MOYEN AGE, DÉCADENCE
réparation, va mettre le comble à tous les désastres scientifiques. La bibliothèque d'Alexandrie , cet immense dépôt des connaissances humaines, va devenir la proie des flammes.
Déjà, pendant les trop mémorables guerres civiles de Rome, une sédition ayant éclaté dans Alexandrie , César fait mettre le feu aux vaisseaux qui se trouvent dans le port ; il se communique à la bibliothèque, dont quatre cent mille volumes sont consumés. Antoine répare en partie ce malheur, en donnant à Cléopâtre la bibliothèque de Pergame, composée de deux cent mille volumes.
Dans le vne siècle, en 641 , Amrou, lieutenant du calife Omar, se rendmaître d'Alexandrie. Aux sollicitations de Jean le Grammairien, ce général, moins ignorant que son maître, semble se décider pour la conservation de ce monument scientifique, alors sans pareil dans le monde. Il écrit au calife, n'osant prendre seul une semblable détermination. Voici la réponse du stupide et farouche Omar : « Si les volumes renfermés dans la bibliothèque d'Alexandrie s'accordent avec le Coran , ils sont inutiles ; s'ils y sont contraires , ils sont dangereux; il faut donc les brûler tous. » Cet ordre inqualifiable ne fut que trop scrupuleusement exécuté. Cependant, cinq à six cents volumes échappèrent à la destruction , et dans leur nombre se trouvèrent les ouvrages d'Hippocrate et de plusieurs philosophes de l'antiquité.
La science médicale paraît alors , comme toutes les autres , frappée d'une véritable proscription. Ceux qui la cultivent avec dévouement sont obligés de chercher loin de leurs sanguinaires oppresseurs un abri contre l'ignorance et le fanatisme. Une secte religieuse, connue sous la dénomination de nestoriens, va fonder à Edesse, en Mésopotamie, une école de médecine qui devint importante par le savoir des professeurs, le nombre des élèves et surtout la bonne direction de l'enseignement pratique, donné dans un hôpital public. Les Grecs professaient la médecine d'application au lit des malades et lui donnaient le nom de clinique. « Les médecins de Cos, dit Cabanis, loc. cit. ,p. 280, étaient bien loin d'imaginer que la médecine pratique pût s'enseigner du haut d'une chaire , loin des objets sur lesquels elle doit agir. » Mais l'école
d'Édesse est peut-être la première où ces leçons expérimentales fussent positivement constituées avec le caractère d'enseignement public : nous verrons ultérieurement que c'est à celui de nos temps modernes qu'il faut surtout attribuer la grande supériorité que l'art médical présente aujourd'hui. D'autres ncstoricns établirent une seconde école à Deschondi-Sabour. C'est à ces deux écoles, et près des philosophes chassés d'Athènes , que les Arabes vinrent puiser les premiers éléments d'une science dont ils devaient conserver les dernières étincelles et ranimer plus tard le foyer presque éteint. Mais avant cette heureuse époque , les arts cabalistiques des Orientaux, la magie, la divination, l'explication des songes, l'uroscopie , la vertu des talismans, l'astrologie, etc., envahirent le domaine de la science.
Athènes, Alexandrie, Rome, avaient subi le joug des Arabes; au milieu de ce peuple ignorant et superstitieux surgissent quelques hommes envoyés pour sauver les sciences d'une destruction qui semblait assurée. Sous les Abassides, l'esprit humain semble sortir de son abrutissement. Le fameux calife Almanzou ou Al Mansour, en fondant Bagdad vers 762!, en fait le siège d'une académie des sciences , d'un collège de médecine avec des hôpitaux et des établissements pharmaceutiques. Juifs, chrétiens , savants de tous les pays y sont admis avec des distinctions proportionnées a leur mérite. Les Arabes, maîtres de l'Espagne, y constituèrent également plusieurs écoles célèbres , notamment celles de Murcie , de Coïmbre , de Séville , de Sarragosse , de Tolède et surtout de Cordoue , qui surpassait les autres, et dont la fameuse bibliothèque de l'Escurial offrait déjà, dès le xe siècle , près de trois cent mille volumes. On avait traduit d'abord en syriaque , ensuite en arabe , les ouvrages des anciens échappés au sinistre d'Alexandrie, et spécialement ceux d'Aristote, d'Hippocrate et de Galien. Mais, pour le malheur de la science , l'esprit des Orientaux, ami du merveilleux, négligea les faits et les données positives d'Hippocrate, pour s'abandonner exclusivement aux théories plus ou moins imaginaires d'Aristote et de Galien. Aussi voyons-nous les piv de la. science médicale rester bien au-dessous de ceux que l'on