DE LA COMMUNION DES SAINTS ET DE LA REMISSION DES PÉCHÉS
PREMIÈRE INSTRUCTION
Communion des Saints. — Comparaisons qui nous en donnent nne idée. — Conditions pour y avoir part. — Doux rapports entre les Fidèles de la terre, les Saints du ciel et les Ames du purgatoire.
D. Qu'entendez-vous parla Communion des Saints?
R. J'entends que les biens spirituels de rÉglise sont communs entre les fidèles, et qti'ils participent aux prières et aux bonnes œuvres les uns des autres.
Après avoir expliqué en détail l'origine^, la constitution et les principaux caractères de l'Eglise, il nous reste actuellement à parler de ses richesses spirituelles et des trésors de grâce renfermés dans son sein, et qu'elle nous communique avec une si abondante largesse. C'est ce que nous appelons la Communion des Saints ; eWe ne fait dans le
symbole qu'un seul et même article avec TÉglise^ parce quelle appartient à son essence.
Le mot de Communion, qui n'est autre chose que union tommune, signifie en général la société de plusieurs personnes unies entre elles par les mêmes principes ou les mêmes intérêts. Ici, nous entendons spécialement par ce mot l'union intime de tous les membres de la véritable Église, qui ne font qu'un seul corps avec Jésus-Christ, leur chef. « Nous sommes tous, dit saint Paul, un seul corps et membres l'un de l'autre (1). » Et ailleurs, il ajoute : a Qu'il n'y ait point de division dans ce corps, mais que les membres aient soin l'un de l'autre (2). » Par où nous voyons qu'il ne faut pas confondre la Communion des Saints avec la communion eucharistique, qui est l'union individuelle de notre âme avec Jésus-Christ, sous les espèces sacramentelles, tandis que la Communion des Saints embrasse tous les membres de TÉglise, qui sont unis entre eux par les liens de la foi et de l'amour.
C'est un article fondamental de notre croyance, que tout est commun dans l'Église, prières, bonnes œuwes, grâces, mérites, etc. Nous avons tous les mêmes biens spirituels à notre disposition, le même soleil de justice qui nous éclaire, le même Esprit qui nous sanctifie, le même trésor où nous avons tous un égal droit de puiser, et qui se compose de l'inépuisable bonté de notre Dieu et des grâces infinies, dont l'Église est dépositaire et que Jésus- Christ lui a léguées comme sa dot et son héritage. Biens immenses, inappréciables, communs à tous, et cependant propres à chacun ; biens mille fois au-dessus des richesses de la terre, qui ne peuvent se communiquer qu'en se divisant, et qui diminuent, par conséquent, à mesure qu'elles se communiquent, tandis que les trésors de la gi'âce., bien
(1) Kom,, XII, 5.
(2) I. Cor., XII, 25.
loin de souffrir la moindre diminution, augmentenl, au contraire^ en se communiquant, et chacun peut y prendre part comme à la chaleur et à la lumière du soleil^ sans que son avantage particulier préjudicie, le moins du monde, à Tavantage des autres.
Biens tellement communs à tous les fidèles^ que le bien de Tun d'entre eux est le bien de tous. Et^ pour mieux comprendre ceci, voyez ce qui se passe dans le corps humain : aucun de ses membres n'existe et ne travaille pour lui seul; tous se correspondent, s'entr'aident, et le bien de chacun influe sur celui des autres. Ainsi l'œil n'y voit pas seulement pour lui-même, mais il sert à diriger les mains et les pieds ; les pieds marchent pour l'utilité des yeux et selon le besoin général ; et la nourriture, que la main porte à la bouche, donne de la force et de l'accroissement à tout le corps. Telle et plus parfaite encore est l'harmonie du corps de l'Église. Les grâces que chacun y reçoit, selon les fonctions qu'il occupe et les bonnes œuvxes qu'il fait, ne profitent pas seulement à lui-même, mais à tout le corps de l'Eglise. Si, par exemple, je prie, ce n'est pas pour moi seul que je prie, mais pour toute l'Église; et, si je n'ose compter sur ma prière, ordinairement si froide et si défectueuse, je sens ma confiance se ranimer, en pensant qu'elle est unie a celles de tant d'âmes justes et agréables à Dieu, et que leur force et leur ferveur pourra ainsi suppléer à ma faiblesse. Si je fais quelque bonne œuvre, le fruit n'en sera pas uniquement pour moi, mes frères en Jésus-Christ y auront aussi leur part ; et, d'un autre côté, mes bonnes œuvres étant unies à celles de tous les saints, aux austérités, aux veilles, aux macérations de tant d'âmes innocentes, il en résulte que je m'enrichis, à mon tour, de leurs mérites, parce que l'abondance des uns vient au secours de la pauvreté et de l'indigence des autres.
Autre comparaison qui nous donne une excellente idée de la Communion des Saints.
L'Église est comme un champ, où chacun sème^ travaille, moissonne, amasse, mais où la récolte est une propriété commune, à laquelle personne n'a un droit exclusif. Chacun a sa part de la moisson, comme il a eu part à la culture. Plus la semence a été abondante et le travail actif, plus la moisson commune est productive, et plus chaque quote-part est précieuse et abondante. Les bonnes œuvres sont la semence jetée dans le champ commun de l'Église; elles y fructifient, à la fois, pour celui qui les fait et pour la communauté tout entière*.
Mais pourquoi cette Communion de biens spirituels estelle appelée la Communion des Saints? Est-ce que tous les membres de l'Église sont saints?
Nous l'appelons ainsi, avec juste raison, parce qu'elle nous met en relation : V avec les Bienheureux qui sont au ciel et auxquels convient parfaitement le nom de saints, puisque leur sainteté est arrivée à sa consommation dans la gloire éternelle, et qu'ils n'ont plus à craindre d'en déchoir. — 2" Avec les justes qui souffrent en purgatoire. On ne peut leur contester le nom de saints, qu'ils ont si bien conquis par leurs vertus, et, quoiqu'il leur reste encore quelques traces du péché à effacer, il n'en est pas moins vrai qu'ils sont morts dans la grâce et l'amour de Dieu; et, si leur sainteté n'a pas encore reçu sa récompense, ils savent que la couronne promise à leur piété ne peut leur échapper, et ils attendent, avec une vive confiance, le jour qui les mettra en possession de la gloire et du bonheur.
