‹ Nouvelle description de l'Oberland bernois à l'usage des voyageursChapitre 5 sur 17 · DE THODNE DANS L'OBERLAND · texte numérisé non relu

DE THODNE DANS L'OBERLAND

Le trajet de Thoune dans l'Oberland (pays d'enhaut) proprement dit» se fait communément en bateau. Outre ceux que Ton trouve toujours à louer, a y a le bateau à vapeur, la BeUevue, qui fait un service régidier pendant tout rété; il offre au voyageur toutes les commodités d'un trajet sûr, prompt et agréable. Dans la saison où ce bateau ne marcbe pas ceux du marché y suppléent. Une réunion de plusieurs personnes trouve peut-être de Téconomie à prendre un bateau à son service exclusif; cela convient surtout lorsque des dames font partie de la société. Ces bateaux sont couverts et assez spacieux pour s'yassoir à Taise. Une taxe régulative par nombre des rames fixe le prix de location.

Ces bateaux mettent ordinairement, en temps calme, trois heures pour aller de Thoune à Neùhaus (maison neuve), et les bateliers côtoyent le bord septentrional du lac, où se présentent successivement lés endroits marqués sur notre carte*). Le ehiffire 1760 qu'on y remarque, indique le point d'élévation du lac audessus du niveau de la mer.

Par terre on peut suivre les deux bords du lac pour se rendre de Thoune à Unterseen. Une bonne route, rendue praticable pour les voitures , depuis quelques années, longe le bord méridional. Cette route, peu connue encore, se dirige d'abord au Gwatt, beau village avec une bonne auberge, en face de laquelle on voit un j<^ petit parc dépendant d'une élégante maison de campagne, qui fait face à la route. Un peu plus loin 'on remarque, sur un tertre.

*) On s^est servi sur ces cartes de petits caractères pour indiquer les hameaux , de plus grands pour les rillages et les endroits plus marquants, et de majuscules pour les villes et les bourgs.

à droite y une tour carrée , reste du château de StrâLttlingen, ancien manoir de la puissante maison de ce nom^ d'où sont sortis les rois de Bourgogne de la seconde race, et où ils séjournèrent souvent au commencement du dixième siècle, nommément Rodolphe II et son épouse , la pieuse reine Berthe. Aujourd'hui on a établi dans cette tour le magasin principal des poudres.

A une petite distance de là on arriye au pont de la Kander, jeté à travers une tranchée qui a été pratiquée, dans les années 1711 et 1712, sur une étendue de terrain de 3000 pas, à la profondeur de 150 pieds, pour détourner le torrent de son lit naturel, et le diriger dans le lac. Ce pont offire un point de vue frappant sur la ville de Thoune, sur ses environs et sur les villages de Hilterfingen et d'Oberhofen, qui se dessinent gracieusement sur le bord opposé du lac.

Bientôt on voit, sur la gauche, le hameau d'Einigen, avec son antique église, qu*on prétend avoir été fondée, déjà au commencement du sixième siècle, par un baron de Strâttlingen, sous le nom â*église du Paradis , et à laquelle la reine Berthe imprima un grand lustre par les largesses et les prérogatives qu'elle lui fit octroyer.

Après avoir traversé lesr hameaux de Rustwald et de Wyler, on arrive au village de Spietz, où Ton voit un grand château, anciennement nommé Cour d'or, où se retirèrent les seigneurs de Strâttlingen, après la ruine de leur manoir^patrimonial, et qui appartient, depuis près d'un siècle, à la noble famille d'Erlach. Le village même était anciennement ceint d'une muraille, dont on voit encore les traces.

Parmi les endroits qui se présentent de là jusqu'à Leissigen, et qui sont indiqués sur notre carte, nous ne citerons que le village de Krattîgen, où l'on voit remplacement de l'ancien château des seigneurs de ce nom. Mais nous croyons devoir fixer l'attention du voyageur sur le point de. vue qu'on découvre au village de Leissigen ; il est remarquable par son étendue qui embrasse tout le lac, et qui offre, à son extrémité inférieure, une échappée de per-

spectfve jusqu'au Jura. Il y avait naguère à Leissigen un établissementlde bains^^'^aux sulfureuses.

Près de Wissenau, où se trouvait anciennement un diàteau appartenant aux comtes de Weissenliourg» on traverse TAar, et Ton arrive bientôt, par une route champêtre , à Unterseen. La distance de Thoune jusque là est de' 614 lieues de Berne ou 6^/4 liiBues suisses. Les voitures de la poste parcourent cette route trois fois par semaine, et se chargent des voyageurs.

Le chemin qui suit la live oposée du lac n'est guère praticable, en voiture, que jusqu'à Oberhofen, charmant village, où l'on trouve ime bonne auberge, et où Ton voit un vieux château seigneurial, dont on fait remonter la fon* dation au cinquième siècle, et qui relevait, dans le moyen Age, immédiatement de Timpire. La route se rétrécit de là successivement, et finit par ne devenir quun sentier audelà du village de Merligen, d'où il faut commencer à gravir le rocher qui forme le promontoire de la Nase (net). Ce sentier est très-raboteux, et présente même quelques dangers après de gros orages. Il se dirige pardessus la grotte où la tradition a fait mourir Saint-Béat, qui doit avoir prêché l'Évangile dans cette contrée, vers le milieu du premier siècle. Dans la cavité qui se trouve à côté de cette caverne, un particuMer a#it bâtir une petite maison de campagne, à laqnelle il a donné le nom de Lerau ; elle est d'un effet extrêmement pittoresque. Le sentier vient enfin aboutir au Neiihaus, où d^arquent les bateaux. De là, une route charmante qui traverse de belles prairies ombragées de magnifiques arbres fruitiers, conduit à Unter- ^een, éloigné de là d'environ 40 mhiates, que roni>arcourt en 15, dans les cabriolets, Constamment stationnés en nombre sur la place de débarquementé La distance de Thoune à Unterseen est d'environ 5 lieues, par ce chemin, qui offre plusieurs points de vue variés, et souvent d'un effet frappant par l'apparition subite d'une édiaiq[)ée de vue sur les glaciers.

