LE CONTADES
La promenade du Gontades se présente au sortir de la porte des Juifs; comme le Broglie, elle porte le nom d’un ancien gouverneur d’Alsace.
Le Gontades a été planté sur l’emplacement où s’exercaient au tir les anciens arquebusiers de la ville de Strasbourg , qui jouissaient d’une haute réputation d’adresse et de valeur.
Les arbres qui ombrageaient le Contades furent abattus en 1793, et la disposition actuelle des lieux ne date que de 1799. Cette promenade se compose de belles allées de tilleuls, de platanes et de marronniers; toutes ces allées viennent aboutir à de vastes rondelles. Depuis quelques années on y a même ajouté des parties anglaises.
En général, le Contades forme dans son ensemble un point de réunion fort agréable.
Deux restaurants, très- achalandés , se
PROMENADES
trouvent au fond et à droite de cette promenade. Le propriétaire d’un de ces établissements, M. Bonnard, a établi, dans le jardin qui en fait partie, un pont en fil de fer , au moyen duquel on peut , en traversant un bras de l’Ill, se rendre à un tir de pistolet très-fréquenté.
L’autre, appartenant à M. Lips, se distingue par la richesse et le bon goût des constructions dont le jardin est orné.
Peu après la victoire de Hohenlinden, cette promenade fut dédiée au général Moreau et devait porter le nom de la fameuse bataille qu’il venait de gagner. Les événements qui traversèrent la vie de ce grand guerrier empêchèrent la réalisation de ce projet.
En suivant la route qui se présente à la gauche du Contades , on parvient aux villages de Schiltigheim , Bischheim et Hœn heim.
Schiltigheim, chef-lieu du canton de ce nom , situé à un quart de lieue des portes de Strasbourg, a 21 40 habitants. Son air pur et sa proximité de la ville attirent beaucoup de personnes de Strasbourg, qui y ont établi des maisons de campagne.
L’emplacement où se trouve Schiltigheim est célèbre dans l’histoire par la victoire que l’empereur Julien y remporta en 357 sur les Alémans. Les valeureux efforts des troupes qui protégeaient Strasbourg lors du
blocus de 1815, et le quartier-général du 5e corps d’observation de l’armée du Rhin, qui y était établi durant cette mémorable campagne , lui ont acquis une célébrité plus nouvelle.
Bischheim , sur la Saum , est un village assez considérable, d’environ 2000 habitants. On y remarque une belle église et une synagogue. Non loin de là se trouve un jardin public appelé le Jardin d'Angleterre , où le tabac fut pour la première fois cultivé en Alsace; il est arrosé par 1111, qui offre les moyens de s’y rendre par eau. Bischheim est la patrie du poète Lippmann-Moïse Bischenthal. On y trouve une auberge fort bien tenue, d’où l’on contemple, à travers des vitraux de diverses couleurs, le plus bel aspect que puisse offrir la nature cultivée.
Hœnheim, le plus éloigné de ces villages, est situé sur la route de Strasbourg à Mayence. On y compte environ 1000 habitants.
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Derrière Hœnheim , se présente Sufjelweyersheim. Toutes les constructions de ce village ont été élevées depuis 1815. Dans cette année désastreuse ,. ce village fut réduit en cendres par les troupes wurtembergeoises, en punition du patriotisme de ses habitants, qui avaient couru aux armes pour défendre leurs chaumières. Plusieurs de ces braves villageois, arrêtés et condamnés à mort, ne durent la vie qu’aux sollicitations du respectable pasteur de Schiltigheim, M. Dannenberger , qui obtint leur grâce du général ennemi.
Dans une direction plus occidentale , sont situés les villages d’ Oberhausbergheim , Mit telhausbergheim et Niederhausbergheim .
Oberhausbergheim , placé sur l’ancienne route de Strasbourg à Saverne, compte environ 400 âmes. L’évêque de Strasbourg possédait dans les environs de ce village un château fort que les Strasbourgeois rasèrent en 1261, dans la crainte que ce prélat ne s’en servît pour y réunir des troupes.
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Le second de ces villages, situé à peu de distance du premier , ne compte qu’environ 200 âmes. On remarque dans ses environs un défilé connu sous la dénomination de chemin creux; il est d’un effet très-pittoresque , et conduit dans les plaines fertiles du Kochersberg. Une vue de ce passage a été prise par le célèbre paysagiste, M. Helmsdorf.
N ieder hausser gheirn est situé au pied d’une jolie colline couverte de vignobles, au haut de laquelle on découvre tout le pays. La population de ce village se compose d’environ 400 habitants.
Wolfisheim, sur la route de Strasbourg à Soultz-les-Bains, compte 700 habitants. Il est le chef-lieu d’un consistoire de la confession d’Augsbourg , qui comprend dix communes. C’est dans ce village que se rendaient les réformés, avant qu’un temple de ce culte ne fût construit dans l’intérieur de Strasbourg.
Oberschœffolsheim , sur la même route,
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possède une population d’environ 500 habitants. Ce village est célèbre dans l’histoire d’Alsace par le combat qu’y livrèrent , en 1320, Louis de Bavière et Frédéric d’Autriche.