Quant aux membres de l'Église qui vivent encore sur la terre, il serait bien à désirer que tous fussent saints; mais hélas ! on en voit, et en trop grand nombre, dont la conduite est en opposition avec l'Évangile, et qui déshonorent par leurs vices le corps auguste auquel ils appartiennent, et le titre sacré de chrétien qu'ils portent. Cependant, no nobstant le mélange des bons et des méchants^ nous don-
nons le litre de saints à tous les membres de TÉglise^, à l'exemple des apôtres, qui appelaient ainsi indistinctement tous les fidèles. Nous voyons, en eftet, que, lorsqu'ils écrivaient aux diverses églises, ils mettaient en tète de leurs épîtres : Aux Saints de l'église de Rome, aux Saints de Corinthe, d'Éphèse, etc., voulant ainsi marquer que, si tous les chrétiens ne sont pas saints par la disposition de leur cœur, tous le sont néanmoins par Texcellence de leur vocation, par l'engagement qu'ils ont pris d'imiter Jésus- Clirist; d'ailleurs, les plus pervertis d'entre eux peuvent, quand ils voudront, recouvrer l'éclat de leur innocence et arriver à la sainteté. Mais, au reste, quels que soient leurs désordres, l'Église est toujours, comme le dit saint Pierre, une race choisie, une nation sainte, une société de saints, parce que Jésus-Christ l'a sanctifiée par son sang.
Une observation importante à faire ici, c'est que, parmi ceux qui vivent dans la communion de l'Église, tous ne participent pas également à la Communion des Saints. On ne peut y avoir une part pleine et entière, qu'autant qu'on participe à l'Esprit de Dieu, à l'Esprit de Jésus-Christ, qui fait la vie et l'âme de l'Église, c'est-à-dire qu'autant que l'on est dans la grâce et la charité. Ceux qui se trouvent en état de péché sont des membres monstrueux, des membres morts; ils font la honte et la douleur de l'Église, et ne peuvent avoir part au mérite de ses bonnes œuvres; car les avantages du corps ne se communiquent qu'aux membres vivants; la sève, qui découle du tronc, ne s'étend point jusqu'aux branches mortes. Tant que les pécheurs persévèrent dans leur iniquité, ils sont comme ces malheureuses montagnes de Gelboé, qui demeurent sèches et arides, pendant qu'autour d'elles tout est inondé de pîu'e. Sans la charité, point d'union i^éritable avec Dieu ni avec les saints ; et quelle société, en effet, peut-il y avoir entre la justice et l'injustice, entre la lumière et les ténèbres.
entre Jésus-Christ et Bélial (1)? Quel rapport peut-il y avoir entre Tincrédulité d'un cœur libertin et la foi des patriarclieà, entre un esprit lâche et indifférent et le courage des mart^Ts^ entre la mollesse d'une vie sensuelle et la pureté des vierges chrétiennes ? Tout l'avantage que les pécheurs retirent de la Communion des Saints, c'est que, tenant encore extérieurement au corps de l'Église, quoiqu'ils n'appartiennent pas à son âme par le lien intérieur de la charité, ils sont cependant plus près de la vie que ceux qui en sont totalement retranchés. L'Église les regai'de toujours comme ses enfants, et s'efforce, par ses prières, ses larmes, ses gémissements, ses sacrifices, de les rappeler à de meilleures voies. Us peuvent avoir recours aux sacrements, profiter de l'auguste sacrifice de nos autels, de la prédication de l'Évangile ; ils ont mille moyens d'effacer de leur cœur le péché, qui les empêche d'être unis à Dieu; et, cet obstacle une fois levé, ils deviennent les membres vivants de Jésus-Christ et de son Église, et recomTent tous leurs droits à la Commmiion des Saints.
Ceux qui sont entièrement séparés du corps de l'Église ressemblent à des branches coupées qui, ne tenant plus à l'arbre, ne peuvent porter ni feuilles, ni fleurs, ni fruits. Placés dans une région de mort, livrés à Satan, ils ont rompu tout commerce avec le divin Sauveur, et sont, par conséquent, entièrement hors de la voie du salut. Tels sont les apostats, les hérétiques, les schismatiques, les excommuniés.
1° On appelle ûj905/a^s ou renégats ceux qui quittent la foi catholique pour embrasser une religion fausse ; crime horrible dont se rendit coupable l'empereur Julien, auquel le nom d'apostat est resté comme une éternelle flétrissure. Malheur à ces abominables déserteurs de l'Évangile, qui préfèrent les ténèbres et les folies de l'infidélité au culte
(1} Quae aulem coDventio Christi ad Belial? II. Co'*-., vi, U.
