PUBLIÉES
DEPUIS NOS TRAVAUX SUR LA LOI DE TRANSMISSION DES ACCIDENTS SECONDAIRES DE LA SYPHILIS ,
Pour prouver, conformément à cette loi, que l'accident initial ou primitiT qui dérive de cette transmission est un chancre infectanl.
Analyse de dix observations publiées par M. Rollcl en février, mars et avril 1859 dam /<?s Archives générales de médecine.
Obs. I, — Entant de cinq mois portant aux fesses et aux parties génitales une éruption de larges papules excoriées ; sur la muqueuse des joues et des lèvres, des plaques muqueuses. Enrouement, diarrhée, grand amaigrissement. Cet enfant a infecté sa nourrice.
Celle-ci présente sur le mamelon droit une ulcération de la largeur d'une pièce de un franc, un peu saillante, indurée; deux ganglions de l'aisselle correspondante ont le volume d'une grosse noix; l'engorgement axillaire est indolent. Rien aux parties génitales. Cette lésion présente évidemment tous les caractères du chancre primitif et infectant.
Obs. II. — Enfant âgé de six mois ayant dans la bouche
Dr ciiANCRu:. I2i^
(les plaques opalines, de larges papules excoriées aux fesses, un érythènie papuleux sur le tronc.
La nourrice porte sur le mamelon une plaque rouge, très manifestement indurée, avec engorgement axillaire multiple; elle a une roséole sur le tronc et les membres, des taches grises sur les amygdales. Ces derniers accidents ont paru au moment où le chancre du mamelon finissait de se cicatriser.
Obs. 111. — Enfant présentant des plaques muqueuses à la bouche, aux commissures des lèvres, à l'anus et à la vulve. Mort à six mois.
La nourrice a eu aux deux seins, autour du mamelon, des plaques rouges laissant suinter un liquide purulent, et accompagnées d'induration, avec engorgement des glandes de l'aisselle. A la suite se sont produites des plaques muqueuses à la bouche et à la vulve. Pas de trace de chancre aux parties génitales.
Le mari de cette femme et ses enfants sont bien portants.
Obs. IV. — Une femme prend pour nourrisson une petite fille, chez qui se manifestent, trois mois et demi après, des plaques muqueuses à la vulve, et sept mois plus tard des plaques semblables aux lèvres, avec une éruption sur tout le corps.
Cette femme contracte des boutons au sein droit, accompagnés d'engorgement axillaire du même côté, et suivis un peu plus tard de céphalalgie, d'alopécie, de deux plaques muqueuses autour du mamelon, de rougeur et ulcération des amygdales, de croûtes dans les cheveux. Rien à la vulve.
Obs. V. — Une femme bien portante prend un nourrisson âgé de quatre mois, jusque-là nourri au biberon. Cet entant avait des pla(|ues blanches aux lèvres, et éprouvait de la diltioulté à avaler. 11 mourut au bout de trois jours.
Trois semaines après se développent à chaque sein, autour
fia mamelon, trois gros boutons rouges et humides qui plus lard se transformèrent eu plaques muqueuses. Engorgement des ganglions de l'aisselle. Céphalalgie et éruption générale consécutives. Les parties génitales, examinées au spéculum, n'ont présenté aucune trace d'accidents primitifs.
Obs. VI. — Une dame X... présente une éruption générale d'érytlième papuleux syphilitique, de l'alopécie, des croûtes dans les cheveux avec engorgement des ganglions sous-occipitaux ; plaques muqueuses dans la bouche, taches grises sur les amygdales, mais rien aux parties génitales.
Son mari est d'une santé parfaite et n'a jamais eu de maladie vénérienne.
Cette dame était accouchée six mois auparavant d'une petite fille bien portante. L'enfant éprouvant de la difficulté à prendre le sein, on s'était adressé à une femme du voisinage qui, moyennant rétribution, était venue plusieurs jours de suite opérer la succion. Or, quelque temps après, il était survenu au mamelon gauche de la dame X... une crevasse qui s'était agrandie, avait amené l'engorgement des glandes de l'aisselle, et avait néanmoins fini par se cicatriser.
Au moment de l'examen, il y avait à la base du mamelon gauche une large induration bien caractérisée, et dans l'ais sylle deux glandes ayant chacune le volume d'une noix, mais non douloureuses.
