‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 24 sur 168 · MOYEN ACE, DÉCADENCE · texte numérisé non relu

MOYEN ACE, DÉCADENCE

pouvait attendre de cette nouvelle impulsion. Si nous recherchons en effet les noms des hommes qui se sont distingués dans cette période , nous trouvons seulement , au milieu d'un grand nombre de compilateurs impudents et sans mérite , quelques observateurs plus ou moins habiles et consciencieux, tels que Rhazes, médecin arabe qui mourut l'an 923 de Jésus-Christ ; Avicenne , le plus célèbre des pathologistes arabes, que l'on surnomma le prince des médecins , dont le mérite fut aussi réel que la vie parut aventureuse. Albucasis , mort à Cordoue en 1106. Avenzoar ou Aben-Zohar, né en Espagne en 1169, mort en 1261 , observateur assez remarquable, professant la doctrine de Galien. Averrhoës , né à Cordoue au xne siècle , plus spéculateur que praticien ; aussi disait-il : « Un honnête homme peut se plaire à étudier la médecine , mais il doit trembler quand il veut en faire la moindre application pratique , tant il est difficile de préciser les cas. »

L'art médical , dès la plus haute antiquité renfermé dans les temples, le fut, au moyen âge, dans les cloîtres, avec les mômes inconvénients et la même incapacité. Les prières, la confiance dans les reliques étaient les principaux moyens par lesquels on obtenait des cures miraculeuses. Ces pratiques s'observaient dès le vi" siècle , et furent consacrées par Charlemagne , dont les ordonnances prescrivaient l'enseignement de la médecine dans les monastères, en 805. Entre les mains des moines, la science retomba dans un empirisme peut-être moins éclairé , mais assurément plus mystique et plus superstitieux encore que ne l'avait été celui des asclépiades. Ces moines enseignaient l'art de guérir sous le nom de physique ; de là sans doute le nom de physiciens que portèrent, pendant longtemps, chez plusieurs nations, ceux qui se livraient à la pratique de cet art.

L'Italie, qui devait ultérieurement servir d'asile aux sciences et aux savants fugitifs de Constantinople tombée sous la puissance des musulmans, offrait , dès le VIIIe siècle , dans le royaume de Naples, au mont Cassin, et surtout à Salerne, un collège de médecine où les bénédictins rassemblaient, avec plus de zèle que de savoir, les écrits des médecins grecs et latins qu'ils pôUYaienl se procurer.

Mais ces nouvelles écoles n'obtinrent de célébrité que vers 1080, époque à laquelle Constantin de Cartilage, fuyant sa patrie, vint se renfermer au monastère du mont Cassin pour y déposer les connaissances qu'il avait acquises pendant ses voyages en Orient et surtout à Babylone , a. Bagdad , etc. Alors , Jean de Milan écrivit en vers ce fameux Code de santé, qui contribua peut-être beaucoup à faire connaître l'école de Salerne , dont cependant il n'est assurément pas la meilleure production.

Les Croisés , clans leurs rapports avec les Orientaux , eurent moins d'influence qu'on pourrait le penser généralement sur la propagation des sciences et des arts dans l'Occident. Les Juifs , par leur caractère industrieux, parleur mélange à tous les peuples, en offrirent davantage, sans toutefois produire des hommes trèsremarquables , puisque l'histoire n'a guère conservé pour eux d'autres noms que ceux de Farragut et de Bengesta , médecins de Charlemagne.

Toutefois, ces divers foyers d'instruction, et surtout les écoles de Salerne, de Cordoue, etc., commençaient à dissiper l'épaisse nuit qui couvrait l'Occident : l'empereur Frédéric II encouragea l'université de Bologne, qui existait déjà; fonda celles de Naples, tlf Messine, y solda des professeurs. En 1200, les écoles de Paris, de Montpellier, furent érigées en universités par Philippe- Auguste. Les papes, les rois d'Angleterre et des autres pays imitèrent ces nobles exemples; et bientôt les auteurs anciens, qui jusqu'alors n'avaient été connus , dans leur propagation , qu'à travers le prisme grossier de leurs infidèles traducteurs , parurent dans toute la pureté de leur idiome primitif.

Au milieu de circonstances aussi favorables, il semble quela médecine va reprendre la route si féconde et si vraie tracée par son illustre fondateur: cette époque si désirable n'était point encore arrivée ; et comme si la science devait parcourir le cercle complet des folies et des erreurs humaines avant de revenir à cette vérité, son premier point de départ , nous allons la voir s'abîmer plus que jamais dans les vaines recherches des causes premières , des qualités occultes des médicaments, de- la puissance des énormes, des amulettes,

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