COJIMUMON DES SAINTS. 141
pur et saint du Seigneur ! Ils subiront un terrible jugement de la part de celui qui a dit : a Si quelqu'un me renie devant les hommes^ je le renierai devant mon Père (1). »
2° On appelle hérétiques les sectateurs ou défenseurs d'une doctrine condamnée par TÉglise. Renversant Tordre établi par Jésus-Christ^ ils préfèrent leur sens privé,, leur jugement particulier à renseignement des pasteurs légitimes; ils veulent se faire à eux-mêmes leur foi^, leur religion, prendre ou laisser de la doctrine ce qui leur convient; hommes orgueilleux, entêtés de leurs erreurs, qui se prétendent plus éclairés qne toute TÉglise ensemble. Saint Paul a dit : « Évitez un hérétique, après l'avoir repris une ou deux fois, sachant qu'un tel homme est pervers, qu'il pèche et qu'il est condamné par son propre jugement (2). »
30 Les schismati^nes sont ceux qui, sans altérer la foi, se séparent de l'Eglise catholique et forment un troupeau à part. Tous les hérétiques sont aussi schismatiques; mais on peut être schismatique sans être hérétique, car on peut garder intact le dépôt de la foi et croire toutes les vérités révélées, tout en se révoltant contre l'autorité légitime, a Les hérétiques, dit saint Augustin, violent la foi parleur obstination à suivre l'erreur; les schismatiques violent la charité par l'injustice de leurs discussions. » Ni les uns ni les autres n'appartiennent à l'Église ; enfants impies, ils méprisent leur mère et foulent aux pieds ses lois. Et quelle injure ne font-ils pas à Jésus-Christ? Nous avons horreur des bourreaux, qui ont porté leurs mains sur le corps sacré de notre divin Rédempteur ; mais ceux qui déchirent son Église ne lui font pas moins d'outrage, et sont aussi coupables à son égard, car il chérit beaucoup
(1) Qui autem negaverit me coram homiaibus, negabo et ego eum coram Paire meo. Math., j., 33.
(2) Ut.. III, 10.
1 4 î DOUZIÈME LEÇON.
plus son corps mystique que le corps naturel qu'il a sacrifié pour nous. Tous les schismatiques sont hors de la voie du salut; sarments détachés de la tige, ils ne sont bons que pour le feu. Qu'ils cessent donc de se glorifier du nom de chrétien; car, ayant brisé les liens de la charité et de Tunité, ils ne sont plus du bercail de Jésus-Christ, et n'ont d'autre sort à attendre que celui qui est réservé aux païens et aux publicains.
40 On appelle excommuniés ceux que l'Église, en punition de quelque grand crime, a retranchés de son sein, comme des membres gangrenés, capables de communiquer aux autres leur corruption. Enfants disgraciés, ils ne s'assoient plus à la table du Père de famille ; ils sont privés de la participation aux sacrements, aux prières publiques ; ils n'ont aucun droit aux œu\Tes de piété qui se font dans l'Eglise, ni aux honneurs que cette bonne mère rend aux fidèles après leur mort. L'Église les traite ainsi, afin qu'ils aient horreur d'eux-mêmes, qu'ils sentent plus vivement l'énormité de leurs crimes, et que, se voyant dans un état si déplorable, ils se hâtent d'en sortir par une sincère pénitence. Une fois qu'ils seront convertis, l'Église leur ou- \Tira de nouveau tous ses trésors.
D. La Communion des Saints s'étead-elle jusqu'au ciel et au purgatoire ?
R. Oui, les Saints, qui sont dajis le ciel, peuvent nous aider par leuis prières, et nous po vons aider les âmes du purgatoire par les nôtres.
Étant unis avec Jésus-Christ, notre divin chef, nous le sommes par là même avec tous ses membres ; société admirable qui met lÉglise de la terre en rapport avec les Saints du paradis et avec les Saints du purgatoire ! Il se fait entre les habitants de ces trois Églises un heureux échange de vœux, d'hommages, de prières et de secours, de protection, de bienveillance et de charité. C'est ce qu'a-
vait figuré longtemps à l'avance cette échelle mystérieuse de Jacob, par où les anges montaient et descendaient, nous marquant par là que les citoyens du ciel sont également appliqués à nous transmettre sur la terre les ordres de Dieu^ et à lui porter, jusqu'au pied de son trône, nos humbles supplications.
Nous disons donc, en premier lieu, que la Communion des Saints s'étend jusqu'au ciel, parce que les Saints, qui sont dan* la gloire, peuvent nous aider par leur prières. En effet, les Saints, tant qu'ils ont vécu sur la terre, se sont toujours montrés pleins de zèle pour le salut de leurs frères. Abraham s'intéressait pour Sodome et Gomonhe, et s'efforçait, par ses prières, de détourner la pluie de teu et de soufre qui allait consumer ces villes infâmes ; Moïse intercédait pour son peuple murmurateur et rebelle; Aaron, l'encensoir à la main, entre les vivants et les morts, tâchait d'arrêter le cours de la colère de Dieu (1); tous les Patriarches et les Prophètes de l'ancienne loi s'entremettaient, avec la plus grande ardeur, pour le salut d'Israël. Dans le Nouveau Testament, nous voyons saint Etienne, au milieu des horreurs de la mort, intercéder pour ses bourreaux ; sainl Paul prie sans cesse pour les fidèles, et les engage à prier les uns poiu* les autres (2) ; saint Jacques nous assure que la prière du juste est puissante (3), et nous voyons, en eflét, que Dieu se plaît à exaucer les prières de ses Saints. A la prière de Job, il accorda la grâce de ses amis et pardonna leurs témérités ; aux prières de Moïse, il accorda la victoire à Josué sur Amalec ; à la prière d'Élie, il fit tomber une pluie abondante sur la terre. On n'en finirait pas, s'il fallait citer tous les exemples, que nous off'rent les saintes Écritures, sur Tefficacité des prières dei
(i) Num., XVI, 47.
(5) Rom., 1,9. — II. Cor., II. 7
(3) Muliùm valet deprecalio justi assidua. Jacob., f, 1&
144 DOUZIÈME LEÇO:^'.
Saints. Mais, si les Saints ont été., pendant leur vie, si empressés à l'égard de leurs frères, pourrions-nous croire que maintenant qu^ils sont dans la gloire et assurés de leur bonheur;, ils ne daignent plus penser à nous ni s'intéresser à notre sort? Sur la terre, leur prière avait tant d'empire sur le cœur d.e Dieu ; et, dans le ciel, elle ne serait d'aucun secours ! Sur la terre, ils nous aimaient et nous protégeaient, et maintenant qu'ils régnent avec Dieu, qu'ils jugent les nations, qu'ils dominent sur les peuples (1), ils auraient ou moins de bonté ou moins de pouvoir ! Que j'aime bien mieux me les représenter, avec l'Eglise catholique, conmie de zélés intercesseurs, qui ne se lassent jamais de parler pour nous et qui ne parlent jamais en vain ; comme des favoris du grand Roi , qui ne puisent si libéralement dans ses trésors, que pour répandre sur nous d'abondantes largesses ! Nous avons, d'ailleurs, pour garants de notre croyance sur cet article, l'autorité des saintes Écritures et l'usage constant de l'Église.
