‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 92 sur 185 · A M. JULES VALLÈS · texte numérisé non relu

A M. JULES VALLÈS

Ce 25 mai 186S.

Mon cher Vallès,

Pour vous tout seul, car, depuis quelque temps, j'ai une peur horrible des lettres interceptées. Vous m'avez enrôlé, bon gré, mal gré, dans le bataillon des Irréguliers avec une

verve, une chaleur, un tour de main qui ne m'aurait pas laissé libre de dire oui ou non. Il y a, certes, du vrai : et ma première audace sur Ronsard, il y a juste quarante ans, était peut-être encore plus forte et plus osée que celle d'hier. Vous êtes cause que je me suis tâté, que je me suis rejeté dans mes souvenirs, en me demandant si, en effet, j'avais fait tout cela, — tout ce que vous dites. — Vous y avez bien mis un peu d'enjolivement par talent et par amitié. Nous en recauserons, nous disputerons de nouveau, ce qui est une bonne manière entre esprits libres de causer.

Laissez-moi seulement, aujourd'hui, vous serrer cordialement la main.

A M, JEAN GAV.

Ce 26 mai i 868.

Monsieur,

Je ne saurais qu'approuver et admirer l'inspiration humanitaire qui a suggéré l'idée de cette ligue protectrice. Tous ces mouvements généreux, toutes ces aspirations humaines convergent et ont leur rendez-vous dans une société de l'avenir. Permettez seulement que je décline l'honneur de m'y inscrire nominativement : je suis vieux, je ne suis arrivé que graduellement au rôle politique et philanthropique que vous voulez bien me reconnaître; je suis peu accoutumé à aborder ces questions sociales par leur côté de généralité

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et sous forme de croisade ou de ligue : ma pensée n'est tout à fait à l'aise et n*a sa force que lorsqu'elle agit individuellement, fût-ce même pour une cause générale. — "Veuillez donc, tout en m'excusant, monsieur, recevoir l'assurance de mes sympathies lointaines pour vos efforts et de ma respectueuse considération.

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