop insuffisant que j*en ferai empêchât les autres d*en jouir : il faudra voir à imprimer ce joli Essai traduit comme si peu pourraient le faire et où toutes les jSnesses sont observées. Je vous rendrai, d'ici à peu de jours, le Gourmet avec le cochon de lait si croustilleux et si appétissant.
Agréez, cher monsieur, l'expression de toute ma gratitude et de mes sentiments dévoués v
A M. ERNEST RENAN
Ce s janvier isiSS.
Cher et aimable confrère,
Quel beau présent I on me disait à l'instant même qu'il existait^ qu'il y avait telle chose de vous, et je me disposais à vous le demander. Vous m'avez prévenu. Je lis avec
émotion ces pages si élevées et si tendres. Je n'avais pas eu l'honneur de connaître, mais j*avais vu la personne si chère dont vous consacrez ainsi la mémoire ^. G*est elle qui m'introduisit la première fois auprès de vous, et j'ai gardé un entier souvenir de sa physionomie et de son accent. Elle m'est restée présente. La voilà, grâce à vous, ne pouvant plus mourir!
Merci encore, et agréez, cher confrère^ ainsi que madame Renan, Pexpression de tous mes sentiments dévoués et de mes vœux pour votre bonheur.
AU MÊME
Ce 2 février 1863.
Cher et illustre confrère.
Je suis chargé par un de mes amis les plus anciens, M. Jal, de solliciter votre suffrage en sa faveur pour un grand prix que l'Académie des Inscriptions a, celte année, à décerner. Je sais combien est délicate cette commission dont il m'a confié le soin, et que les complaisances d'aucun genre ne peuvent s'introduire dans un jugement de cette importance. Examinez bien le Glossaire nautique, et voyez en toute équité jusqu^à quel point de récompense il peut être justement poussé. Voilà toute ma prière. Le navire pavillon Jal a tous mes vœux.
Et agréez, cher confrère, l'expression de mes sentiments de reconnaissance et de dévouement.