Il n'est pas permis de douter que les anges n'intercèdent pour nous auprès de la Majesté suprême. « Je vous voyais, dit l'ange Raphaël à Tobie, lorsque vous conjuriez le Seigneur avec larmes , lorsque vous ensevelissiez les morts, lorsque vous soulagiez vos frères; et moi , j'offrais à Dieu vos prières, vos larmes, vos bonnes œu\Tes. » Le prophète Zacharie nous montre aussi un ange, qui prie pour Jérusalem et demande grâce pour cette ville ingrate. Or, certainement les Saints, qui ont vécu sur cette même terre que nous habitons et qui ont été soumis à toutes nos misères, n'ont pas moins de tendresse pour nous que les anges. Bien plus, débarrassés de leur enveloppe mortelle, ne sont-ils pas, conmie le dit le Sauveur, de vrais anges
(1) Regnabunt cnm illo. Àpoc, xi, 6. — Jciicabunt nation es et 4omiDabuntur populis. Sap., m, S.
dans le ciel (1) ? Donc ils veillent sur nous et s'intéressent à notre sanctification.
Lisez encore les livres saints; vous y verrez que le pontife Onias étend ses mains après sa mort, et prie pour le peuple juif, dont il avait été le protecteur pendant sa vie (2). Il est aussi écrit du prophète Jérémie, après qu'il eut quitté ce monde : « Voilà celui qui aime toujours ses frères, et qui prie beaucoup pour eux et pour la ville (3) ; » texte qu'on peut également appliquer à tous les Saints, et surtout à ceux qui sont spécialement nos patrons et nos protecteurs. Que si nous ouvrons le saint Évangile, le Sauveur nous y représente un réprouvé qui, au milieu des tourments de Tenfer, est vivement inquiet sur le salut de ses frères, et demande qu'un mort aille les avertir. Oserait- on dire que les Saints, dans le ciel, ont moins de charité que les damnés?
Enfin, la foi constante de l'Église, manifestée par le témoignage des Pères, a été, dès les temps apostoliques, que nous avons, dans les Saints, de puissants protecteurs, qui profitent de la faveur qu'ils ont auprès de Dieu, pour écarter les fléaux prêts à fondre sur nous et pour terrasser nos ennemis; qui nous suivent de l'œil et dirigent nos pas au milieu des écueils de la vie ; qui soutiennent nos prières devant Dieu et font tous leurs efforts pour nous mettre en possession du royaume céleste. Les docteurs de l'Église sont unanimes sur ce point. Mais si les Saints, du faîte de leur grandeur, ne dédaignent pas notre bassesse, s'ils veulent bien entrer en communication avec nous, et nous prêter devant Dieu le secours de leiu's suffrages, Vest-il pas bien juste que nous leur adressions nos vœux et que nous leur témoignions, autant qu'il dépend de nous, notre confiance^ notre respect, notre reconnaissance ^î
(0 Erunt sicul angeli Dei. Math., xui, 30. (2) II. Mach., XV, 12.
(3^ II. Mach., XV, U.
Nous disons, en second lieu, que la Communion des Saints s'étend jusqu'au purgatoire^ parce que nous pouvons aider, par nos prières, les âmes qui y sont détenues.
La charité est plus forte que la mort ; elle va au delà du tombeau. Nous accompagnons jusque dans Tautre vie les âmes des justes décédés en la grâce de Dieu, mais auxquels il reste encore à effacer quelques souillures de leurs péchés. Tout retranchés qu'ils sont de la société des honmies, ils appartiennent encore à la Communion des Saints; Dieu est toujours leur Dieu; l'Église est toujours leur mère; et c'est avec la plus vive sollicitude qu'elle intercède auprès de son divin époux, afin d'abréger leurs soufiYances et de hâter le moment où ils entreront en possession de la gloire des élus. Elle en fait mémoire dans les moments précieux du saint sacrifice, et elle nous accorde de nombreuses indulgences, dont nous pouvons leur appliquer le fruit. Elle conclut toutes les prières publiques et particulières, par des vœux réitérés nuit et jour ck leur faveui\ Elle exhorte tous ses enfants à ne pas oublier, après leur mort, les âmes de ceux qui leur furent chers; de prier aussi pour celles qui sont les plus délaissées, et qui, par conséquent, méritent encore davantage notre commisération. Et nous, qui avons tant de moyens faciles de les délivrer de leurs peines, sommes-nous excusables, si nous n'y travaillons pas ^ ?
Tel est le dogme si doux et si consolant de la Communion des Saints; telle est la parfaite intelligence qui règne entre les trois états de l'Église triomphante, militante et souffrante. Or, qu'y a-t-il de plus beau que cette fraternité qui unit lous les enfants de Jésus-Christ, soit dans ce monde, soit dans l'autre? Les habitants de la terre adressent leurs hommages aux bienheureux habitants de la cité céleste», et ceux-ci, en échange, invoquent sans cesse le Père commun en faveur de leurs frères moins fortunés qu'eux, qui courent encore dans la carrière périlleuse de
la vie; et ils se plaisent à répandre sur eux toute sorte de bénédictions spirituelles. C'est ainsi que, dans Tordre de la nature, la terre envoie au ciel ses vapeurs, et que le ciel verse la rosée sur la terre. Enfin les Saints du ciel * «t ceux de la terre offrent leurs prières et leurs bonnes œuvres pour d'autres frères souffrants, dont le sort est d'autant plus à plaindre qu'ils ne peuvent plus acquérir de mérites, car, pour eux, le temps de l'épreuve est passé, et, d'un autre côté, les justes délivrés du purgatoire augmentent la joie des Saints, en devenant leurs compagnons, et deviennent, à leur tour, nos intercesseurs.
