ASCLÉPIADE
Après ce long intervalle, Asclépiade, né àPruse, en Bithynie, s'étant acquis une certaine réputation dans Athènes et dans Alexandrie , vient se fixer à Rome, l'an 616, 'HO avant Jésus-Christ. N'ayant point oublié le funeste sort d'Archagatlius, il suit une route opposée. Plus rhéteur que médecin, il commence, d'après le conseil de Cicéron, son ami, pour gagner les bonnes grâces des Romains, par faire des cours d'éloquence. D'un esprit vif, entreprenant, n'ayant que des connaissances très-superficielles, il se livre ensuite, avec un grand succès, à l'enseignement et même à la pratique de la médecine. Il s'empresse de satisfaire les moindres fantaisies de ses malades ; il ne prescrit que des remèdes agréables et faciles , et séduit tous ceux qui entretiennent des rapports avec lui, par la conviction et la pureté de son langage. Du reste, sa doctrine était la philosophie corpusculaire d'Épicure. Sans aucun principe fixe, essentiellement versatile dans ses médications, il donne les moyens les plus opposés dans la même maladie; conseille les mêmes moyens dans les maladies essentiellement différentes; il traite Hippocrate avec un ton ridicule de supériorité ; blâme sa prudence , et nomme cette sage réserve qui fait attendre l'occasion favorable pour agir, « une méditation sur la mort. » Son école lui la première qui s'établit à Rome; elle produisit : Etienne de Bysance, Aufidius deSicile, Nicon d'Agrigente, Arlorius, médecin d'Auguste, ('.Indien , Nécôratus, Thémison, etc. Asclépiade n'eut
.'J2 histoire de la médecine.
qu'un mérite incontestable: celui d'avoir positivement fixé la médecine chez les Romains en y fondant une école qui, sans offrir des principes vrais , devait cependant changer entièrement la face de la science pathologique. Épicure et, peut-être plus encore, Démocrite avaient imaginé la théorie corpusculaire , sans lui donner une grande portée; mais Asclépiade en fit un système complet; et, plaçant toutes les causes actives des altérations morbifiques dans les solides, ne voyant que des causes occasionnelles dans les humeurs , il prépara tout naturellement l'apparition de la doctrine connue sons le nom de méthodisme.
THÉMISON.
Convaincu de la futilité des théories corpusculaires de son maître Asclépiade, Thémison voulut ramener la médecine à la méthode expérimentale, proscrire toute recherche des causes premières, et trouver dans l'organisme lui-même la raison des maladies et la véritable source des indications thérapeutiques. Il fut ainsi conduit à ranger les altérations morbides en deux principales classes relatives à la condition qu'elles imprimaient à la fibre organique élémentaire. Dans la première se manifestait le resserrement, la tension de cette fibre : strictum; dans la seconde, la flaccidité, le relâchement : laxum. Les indications consistaient dans l'emploi des médicaments et des moyens relâchants, pour le premier; tonique, pour le second. On voulut même créer un état intermédiaire entre ces deux extrêmes, sous le nom de mixtum. Cette condition devenait ainsi moins un effet morbide que l'état physiologique proprement dit. Thessalus et Soranus développèrent la doctrine de Thémison, qui jouit d'une grande faveur pendant plusieurs siècles et devint plus tard l'origine du solidisme. Thémison paraît avoir le premier employé les sangsues, dont on a fait, surtout en France, un si fâcheux abus dans ces derniers temps. Les méthodistes imaginèrent, sous le nom de métasijncrise , un procédé curatif dont le but est de changer l'habitude ou constitution 'd'une partie malade, ou même de l'organisme tout entier; d'attirer les humeurs du
THÉMISON, ATHÉNÉE, AGATHINUS, ARÉTÉE. 53
centre à la circonférence , par des remèdes appropriés , ordinairement très-actifs. Cette méthode est le point de départ de celles que l'on a plus tard préconisées sous les titres de méthodes altérante , dérivative , etc. La secte des méthodistes compte plusieurs médecins remarquables , au nombre desquels nous citerons Antonius Musa, A. Corn. Celse, Soranus, etc.