À M. BOUCHITTÉ
quels sonl les frais de percepiion; ce qu'elle a produit le plus récemment ; quels ont été ses effets économiques ou autres; quelles exceptions y sont apportées?...
Je ne vous en dis pas plus long, parce que je suis extrêmement pressé. Je quitte Paris aujourd'hui pour retourner en Normandie où les élections m'appellent; je serai de retour dans dix jours. Adieu, mon cher monsieur Senior; présentez mes hommages à ces dam^ et .croyez à ma sincère amitié.
A M. BOUCtllTTË
Paris, !•' mai l«t8.
Mon cher ami, j'ai reçu de vous ce matin une lettre dont je vous remercie. Comme vous le dites, il ne faut pas se hâter de féliciter ceux qui font partie de cette assemblée. Jamais il n'a été plus sage d'ajourner un compliment
Je ne vous parle point politique. Il y aurait trop long a en dire, et, d'ailleurs, l'obscurité qui enveloppe l'avenir le plus prochain est, quanta présent, impénétrable. La nation vient de se montrer bien digne de la liberté; mais où sont les hommes qui sont dignes de conduire une nation libre? Je mets sous bandes deux de mes discours et je vous les adresse. Vous avez raison de dire que vous craignez les intérêts matérialistes de la révolution qui vient de s'opérer. La révolution de 1789 est sortie du cerceau et du cœur de la nation ; mais celle-ci a pris
en partie naissance dans son estomac; et le goût des jouissances malérielles y a joué un rôle immense.
A MADAME PHiLLIMORE (ROSE MÀRG.)
Parts, 30 décembre 1848.
J'ai peine à comprendre, madame, comment il se fait que je n'aie pas encore répondu à la lettre que vous avez bien voulu m'adresser le 14 de ce mois. La chose me parait inconcevable; et lorsque je me rappelle que j'ai eu tous les jours le désir et le projet arrêlé de vous écrire, elle me semble plus incompréhensible encore. Ne cherchez l'explication et l'excuse de mon silence, je vous prie, que dans les circonstances politiques au milieu desquelles nous vivons. La nation ne sait pas trop ce qu'elle fait, et les particuliers l'imitent.
Vous avez sans doute appris que je n'ai pas eu le plaisir de me rencontrer avec M. Pliilipps. Il a bien voulu m'apportcr sa carte peu de temps après son arrivée. Pendant deux jours, je n'ai pu, à mon très-grand regret, lui aller rendre sa visite. Le troisième jour, j'ai cru avoir trouvé une excellente occasion de lui être agréable. Je savais que, le lendemain, 1(3 président serait proclamé à l'improviste dans l'Assemblée nationale. Je me suis procuré des billets, et je les ai transmis à M. Philipps avec une lettre dans laquelle je l'engageais à se rendre à la séance. Je ne pouvais lui dire pourquoi, car c'était le secret du conseil. J'espère qu'il aura pu assister à ce spec-
A MADAME^ PUILLIIIORE ROSE NARG.). 257
tacle unique el vraiment grand parce qu'il élaît simple. IjC lendemain, m'éinnt rendu à Tbôlel de M. Philipps, j'ai appris que celui-ci avait quitté Paris le soir même de rinstallation du président.
Je ne vous parle pas de nos affaires publiques; les journaux vous en apprennent autant que moi. J'ai été non étonne, mais affligé de Téchec du général Cavaignac, lequel a agi jusqu'au bout de manière à honorer ses amis. Le mouvement populaire qui l'a écarté du pouvoir ne s'adressait pas, du reste, à lui, mais aux républicains de la veille^ dont le gouvernement, depuis février jusqu'à juin, a si fort compromis la cause de la république. L'élection du 10 décembre est, avant tout, une réaction aveugle, mais bonnête, contre eux . Je ne les plains guère ; car, je vous l'avoue, madame, je diffère un peu de vous quant au goût des couleurs en politique; je trouve le rose charmant, quand il se transforme en nom propice; j'aime îûfiniment à l'apercevoir sur une jolie figure comme la vôtre ; mais en opinion, je vous le confesse, je le repousse. Continuez donc, madame, je vous prie, à être Rose de nom et rose de teint ; mais ne le soyez pas en politique : on peut aimer la république sans cela. Je n'ai point été à Bruxelles, comme vous paraissez le croire, et même je n irai pas. J'ai donné, dès que le résultat du vote sur la présidence a été connu, ma démission. C'est ce qu'a fait aussi mon ami Gustave de Beaumont, notre ambassadeur à Londres. Veuillez, madame, me rappeler au souvenir de M. Phillimore et agréer l'hommage de mon respectueux dévoûment.