Pour nous, qui vivons dans cette vallée de larmes, entre ceux qui régnent dans le ciel, et ceux qui souffrent dans le purgatoire, également remplis de l'image du bonheur des uns, et de l'idée des tourments des autres, ne nous lassons jamais de tendre nos mains secourables vers ceux-ci et nos mains suppliantes vers ceux-là. Profitons des avantages inestimables, que nous trouvons dans la Communion des Saints; et remercions le Seigneur de nous y avoir fait entrer, en disant comme le Koi-Prophète, avec une sainte joie : a Je suis uni du fond du cœur à tous ceux qui vous craignent, ô mon Dieu, et qui gardent vos commandements (1). »
TRAITS HISTORIQUES
1. 11 en est de la milice spirituelle, qui est le service du Seigneur» comme de la milice temporelle, dont tous les membres, quoique occupés en divers lieux el à des degrés différents, se prêtent un mutuel appui, et doivent, par conséquent, avoir part aux honneurs et aux avantages de la victoire. — Un jour que David était à la poursuite de ses ennemis, deux cents hommes de son armée, harassés de fatigue, furent obligés de s'arrêter , et plusieurs autres restèrent au camp, pour garder les provisions de la troupe. Ceux qui avaient été an
(1) Particeps ego sum omnium tim^'^iium te et custodientium mandata tua. ps.cxvui. 63
combat, revinrent chargés de dépouilles, et ne voulaient pas partager avec ceux qui n'avaient pu les suivre, parce que, disaienl-ils, n'ayant pas éprouvé les fatigues de la guerre, ils n'avaient aucun droit au bulin. * ^ous vous trompez, leur dit David; les autres ne faisaient « qu'un corps d'armée avec vous. Ce sont des frères, qui ont contribué € à la victoire, quoiqu'ils aient été retenus, pour des causes diverses, € loin du lieu du combat; ils doivent donc participer aux dépouilles € prises sur l'ennemi ; » et il fit tout distribuer par égales portions. Ainsi, dans le royaume de Jésus-Chrisl, tout chrétien est soldat; et, pourvu qu'il ne déserte pas son poste, il aura sa part à tout le bien spirituel de l'Église.
Nous trouvons une infinité d'exemples de cette communicaxion de biens spirituels entre les divers membres de l'Église.
Co^umanton des iliaiuts de la terre entre eux. — Saint Paul s'élant embarqué pour aller à Rome, il s'éleva une furieuse tempête, qui mil le vaisseau en très-grand danger. On fut obligé de jeter à la mer d'abord les marchandises, et puis les cordages, les voiles, les armes et autres agrès. Ce qui augmentait encore le péril, c'est que les matelots conduisaient le vaisseau à l'aventure, sans pouvoir reconnaître là route, parce que le ciel était couvert de nuages si épais, que ni le soleil ni les étoiles ne parurent pendant plusieurs jours ; comme la tempête continuait avec la même violence, on perdit tout espoir de salut. Mais saint Paul les exhorta à prendre courage, leur assurant que Dieu lui avait accordé, comme une grâce, la vie de tous ceux qui étaient avec lui, et que le vaisseau seul serait perdu. En effet, le vaisseau échoua contre une langue de terre, qu'on n'avait pas aperçue ; mais, selon la prédiction de Papôtre, toutes les personnes qui s'y trouvèrent, au nombre de deux cent soixante-seize, arrivèrent à terre et se sauvèrent, sans qu'il arrivât aucun mal (1). Voilà ce que c'est, dit saint Chrysostome, que de vivre dans la compagnie d'un Saint et de l'avoir pour protecteur, parmi tant de dangers qui nous assiègent tous les jours, soit dans le corps, soit dans ï âme. Quels avantages donc ne trouvons-nous pas àêlre unis avec tous les Saints de l'Église militante!
Citons encore un trait, pour montrer l'efiicaciié de la prière des âmes justes et ferventes qui vivent encore ici-bas, et des puissanti secours que nous pouvons en retirer.
Attila, roi des Huns, étant entré dans les Gaules, à la tête d'une armée de quatre cent mille hommes, semait partout, sur son passage, la terreur et la mort. Les habitants de Paris, persuadés de la sainteté de Geneviève, leur protectrice, eurent recours à elle dans un si près-
(1) Act., xivii, 14.
sant besoin. Elle les exhorta de se mettre en étal de fléchir la justice divine par le jeûne et la prière, et elle leur en donna elle-même l'exemple. Après quelques jours de pénitence publique, on apprit que la lerrîur s'était répandue dans l'armée ennemie, et lui avait fait changer sa marche fort précipitamment. On attribua ce miracle aux prières de la Sainte, et, depuis ce temps-là, elle se vit accablée de suppliants, qui avaient recours à elle dans leurs nécessités, et qui demandaient qu'elle leur fît part des grâces qu'elle recevait du ciel. Sa réputation alla jusqu'en Orient; et saint Siméon Stylite, qui vivait en Syrie, sur le haut d'une colonne, se recommandait lui-même à ses prières. Par où nous voyons la Communion et la société fraternelle des Saints sur la terre, quelque éloignés qu'ils soient les pns des autres. Bolland. 3 janvier.
Communion de Vl^glise triomphante avec FEg^lise militante. — Nébride, ami intime de saint Augustin, après avoir servi Dieu dans la pratique de la continence et de la charité la plus parfaite, entra dans le repos du Seigneur. Voici ce qu'en dit saint Augustin: « Il est donc présentement dans le sein d'Abraham; c'est f là qu'est notre cher Nébride. .. car en quel autre lieu pourrait être € une telle âme? Il est donc vivant dans ce bienheureux séjour; il € jouit présentement, pour toute l'éternité, du bonheur de s'approcher « de vous, 6 mon Dieu, qui êtes une source éternelle de délices et c de vérité, et déboire, de toute l'étendue de son avidité et de sa « capacité, les eaux célestes de la sagesse. Mais, quelque enivré qu'il « en soit, je ne saurais jamais croire qu'il m'oublie, puisque le Dieu « qui le remplit se souvient de moi.» Conf., 1. IX., c. m.
