‹ Nouvelle doctrine syphilographiqueChapitre 6 sur 11 · I.ANGLKBKnr · texte numérisé non relu

I.ANGLKBKnr

l'essence de citron et le savon qu'il renlei'ine, il constitue, lion pas une drogue pharmaceutique repoussante, mais plutôt un cosmétique d'une odeur agréable, et d'un usage en tout approprié aux délicates exigences du moment.

Le liquide de M. Rodet nous conduit naturellement à parler de la cautérisation du cliancre à son début.

Soit que l'on ait fait usage de moyens préservatifs, soit, ce qui arrive le plus souvent, qu'on ait négligé de s'en servir, il faut toujours, après un coït suspect, s'observer attentivement pendant les quinze ou vingt jours qui suivent, et, dès qu'on s'aperçoit de la plus petite solution de continuité, d'une érosion, d'une éraillure, d'une vésicule, d'une pustule, en un mot, d'une lésion quelconque d'apparence douteuse , la cautériser immédiatement.

Ce précepte n'est pas nouveau. Il a été pour la première fois donné en 1512 par Jean de Vigo, dans sou livre sur la maladie vénérienne : « In »primis veniendo ad originem morbi, videlicet ad »pustulas quœ soient accidere in virgâ, sine aligna iitemporis intermissione^ protinus medicamine acuto » malignitatem earum interficiente, sunt delendœ, ut »exinde earumdem malitia per totum corpus non )) extendatur. » (.1. de \i^o, De morbo gallico traclatus.) Depuis lors, de nombreux auteurs ont également recommandé la destruction abortive des chancres. Je citerai parmi les^ilus célèbres, Hunier, CuUerier et

siirloiit M. Ricord qui. plus que toul auti'e, a insisté avec autant d'autorité que de raison pour en populariser l'emploi.

Le chancre, en effet, est toujours à son début une maladie locale. Le plus souvent même, il naît, se développe et se cicatrise sans infecter l'économie. Dans d'autres cas, il est vrai, sous l'influence de certaines conditions inhérentes soit aux constitutions individuelles, soit à la région qu'il occupe, soit peut-être aussi à la qualité du virus inoculé, cet accident devient le point de départ d'un empoisonnement général. Mais, quelles que soient ses conséquences, en d'autres termes, qu'il soil simple ou infectant, le chancre, je le répète, est toujours primitivement borné, comme influence pathologique, à la région qu'il affecte, [^'infection constitutionnelle, loin d'être, comme le supposent encore certains syphilographes, antérieure au développement du chancre, est au contraire un phénomène consécutif qui demande un certain temps pour se produire.

La conséquence pratique de ce fait, que je pose ici en principe, me réservant de le démontrer ailleurs, c'est qu'en détruisant le chancre à sa naissance, on étouffe, pour ainsi dire, la vérole dans son germe, on tarit la source où l'économie allait bientôt puiser la matière virulente qui devait l'empoisonner.

Malheureusement, nous ignorons et peut-être ne saurons-nous jamais l'époque précise à laquelle se fait 1 infection syphilitique. Mais en savons-nous davantage

relativement au temps nécessaire à l'absorption du virus rahique, du veuiii de la vipère, du virus charbonneux, etc.? Les quatre jours pendant lesquels, suivant M. Ricord, le chancre infectant resterait accident local, ne m'inspirent pas grande confiance, d'autant plus qu'il s'agit des quatre jours qui suivent la contagion, et que le plus souvent le chancre demande un temps beaucoup plus long pour se montrer. C'est pourquoi, sans préciser d'époque, ce qui est impossible, nous donnons le conseil de cautériser immédiatement, siîie intermissione temporis^ comme disait J. de Vigo, ainsi qu'on a coutume de le faire lorsqu'il s'agit de la morsure d'un chien enragé, de la piqûre d'un reptile venimeux ou de la pustule maligne.