Quant à la femme qui avait opéré la succion, on apprit qu'elle avait eu d'abord des accidents syphilitiques aux parties génitales, accidents que son mari lui avait communiqués et dont elle avait guéri sans traitement. Plus tard il survint au gosier d'autres lésions, des plaques muqueuses qui duraient depuis six mois au moment de ses rapports avec la dame X...
Obs. vil — Un ouvrier en soie, i\gé de vingt-cinq ans, qui jamais n'avait eu de maladie vénérienne, a été mordu à la
lèvre supérieure, clans une rixe avec un de ses canjarades. I! en est résulté des plaies qui ont mis plus de deux mois à se cicatriser, et qui ont donné lieu à deux noyaux fortement indurés, et à une adénite double, volumineuse et indolente de la région sous-maxillaire. Ensuite il est survenu des croûtes dans les cheveux, de l'alopécie, un érythème papuleux sur le tronc, des plaques muqueuses sur le scrotum ; rien à la verge.
La femme de ce malade n'a aucune trace de syphilis ; elle est mère d'un enfant qu'elle allaite elle-même et qui est très bien portant.
L'auteur de la morsure, qui a été condamné pour ce fait à six mois d'emprisonnement, avait, au moment où il a saisi sa victime avec les dents, des lésions syphilitiques à la bouche. Il l'avouait hautement, disant qu'il allait lui donner la vérole en le mordant. Or, ces lésions syphilitiques, ainsi que cela a été prouvé, étaient de nature secondaire, et la conséquence d'un chancre infectant que cet individu avait contracté un an auparavant.
Obs. VIIL — Un ouvrier verrier, ayant aux lèvres des lésions syphilitiques secondaii'es provenant d'un chancre infectant qu'il avait contracté six mois auparavant, passe à son compagnon de travail, pour y souffler à son tour, le tube dont il venait de se servir le premier pour façonner une bouteille. Quelques temps après, celui-ci sentit se développer sur sa lèvre inférieure une nodosité dure de la grosseur d'un noyau de cerise, bientôt suivie d'un engorgement sous maxillaire multiple. Rien aux organes génitaux. Plus tard, ulcérations grisâtres sur l'amygdale droite et sur le pilier antérieur du voile du palais.
Obs. IX. — Mademoiselle X.. ., âgée de dix-huit ans, porte A la lèvre inférieure une plaque saillante, arrondie, grisâtre à son centre, et comme recouverte d'une fausse membrane;
une plaque semblable, mais plus petite, existe au point correspondant de la lèvre supérieure; engorgement des glandes sous-niaxillaires. Six semaines après, accidents syphilitiques constitutionnels parfaitement caractérisés.
M. X,.. , ayant des plaques muqueuses aux lèvres, résultant d'une syphilis déjà ancienne, avait plusieurs fois embrassé mademoiselle X... sur la bouche.
Ce malade avait des relations d'une autre nature avec une femme à qui il communiqua également un chancre à la lèvre inférieure. Cette femme était nouvellement enceinte. Elle fit une fausse couche, et il lui survint ensuite des symptômes non douteux de syphilis constitutionnelle.
Obs. X. — Madame X.. . porte sur le bord libre de la lèvre inférieure une ulcération de la largeur d'une pièce de vingt centimes, saignante, grisâtre, indurée, et accompagnée d'une adénite sous-maxillaire multiple à gauche. Quelque temps après, des accidents secondaires se sont produits sur les muqueuses supérieures et à la peau.
Ce chancre lui a été communiqué par son mari, qui avait des plaques muqueuses aux lèvres, aux amygdales, des croûtes dans les cheveux, et une roséole résultant d'un chancre à la verge, qu'il avait contracté deux mois auparavant.
II. Analyse de deux observations publiées par M. F. Gabalda, en mai 1859, dans l'kxi médical.
Obs. I. — M. Z... contracte un chancre infectant et induré à la lèvre supérieure, avec engorgement des ganglions sousmaxillaires du côté droit. Un peu plus tard, apparition de symptômes secondaires, malgré le traitement institué dès \v début.
La TUiiitrcssc de Z.. ., de (jui il tenait son chancre avait, à l'époque de la contamination, des ulcérations sur les amyg-
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claies, et des plaques muqueuses en grand nombre sur la face interne des lèvres, conséquence d'une syphilis dont le point de départ avait été également un chancre labial contracté quatre mois auparavant.