Or, ce souvenir des Saints du ciel, à l'égard de ceux de la terre, ne peut être sans effet : c'est une prière par laquelle leur charité, toute désintéressée, les porte à demander pour nous le même bonheur, dont ils jouissent eux-mêmes.
Théodoret rapporte avoir reçu du ciel plusieurs grâces signalées, par l'entremise de saint Jacques, solitaire. Voici ses propres paroles: L'hérétique Marcion ayant jeté de tous côtés, dans mon diocèse, les semences de son impiété, je me servais de tout mon pouvoir pour les arracher. Mais ceux au salut desquels je travaillais, me déchiraient par les médisanees ; ils employaient même contre moi les charmes et la magie, appelant à leur secours les plus méchants de tous les démons. L'un de ces esprits de ténèbres me dit un jour, en langue syriaque : « Cesse de persécuter et de haïr Marcion, ou l'expérience « te fera connaître l'avantage qu'il y a de se tenir en repos. Car il y a < longtemps que je t'eusse mis en pièces, sans une troupe de mar- « tyrs et saint Jacques, que j'ai vus qui te gardaient. » Un de mes amis et moi entendîmes distinctement ces paro^«s, aussi bien que
tous les serviteurs qui étaient dans la chambre. Le démon parlait ainsi, parce qu'il y avait, à mon lit, un vase suspendu, où était de i'huile bénite par plusieurs martyrs; et il parlait de saint Jacques, parce que j'avais sous ma tête un vieux manteau de et grand serviteur de Dieu, qui me tenait lieu d'un rempart et d'une défense invincible. Théod., Hist. eccl.f c. xxi.
3. Conîmanlon des Saints de la terre avec ceux da pnrg'atoire. — Sainte Perpétue va nous raconter elle-même une vision merveilleuse, qu'elle eut au sujet du purgatoire. « Comme nous étions tous en prière, dans la prison, après avoir été condamnés à être exposés aux bêtes, tout à coup il m'échappa de nommer Dénocrate. Ce Dénocrate était mon frère selon la chair; à sept ans, il mourut malheureusement d'un cancer au visage, faisant horreur à tout le monde. Le souvenir de son malheur m'afiQigea ; je fus étonnée de ce qu'il ne m'était point encore venu dans l'esprit, et je connus à l'instant que je devais prier pour lui. Je commençai donc à le faire avec ferveur, en gémissant devant Dieu; et, la nuit suivante, j'eus une vision dans laquelle je vis Dénocrate sortir d'un lieu ténébreux, où il y avait plusieurs autres personnes. Il était dans une grande ardeur et une grande soif, le visage abattu, le teint pâle, avec l'ulcère qu'il avait quand il mourut. Nous étions séparés par une grande distance, qui ne nous permettait pas de nous rapprocher. Prés de lui était un bassin plein d'eau, dont le bord était plus haut que la taille d'un enfant. Vainement se dressait-il pour boire, il ne pouvait y atteindre, ce qui m'affligeait fort. Je m'éveillai et reconnus que mon frère était dans la peine; mais j'eus confiance que je le pourrais soulager. Je me mis à prier pour lui, demandant à Dieu, jour et nuit, avec larmes, qu'il m'accordât sa délivrance. Quelques jours après, j'eus une autre vision, dans laquelle Dénocrate m'appanit, le corps net, bien vêtu, se rafraîchissant, et, au lieu de sa plaie, je vis une cicatrice. Le bord du bassin était abaissé, l'enfant en tirait de l'eau sans cesse; et, sur ce rebord, était une fiole d'or avec laquelle Dénocrate buvait, jusqu'à ce que, s'étant complètement rassasié, il quitta l'eau avecjoie pour aller jouer, comme font les enfants. Je m'éveillai et connus qu'il avait été tiré de sa peine. > Dom. Ruin., p. 86.
On voit, par ce bel exemple de l'antiquité ecclésiastique, la croyance où l'Église a été de tout temps, qu'après celte vie, il y a un lieuet un état d'expiation. Saint Augustin, qui reconnaissait l'authenticité des actes de sainte Perpétue, et qui a jugé ses révélations aussi édifiantes et aussi pleines d'instruction que le triomphe même de son martyre, nous fait remarquer que cet enfant devait avoir commis quelque faute après son baptême. Car il est des enfants qui, même avant l'âge de sept ans, ont quelque usage de leur raison. Mais, comme leur raison
n'est pas encore bien développée, leurs fautes ne sont pas telles qu'elles méritent la damnation éternelle; mais elles peuvent retarder leur bonheur. C'est pourquoi il faut prier avec confiance pour eux, espérant de leur être utiles, comme nous voyons, en effet, que Dénocrate fut tiré de peine par les prières de sa sœur.
D. AuG. De animd et ej . orig., 1. I., e. x. — l. III, c. ix.
<!. CommunioK des Saints ûu ciel a^ec l'Eglise souffrante. — La prière n'est pas seulement une œuvre satisfactoire^ elle est encore impétratoire, et voilà comment les prières des Bienheureux, quoi qu'ils ne puissent plus rien mériter pour les autres ni pour eux-mêmes, nous sont cependant d'un grand secours, ainsi qu'aux âmes du purgatoire (1). Or, nul doute que les âmes des Saints, qui régnent avec Jésus-Christ dans la gloire, ne prient pour les âmes qui expient leurs fautes dans le feu purifiant (2). Saint Augustin nous l'enseigne expressémenl dans son livre Du soin qu'il faut prendre des morts, où il dit qu'il est avantageux aux défunts d être ensevelis dans les basiliques des martyrs, parce que leurs proches, leurs amis qui leur survivent, en pensant à eux, s« souviennent aussi des martyrs dans l'église desquels ils reposent, et les recommandent à leurs prières (3). C'est donc avec juste raison que nous invoquons les Saints, afin qu'ils intercèdent pour les âmes du purgatoire (4). L'Église a même une oraison, dans laquelle elle conjure le Seigneur, par l'intercession de la bienheureuse Marie et de tous les Saints, d'accorder aux trépassés la béatitude éternelle (5).
