‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 73 sur 168 · ORIGINE, PROGRÈS · texte numérisé non relu

ORIGINE, PROGRÈS

spécialement nommer : Thaïes , Pythagore , Empédoclc , Anaxagore, Démocrite, Héraclide, Timée, Eudoxe, Épicharme, Démocède , Hérodicus, Platon, Thessalus , Dracon, Polybe, Dioclès, Praxagoras , Aristote , Ascii' piade, Athénée, Galien, MarcellnsEmpiricus, Oribase, Ai;tius, Cœlins Aurélianus, Alexandre de Tralles, Paul d'Égine , Avcrrhoés, Bengesta, Farragut , Albert Le Grand, Roger Bacon, Arnaud de Villeneuve, Raimond Lulle , Léonicénus, Linacer , Agrippa , Paracelse , Foës , Bacon , Descartes , Van Helmont, Gui Patin , Borelli , Sylvius de Le Boé , Leuwenhoeck , Stahl, Boerhaave, Haller, Barthez, Brown, Roussel, Cabanis, Baumes, Halle, Nysten, Gall , Sprengel, Pariset, Rasori , Broussais, Renauldin , etc.

Il est si difficile , pour le véritable médecin, de s'occuper exclusivement de la pratique ou de la théorie de son art, que, dans l'une ou l'autre série , nous trouvons des noms que l'on pourrait placer dans l'une et l'autre : c'est une preuve de plus que la médecine est peu susceptible de division. Pour éviter une confusion nuisible à notre sujet, nous avons rangé les auteurs dans la classe où chacun d'eux a marqué davantage; mais, dans notre pensée, la médecine , comme science , n'aurait jamais dû subir aucun partage, et nous regardons comme un acte de haute sagesse le décret du 14 frimaire an m, qui rendit la médecine à son unité primitive.

Il nous eût été facile de comprendre , dans cette esquisse historique , des noms et des faits plus nombreux : mais une érudition surabondante nous a paru moins favorable au but que nous devons atteindre, qu'une exposition simple, claire et précise. Pour compléter cet inventaire de la science médicale , dont la marche que nous avons adoptée nous fait une obligation, nous devons actuellement apprécier les doctrines et les systèmes importés dans la pathologie depuis son origine jusqu'à nos jours.

Tant que la médecine fut seulement un art, ceux qui la cultivaient n'eurent pas même la pensée d'y créer des théories , des systèmes et des doctrines. Exclusivement occupés de l'observation des maladies et de la recherche des moyens les plus naturels d'en effectuer la guérison , ils ne sentaient pas encore le besoin d'expliquer et de généraliser ces faits simples et peu nombreux. Cette considération nous apprend pourquoi la chirurgie , si mal à propos séparée de la médecine, et méritant bien plutôt le nom d'art que celui de science , ne fut pas ultérieurement embarrassée, dans sa marche, par les doctrines, les systèmes et les théories qui, presque toujours, entravèrent celle de la médecine. Cette même considération nous donne encore la raison du petit nombre d'hypothèses renfermées dans les ouvrages des grands praticiens, et de la surabondance de ces dernières dans les écrits des hommes d'un génie plus ou moins puissant, qui ne sont pas arrivés d'une manière aussi directe, aussi positive, à l'observation des faits. « Peut-être n'est-il pas inutile d'observer, dit Cabanis, loc. cit. , p. 507 , que

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les leçons de chirurgie se donnant toujours nécessairement en présence des objets, elles ont moins prêté, que celles de certaines autres branches de l'art de guérir, aux divagations du Charlatanisme et aux écarts de l'imagination. »

Les faits se multiplient, leur diversité s'accroit, la nécessité de s'élever à leur généralisation se fait sentir ; la science estconsliluéi' , ses dogmes vont se formuler ; mais, en même temps, la carrière est ouverte aux conceptions imaginaires; les théories, les doctrines , les systèmes les plus bizarres et les plus contradictoires vont bientôt envahir son domaine.

Les premiers médecins, plus rapprochés des faits, se hasardèrent très-peu dans le champ des conjectures, et leur doctrine fut tout naturellement le plus simple empirisme. Toutefois, il serait difficile de trouver, dans ces temps reculés, aussi bien que de nos jours, des praticiens absolument étrangers à toute interprétation des phénomènes pathologiques soumis à leur examen. « Le médecin, dit Mérat, loc. cit. , p. 80 , qui peut justifier les plus hautes préh'iilions, comme le praticien le plus humble, usent à leur insu do théories; ils n'ordonnent pas le moindre verre de chiendent qu'ils ne bâtissent l'hypothèse qui en établit à leurs yeux la nécessité. Seulement, l'explication de l'un pourra bien n'être pas celle de l'autre; mais enfin tous les deux auront théorisé... Nous ne devons donc pas nous montrer dédaigneux au seul nom de théorie, puisque nous ne sommes pas assurés de ne pas lui payer tribut dans l'occasion. »

Nous ne devons donepas davantage rejeter sans examen toutes les hypothèses de la science, puisque les plus erronées peuvent encore servir à son avancement. En effet , comme l'a très-bien dit Rer.auldin, loc. cit., p. 469 : « Une erreur reconnue est souvent une vérité acquise. »

Les philosophes anciens , arrachant la médecine au monopole mystérieux des temples, faussèrent bientôt sa direction, en lui faisant perdre son caractère expérimental, pour la jeter dans le vague de leurs théories, fondées sur des lois étrangères aux 1ms vitales, qu'ils ignoraient, n'ayant alors aucune donnée anatomique et physiologique.