EckJjolsheim est situé à la gauche de ces villages , non loin du canal de la Bruche. Sa population s’élève à 1140 âmes. Les amateurs de bonne chère trouveront d’excellents poissons dans les auberges de ce village. A proximité d’Eckboîsheim existe une jolie campagne , qui était anciennement un couvent de chartreux.
A peu de distance de ce village , et sur le même canal, se trouvent Achenheim , Breuschwickersheim et son ancien château seigneurial, et, enfin, Uangenbieten , sur le penchant d’un coteau magnifique au pied duquel se déroule un des plus beaux tableaux que l’œil puisse embrasser. Ce village renferme une population de 500 habitants.
Il serait difficile de décrire les beaux sites
qu’offrent aux promeneurs les rives de ce canal. La droite, couverte de verdoyantes prairies et de forêts magnifiques , forme un contraste enchanteur avec la rive opposée , sur laquelle se déploie une série de maisons et de jardins , dont la disposition pittoresque et variée présente à chaque pas des tableaux toujours nouveaux et toujours attrayants.
Sur la route de Strasbourg à Obernai se présente Lingolsheim , dont les gâteaux jouissent d’une certaine réputation dans les fastes de la gastronomie locale.
Entzheim , village d’environ 800 âmes situé à une lieue audelà du précédent.
Une action très-chaude eut lieu près de ce village , entre les troupes impériales commandées par le général Bournonville , et l’armée française, sous les ordres de Turenne, en 1674.
Sur la route de Strasbourg à Lyon sont situés Illkirch et Grafenstaden , villages qui renferment de fort jolies campagnes. Les
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bois situés à leur proximité en forment un séjour très-agréable , et offrent aux habitants des promenades délicieuses.
On montre encore à Ilîkirch la maison où fut signée , le 30 septembre 1681 , la capitulation de Strasbourg.
Grafenstaden est remarquable par sa manufacture d’acier.
Ces deux villages, réunis sous l’administration d’un seul maire , comptent environ 2000 habitants. Le canal magnifique qui opère la jonction du Rhône au Rhin passe près d’Illkirch.
Non loin de Grafenstaden , et à proximité du cours de l’Ill , est Ostwald ou IIIwickersheim , autrefois un lieu de pèlerinage. La beauté de son site , l’étendue de la forêt qui l’avoisine , en ont fait un des points les plus fréquentés par les amateurs de promenades nautiques.
A une demi-lieue de Grafenstaden , est encore situé Geispolzheim , chef-lieu du canton de ce nom. La principale industrie des
habitants est la culture des choux ; aussi estime-t-on à environ 150,000 le nombre de choux qu’ils amènent chaque année sur les marchés de Strasbourg.
A peu de distance de Geispolzheim se trouve Blœsheim aux jolies filles. Les paysannes de ce village passent pour être de toutes celles des environs de Strasbourg, les plus avantagées par la nature.
En deçà de Grafenstaden , et à gauche de la route de Strasbourg à Lyon , est situé le Neuhof , qui forme une dépendance de Strasbourg , et compte environ 900 habitants. Il est voisin de bois étendus et bien percés, appartenant à la ville de Strasbourg. Le Rhin qui avoisine cette forêt , y envoie par plusieurs ruisseaux la fraîcheur et la fécondité. La maison du garde-chasse, appelée le Jœgerhof, est le lieu de réunion des Strasbourgeois pendant la saison des chasses.
En sortant du Neuhof, on remarque le Polygone , à l’entrée duquel existe un obé-
lisque , élevé à la mémoire du général Kléber. Le bas-relief qui se trouve sur la face principale de ce monument , est malheureusement sans goût et d’une exécution très-grossière. On reproche également au sculpteur de n avoir pas rendu l’idée morale du fanatisme religieux, en mettant un crocodile à la place de l’assassin Soleyman. L’allégorie est du reste ici un effort hors de raison ; le véritable artiste l’aurait rejetée, et la rejettera partout où la représentation historique offre des leçons plus sévères que le merveilleux de la fable.
Près du Polygone s’élèvent une quantité de constructions nouvelles qui promettent de former sous peu un village assez considérable.
Dans la direction orientale de la ville se trouve la Citadelle. Nous avons parlé de l’aspect formidable quelle présente par ses belles fortifications 1. Nous devons ajouter
1 Yoir l’article des Fortifications , dans l’Aperçu général.
ici, que presque tous les bâtiments qu elle renferme ont une destination militaire. La Citadelle et les redoutes accessoires , établies dans rile-du-Rhin, furent construites par entreprise pour la somme de deux millions de livres. Il résidait autrefois dans cette forteresse un juge royal , qui connaissait et jugeait les différends entre les vivandiers, et les crimes et délits des soldats. Ce siège de justice fut supprimé en 1790.
Après avoir passé la porte de secours pour sortir de la Citadelle , on se trouve sur une large et belle route, qui aboutit au petit bras du Rhin , connu sous la dénomination de bras mobile. Une partie de ses eaux alimentent le canal du Rhin, qui vient se joindre à T 111 dans l’intérieur de Strasbourg , sous le Pont-aux-Chats.
