SITUATION GÉOGRAPHIQUE
d’Alsace. Elle est aujourd’hui partagée en deux départements, désignés sous les noms de Haut et Bas-Rhin.
Les limites du département du Bas-Rhin sont, vers le nord, le département de la Moselle et la Bavière rhénane ; au sud , le département du Haut-Rhin ; à l’ouest , ceux de la Meurthe et des Vosges, et à l’est, le Rhin, qui le sépare du grand-duché de Bade.
Sa situation géographique est entre le 48e et le 49e degré de latitude septentrionale, et entre le 24e et le 25e degré de longitude orientale, selon le méridien de l’ïlede-Fer. Son étendue, du nord au sud, est de 110 kilomètres, (24 lieues) -, sa plus grande largeur , de l’est à l’ouest , de 83 kilomètres (18 lieues) , et sa superficie, de 417,500 hectares , ou de 21 1 lieues carrées. Sa population, d’après le recensement du 30 décembre 1836 , est de 561 ,859 âmes.
Strasbourg , ancienne capitale de l’ Al—
sace , et l’un des plus importants boulevards du royaume, est le chef-lieu de ce département. Cette ville est située sous le 25° 26' 18" de longitude orientale, et le 48” 34' 56" de latitude septentrionale, dans une plaine riche et fertile , à environ une demi -lieue du Rhin. L’élévation de son sol au-dessus du niveau de la mer est de 448 % pieds, ou 145 mètres 70 centimètres. Sa population, d’après le dernier recensement, est de 57,885 âmes. Elle est à neuf lieues de Saverne , treize de Wissembourg et huit de Sélestadt, chefs-lieux des sous-préfectures du département, et â cent onze lieues de Paris par la route de Sézanne.
L’époque de la fondation de notre ville se perd dans la nuit des temps. Le plus ancien nom que l’histoire du pays lui assigne, est celui Argent or at ; il est d’origine cel-
tique et signifie : ville près du bac. Ce nom lui fut donné, sans doute, par une des peuplades gauloises qui habitèrent noire province avant l’invasion romaine , et qui en furent expulsées par les Triboques venant de la Germanie, dans le temps où Jules -César fit la conquête des Gaules. Comme ce célèbre conquérant ne fait , dans ses Commentaires, aucune mention d’ Argenterai , cette ville paraît avoir été, à cette époque , un endroit bien peu considérable.
Elle acquit bien plus d’importance sous la domination des Romains , qui lui conservèrent son ancien nom, en y ajoutant toutefois la syllabe um. Située sur une rivière , et dans la proximité de la Germanie, elle fut par eux transformée en forteresse, et devint en peu de temps une place militaire du premier rang; car le géographe Ptolémée, qui vécut à Alexandrie au second siècle de 1ère chrétienne , nous la fait connaître comme étant le lieu de garnison de la huitième légion , dite auguste ; on pré-
tend même quelle renfermait de vastes arsenaux et de nombreuses manufactures d’armes.
Plusieurs excavations, faites dans son enceinte, ont d’ailleurs fourni d’irrécusables témoignages du séjour qu’y firent les légions romaines1. Ces monuments sont déposés dans nos musées archéologiques.
Argentorat , ravagé à diverses reprises , fut enfin détruit de fond en comble , vers le milieu du cinquième siècle , par les hordes d’Attila et par les Alémans.
La voie romaine qui traversait l’ancien Argentorat, et un château fort construit sur ses ruines au commencement du sixième siècle , firent donner à la nouvelle ville élevée non loin de ce fort , le nom de Strateburgum 2 . On ne connaît pas la date
1 Argentorat faisait partie de la Germanie première ( Germania prima), qui comprenait toute la Basse-Alsace.
2 De strata , sous-entendu via, et de burgus, château fort. L’empereur Lothaire distingue, dans
précise de sa fondation ; mais, d’après toutes les probabilités, elle doit remonter au règne des premiers rois francs.
Après avoir successivement fait partie de l’empire de Cbarlemagne et du royaume de Lothaire, Strasbourg devint une ville libre impériale.
Elle commença de bonne heure à jouir de plusieurs franchises que les rois et les empereurs , qui séjournèrent assez souvent dans ses murs , lui avaient successivement accordées. Les ducs et les comtes provinciaux 11’exeFcèrent sur elle aucune juridiction ; elle devint la résidence ordinaire d’un comte royal , plus tard impérial.
