AVANTAGES, DANGERS DES SYSTÈMES
Les médecins ont tellement agité, sans la résoudre , la question de savoir si les doctrines pathologiques sont plus utiles que nuisibles aux progrès de la science , et s'il ne serait pas plus sage et plus avantageux de se borner à l'éclectisme , absence de toute doctrine particulière , que de chercher à compléter l'une de celles qui existent , ou môme a fonder une généralisation nouvelle des principes de la médecine, qu'il devient indispensable aujourd'hui d'approfondir et de juger sérieusement cette première question , avant de chercher la réalisation de l'un ou l'autre de ces deux résultats.
Nous établissons en thèse générale , d'après les faits et l'expérience, que, dans la médecine comme dans toutes les branches des connaissances humaines, les généralisations systématiques sont plus nuisibles qu'utiles, toutes les fois que les bases de ces généralisations sont prises dans une science étrangère à celle dont on veut fonder la doctrine. Cet axiome incontestable trouve son application plus particulière encore à la pathologie,
'I .' àYANTAGES, DANGERS DE- SYSTÈMES.
dont le plus grand nombre des systèmes offre ce vice fondamental.
« Chaque siècle a son goût particulier et sa mode , dit Cabanis , loc. cit. , ;;. 121 ; les mêmes sciences ne sont pas cultivées longtemps de suite avec la même ardeur : elles sont remplacées par d'autres; et toutes, dans ces passages alternatifs, éprouvent des changements plus ou moins favorables aux progrès de leur partie systématique. Aux différentes époques, la médecine a pris la couleur des sciences dominantes , elle a voulu parler leur langage et s'assujettir aux mêmes principes qu'elles ; de sorte qu'elle a passé tour k tour par les différents systèmes qui ont joui de quelque célébrité dans le monde. Cette nécessité de la ramener dans le cercle des faits qui lui sont propres et qui peuvent seuls fournir des résultats généraux sur la connaissance de l'homme
malade , déjà reconnue par Hippocrate, avait également été
sentie par Bacon. »
Stahl essaya l'un des premiers cette importante réforme dans le temps même où la pathologie se trouvait subjuguée par les systèmes inconsidérés du moyen âge ; et , tout habile qu'il était en chimie , proscrivit cette science avec trop de rigueur des rapports qu'elle doit présenter avec l'art de guérir. Il dit en effet: « Chimiœ usw in medicina nullus, aut fere nullus. » Et Cabanis ajoute : « Cette opinion de Stahl , vraie de son temps , l'est peut-être encore presque également aujourd'hui. »
Au point de vue d'une doctrine à fonder , cette opinion ne dit pas assez ; elle dit trop, en parlant des faibles services que la chimie doit rendre k la médecine au point de vue de la thérapeutique. Cabanis a bien senti qu'il s'était trop avancé dans ce jugement, puisqu'il ajoute un peu plus loin : « Dans l'état actuel de nos connaissances, la chimie est le flambeau de l'histoire naturelle... Elle est née pour ainsi dire avec l'art de préparer les médicaments ; elle en fait partie, et c'est d'elle que la médecine a reçu la plupart de ses moyens les plus puissants. »
Pour donner k ces appréciations le caractère de vérité qu'elles doivent offrir, il est donc bien essentiel de ne pas les faire sans