Théodoret nous raconte, dans son histoire, queThéodo.se le Jeune allait souvent se prosterner au tombeau de saint Jean Chrysustome,
(1) Oratio duobus modis juval defunctorum animas : !<> ut opus quoddam pœnale; 2° ut eslimpetratoria; quo etiam pacte orationes Beatorum nobis et animabus purgatorii prosunt, licet satisfactori» Don sint. Colet. de Purgat.
(2) Nec ulli dubium esse potest quin sanctomm defunctorum animae cum Christo régnantes orent pro sanclorum animabus in purgatorio laborantium. Bellarm. Depurg., c. xv. p. 6
(3) Quùm itaque recolit animus ubi sepultum sitcharissimi corpus et occurritlocus nomine martyris venerabilis, eidem martyri animam dilectam commendat recordautis s» precantis affectus. D. Aug. De curd gerendâ pro mortuis, c. iv., n. 6.
(4) Rectè etiam sancti à nobis invocantur ut apud D um intercédant pro animabus in purgatorio. Dens, tract. De quatuor noviêsimis.
(&) Deus, veniae largitor, etc.
afin d'obtenir, par les prières de ce grand Sainl, quelque soulagement pour les âmes de ses parents défunts (l).
On sait en quelle estime ont toujours été dans l'Église les révélalions de sainte Brigitte. Les plus célèbres théologiens ont déclaré qu'on n'y trouvait rien de contraire à la foi catholique ; et, de plus, elles ont été approuvées par les conciles de Constance et de Bâle, et par les papes Boniface IX et Martin V. Or, voici ce ]u'on y lit :
La sainte vierge Marie dit un jour à sainte Brigitte : « 11 n'y a pas de si grand pécheur, ni si plongé dans le crime que, s'il m'invoque, je ne secoure. » Sainte Brigitte répondit : « 0 très-sainte Dame, je sais que vous êtes toute-puissante et toute bonne; aidez celte âme, pour laquelle je vous ai priée si souvent. » La raère de Dieu répondit : < Celte âme a eu trois choses à se reprocher dans sa vie : elle a voulu avoir le monde, mais le monde ne l'a pas vo .lue; elle a trop aimé la chair, quoiqu'elle ne se soit pas engagée dans les liens du mariage; elle a aimé Dieu moins qu'elle ne devait, bien qu'elle ait été constante dans la foi. Elle est maintenant affranchie de ces fautes; mais il lui reste encore quelque chose à expier, avant d'être délivrée de ses peines. »
En un autre endroit, l'ange du Seigneur, indiquant à sainte Brigitte le moyen de secourir une âme détenue dans le purgatoire, lui dit : c Le malheur de cette âme a été qu'elle aima peu Dieu. Pourtant, afin qu'elle soit affranchie, qu'on choisisse trente prêtres dévols selon le jugement des hommes, et que chacun dise trente messes, neuf des Martyrs, neuf des Confesseurs, neuf de tous les Saints, la vJDgt huitième des Anges, la vingt-neuvième de la sainte Vierge, et la trentième de la Sainte-Trinité , et que tous prient à son intention, afin que la colère de Dieu soit apaisée, el que sa justice soit fléchie à la miséricorde (2}. »
Cl) Théodoret. fZisf., 1. V, c. xxvi.
ii) Révélations de sainte Brigitte, 1. VI, e. cxvii, et i. lX.lv,c.ix.
DEUXIÈME INSTRUCTION. Dixième article da Symbole.
Rémission des péchés. — Étendue ^es pouvoirs de l'Église. — Un seul péché irrémissible. — Bonheur de se réconcilier avec Dieu. — Moyens d'obtenir la rémission des péchés.
D. Qu'entendez-vous par la rémission des péchés? R. J'entends qu'il y a dans TÉglise un véritable pouvoir de remettre les péchés.
Fut-il jamais une doctrine plus douce et plus consolante que celle de la rémission des péchés ? Hélas! nous naissons tous pécheurs, et à ce péché d'origine nous en avons ajouté beaucoup d'autres, que nous avons commis par notre propre malice. Que deviendrions-nous donc, si la justice de Dieu était inexorable? Mais le Seigneur prend pitié de nous, touché qu'il est de la faiblesse de notre cœur, quand il se laisse o.uer au mal, et de son repentir, quand il déplore ses torts; il pardonne beaucoup dépêchés à ceux qui reviennent à lui comme l'enfant prodigue, à ceux qui l'aiment beaucoup, comme la femme pécheresse. Afin que la voie de la réconciliation ne fut fermée à personne, Jésus- Christ, après avoir détruit par sa mort le règne de l'iniquité, a laissé encore à son Eglise le pouvoir de remettre les péchés, pouvoir qu'il a lui-même par sa nature, puisqu'il est Dieu, et par l'efficace de ses mérites, puisqu'il est Sauveur. C'est dans son Église seule qu'il a établi la véritable piscine probatique, qui guérit toutes les maladies de l'âme ; ce n'est que dans le sein de cette Église que coulent les eaux du véritable Jom-dain, seules capables de purifier les nouveaux Naaman de leur lèpre, pourvu qu'ils aient soin de s'y laver.