C’est particulièrement sous le règne des empereurs de la maison de Saxe que la prospérité de Strasbourg prit un large développement. En 1.1.29, Lothaire le Saxon accorda aux habitants de cette ville, la fa-
son document écrit en 845 , la ville de Strasbourg de l’ancienne ville alors en ruines. (Yoyez Hermann.)
culté de ne pouvoir être cités en justice hors des murs de la ville, privilège qui les délia de toute autorité autre que la sienne, et fit de Strasbourg une ville impériale. Les Hohenstauffen, en même temps empereurs d’Allemagne et ducs d’Alsace, la favorisèrent également. L’empereur Philippe délivra en 1205 , de toutes charges et impôts , les biens que les bourgeois de cette commune possédaient dans la circonscription de la province. En 1226 ils furent exceptés de la loi onéreuse qui mettait les seigneurs des contrées riveraines du Rhin et des autres rivières de l’Allemagne en possession de la cargaison des bâtiments échoués.
Après avoir victorieusement soutenu une lutte sanglante contre Walther de Géroldseck, l un de ses évêques qui en voulait à son indépendance , et par suite d’une révolution , qui , en 1 332 avait fait passer le pouvoir dans les mains des plébéiens, la ville se donna une constitution nouvelle, dans laquelle les droits de la bourgeoisie
avaient été fixés d’une manière nette et précise. Modifiée en quelque point , cette forme gouvernementale resta la même pendant plusieurs siècles. Le caractère d’originalité qui régnait dans la composition de cette ancienne magistrature de Strasbourg, mérite que nous entrions dans quelques détails à son égard.
Le premier corps judiciaire était le grand sénat , composé de trente membres , dont dix nobles et vingt plébéiens. Ce corps qui se renouvelait chaque année par moitié, était présidé par un préteur ou stettmeistre, assisté d’un ammeistre.
On comptait six stettmeistres et six ammeistres dans le gouvernement. Les premiers étaient gentilshommes , et se relevaient de trois en trois mois. Les autres étaient tirés de la bourgeoisie , et alternaient d’année en année.
Le stettmeistre régent avait la garde du sceau, et recueillait les voix; l’ammeistre seul avait le droit de convoquer le sénat, dans lequel il opinait le premier.
Le grand sénat exerçait en dernier ressort la juridiction criminelle, tant dans la ville que dans les seigneuries qui en dépendaient ; il faisait droit aux requêtes et aux plaintes, en renvoyant les parties devant les tribunaux compétents.
Le petit sénat était composé de six conseillers nobles et de seize plébéiens ; il était présidé par l’ammeistre sortant de régence , et jugeait les affaires civiles.
Venaient ensuite les corps gouvernants, dont la réunion constituait la régence perpétuelle ( das bestœndige Régiment). Ces corps étaient au nombre de trois : la chambre des XIII , celle des XV et celle des XXI.
La chambre des XIII était composée de quatre stettmeistres , de six ammeistres et de quatre conseillers tirés de la bourgeoisie.
Ses attributions étaient les relations avec les puissances étrangères.
La chambre des XV était composée de cinq gentilshommes, dont deux étaient stettmeistres, et de dix plébéiens. Elle "veillait à l’exécution des lois; elle était chargée du maintien de la police intérieure et des dépenses de la ville.
Les XXI ne formaient point une chambre constituée ; on appelait ainsi les magistrats qui aspiraient à l’entrée de celle des XIII ou des XV.
La réunion du grand sénat et de ces chambres, qualifiées de secrètes ou intimes , était appelée le Conseil et les XXI [Rath und XXI).
C’est devant cette assemblée que se portaient les affaires ecclésiastiques et les différends entre les cultes ; elle seule avait le droit de commuer les peines , d’élire les assesseurs des trois chambres , et de nommer les principaux officiers civils et militaires.
Les habitants de Strasbourg étaient partagés en deux classes : les nobles et les plébéiens. Les premiers se réunissaient à leur directoire, et les derniers étaient divisés en vingt tribus: chacune avait son chef particulier , qui était membre de l’un des trois corps de la régence perpétuelle , et qui comptait pour assesseurs quinze notables que l’on appelait échevins ( Schœffen ). Ces assesseurs formaient le tribunal de la tribu, et c’était de leur sein que se tiraient les vingt conseillers pour la formation du sénat.
Les échevins des diverses tribus réunies formaient le grand conseil dont les décisions avaient force de loi.
Les hommes de lettres et tous les fonctionnaires de l’instruction publique, sans égard pour leur érudition ou leurs talents, ne pouvaient siéger que dans les tribus, avec les corps de métiers ; les nobles seuls avaient le droit d’entrer au directoire.
Le peuple et les magistrats se liaient