UNTERSEEN, ARMUHLE et INTERLACHEN-

La petite ville û'Ufaersem, peuplée d'environ 1100 i forme un carré, baigaé d'ua e6té par TAar el entouré sur les autres de vergers magaifiques. La construction de ses maisons, la plupart de Jboîs et d'un style rustique, lui imprijoate nn aspect tout particulier^ £Ue a été bâtie dans le treâdène siècle, par les barons d'Es^Aenbadli, tomba, tout au commenceiDaent du quatorzîëjme , lors de rextermination de cette maison, par la reine Agnès, sous la domination de Tempire, et, vers sa fin, sous ç^e de Berne. L*an 1470 elle fut entièrement consumée par un incendie, qui détruisit aussi un château, alors assis sur un tertre, hors de son enceinte. L'hôtel de ville et de la douane, grand bâtiment en piewe, est une auberge très-recommandablé ; eUe est parfaitement deâservie, et les appartements en sont proprement meublés.

' Sortant ,d*t^ûterseen, par une grande porte de bois, on traverse un pont, jeté sur un bras de l'Aar, et l'on se trouve à S^^matten, nom que r4>n donne à un groupe de maisons, bâti sur une petite tle, au delà de laquelle on entre, en traversant un second pont, dans le village

û'AarmukU, qt& peut être considéré comme le faubourg d'Unterseen, et qui est assez remarquable par le style rustique de ses maisons primitives, d'entre lesquelles on voit ressortir quelques nouvelles constructions d'un goût moderne, et appropriées au besoin croissant de logements pour les étrangers. On y remarque surtout un établissement formé, par M. le docteur Aebersold, pour de^ cures dé bains et de petit-laiL

Les habltans de ces deux villages sont très-industrieux; ils coniectionAent ime quantité d'ouvrages en bois, en corne de chamois, etc., et les étalent â la vente dans des édii^pes placées au-devant de légats maisons.

La rivière de rAar» qui arrive paiisiblement jusqu'à Aarmtihle, est arrêtée là par une digue » et forcée de faire une chute qu'on utilise pour faire tourner des roues de moulin» mais qui a rinconyenient d'empêcher la x navigation d'un lac à l'autre. Cette petite chute est d'un effet assez pittoresque.

La superbe chaussée du Hëheweg vient aboutir àAarmilhle, et conduit le voyageur à

Merliichen, où il se trouve transplanté, dans une autre monde. Les maisons rustiques ont disparu. A leur place il voit des hôtels» des maisons yastes» commodes» d'un bon goût» et d'un style à la fois élégant et particulier au pays» où l'étranjger trouve toutes les aisances et même le luxe des grandes villes. Parmi ses maisons qui donnent toutes pension et logement» se distinguent celles de l'hôtel d'inteliachen» l'hôtel du Belyédére» les maisons de pension de MM. Seiler» Hofstetter» Richard et autres.

Des noyers» des érables et d autres arbres» d'une venue gigantesque» ombragent les maisons» bâties le long de la chaussée» et impriment à l'ensemble de ce tableau champêtre un effet séduisant. On pourrait peut-être regreter sa physionomie primitive» si on ne le voyait animé chaque année par une monde élégant» qui vient s'y réunir de toutes les parties de l'Europe.

La plaine qui s'étend depuis le lac de Thoune jusqu'à celpi de Brienz» a une longueur d'environ une lieue sur une largeur pareille. Elle est connue sous le nom de B6delin (petit fond)» et c'est là que le baron Seigler d'Oberhofen fonda» Tannée 1133» une abbaye» en honneur de la sainte vierge» qui était desservie par des religieux des deux sexes» de Tordre de saint Auglistin. Cette abbaye» qui prit le npm d'Interlachen (inter lacus) de sa position entre les deux lacs» jouit bientôt d'un grand lustre et de la protection des plus puissants seigneurs de Tépoque» même de celle du duc de Zâringen. Mais» avec Taccroissement de ses richesses et de sa prédomination» s'introduisit aussi la licence et le scandale dans la maison » an point qu'il fallut

en venir à rextrémité de supprimer, yers la fin du quinzième siècle y la communauté des religieuses; celle des religieux ne le fut qu'en 1528, époque de la réformation, dans le canton de Berne. Les* revenus de Tabbaye furent alors affectés à un établissement de bienfaisance; dans un bâtiment plus moderne , qui a été adossé à l'ancien monastère, loge le préfet que le gouvernement délègue dans cette contrée.

Au nord d'interlachen et d'Unt^^een, et au-delà de rAar, s'élève le mont Harder, dont l'astiect est assez sauvage; mais qui ofifre. quelques points de vue intéressants. Celui du HohlbuM, où Ton a établi une rotonde» embrasse à la fois la plus grande partie du Bddelin et la masse des montagnes verdoyantes qui l'encadrent, et au-dessus desquelles proéminent les cimes bliaincbies des colosses de roberlsmd. La promenade à cette rotonde est très-fréquentée. A quelques centaines de pas plus baut, sur un petit plateau, connu sous le nom de llfUer-Bleike, le même point de vue se reproduit sur une plus grande écbelle.

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