Mais en supposant même l'infection antérieure au développement du chancre, ou déjà produite quand le malade se présente à nous, il y a encore avantage à cautériser. Car, s'il n'est pas permis, dans ce cas, d'empêcher les manifestations de la vérole, on peut du moins, ainsi que le prouvent les deux observations que nous avons rapportées pages 10 et 51 de cet ouvrage, espérer la destruction de l'ulcère primitif, dont les conséquences locales, s'il venait à se compliquer de phagédénisme ou à produire des bubons, peuvent être désastreuses, et qui d'ailleurs peut devenir luimême un foyer d'infection pour d'autres individus.

La cautérisation du chancre à son début, ou, pour mieux dire, de toute érosion ou ulcération suspecte, est donc, sous quelque point de vue qu'on se place, un moyen prophylactique de la plus haute valeur.

ft Qu'on y songe bien, dit M. Ricord, c'est dans le traitement abortif du chancre qu'est tout l'avenir de la vérole, et la possibibté d'éteindre cet épouvantable fléau. Prêchez donc cette vérité aux gens

qui s'exposent obligez-les, par intérêt, à une

attention minutieuse, et, par une destruction hâtive de toute ulcération suspecte, sauvez à la fois de l'empoisonnement général les sujets déjà souillés et ceux qu'ils pourraient infecter à leur tour! » (Leçons sur le chancre, page!207.)

J'ai dit quelles sont, contre le chancre et ses consé- ([uences pathologiques, les ressources de la prophylaxie. Ressources généralement suffisantes, si on y a recours en temps opportun. Mais que faire, après un coït suspect, contre le danger le plus conmiun, contre la blennorrhagie (1) ?

La prophylaxie est ici moins riche que pour le chancre. Elle se réduit à deux moyens très simples.

D'abord uriner le plus tôt possible, suivant le salu-

(I) J'ai volontairement omis de parler des diverses tentatives de vaccination syphilUique qui ont été faites dans ces derniers temps, et dont les résultats n'ont pas répondu aux généreux efforts de leurs auteurs. Toutefois, je ne crois pas qu'il faille se décourager encore; et déjà on peut entrevoir pour l'avenir la réalisation possible de celte découverte. U existe, en effet, certaines formes très légères de syphilis qui guérissent très vile et sponlanémenl, formes que l'on pourrait appeler des ayphiloïdes, tant leurs symptômes sont atténués. Or, s'il était démontré que ces formes dépendent uniquement de la qualilé du virus inoculé, ce que je soupçonne, peut-être trouverait-on dans ce fait un élément nouveau pour la solutioa du grand problème que nous signalons.

^'18 Dl' CHANCRE.

taire exemple des docteurs de Vïicoh de Salerne, qui en ont ainsi formulé le précepte :

Post coilum si mingas, Apte servabis ureUiras.

Faites donc en sorte d'avoir toujours de l'urine dans la vessie. Ce liquide convenablement et méthodiquement expulsé, c'est-à-dire en pinçant et en lâchant alternativement le méat pour rendre le jet plus rapide, balayera le canal de toutes les impuretés qui auront pu s'y introduire et se déposer à sa surface.

Ensuite, et comme second moyen destiné à compléter le premier, dirigez dans le bout de l'urèthro encore entr' ouvert par un reste d'érection, et maintenu verticalement relevé, un mince filet d'eau pure ou légèrement vinaigrée, que vous laisserez tomber d'une certaine hauteur pour en faciliter l'introduction. J'ai imaginé depuis longtemps ce moyeu pour suppléer aux injections que certains auteurs ont proposées, sans songer à la difficulté, et le plus souvent même à l'impossibilité d'y avoir recours en un pareil moment (1).

Terminons en résumant, pour les praticiens, sous la forme de préceptes distincts, les enseignements que contient ce chapitre.

(1) M. Diday, il est vrai, s'est préoccupé de cette dif(îcultc. Pour la résoudre il a inventé «une charmante petite «eringue, iuslrumcnt mignon long de G cciilimètrcs à peine, qui se porte tout charge dans la poche du gilet. « Cet instrument se trouve chez M. Charrière, où chacun pourra soit le voir, soit en faire confectionner de scnihlables Avisjaux amateurs!

nu CHANCRE. l'IÎ^

I, — Jvanl l'acle, inspection minutieuse des surfaces qui vont être exposées, pour s'assurer de leur parfaite intégrité.