Le canal du Rhin sert à la fois de communication avec ce fleuve et de complément au système d’inondation qui fait partie de la défense de Strasbourg et de sa citadelle.
En continuant la route du Rhin, on parvient au mausolée du général Desaix.
A la vue de ce monument , tout citoyen doit éprouver une émotion glorieuse , une sympathie morale avec le héros dont la vie a répandu un si grand éclat sur les fastes des armées françaises , et qui , mourant au champ d’honneur, n’exprimait d’autre regret que celui de n’avoir point assez fait pour la postérité.
Ce mausolée , construit d’après les dessins de Weinbrenner, est de forme carrée. L’exécution en fut dirigée par M. Ohmacht, et les bas - reliefs qui le décorent sont dus au ciseau de ce célèbre statuaire.
La face principale est ornée du buste du général , placé entre deux figures emblématiques, dont l’une lui décerne une couronne de lauriers. Les trois autres faces représentent le passage du Rhin , la défaite de Mourad-Bey dans la Haute-Égypte , et enfin la mort du général à Marengo.
A chaque angle du monument est placé
un génie , tenant dans ses mains la palme de l’immortalité et une couronne de laurier.
Une table en marbre noir , placée entre deux faisceaux d’armes, orne la base du mausolée et en indique la destination ; elle porte l’inscription suivante : Au général Desaix , V armée du Rhin. 1800.
Ce monument n’est malheureusement qu’un cénotaphe : les cendres de Desaix reposent au sommet du mont Saint-Bernard.
Non loin du mausolée , s’offre le fleuve magnifique qu’illustrèrent à la fois les armes et les muses françaises. Le Thalweg du Rhin, c’est-à-dire, le fil d’eau le plus propre à la navigation d’aval, constitue aujourd’hui la limite de la France.
La navigation du Rhin était autrefois une industrie très-productive pour la ville de Strasbourg. Ses bateliers seuls avaient le droit de transporter les marchandises sur toute l’étendue de ce fleuve, comprise entre cette ville et Mayence. Ils furent contraints,
en 1681 , à partager leur privilège avec les bateliers de cette dernière ville, et, plus tard , avec ceux de plusieurs autres États riverains ; le batelage perdit ainsi de sa première importance; mais il acquit, au commencement du dix-neuvième siècle, une nouvelle activité, résultat de nos guerres continuelles avec l’Allemagne. Espérons que la navigation du Rhin reprendra une partie de son importance après l’achèvement du canal de l’Est.
Dans toute l’étendue du territoire français, les communications entre les deux rives du Rhin n’ont lieu qu’au moyen d’un seul pont : il est placé entre Strasbourg et Kehl. Pour remédier à cet inconvénient, on a établi plusieurs bacs propres à faciliter la traversée du fleuve.
La vue du Rhin a toujours frappé d’admiration le voyageur qui visita pour la première fois ces contrées. L’étendue de son lit, la rapidité de son cours, les paysages enchanteurs que présentent ses rives , et
par-dessus tout, les souvenirs glorieux que son nom rappelle, saisissent l’âme d’une émotion indéfinissable.
On traversait autrefois , pour se rendre à Kehl , un pont magnifique, construit dans le genre de celui qui se trouve sur le Petit- Rhin.
Ce pont, qui coûta à l’État environ huit cent mille francs, reposait sur trente arches ; il avait douze cent dix-huit pieds de longueur de l’une à l’autre culée. La voie destinée aux voitures était assez large pour que deux fourgons pussent y passer de front; des trottoirs, séparés de chaque côté par de fortes barrières, garantissaient aux piétons une circulation facile et commode.
Les travées en forme d’arches qui soutenaient ce pont, étaient si artistement enchâssées , qu’il pouvait , en cas de nécessité , être démonté dans l’espace de deux jours, et être remis en place avec une célérité non moins surprenante. Ce pont, brûlé en par-
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tie par les troupes allemandes , lors des désastres de 1815, fut enfin entièrement démoli en 1825.
Nous terminerons ici notre travail. Le cadre dans lequel nous avons dû le restreindre ne nous a permis de parler des événements qui se sont accomplis dans l’antique et florissante ville de Strasbourg , que lorsqu’ils se rattachaient aux monuments que nous avions à décrire. Le tableau chronologique qui termine cet ouvrage doit suppléer à cette lacune.
Quoique ce ne soit pas dans ce tableau de dates, dans cette série de faits sans liaison et sans enchaînement , que les étrangers qui consultent pour la première fois nos annales, trouveront matière à approfondir le caractère , la générosité et les vertus civiques de nos ancêtres: nous espérons qu’il leur donnera du moins une idée du rôle important que ces hommes jouèrent dans l’histoire, delà persévérante énergie avec laquelle iis ont conservé pen-
dant de si longues années leurs antiques franchises.
Si ce tableau fait naître parmi nos lecteurs le désir de recourir aux sources où nous avons puisé , et de faire une connaissance plus particulière avec les hommes dont Strasbourg s’honore à de si justes titres, nos vœux les plus chers seront accomplis.