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XVI. ANIMISME

La médecine était abîmée dans ce nouveau chaos , dans cette étrange confusion d'astrologie judiciaire, de philosophie occulte, de chimiatrie , d'humorisme , d'applications physiques , ialromathématiques, etc., lorsque apparut la doctrine de l'animisme, qui devait changer la face de la science et ramener les bons esprits, par une heureuse et brusque transition, dans le sentier de la physiologie raisonnée , le seul qui pût les conduire aux vérités pathologiques.

Déjà les prodromes de cette doctrine avaient apparu dans le feu intelligent* créateur et conservateur des anciens philosophes; dans la nature, jj ?fatç d'Hippocrate; déjà même ils avaient semblé s'échapper des creusets de l'alchimie, dans l'archée de Paracelse et de Van Helmont. Plus directement encore préparé par Têlésius, Scaliger, Sennert, Perrault, Descaries, Malebranche , etc., l'aniniisme fut établi définitivement par Stahl , qui lui donna tous les caractères d'une doctrine médicale, devant, à son tour, amener le vitalisme avec toutes ses modifications.

Les principes de l'animisme sont ainsi posés : « Le corps

humain est formé par le simple mélange , sans combinaison

intime, de l'eau, d'une terre subtile, d'une matière grasse,

inflammable, sulfureuse, d'où résulte ce corps aumixUan animale*

Ces éléments, n'étant que mêlés , offrent une grande propension à

s'abandonner, en constituant la qualité fondamentale de la mixtion :

la corruplibilité. La mixtion animale est garantie de la corruption,

qui la menace continuellement, par l'empire incessant de la vie.

C'est la vie qui établit la distinction entre le corps mixte et le corps

vivant. Cette distinction est le plus solide fondement de la théorie

médicale. Le corps, par lui-même, est inerte; il n'agit que par

l'iniluence d'un moteur pour lequel il est constitué ; ce moteur est

l'iimc, qui préside à la conservation de la vie en s'oppossat de celte

manière à la corruption de la matière. Ce principe est intelligent ,

immatériel. Les tempéraments résultent de la proportion différente

WIAIISME. loi

des cléments conslitutifs de la mixtion. Il existe un rapport certain entre les habitudes de l'âme et la constitutionphysique des individus; c'est ce rapport qui détermine le caractère particulier de chaque sujet. Pendant toute la durée de la vie , l'âme ne peut rien sans le corps ; il doit donc préexister à celle-ci, qui le vivifie. À partir de cet instant, l'activité vitale augmente par degrés, arrive à l'état stationnaire , décroît et cesse complètement; d'où résultent successivement les différents âges, la mort naturelle et la corruption, qui n'était empêchéfi que par les mouvements vitaux sous l'empire de l'âme. Les désordres qui surviennent dans ces mouvements ou ces actes vitaux, constituent les maladies. Ces mouvements et ces actes sont, par conséquent , le seul fondement d'une bonne doctrine médicale.

« La pathologie doit considérer d'une manière générale ces altérations morbides sous le rapport des causes, du siège, de la marche et des terminaisons. Elle ne doit s'occuper que des causes qui sont de nature à fonder des indications thérapeutiques. L'activité vitale joue le principal rôle dans les maladies et doit appeler toute l'attention du médecin. C'est cette activité, ce principe de la vie, qui combat avantageusement la cause matérielle morbide, par des réactions qui seules suffisent pour ramener l'état normal; c'est en cela que consiste l'autocratie de la nature, ou la guérison spontanée des maladies ; la dégénérescence des humeurs est fort rare, on *ne peut y rapporter qu'un très-petit nombre d'altérations morbifîques. En général , l'intention du principe conservateur est bonne ; mais l'action est quelquefois défectueuse. L'âme s'effraie, se décourage, s'impatiente, hésite et change; de là des spasmes, des convulsions, de la stupeur, du coma, du délire, des aberrations diverses , etc. La fièvre est un effort salutaire de la nature tendant k déterminer, hors de l'organisme, l'expulsion d'une matière nuisible à l'économie.

«La division des maladies en aiguës et chroniques doit être fondée. sur la quantité ou la qualité de la matière morbifique ; sur l'ordre et la succession des mouvements vitaux pour en effectuer l'élimination. On ne peutem ployer que des moyens empiriques ou chirurgicauxdàns le traitement des maladies que la nature seule n'esl pasenmesun

]'ÔZ SYSTÈMES El DOCTRINES PATHOLOGIQUES.

guérir. La nature peut beaucoup sans l'art, l'art ne peut rien sans la nature; le médecin doit imiter les méthodes qu'elle emploie; il doit respecter sa marche , lorsqu'elle est régulière ; mais , dans l'hypothèse contraire, il ne doit pas rester spectateur inutile , mais venir à son secours ou la redresser. »

L'animisme de Stahl, assez mal jugé par un "certain nombre d'auteurs qui voulurent en effectuer l'appréciation sans l'avoir suffisamment approfondi, présenta pour sectateurs Àlberti, Juncker, etc.

« Les idées de Stahl, dit Cabanis , loc. cit., p. 421, ont en général été mal comprises ; on peut même dire qu'elles ont été presque également défigurées par ses critiques et par ses admirateurs.»

La doctrine de l'animisme eut, a notre sens, un mérite immense, incontestable , celui de ramener la médecine dans son véritable domaine, en l'arrachant aux théories erronées de la physique et de la chimie ; en faisant bien comprendre la nécessité de reconstruire l'édifice médical sur ses véritables fondements : sur l'interprétation des lois de la vie. Mais, sans parler des vices qu'elle offre dans ses détails , des inductions fautives , de l'absence à peu près absolue d'une thérapeutique suffisante , des sacrifices faits à la superstition, des amulettes, des remèdes empiriques, etc., cette doctrine offre un vice capital et. qui suffirait seul pour la frapper de stérilité : l'admission, sous le nom d'âme, d'une entité distincte des organes , déterminant leur action sans tenir un compte suffisant de l'influence des agents d'excitation sur ces organes. Cette entité, complètement équivoque dans sa nature et ses attributs , à laquelle Stahl donne et refuse tour à tour la spiritualité , l'intelligence , la matérialité , l'étendue , suivant qu'il veut plaire à la Sorbonne , ou qu'il est forcé de répondre aux pressantes objections de Leibnitz, jette constamment sur tout l'animisme la confusion , le doute et la contradiction.

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