IL — Exiger de la femme des lotions et injections vaginales préalables, soit avec de l'eau pure, soit, ce qui est préférable, avec de l'eau légèrement astrinsfente ou aromatisée.

ni. — Enduire la verge d'un corps gras non liquide, tel que le cold-cream ou l'axonge.

IV. — S'abstenir du coït dans l'état d'ivresse alcoolique, et se séparer de corps pendant toute la durée de chaque époque menstruelle.

V. — Pendant l'acte, éviter tout retard volontaire; non morari in coitu, selon la juste expression de Nicolas Massa, et terminer complètement.

YI. — Modérer ses désirs, et s'imposer une sage limite dans la répétition de l'acte, surtout si l'on soupçonne des pertes blanches. Laissez l'autel se refroidir avant de recommencer le sacrifice. Non ter in idem!

VIL — Après rade, faire immédiatement usage, selon les règles de l'art, du préservatif que nous avons indiqué, et procéder ensuite à un lavage attentif et prolongé avec de l'eau pure. • '

VIII. — Expulser l'urine le plus promptement possible, en ayant soin de pincer et de lâcher alternativement le méat, afin que le flot du liquide, un instant

retenu, s'échappe avec plus de force, et balaye efficacement le canal.

IX. — Diriger dans l'urèthre, verticalement relevé, un mince filet d'eau pure ou légèrement acidulée, en le laissant tomber d'une certaine hauteur, pour faciliter la pénétration du liquide.

X. — Les jours suivants, s'observer avec la plus minutieuse attention, et cautériser sans retard toute plaie, toute écorchure, toute érosion, en un mot toute solution de continuité suspecte.

Ces préceptes, comme on le voit, ne présentent, dans leur application, aucune difficulté sérieuse; surtout dans les circonstances où ils sont le plus utiles, c'est-kdire, dans les relations avec cette classe de femmes, chaque jour plus nombreuse, chez qui la vénalité tient la place du sentiment. Rigoureusement suivis, ils auraient pour effet, j'en ai la conviction, de réduire dans une proportion énorme les cas de maladies vénériennes. Mais seront-ils suivis? nos conseils, auxquels on accordera du moins le mérite du désintéressement, seront-ils écoutés? Hélas! je crains fort de n'avoir prêché que dans le désert Car telle est la puissance de l'instinct sexuel, qu'il efface en nous l'instinct du danger. De loin et longtemps d'avance, on voit le péril, on le redoute; de près et le moment venu, il disparaît dans l'éblouissement du désir. Et alors, adieu la prudence et les sages précautions! Loin de nous tout ce qui peut retarder le plaisir convoité ou refroidir

l'ardente passion!... L'exaltation érotique peut même égarer à ce point la raison, que l'aveu du mal n'est pas toujours un frein suffisant. La femme qui en est l'objet apparaît, dans l'imagination troublée, ornée de toutes les perfections; elle ne peut pas, elle ne doit donc pas être malade; son aveu n'est qu'une feinte

adroite et délicate pour éprouver notre amour Et,

chose plus étonnante encore, nous voyons tous les jours des individus qui ont acquis à leurs dépens la preuve du contraire, persister quand même dans leur étrange aveuglement! Ils viennent nous consulter pour un chancre infectant ; déjà la vérole les a marqués de ses premiers stigmates, écoutez-les : ils ont la certitude que leur maîtresse était parfaitement saine !

Que peuvent les leçons de l'hygiène contre de tels entraînements? Peu de chose en vérité. Aussi, malgré tant d'efforts pour l'arrêter, la syphilis a-t-elle continué et continue-t-elle à faire par le monde son triste chemin. Et ainsi continuera-t-elle, jusqu'à ce qu'une police sanitaire, vigoureusement organisée, en ait étoulîé le foyer, ou qu'un nouveau Jenner, ce qu'on peut espérer dans l'avenir, en ait trouvé le vaccin.

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