A M. SENIOR
tard un pré(e\ie de refuser la sanction royale aux ennemis du prince et de TÉtat. Tout à vous.
k M. SENIOR «
Tocqueville, 25 août 1847.
Je vous remercie beaucoup, mon cher M. Senior, de m'avoir indiqué voire itinéraire: non pas que j'aie Tespérance de vous rencontrer hors de France ; mais ce que vous me dites me permet de m'arranger de manière à vous voir à votre passage à Paris. Je compte être dans cette ville du l*' au 15 octobre; par conséquent nous pourrons nous y trouver. Veuillez donc, je vous prie, dès votre arrivée, me faire connaître votre adresse; j'irai aussitôt vous chercher. Je demeure à Paris, rue de la Madeleine, n^ 30 bis.
J'aurai un extrême plaisir à vous revoir après cette longue absence et à causer avec vous de tout ce qui s'est passé et se passe dans le monde. J'aurai malheureusement peu de temps à rester avec vous ; je ne fais, à vrai dire, que traverser Paris pour me rendre chez mon père, qui habite près de Compiègne.
Vous trouverez la France tranquille et assez prospère, mais cependant inquiète. Les esprits y éprouvent depuis quelque temps un malaise singulier; et, au milieu d'un calme plus grand que celui dont nous avons joui depuis longtemps, l'idée de l'instabilité de l'état de choses actuel se présente h beaucoup d'esprits. Quant à moi, quoi-
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que je voie ces symptômes avec quelque crainte, je ne m'en exagère pas la portée; je crois notre société solidement assise, par la raison surtout qu'on ne saurait, le voulût-on, la placer sur. une autre base. Cependant cet aspect de l'élat des esprits doit faire sérieusement réfléchir. Le système d'administration, pratiqué depuis dixsept ans, a tellement perverti la classe moyenne, en faisant un constant appel aux cupidités individuelles de ses membres, que cette classe devient peu à peu, pour le reste de la nation, une petite aristocnatie corrompue et vulgaire, par laquelle il parait honteux de se laisser conduire. Si ce sentiment-là s'accroissait dans la masse, il pourrait amener plus tard de grands malheurs. Mais comment empêcher le gouvernement de corrompre, lorsque le régime électif lui donne naturellement tant de besoin de le faire, et la centralisation tant de moyens? Le fait est que nous tentons une expérience dont nous n'avons pas encore vu le dernier résultat; nous essayons de faire marcher ensemble deux choses qui n'ont jamais^ à ma connaissance, été unies : une assemblée élective et un pouvoir exécutif très-centralisé. C'est là le plus grand problème du temps : il est posé, mais non résolu.
Il me tarde beaucoup de savoir ce que vous pensez de ce que vous venez de voir en Allemagne et de ce que vous voyez en ce' moment en Itah'e.
Adieu.
ANNÉE iSAS