A M. HENRY LIOUVILLE
Ce a^ mai 1868.
Cher monsieur,
Vous avez bien raison. Quel rôle a joué la science, mise sur la sellette pendant toute une semaine devant une Assemblée incompétente, où l'Église parlait haut, où la philosophie biaisait ! Pauvre science française ! Elle ne 8*en est tirée que moyennant excuses, en faisant son mea ctUpa, en disant et répétant: Je ne le ferai plus ; — en un mot, en faisant acte de faiblesse et de repentance comme Galilée à içenoux. — Et pourtant la science triomphera! mais je ne suis pas sûr, en effet, que ce soit à Paris qu'elle triomphe et qu'elle ait son siège. Ce siège, de par les lois de l'histoire, sera peut-être transféré à jamais dans l'avenir à Heidelberg, à Bonn, à Berlin. Ce serait triste pour la France hispanisée !
Tout à vous.
A M. A. BURTALl.
Ce S4 mai 1868.
Monsieur,
J'ai bien du regret de ne pouvoir faire ce que vous 1. Auteur d'un Recueil de Poésies, intitulé Pourpre et Haillons.
DE C.-A. SAiNtE-BEtVE. 273
désirez de moi. Je lirai avec plaisir yos épreuves poétiques à mon prochain moment de loisir: mais, en tout état de cause, il me sera impossible d'écrire la Lettre -Préface que vous me demandez. Je n'ai jamais fait cela, ni écrit semblable Préface pour des vivants. Ces complaisances de maître des cérémonies sont incompatibles, selon moi, avec le caractère d'un critique qui se respecte.
Veuillez agréer, monsieur, avec mon excuse, l'assurance de ma considération très distinguée.
CGXX.
A M. RENÉ FOSSÉ-DARCOSSE.
Ce 24 mai 1868.
Vous avez mille fois raison, mon cher monsieur. — Cet article de M. Calland est des plus curieux et bien frappé. L'Église et la Science sont deux ennemies; mais, quand la Science a triomphé manifestement sur un point, l'Église se retourne, s'adjuge le point démontré, n'y voit plus d'inconvénient, et elle réserve ses oppositions et ses négations pour la future découverte. C'est ainsi qu'elle procède dans cette longue et astucieuse retraite qu'elle fait depuis déjà trois siècles devant la Science et le sens commun. Nous ne sommes pas au bout, et des séances comme celles de la semaine dernière, au Sénat, n'avanceront pas beaucoup la retraite de ces longues colonnes catholiques, qui continueront d'imposer longtemps aux faibles et de les ramasser chemin
faisant, comme on ramasse des traînards, mais moins ne reconquerront jamais le pays perdu.
Veuillez agréer Tassurance de mes sentiments très î tingués et dévoués.
A M. ODYSSE BAROT.
Co 25 mai 1868.
Cher monsieur,
11 m'en coûte, en effet, de paraître me déclarer contre une liberté qui tôt ou tard aura son jour: mais, vous Pavez bien senti, pour le moment c'est un leurre, ce serait un piège. Oh ! quand donc les conditions égales se poseront-elles? Jusque-là, tout se fausse, et notre ami M. de Girardin, avec sa formule absolue, se trouve avoir seul raison, en pratique, contre ces façons de faire incomplètes et illusoires.
Merci, et agréez mes meilleurs sentiments.
GGXXU.