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Nouvelle étude sur Cavelier de La Salle [microforme]

Départ peur la Nouvelle-France. — Fondation de la Chine. — Premier contact avec les [roquois. — La Sainte Famille

René-Robert Cavelier, sieur de La Salle, est né le 22 novembre 1643, à Rouen, sur la paroisse Saint-Herbland, rue de la Grosse-Horloge.

Pierre Corneille, alors âgé de 37 ans, écrivait ses chefs-d’œuvre dans une petite maison de la rue qui porte aujourd’hui son nom.

Quand je revois en esprit l'existence de Cavelier de la Salle, je ne puis m'empêcher de croire que ce grand homme a été bercé aux harmonies patriotiques de Pierre Corneille ; plus j'y pense et plus je trouve juste ce mot de M. Pierre Margry : « Corneille écrivait des poèmes, Ca- « velier de la Salle en faisait »; toutes les fois que j'ouvre la vie de Cavelier de la Salle, quelle qu’en soit la page, je trouve en lui le caractère mâle, honnête, courageux, français des héros cornéliens.

Je l’ai déjà dit, et je Le répète, car j’en suis de plus en plus convaincu, il dépassait de la tète et des épaules tous les hommes de son temps.

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Il a fait ses études au collège des Jésuites, maintenant lycée Corneille. Son père voulait qu'il fût jésuite, mais cette profession était absolument contraire à ses goûts. A sa puissante nature il fallait de larges espaces, les périls et les émotions de la gloire.

Son père étant mort en 1666, il se hâte de quitter les Jésuites et part pour la Nouvelle-France avec le capital d'une rente de 400 livres qui formait tout son avoir.

Il se rend droit à Montréal, grande île du Saint-Laurent, découverte par Jacques Cartier, et reçoit de M. de Queylus, supérieur du séminaire de Villemarie, un fief situé sur le bras droit du Aeuve, en face du saut Saint- Louis.

L'île de Montréal était tellement exposée aux incursions des Iroquois, qu'it était impossible de labourer sans avoir le fusil à portée de la main.

L'île comptait, pour travailler en paix, sur la protection de Cavelier de la Salle. C'était un poste de confiance qui ne demandait pas moins de prudence que de bravoure. La Salle était bien jeune, mais il était mûr, et le mot de Corneille : « Aux âmes bien nées... » n’a jamais trouvé plus juste application.

Les Iroquois, fins politiques, guerriers sans peur, d'une ambition effrénée, d’une cruauté inouïe. s’entendirent bien tout d'abord avec Cavelier de la Salle. Dans la suite notre concito;en aura des difficultés avec eux et nous en dirons la cause, sans aucune hésitation.

Tout en construisant le village de Saint-Sulpice, qui porte aujourd'hui le nom de /4 Chine, tout en accordant

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des concessions sur son fief, il se met en rapport avec ses voisins, étudie les relations des voyageurs, apprend des dialectes, et fait diverses excursions pour se rompre au rude métier d’explorateur.

S'il avait voulu réussir à tout prix, il avait un excellent moyen : c'était de se mettre du côté des Jésuites. Les RR. PP. avaient déjà des missions jusqu’à la pointe occidentale du lac Supérieur où ils se donnaient modestement les noms de Celuy quiest descendu du ciel, de Fils du Soleil et autres semblables, en même temps qu'ils se prétendaient supérieurs au gouverneur général et maîtres de la terre. A Québec, ils étaient tout-puissants. L'évêque, qui était leur créature, ne tenait aucun compte des lois et des ordonnances. Une congrégation de femmes et de filles, connue sous le nom de Sainte Famille, se réunissait tous les jeudis dans la cathédrale, à portes closes, et les femmes se racontaient l’une à l’autre ce qu’elles savaient des voisins. Les Pères Jésuites, ayant ainsi les secrets les plus intimes de toutes les familles canadiennes, étaient maitres du sort de tous, hommes et femmes, soldats et officiers, prêtres et moines, et, comme on le voit dans des pièces officielles envoyées au ministère par l’intendant Talon et le comte de Frontenac, gouverneur général, ils faisaient du Canada un Paraguay et traitaient en ennemi quiconque n’était pas avec eux.

La Salle savait cela; cependant, tout en les traitant avec déférence, il ne voulut jamais ni se mettre de leur parti, ni même les employer.

Done, dès ses premiers pas dans la voie des explo-

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rations, la lutte est ouverte avec les Révérends Pères, lutte terrible, qui se dénouera 20 ans plus tard, à mille lieues de Québec, dans les halliers du Texas.

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Découverte de l'Ohio et du Mississlpi

Pendant l'hiver de 1668-69, La Salle recoit, dans sa demeure, des Iroquois-Tsonnontouans.

Il apprend d’eux que le grand fleuve qu'ils nomment Olighinsipou, et les Outaouais Ohio ou Belle Rivière, naît dans leur pays, coule droit à la mer, et que l’on peut, en huit ou neuf mois, descendre jusqu’à son embouchure.

La Salle étudie la question et croit trouver par l'Ohio le passage à la Chine que l’on cherchait vainement depuis Christophe Colomb.

Il communique ses idées au gouverneur général et à l’intendant et leur fait partager son enthousiasme. IL est recommandé aux gouverneurs de la Virginie et de la Floride. Des soldats sont autorisés à l'accompagner.

Pour faire face aux frais de l’entreprise, il revend au séminaire de Villemarie une partie de sa concession. Cela ne suffisant pas, il en vend le reste à des particuliers.

L'abbé Faillon juge un peu sévèrement ces ventes. Je me permets de ne pas partager l'avis du savant sulpicien.

J’ai dit à Luxembourg, dans un congrès : « Quand je vois Cavelier de la Salle mettre tout son avoir dans une

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entreprise de nature très incertaine, mais dont la réussite devait grandement servir la gloire et les intérêts politiques et commerciaux du pays, tant de désintéressement et d’audace me semblent élever, à la hauteur d’un héros de Plutarque, ce jeune homme de vingt-six ans ».

Messieurs, huit années ont passé sur ces paroles, les grands travaux de M. Pierre Margry ont vu le jour, et je n’ai pas changé d'avis.

La Salle est parti de Saint-Sulpice le 6 juillet 1669, en compagnie de deux sulpiciens qui avaient pour mission de combattre l'influence écrasante des Jésuites. Il emmenait, outre les deux sulpiciens, 22 français et 7 bateaux d'Iroquois.

Il arrive au mois d'août dans un village iroquois. Il est très bien reçu. Les anciens lui donnent des vivres en abondance et ne font nulle difficulté de lui promettre un guide. Puis un bruit, d’abord très faible, parcourt le village. Peu à peu il grossit. On assure que l’entreprise est insensée ; les hommes de La Salle ont des craintes. Le bruit grossit encore ; on prévoit des tentatives criminelles, et après avoir perdu tout un mois dans ce village, les Français sont heureux de s’en tirer sains et saufs,

La Salle se rend dans un village des bords du lac Erié ou du Chat. Comme les deux sulpiciens le gênaient dans ses mouvements, il profite d’une indisposition pour les laisser aller au nord. Le lendemain de leur départ il est guéri etse met en route dans la direction du sud. Il découvre la rivière Ohio et la descend jusqu'au Mississipi.

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