LA PLATE-FORME
Au-dessus de son entrée se trouvait autrefois une statue du dieu Mars, auquel était dédié le temple païen sur les ruines duquel fut élevée la cathédrale. Cette statue se trouve aujourd’hui à la bibliothèque de la ville. Ce dieu est représenté sous la figure d’un jeune homme, armé d’une cuirasse, ceint d’une écharpe et couvert d’un casque à panache; il tient dans la main droite un bouclier ovale, la gauche est armée d’une épée gauloise.
La plate-forme a quatre-vingt-douze pas de contour; elle est entourée d’une galerie en pierre, sur laquelle Symphorien Pollion , ministre de l’Église protestante et curé de Saint-Étienne , eut la témérité de courir en 1 522. Au commencement du dix-huitième siècle un cavalier étranger voulut limiter; il paria de faire trois fois le tour de cette galerie : deux de ses courses lui réussirent,
mais à la troisième le pied lui manqua, il tomba mort au pied de l’édifice; un chien qui l’accompagnait, se jeta après lui: aussi voit-on un chien de pierre destiné à perpétuer le souvenir de ce malheur et la fidélité de cet animal.
Une femme, il y a quelques années, se précipita du haut de la plate-forme; dans la chute son soulier resta accroché à l’une des tourelles, qui, depuis, a été surmontée d’un soulier en pierre.
A l’entrée de la plate-forme on voit la jolie maisonnette des gardes de la tour, qui sont au nombre de deux pendant le jour et de quatre pendant la nuit; ils sont tenus de sonner tous les quarts d’heure et de répéter les heures sur une cloche destinée à cet usage ; de cette manière , il est facile à l’autorité de s’assurer de la régularité du service et de savoir s’ils font ou non les rondes fréquentes qui leur sont imposées. A la vue d’un incendie, leur devoir est d’en donner le signal en exposant pendant le jour un
LA CATHÉDRALE
drapeau rouge, placé dans la direction du feu , et pendant la nuit un grand pot à feu.
Autrefois ces gardes sonnaient , à huit heures du soir et à minuit , dans un grand cor d’airain, en mémoire d’une trahison projetée par les Juifs, dont la ville devait être la victime. Cet usage a subsisté jusqu’à la révolution ; aussi avant cette époque la seule famille Cerf-Beer avait-elle le droit d’habiter dans la ville ; les autres Juifs n’y pouvaient séjourner qu’en logeant chez elle.
Les gardes sonnaient aussi, entre trois et quatre heures du matin et sept et huit heures du soir, d’anciens cantiques.
Dans l’intérieur de leur maisonnette, on voit deux grandes grues destinées à monter les cloches et les matériaux nécessaires aux réparations de la tour.
Au milieu de la plate-forme est un couvercle en cuivre, fait en 1749. Cette ouverture , de sept pieds onze pouces et neuf lignes de diamètre , répond à la nef.
Yis-à-vis de la maisonnette des gardes
LA CATHÉDRALE
sont placées les statues de saint Laurent et de sainte Catherine, et deux autres figures , dont l une passe pour être celle d’Erwin de Steinbach ; la seconde , qui représente un personnage inconnu , semble considérer la hauteur de la tour.
Près de ces statues se trouve une inscription gravée sur un marbre noir, en mémoire d’un tremblement de terre qui eut lieu le 3 août 1728. La commotion fut si forte que tout l’édifice en fut ébranlé, et l’eau qui se trouvait dans les réservoirs fut élevée, dans son agitation, à hauteur d’homme, et jetée jusqu’à la distance de dix-huit pieds.
Voici cette inscription :
a Terrœ motus , quo die 3 mensis Augusti anno 1728 summum Templum cum Civitate , nec non vicinis longe lateque provinciis , concussum fuit , maxirna vi stupendus ad modum aquas ad dimidiam viri staturam evectas , ex hoc receptaculo in subjectam aream octodecim usque pedes ejecit. »
A la galerie qui entoure la plate-forme
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sont fixés deux tableaux indiquant, avec une précision parfaite, la position géographique des principales villes, leur distance de cet édifice , et la hauteur de ce dernier au-dessus du niveau de la mer; cette hauteur est de six cent cinquante-sept pieds jusqu’à la plate-forme, de sept cent soixantequatorze jusqu’aux tourelles, et de huit cent quatre-vingt-six jusqu’au sommet.
En entrant sous la voûte, on remarque un couvercle en cuivre, pareil à celui dont nous avons parlé , et une foule d’inscriptions écrites ou taillées dans le mur. On y lit aussi les noms de plusieurs hommes célèbres qui ont visité la cathédrale.
l’horloge de la tour.
A la gauche de l’entrée de la voûte, est placée l’horloge construite en 1786 par MM. Maybaum père et fils , célèbres horlogers de Strasbourg. Cet ouvrage est remarquable par sa belle simplicité.
LA. CATHEDRA.LE
Sa hauteur est de huit pieds, sur cinq de longueur et de largeur. Huit livres de poids font mouvoir toute la mécanique, quoique la lentille pèse cent cinquante-une livres, le cylindre et la première roue de remonte , deux cent quatre-vingt-treize. Le balancier a sept pieds six pouces , et l’ancre 4 qui gouverne l’échappement, quinze pieds. Cette horloge ne sonne par elle-même que les heures ; pour la sonnerie des quarts , il faut, comme nous l’avons dit, l’aide de mains d’hommes.