PROLÉGOMÈNES. XII
doctrines et des systèmes pathologiques successivement établis et détruits. Il aurait été mieux à sa place dans la seconde partie du travail. L'auteur lui-même semble l'avoir compris, car plus loin il revient sur le même sujet et tourne dans le même cercle d'idées. Quoi qu'il en soit, cette exposition est faite avec clarté et méthode, mais c'est un peu trop une exposition et pas assez un jugement. »
Ici la distraction est plus forte encore que dans la première observation.
Il nous suffira pour le démontrer positivement à l'habile rapporteur , de fixer plus sérieusement son attention sur les deux paragraphes dont le second lui paraît une répétition du premier, ce qui l'aura sans doute porté à ne parcourir que celui-ci.
En revenant sur ces deux paragraphes, il verra que dans l'un nous devions faire à la première partie , non pas à la seconde comme il le voudrait, en nous demandant le plus complet des paralogismes , l'exposition des systèmes et des doctrines séparément considérées ; dans l'autre l'appréciation de ces doctrines et de ces systèmes, en les disposant par groupes, d'après leurs analogies ou leurs similitudes.
C'est précisément ce que nous avons effectué en rapportant simplement, dans la première partie , les opinions des auteurs pour constater l'état actuel de la science ; en les jugeant dans la seconde, pour bien préciser les éléments utiles qu'elles pourraient offrir a l'édification d'une nouvelle doctrine médicale.
Insister davantage sur des faits de cette évidence et d'une telle simplicité , serait méconnaître l'excellent esprit de M. le rapporteur ; nous ne voulons dès lors, ici, que faire appel à son attention , nous abandonnons le reste à son équitable jugeaient.
XIV PROLEGOMENES.
Enfin, dans la troisième observation, M. le rapporteur ajoute , et nous verrons avec quel fondement :
« Le paragraphe sixième, qui n'est qu'une exposition sommaire de la doctrine, aurait pu être supprimé sans que le mémoire en eût souffert. » Ici, l'imputation est grave et peu flatteuse; mais :
Qui pourrait expliquer une semblable assertion de la part d'un esprit aussi sérieux, aussi complet?.... Nous l'avons dit, et cela devient évident maintenant : pure et simple distraction. M. le rapporteur, qui n'avait pas comme nous besoin de lire très-attentivement les deux questions du programme, aura sans doute oublié la seconde ; les termes en sont en effet si positifs , si clairs , qu'en les rappelant textuellement à notre impartial critique, il ne saura pas lui-même comment il a pu nous faire un reproche là précisément où, quelques lignes plus haut, il nous avait adressé le plus agréable des compliments , en disant à l'honorable Société de Médecine de Caen :
« L'auteur a compris l'esprit de la question posée par vous et s'est conformé à votre programme avec une grande exactitude. »
Or , quels sont l'esprit et la lettre de la seconde partie de cette question?...
« Dans le cas de l'affirmative , étarlir cette doctrine sommairement , en la fondant sur les faits observés et sur ce qu'ont offert d'incontestablement vrai les systèmes pathologiques qui ont successivement prédominé dans la science médicale. »
Au milieu de ces palpables contradictions de notre habile rapporteur, nous aurions donc besoin du fil d'Ariadne, et nous dirons en désespoir de cause : fiât lux.
Toutefois , nous ajouterons , avec le désir d'éclairer ceux qui se feraient assez illusion pour ne voir dans ce chapitre sixième qu'une
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répétition abrégée du précédent, que celui-ci présente la discussion des principes de notre Doctrine , tandis que l'autre en est l'exposition sommaire ; partie la plus indispensable de l'ouvrage, indépendamment des exigences du programme indiqué, puisque , sans cette exposition, il serait impossible d'apprécier les véritables caractères et surtout de bien saisir l'ensemble de la Doctrine Biologique.
Nous bornerons là ces réclamations , que nous avons formulées seulement dans l'intérêt de la science et de la vérité . Mais, en prenant ce parti , nous craignons que notre livre soit plus facilement et plus entièrement justifié des légers reproches qu'on lui fait, que trouvé suffisamment a la hauteur des grands éloges dont on a bien voulu le favoriser.
Afin de nous rassurer un peu sur ce point important; d'honorer surtout le noble et digne caractère de l'un de nos confrères les plus savants et les plus distingués ; de présenter enfin tous les documents relatifs à ce concours, nous terminerons par la lettre si pleine de bons sentiments que nous écrivit M. le docteur Etienne, secrétaire de la Société de Médecine de Caen , pour nous annoncer les résultats de ce même concours.
« Caen,lel9.juilleU853.
« MOxNSIEUR ET TRÈS-HONORÉ CONFRÈRE ,
« Je suis heureux de vous adresser la palme promise et si glorieusement acquise. Elle est loin, sans doute, d'être une récompense digne du beau travail auquel elle a donné naissance ; mais une récompense autrement précieuse vous attend : c'est celle d'avoir fait une œuvre utile à la science et à l'humanité , et de voir
XVI PROLEGOMENES.
votre nom inscrit au nombre des savants dont s'honore la littérature médicale de notre siècle.
« Je saisis cette occasion pour vous faire parvenir notre procèsverbal du concours, et pour vous prier en même temps d'agréer les sentiments de haute considération et de bonne confraternité de votre dévoué collègue.
a ETIENNE, « Secrétaire de la Société de Médecine de Caen. »
En lisant cette lettre , où la bonté du cœur le dispute à l'élévation de l'esprit, voici la réflexion qui s'est naturellement offerte à notre pensée : un témoignage aussi honorable , émané d'une si digne et si noble source , nous eût semblé plus que suffisant pour prix de notre long et difficile travail ; la médaille d'or ne paraissait plus en effet à nos yeux qu'un objet de luxe, une prime accessoire.
S'il est, comme on l'assure, des hommes qui diminuent le mérite d'une récompense par les formes avec lesquelles ils croient, pouvoir la décerner, il en est donc heureusement d'autres qui savent en doubler la valeur par le charme et le sentiment qu'ils apportent dans sa dispensation!...
Se produisant au milieu des circonstances favorables qui l'environnent et sous d'aussi bons auspices , notre Doctrine médicale aura, nous l'espérons, quelques chances de succès.
Nous recevrons avec une entière gratitude les observations judicieuses dont elle pourra devenir l'objet; nous ne manquerons pas de les mettre en pratique , au double point de vue de son affermissement et de sa généralisation.