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Ce fut dans ces tristes conjonctures que l'on vit apparaître les systèmes les plus bizarres , tels que ceux de la puissance des nombres, des rapports de forme et de situation des atomes; des modifications du feu créateur de l'univers; de la recherche des causes premières, de l'astrologie, de la gymnastique, etc. »

Lorsque la science médicale eut été définitivement créée par Hippocrate , ce puissant génie , tout en sacrifiant aux idées qui dominaient de son temps , comprit aussitôt que cette science ne pouvait s'agrandir et se perfectionner par les seules notions de l'empirisme, et qu'il fallait s'élèvera la généralisation des faits pour en obtenir des principes sur lesquels elle pût irrévocablement se fonder. Il n'imagina pas un système, il établit une doctrine , avec la sage précaution de ne pas confondre les lois vitales avec les lois physiques; la médecine, avec la philosophie; les faits pathologiques, avec ceux d'un autre ordre ; et de voir partout la nature comme agent principal et conservateur de l'organisme vivant. De là celte doctrine à laquelle nous conserverons le titre de naturalisme, au lieu de lui donner, avec quelques auteurs, celui de dogmatisme, que les successeurs d'Hippocrate ont altéré de manière à changer entièrement sa première acception. Ce fut, en effet, après la mort du père de la médecine , que les pathologistes, moins appliqués à l'observation rigoureuse des faits, imaginèrent de créer , a priori, des axiomes généraux , pour descendre de ces données aux considérations particulières, en créant le dogmatisme tel qu'il peut être compris aujourd'hui ; tel que nous le verrons en lutte incessante avec F empirisme, depuis l'antiquité jusqu'à nos temps modernes. La science anatomique prend naissance ; bientôt on cherche dans la fibre motrice la cause des actions organiques , soit dans l'état de sanlé, soit dans l'état morbide; la doctrine du strictum et du laxum est la conséquence de ces travaux, et conduit plus tard au solidisme. On imagine encore un élément particulier , une sorte d'esprit en circulation dans les vaisseaux, avec le titre depneuma; d'où naît la doctrine pneumatique. La connaissance des solides vivants amène celle des fluides , et les altérations réelles ou supposées de ces derniers font naître l'humorisme.

Les alchimistes, en s'emparant du domaine de la science pathologique , la dévient de plus en plus de sa route naturelle , en la précipitant, sans discernement, dans toutes les absurdités delà chimialrie.

La découverte de la circulation , le merveilleux développement des sciences mathématiques , leur influence favorable sur les progrès de la chimie, de la physique, de l'astronomie, etc. , étendent malheureusement cet empire à la formation des théories médicales, en donnant naissance aux doctrines iatro-mathématiques, physiques, mécaniques , etc.

Les abus de ces applications des lois physiques aux phénomènes vitaux , les immenses progrès de la physiologie , de l'anatomie pathologique, firent sortir les bons esprits de ces voies si essentiellement défectueuses, pour les ramener dans la route opposée; les théories, les systèmes et les doctrines changèrent alors complètement de caractère : les principes furent exclusivement puisés dans le domaine de la science médicale , dont les faits se trouvèrent mieux observés et devinrent la base fondamentale des dogmes de cette science. On vit, en effet, apparaître successivement : l'animisme, la doctrine organique, le vital isme, enfin le naturalisme d'Hippocrate , auquel on revient aujourd'hui , après avoir parcouru tout le cercle des erreurs humaines.

Nous ne parlerons que pour mémoire de Féloignement de quelques médecins pour les moyens pharmaceutiques ; de leur désir de les proscrire entièrement, en conservant l'apparence île leur emploi; disposition d'esprit qui fit naître 1 'homéopathie.

Nous voyons déjà combien de spéculations plus ou moins imaginaires sont venues encombrer le domaine de la science pathologique, faciliter quelquefois ses développements, le plus souvent retarder ses progrès. Raige-Delorme , loc. cit., p. 412, explique ainsi la cause de ces aberrations systématiques : « C'est pour avoir franchi d'un seul bond tous les degrés , c'est pour être remonté, en sautant tous les intermédiaires, aux causes générales, que les sciences médicales ont été en proie à tant de vaines hypothèses. »

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Si, d'un autre côté, nous réfléchissons aux dangers d'une fausse doctrine médicale, au point de vue de l'enseignement et surtout de l'application , nous comprendrons avec quelle prudence et quelle circonspection nous devons nous engager dans cette route en même temps si difficile et si périlleuse.

Nous venons d'énumérer les théories, les systèmes et les doctrines qui dans les différentes phases de la science pathologique ont exercé l'influence la plus marquée sur ses progrès ou ses déviations; nous avons indiqué les principales causes de ces conceptions plus ou moins imaginaires, nous devons actuellement les étudier chacune en particulier, afin de mieux apprécier le concours dont elles seront susceptibles dans rétablissement d'une doctrine en rapport avec les besoins de renseignement et delà pratique.

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