‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 108 sur 168 · I. DGËANÎE · texte numérisé non relu

I. DGËANÎE

Chez les peuplades sauvages , la médecine paraît encore aujourd'hui , d'après les rapports des voyageurs , presque dans son état de simplicité primitive. L'empirisme, comme doctrine , y règne à peu près exclusivement; et la pathologie, comme application, s'y réduit , assez généralement, à la médecine expectante, à quelques médications topiques, à quelques opérations chirurgicales exécutées par ces naturels avec une dextérité souvent très-remarquable.

Kolbenloue beaucoup, sous ce rapport, l'habileté desHottentols, et leur accorde même certaines connaissances anatomiques. Parmi ces opérations, les unes sont le résultat d'usages superstitieux: telles que l'amputation d'un doigt, l'ablation d'un testicule, etc.; les autres sont des moyens de parure : telles que le tatouage, la perforation du nez , des oreilles , etc. , pour y suspendre des ornements; d'autres, enfin, sont pratiquées dans un but curatif : ainsi les émissions sanguines, surtout locales, sont assez fréquemment employées chez les sauvages avec des procédés variables dans chaque peuplade.

Bougainville rapporte les avoir vu faire , chez les Patagons , au moyen d'un bois tranchant dont on frappait la tête ; Wœiïer , à l'isthme de Panama , au moyen de petites flèches décochées , avec un arc, sur différentes parties du corps. Les Canadiens effectuent de véritables scarifications ; les Caffres s'ouvrent les veines avec un os de goulu, etc. Les hordes sauvages ont souvent recours aux applications du feu : les Kamtschadales préparent des moxas au moyen d'un champignon desséché ; dans l'Amérique septentrionale , on fait un usage plus fréquent du cautère actuel.

Quelques plantes affectées à la guérison de certaines maladies , et dont les vertus curatives sont transmises , par tradition , dans les familles, forment à peu près toutes les richesses de la matière médicale chez les sauvages; encore les emploient-ils rarement à l'intérieur, mais presque toujours en topiques ; de telle sorte que, pour toutes leurs maladies, la thérapeutique se borne ordinairement au traitement chirurgical. En pénétrant chez ces indigènes, les

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peuples civilisés leur ont donné quelques notions sur l'ail dé guérir ; mais en même temps ils leur ont importé des maladies qu'ils ne connaissaient pas , entre autres, la syphilis; de telle sorte qu'il serait difficile de décider si leur ignorance primitive n'était pas préférable à leur science d'aujourd'hui ; science pathologique, du reste, aussi bornée que leur hygiène, qui consiste surtout à se couvrir la peau de substances grasses différemment colorées. A la terre de Van-Diémen, par exemple, c'est un mélange d'huile, d'ocre cl de charbon ; chez les Gouanches des îles Canaries , c'est du suif incorporé dans les sucs de certaines plantes, etc. Cette pratique est tellement générale, qu'il paraît naturel d'y trouver un moyen préservatif contre les influences extérieures.

Plusieurs sophistes n'ont pas manqué de regarder les sauvages, môme du point de vue où nous les étudions, comme plus heureux que les peuples civilisés. Mais la question est tout autrement résolue pour l'homme de sens, pour l'observateur consciencieux, voyant ces infortunés sauvages souvent affectés de maladies graves contre lesquelles ils ne possèdent qu'un art impuissant pour seconder la nature , qui , chez eux, n'a pas tous les avantages qu'on lui suppose ; pour le médecin instruit , considérant ces malheureux fréquemment poursuivis par des épidémies auxquelles ils ne savent rien opposer , et qui dépeuplent d'autant plus facilement leur pays , qu'ils en favorisent encore les progrès et les funestes effets, par l'épouvante et la terreur.

Du reste, partout ils professent la plus haute estime pour ceux qui, dans leurs peuplades, exercent la médecine. Le plus ordinairement celle mission est remplie par leurs prêtres. Chez les Holtenlols, au rapport de Kolben, le médecin est choisi parmi les plus capables de la nation, pour veiller à la santé publique, et devient ainsi la troisième personne de L'État.

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