A M. HARRISSE
Ce 21 mai -1868.
Mon cher ami.
Je vous remercie de votre approbation réitérée; elle m'est précieuse. — Mais la liberté ! . . , La liberté sera due aux adversaires, le jour où Ils ne
toucheront plus un sou des quarante-quatre millions qu*ils ont au budget; le jour où ils ne seront plus sénateurs du droit du chapeau ; le jour où ils seront les égaux des autres citoyens, avec le droit de réunion pour tous; le jour où, maîtres chez eux avec leurs croyants et leurs fidèles, ils ne seront pas, de plus, en faveur en cour, et à même de brider et de commander l'Université et d'obliger la Faculté de médecine de Paris à se renfermer dans les doctrines du spiritualisme et du vitalisme. Ce jour-là, en effet, liberté pour tous : les croyants d'un côté, les convaincus et libres penseurs de l'autre, à deux de jeu, les bras nus, les couteaux et les arguments tirés à la face du soleil, à la bc»nne heure! Ce jour-là, je ne craindrai rien ! Jusque-là, je crains tout, connaissant notre cher peuple français et nos facilités de soumission au mot d'ordre.
Tout à vous.
P.-S. — Vous parlez en Américain et en pur républicain dûs États-Unis : vous avez raison. Mais ne commence^yous pas à nous connaître un peu?
CCXYl.
SUR LA LIBERTÉ d'eNSëIGNEM ENT DEMANDÉE PAR