Obs. II. — 11 s'agit encore, comme dans la plupart des observations de M. RoUet, d'une nourrice ayant contracté un chancre infectant du mamelon en allaitant un enfant affecté de syphilis congénitale et par conséquent de forme secondaire-
111. Analyse de quatre observations publiées par l'auteur de la Contagion syphilitique, en février 1860.
Ubs. I. — A,.., ébéniste, constitution robuste, aucun antécédent vénérien. Chancre parcheminé sur la muqueuse du prépuce avec adénopathie dans l'aine droite et ganglions multiples, durs et indolents. Syphilis constitutionnelle consécutive : roséole, psoriasis, adénopathie cervicale, croûtes du cuir chevelu, plaques muqueuses gutturales.
Ce malade vivait maritalement avec une femme qui, à l'époque où il a contracté son chancre, portait à la vulve une ulcération secondaire parfaitement caractérisée, symptomatique d'une syphilis constitutionnelle dont l'origine datait d'environ dix-huit mois.
Obs. II. — M. B... ^;st affecté de cinq chancres indurés de la verge, avec adénopathie bi-inguinale à ganglions multiples, durs et indolents.
La femme qui lui a communiqué ces accidents avait des pUuiues muqueuses confluentes du sillon génito-crural gauche, ainsi que des ulcérations secondaires superficielles, sur la petite lèvre du même côté. Dix mois auparavant, elle avait contracté un chancre infectant, lequel avait été suivi deux
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mois plus tard des premiers symptômes de la sypiiiiis couslilutiomielle.
Obs. 111. — M. P..., après im cliancre infectant que lui avait communiqué une fille pui:)ruiue, et qui dura environ six semaines, fut afï'ecté de tlivers accidents constitutionnels, parmi lesquels on constata une ulcération secondaire assez profonde de la rainure glando-préputiale.
Pendant qu'il portait cette ulcération, le malade eut des rapports avec sa fearnie. 11 en résulta chez celle-ci un chancre induré de la grande lèvre gauche, avec adénopathic inguinale multiple et légèrement douloureuse du même côté. Peu de temps après, roséole, plaques muqueuses et ulcérations des amygdales, plaques muqueuses à la vulve, croûtes du cuir chevelu, etc.
Obs. IV. — M. X. .., âgé de trente ans, constitution robuste. Chancre induré du frein; un ganglion indolent et dur à gauche; trois ganglions durs et indolents à droite.
Ce chancre lui avait été transmis par une femme qui avait été atteinte trois mois auparavant d'un chancre infectant à la vulve, et qui présentait actuellement une papule muqueuse type siégeant sur la grande lèvre gauche.
IV. Analyse de trois observations d'inoculation sur des individus sains de produits d'accidents secondaires, faites l'une par M. Guyenot, les deux autres par M. Auzias-Turenve.
Obs. I. — Le 7 janvier 1859, inoculation, par M. Guyenot. de pus provenant de plaques muqueuses de l'anus, que portait un malade adulte (|ui avait eu, huit mois auparavant, un chancre infectant h la verge. Quatre piqûres sont pratiquées sur le bras d'un enfant teigneux, bien portant d'ailleurs.
Le U février, une des quatre piqûres présente une papule très petite, d'une couleur rougeàtre.
Le 5 apparaissent trois pustules grosses chacune comme une tête d'épingle, qui, deux jours après, se rompent et se convertissent en ulcères. Le \h, induration légère; le 16, adénite axillaire, deux ganglions engorgés.
Le 30 mars, éruption d'érylhème papuleux sur le tronc et les membres.
Obs. il — Le 25 janvier 1859, M. Auzias-Turenne applique un vésicatoire ammoniacal sur le bras gauche d'un malade adulte, affecté depuis son enfance d'un lupus de la face. Il dépose ensuite sur la plaie produite par ce vésicatoire, de la charpie imbibée de pus pris à la surface de plaques muqueuses anales.
Le 12 février apparaît une papule saillante, de couleur cuivrée, qui grossit et s'ulcère quatre jours après. Le 23, adénite axillaire gauche.
Le 21 mars, la papule est toujours ulcérée et est devenue de plus en plus saillante et indurée. Eruption acnéiforme sur le tronc et sur la face interne des bras et des cuisses.
Obs. m. — Même procédé opératoire que le précédent et avec la même matière. L'inoculation, faite sur un adulte affecté d'un lupus tuberculeux de la face, a donné lieu aux mêmes phénomènes locaux : papule sèche d'abord, puis humide, excoriée, croûteuse et indurée, constituant en un mot un véritable chancre infectant.
Un ganglion, du volume d'une noisette, s'est concurremment développé, et trente -sept jours après l'inoculation une roséole a commencé à se montrer sur le tronc.