‹ Nouvelle étude sur Cavelier de La Salle [microforme]Chapitre 2 sur 7 · ES D · texte numérisé non relu

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Le résultat de ce voyage est nié par les Jésuites et leurs partisans. Les uns prétendent que La Salle n’a pas dépassé les rapides de Saint-Louis; les autres admettent qu’il à pu descendre jusqu’au Wabash.

Voyons un peu. La Salle dit qu’il a suivi la rivière d'Ohio jusqu’à un endroit où elle tombe de fort haut dans de vastes marais, à la hauteur du 37° degré, après avoir été grossie par une autre rivière fort large qui vient du nord, et que toutes ces eaux se déchargent, selon toutes les apparences, dans le golfe du Mexique.

Eh bien ! Messieurs, rapprochez ces paroles des indications de la carte. Vous verrez que les rapides de Saint- Louis sont par 38° 15, le confluent du Wabash par 37°467, et le confluent de l'Ohio avec le Mississipi par 37° 10/. Si La Salle avait voulu parler du confluent du Wabash, il se serait trompé de 46’ ou 46 milles géographiques ; s’il avait voulu parler des rapides de Saint-Louis, il se serait trompé de 1°15/, ou 75 milles géographiques. Admettre de pareilles erreurs, ce serait dire que La Salle ne savait pas se servir de ses instruments, ce qui serait le contraire de la vérité. Des rapides de Saint-Louis et. du confluent du Wabash, La Salle pouvait-il dire que l'Ohio, réuni à une large rivière venant du nord, se jetait dans le golfe du Mexique? Evidemment non. Mais du confluent du Mississipi, par 37° 10/, qu'il indique à 10/ près, là où la

route vers la Chine lui était barrée, il ne pouvait plus conjecturer autre chose.

On nous fait une autre objection; l’homme qui reçut les confidences de Cavelier de la Salle n’était pas ami des

Jésuites. Cette objection tombe d’elle-même, car nous savons aujourd’hui, par les recherches deM. Pierre Margry, que cet homme était Eusèbe Renaudot, prêtre à la fois très pieux et très instruit, très respecté et, en effet, très peu ami des Jésuites.

Revenons à Cavelier de la Salle.

Tous ses compagnons l'ont abandonné en une seule nuit, à plus de 400 lieues de Montréal, dans un pays qui n'avait pas encore été foulé par un homme de race blanche. Il n’en revient pas moins, vivant de sa chasse et de ce que lui donnent les Sauvages, couchant tantôt dans un wigwam, tantôt dans la neige.

Découverte de l'Illinois. — Exploration sur le Mississipi

L'année suivante, 1670, il se remet en route par les grands lacs, découvre la rivière de l'Illinois. la descend jusqu’au Mississipi et se confie à ce fleuve jusqu’à l'endroit où il coupe le 36° parallèle. :

Comme il n’a ni assez d'hommes, ni assez de vivres pour traverser les nations nombreuses qui le séparent de la mer, il revient sur ses pas.

Les Jésuites accueillirent mal ces découvertes, qui déjà suffisaient pour immortaliser le nom de Cavelier de la Salle. De fait, ils n'avaient pas sujet de se réjouir. Depuis 1640, ils faisaient des efforts excessifs pour arriver au

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Mississipi, et juste au moment où ils pensent à se mettre en route, un nouveau venu, un normand, leur enlève la gloire de l’entreprise et la chance des profits commerciaux qui devaient en être la conséquence.

J’ai dit : profits commerciaux, Messieurs, et je ne m'en dédis pas, car il résulte expressément des rapports officiels et des relations les plus dignes de foi que les Pères Jésuites s’occupaient fort peu de la conversion des Sauvages et beaucoup du trafic du castor.

Les bons pères décident donc deux choses : la première, de nier les découvertes de La Salle; la seconde, d’envoyer au Mississipi Louis Joliet, leur élève et leur partisan, et le R. P. Jacques Marquette. Ce voyage eut lieu en 1673, et les voyageurs descendirent jusqu'à l’Arkansas par 34°30/, un degré et demi plus loin que Cavelier de La Salle. Cela fait, ils s'attribuèrent bravement l’honneur de la découverte.

La Salle prouvera plus tard, avant de revoir le Mississipi, que Joliet et Marquette disent avoir vu bien des choses qui n'existent pas.

Jusqu'à ces derniers temps, M. Pierre Margry et moi avons seuls soutenu la priorité de Cavelier de La Salle. C'était beaucoup d’avoir de mon côté l’éminent historien de nos gloires coloniales. Mais en 1879, le P. Brucker a dit, dans les Ætudes religieuses par les Pères de la Compagnie de Jesus, que M. Margry avait changé de sentiment et que M. Gravier restait séul de son avis. Je vous confesse que cette affirmation ne m’a pas causé la moindre émotion, d'abord, parce que M. Margry dit tout

le contraire dans ses ouvrages; ensuite, parce que j'avais de bonnes raisons de croire que les Révérends Pères Jésuites se trompent quelquefois.

J'ai appris, en effet, de M. Pierre Margry, que le R. P. Brucker s'était trompé.

Voyage en France et retour au Fort de Frontenac

A l'automne de 1674, après avoir beaucoup contribué à la fondation du fort de Cataracoui, sur le lac Ontario, La Salle vint en France.

