A DES CITOYENS DE GUINES EN CALAISIS
Paris, 10 juillet i867.
Messieurs,
Un témoignage comme le vôtre, m'arrivant d'un pays voisin de ma ville natale, et d'hommes que je suis en droit d'appeler mes compatriotes, m'est doublement précieux. Il me prouve que je ne me suis pas trompé, en défendant avec quelque énergie la tolérance. Cette tolérance ne doit plus être, au xix* siècle ce qu'elle était précédemment; elle a fait un pas et un progrès. On ne réclame plus malmenant pour ne pas être brûlé ou embastillé, mais on veut être estimé et respecté en plein soleil, quand soimême on se lient dans les termes de la convenance et du respect.
A M. ATHANASE FOREST, ANCIEN NOTAIRE, MEMBRE DE L'UNION DES POÈTES, A TOURS.
Ce 13 juillet 1867.
Monsieur,
En vous remerciant de votre attention très obligeante, permettez-moi de vous faire remarquer que je crois que vous vous méprenez sur le sens de mon discours et de mes
actes récents *. En protestant en faveur d'un droit, je n'ai pas prétendu faire de profession de foi, et on en trouverait difficilement une qui serait commune aux divers écrivains dont j'ai pris en main la défense. Sans prétendre à plus d'uniié et d'homogénéité qu'il ne convient dans ma vie littéraire, je ne crois nullement (^tre en contradiction avec moi-môme autant que vous le supposez, et mon ouvrage de Port-Royal notamment, que j'achève en ce moment de réimprimer, après Tavoir complété, en sera la preuve. C'est, après tout, la défense dos convictions persécutées, ces convictions no fussent-elles pas miennes.
Veuillez agréer, monsieur, Tasifurance de ma considération respectueuse.
A M. E, BENOIST, AKCIEN ÉLÈVE DE l'école normale, DOCTEUR ES LETTRES*,
Ce 3 août 1867.
Monsieur,
Croyez bien quo la politique ou ce qui en a l'air ne m'a pas tellement submergé dans ces derniers temps, que je n'aie commencé à vivre avec vous dans ce Virgile désor-
1. M. Alhnnase Forost, calholiquo et démocrale, avait blâmé 1 entrée do Sainte-Beuve au Sénat impérial et, plus tard, sa conduite comme défenspur de la libre-ponséo.
2. Aujourd'hui professeur de poésie latine à la Faculté des Lettres de Paris. Sainte-Beuve aviâl accordé une attention toute particulière aux travaux de M. Benoist ; il eu comprit sui^-lc-. champ la portée et y vit le signal d un renouvellement des études
mais indispensable et qui fait une véritable révolution dans notre école française. J'ai été profondément reconnaissant qu'un essai rapide ait appelé votre attention et que vous l'ayez bien voulu marquer au passage par une note favorable i. Ce sera mon honneur dans cette courte carrière qu'il ne m'a pas été donné de parcourir et où je n'ai pu poser qu'un pied. Vous allez nous faire relire, avec une réflexion et une conscience nouvelles, ce grand et divin poète envers lequel la science et la philologie française étaient si fort arriérées et à qui rien désormais ne manquera, ni pour l'éclaircissement, ni pour le charme. Ils sont rares, les commentateurs qui, à la fois, savent le dernier mot dès manuscrits et qui citent à propos une page de Monsieur Siîvjstre *•
Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments de haute considération et de dévouement.
latines en France; révénement a justiûé ses prévisions. Outre l'article qu'il consacra au tome 1" de cette édition de Virgile {Nouveaux Lundis, t. XI), et qui complète V Élude sur Virgile de l'illustre critique, plusieurs des lettres qui suivent montrent l'importance qu'il attachait à cette tentative. — (Nous devons à l'obligeant intermédiaire d'un ancien secrétaire de M. Benoist, M. G. Larroumet, aujourd'hui professeur agrégé de l'Université, la communication de ces lettres et les quelques notes signées G. L. qui les accompagnent).
1 . T. P"", p. XII de la première édition du Virgile de M. Benoist.
2. Comme développement, aussi bien approprié qu'inattendu, des vers où Virgile décrit le petit domaine que lui a rendu la protection d'Auguste [Bucoliques, I, 47-49) ;
Fortunate senex, ergo tua rura manebunt.
Et tibi magna satis, quamvis lapis omnia nudus
Limosoque palus obducat pascua junco.
Îi44 NOUVELLE CORRESPONDANCE
CLXXXYIL