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TEMPLE-NEUF

Le seul aspect de cet édifice fait juger de son antiquité. Il fut élevé, en 1254, pour un couvent de Dominicains. Ces religieux l’habitèrent jusqu’en 1521, époque à laquelle ils renoncèrent presque tous à leurs vœux.

En 1537, ce couvent fut converti en col-

lége 1 , mais l’église resta fermée jusqu’à ce que, sous le règne de Charles V, fût publié le formulaire de foi appelé Intérim , en vertu duquel la Cathédrale, dont les protestants s’étaient emparés lors de la réformation, fut restituée aux catholiques en échange de cette église.

Charles Y ayant abdiqué la souveraineté pour se retirer dans un monastère, les choses changèrent de face : les ecclésiastiques catholiques, faute de protection, cessèrent d’eux-mêmes leurs offices, et les protestants retournèrent à la Cathédrale. Lors de la soumission de Strasbourg à la France, l’église des Dominicains, de nouveau affectée aux protestants, reçut le nom de Temple- Neuf.

Ce temple renferme de superbes orgues, exécutées par André Silbermann ; un beau monument érigé à la mémoire de Jean- Laurent Blessig , un des théologiens pro-

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MONUMENTS ET CURIOSITÉS. l3q

testants les plus distingués: M. Ohmacht ne pouvait le représenter sous un emblème plus heureux ; la pierre monumentale de J. Tauler , dominicain, et célèbre prédicateur du lke siècle, mort eu 1361 ; celle de J. Ortwin, du même ordre, suffragant de l’évêque de Strasbourg, décédé après le commencement du 16e siècle; les bustes du baron de Türckheim , ancien président du directoire de la confession d’Augsbourg, et celui de Fr. Redslob , inspecteur ecclésiastique et professeur en théologie.

Un autre monument singulier, dont on ignorait l’existence , et dont on ne peut encore fixer l’origine d’une manière certaine, a été découvert en cette église pendant l’été de 1824.

a On était occupé , dit notre savant corner patriote, M. Schweighæuser fils, à regrat- « ter et à reblanchir l’intérieur de cette « église , lorsque les ouvriers , près de ter- « miner leur travail, s’aperçurent, en pei- « gnant un bas de muraille où il existait

« une crevasse , qu’il se formait sous la cr brosse des bulles colorées. Cette circoncr stance donna lieu à l’architecte, M. Arcr noîd , de soupçonner l’existence de peiner tures cachées ; et , en effet , les anciennes tr couches de chaux ayant été soigneuserc ment lavées , on découvrit une série de cr tableaux représentant, à l’exception d’un cr seul, différents groupes d’une Danse des a Morts. Ces tableaux , pris en masse, resor semblent, sous le rapport de l’idée precr mière et de la disposition , à la fameuse cr Danse des Morts de Bâle ; mais , dans les cr détails, ils sont d’une composition plus cr originale, et me paraissent préférables, cr Le Sermon du Dominicain, par lequel ouvre cr cette danse des morts , comme celle de cr Bâle , qui se trouvait aussi dans une église cr de Dominicains, est surtout d’une trèscr belle composition , et ne se trouve que cr très-peu endommagé. D’autres groupes cr ont souffert davantage. Ces altérations « doivent remonter au temps où l’église ,

cc abandonnée en 1 546 parles moines, après « avoir servi quelque temps de magasin, « fut, en 1681, définitivement consacrée « au culte évangélique. Les murs durent en cr être blanchis à cette époque, ou peutcc être à une époque antérieure, lorsque les cc protestants l’occupèrent une première fois cc pendant le court espace de 1549 à 1561. cc Ces tableaux commencent à sept pieds cc au-dessus du sol , et ont plus de sept pieds cc de hauteur. Les figures sont un peu plus cc que de grandeur naturelle. Les groupes, cc séparés par de petites colonnes peintes , et cc surmontés chacun d’un arc également cc peint , ont de cinq pieds et demi à six pieds cc de large. Le premier tableau ne fait pas cc partie de la Danse des M arts ; il représente, cc dans trois compartiments, un grand nomcc bre de saints ; il y en a neuf ou dix dans cc chaque compartiment, et les noms sont cc écrits au-dessous de chaque figure. La cc peinture paraît être d’une autre main que « la Danse des Morts , et d’une époque plus

l4‘i monuments et curiosités.

cc ancienne. Ensuite vient le Sermon , cornet position de douze figures : trois femmes ce sont assises sous la chaire ; à côté d’elles ce se tiennent deux personnages mal caraccc térisés; puis un évêque, un cardinal, un cc pape, etc. Immédiatement après le Serai mon, c’est la Mort qui vient chercher un cc pape ; une figure accessoire complète ce cc tableau. Dans le troisième, la Mort e lier lève deux cardinaux ; dans le quatrième , cc un empereur et une impératrice, derrière cc lesquels une suivante regarde avec indifcc férence; et dans le cinquième, quatre cc personnages, parmi lesquels on remarque cc un jeune homme , dont la tête est ornée cc d’une couronne de fleurs. Les quinze tare bleaux qui suivent, représentent des évêcc ques, des abbés et des moines de tous les cc ordres, dont la Mort fait sa proie. Le cc reste de la série est très-endommagé et à cc peine distinct ; cependant la suite est indice quée par une inscription presque effacée, c< et qui contient une maxime de morale.

ce La tête de la Mort , dans ces tableaux , ce est moins décharnée que dans les grâce vures des tableaux de Bâle ; les traits de ce son visage offrent une expression toujours ce variée. Les vivants que cette hideuse fiée gure traîne à sa suite, sont souvent ingéee nieusement groupés. Le dessin des corps ce présente quelques inexactitudes, mais les ce visages sont , pour la plupart , très-bien ce peints. Le choix des couleurs et la maee nière dont les draperies sont traitées , ce sont remarquables. »

Cette église ayant été construite pendant le treizième siècle , sa Danse des Morts doit dater du quatorzième ou du quinzième siècle au plus tard. C’est dans ces deux siècles, dit M. Gabriel Peignot, auteur de savantes recherches sur l’antiquité1, qu’on a multiplié davantage ces sortes de peintures.

1 Recherches historiques sur les danses des morts et sur l'origine des cartes à jouer; par Gabriel Peignot; un fort volume in-8°, imprimé sur papier fin d’Annonay, et orné de cinq lithographies

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