Les Jésuites avaient envoyé à Versailles, depuis plus d’un an, leur frère Joliet, et celui-ci se faisait à lui-même l'honneur de la découverte du Mississipi; mais il n’a pas su répondre aux demandes que l’on fait en pareille occasion, et ses prétentions n’ont eu aucun succès.

La Salle, au contraire, obtient, en récompense de ses services, des lettres de noblesse, la concession du fort de Cataracoui, et un immense terrain sur le lac Ontario.

Sa famille, fière de ses succès, lui avance l'argent dont il a besoin pour acquitter les charges qui lui sont imposées, reconstruire son fort et mettre en rapport sa magnifique concession.

Quand il revint à Québec avec le projet d'ouvrir au Canada le golfe du Mexique, ses ennemis auraient bien voulu le chasser, mais comment faire? J1 n’était pas un

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simple fur trader que l'on pût intimider. Personne n'ignorait qu'il ne reculerait devant aucun danger. Ils ont alors recours à un moyen assez original, qui réussit presque toujours.

À son arrivée à Québec, Bazire, fermier des droits du roi, homme fort riche, vient le complimenter et lui offrir sa maison pour toute la durée de son séjour dans la ville. Ces offres se changent en instances si pressantes que tout en ne comprenant rien à une amitié si soudaine, La Salle ne peut se dispenser d'accepter.

Madame la Receveuse est « belle et dévote des Jésuites, et l’une des principales de la Sainte Famille ». Elle fait à La Salle le plus gracieux accueil. Elle est d’abord d’une familiarité d'apparence cordiale et honnête. Puis elle paraît plus empressée et semble vouloir exciter la passion en feignant d’en avoir. Mais La Salle se défie et paraît ne pas comprendre.

Un dimanche, avant la messe, La Salle lui fait dans sa chambre une visite de civilité. Elle déploie toutes les ressources de son esprit, met en jeu toutes ses grâces felines pour l’amener à lui faire des avances. Il ne comprend pas. Alors elle lui prend la main et la place sur son sein. La feinte n’est plus possible : il faut céder ou faire comme Joseph. La Salle rembarre la femme d’un mot sec, fait la révérence et sort. En s’en allant, il apercoit dans un cabinet, tout proche, M. le Receveur. Madame la Receveuse va droit à l’église et communie sans se confesser.

Aima-t-elle vraiment La Salle? La chose est possible : il était beau et large des épaules. Mais, qu’elle l’aimât ou

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non, que cette étrange mission lui fût agréable ou non, si elle avait réussi, elle le perdait de réputation, et c'était là le but poursuivi par elle et son compiaisant mari.

Séjour au Fort de Frontenac

Vers le même temps, un habitant de Québec vint en France pour dire à l’abbé Cavelier que son jeune frère, La Salle, avait enlevé une femme de Québec, que l'évêque n'avait pu la lui faire quitter et qu’il vivait scandaleusement avec elle dans son fort de Frontenac, l’ancien fort de Cataracoui.

L'abbé Cavelier était un esprit borné, toujours disposé à contre-carrer son frère. Il tenait les cordons de la bourse et s’attribuait sur La Salle une autorité excessive. Il s’est même permis de lui faire manquer un excellent mariage.

Ce digne abbé, chargé de colère et de sermons, part aussitôt pour Frontenac.

Il trouve La Salle assisté de deux récollets, travaillant activement aux fortifications du fort, fondant une colonie franco-iroquoise, une mission et une école, construisant des barques, dressant des canoteurs, étudiant les relations des anciens voyageurs, se préparant pour sa grande expédition.

Le bonhomme se retire satisfait.

Dans le même temps, les Révérends Pères Jésuites du sud des lacs et l’intendant Duchesneau disent aux Iro-

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quois : « La Salle augmente ses moyens de défense pour vous faire la guerre », et ils écrivent à La Salle : « Rempart de la contrée, défiez-vous de ces perfides Iroquois; ils pensent à vous attaquer ».

Les anciens des Iroquois, réunis en assemblée devant le comte de Frontenac, disent, parlant des RR. PP. Briaset Person, qui faisaient courir parmi eux ces bruits de guerre : « Comment aurions-nous fait ? Des serpens que » tu nourris dans ton sein se sont glissez par nos villages » et ils y ont jeté leur venin ; nous en avons esté estour- » dis, quelques-uns mesme ont avalé du poison, mais ils » l'ont rejeté ».

Par ces menées politiques, les bons pères voulaient compromettre le comte de Frontenac, en lui faisant faire inutilement les dépenses d’une entrée en campagne, perdre Cavelier de la Salle en amenant une collision entre lui et les Iroquois, et se tresser à eux-mêmes, à peu de frais, une couronne de pacificateurs.

Notre normand était heureusement aussi fin qu'eux et ils en furent pour la honte de voir constater, dans un procès-verbal, leurs agissements anti-français.

Quelque temps après, La Salle fut empoisonné avec une salade qui contenait de la ciguë et du vert-de-gris.

La Salle a écrit que les Jésuites étaient innocents de cette tentative. |

L'’empoisonneur était Nicolas Perrot, surnommé Joly- Cœur. Il était au service de La Salle et n’avait pas motif de se plaindre de lui. Il a été l'instrument des ennemis de son maître.

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