D. Qui a donné ce pouvoir à TÉglise?
R. Jésus-Christ, lorsqu'il a dit à ses apôtres : Recevez le Saint- Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.
II n'y a que Dieu qui puisse nous laver de nos souillures, et rendre à notre âme sa beauté première. « C'est moi, c'est moi-même qui efface vos iniquités, » dit le Seigneur par la bouche d'Isaïe (1); et c'est là une des preuves les plus frappantes que le Sauveur, en une circonstance remarquable, donna de sa divinité. Un jour, les Juifs, envieux de sa gloire et ses éternels contradicteurs, se scandalisaient de ce qu'il s'arrogeait le pouvoir de remettre les péchés aux malades qui se présentaient à lui, leur procm^ant ainsi, dans son ineffable bonté, le double bienfait de la guérison de l'âme et de la guérison du corps. Ils murmuraient contre lui et se disaient entre eux : « Quel est donc cet homme qui usurpe les droits de Dieu (2) ? » 0 gens aveugles et endurcis ! Malgré tant de prophéties qui le montraient si clairement, malgré ces flots de sagesse qui coulaient de sa bouche, malgré tant d'œuvres admirables qui s'échappaient jour nellement de ses mains, ils ne savaient pas quel était cet homme ! Mais voici comment Jésus leur apprit à le connaître : se tournant vers la foule qui l'environnait : a Afin que vous sachiez que le Fils de l'Homme a, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés, prends ton lit, dit-il au paralytique, lève-toi et marche (3), » prouvant ainsi, par un argument irrécusable, à ses ennemis stupéfaits, que cette puissance, évidemment divine qui redressait les corps, pouvait aussi facilement renouveler dans les âmes l'esprit de droiture et d'innocence.
Jésus-Clirist. ne devant pas toujours demeurer s»uf la
(1) Is., XLIII. 3.
(2) Luc, vn, 49.
(3) Luc, V, 23.
terre d'une manière visible, s'est choisi des représentants pour continuer son ministère de paix et de salut, pour être les dépositaires et les dispensateurs de ses grâces. Or, qu'il les ait investis eux et leurs successeurs de cette fonction auguste et ineffable de remettre les péchés, c'est une vérité dont il ne nous est pas permis de douter, et que nous trouvons consignée dans le saint Évangile avec les termes les plus positifs. Écoutez l'adorable Sauveur. Quelques jours avant son Ascension, au m.oment où ses disciples s'y attendaient le moins, il paraît tout à coup au milieu d'eux, pour les consoler et leur donner, avec ses dernières instmctions, de nouvelles marques de son amour. Il leur adresse ces paroles si connues, que l'hérésie a tant de fois torturées pour en altérer le vrai sens, mais qui demeureront à jamais, comme un éternel monument de la puissance sacerdotale, a Comme mon Père m'a envoyé, leur dit-il, je vous envoie ; recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez^ et retenus à ceux à qui vous les retiendrez (1). » Ici, chaque mot porte, tout est digne d'attention, tout est mystérieux. Remarquez-le bien , c'est le Fils de Dieu qui parle : Moi, dit-il, qui ai été établi de mon Père le souverain juge de tous les hommes ; moi, le roi du ciel et de la terre, moi, le maître de la vie et de la mort, je vous envoie comme mon Père m'a envoyé; cette autorité divine que le Père m'a donnée et que j'ai d'ailleurs par essence, je vous la communique sans aucune restriction; et ce n'est plus l'esprit de l'homme, c'est mon Esprit, c'est l'Esprit de Dieu lui-même, qui doit désormais vous diriger dans l'exercice de votre ministère. Recevez le Saint-Esprit , les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. Voilà donc les apôtres revêtus de la vertu d'en haut, et établis les chefs et les maîtres spirituels de toute la terre.
(1) Joan.,xx, 28.
156 lOLZIÈME LEÇON.
Des apôtres, ce pouvoir de juger les consciences et de remettre les péchés a passé aux évêques qu'ils ont consacrés, et de ceux-ei à leurs légitimes successeurs, qui le communiquent encore à tous ceux qu'ils associent à l'ouvrage divin dont ils sont chargés ; et c'est ainsi qu'il s'est perpétué et se perpétuera de siècle en siècle. Car le fruit de la mort de Jésus-Christ doit toujours subsister, et, tant qu'il y aura des pécheurs sur la terre, il faudra aussi qu'il y ait des ministres de Jésus-Christ, pour nous appliquer ses grâces. Nous sommes donc, comme dit le grand Apôtre, les ambassadeurs du Très-Haut, et c'est en nous que notre divin Sauveur a mis la parole de la réconciliation (1).
Ce n'est pas seulement une fois que Jésus-Christ a parlé à ses apôtres des grands desseins qu'il avait sur eux, pour la sanctification des hommes. Avant sa passion, il leur avait déjà fait la magnifique promesse de leur donner les clefs du royaume du ciel, a Tout ce que vous lierez sur la terre, leur avait-il dit encore, sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Que Satan ne se glorifie donc pas de tenir les malheureux mortels dans un éternel esclavage ; un mot des ministres de Jésus-Christ peut briser ses chaînes, si dures, si invétérées qu'on les suppose.
Remettre ou retenir les péchés, condamner ou absoudre, lier ou délier, ouvrir ou fermer la porte du ciel, quelle puissance ! Quoi ! de simples mortels, des hommes vivant encore sur la terre, aussi faibles que le commun des hommes, souvent pécheurs eux-mêmes et pleins d'infirmités, ont cependantle pouvoir de purifier leurs semblables, et de prononcer des arrêts qui s'exécutent dans le ciel ! Eùt-on jamais pu se le persuader? Mais Dieu l'a ainsi réglé, car il aime à employer les plus faibles instruments
(t) Posuii in nobis verbum reconciliationis ; pro Chri»to ergô legatione fungimur. II. Cor. v, 19.
pour opérer les plus grandes merveilles. Quand donc vous vous présentez au prêtre du Seigneur pour lui découvrir les piaies de votre âme, ne songez pas à Thomme, songez au sceau de Jésus-Christ dont il est marqué ; songez au caractère dont il est revêtu, songez au sang de Jésus-Christ qu'il porte entre ses mains, pour le faire couler sur vous.
Remettre ou retenir les péchés, pouvoir extraordinaire. Les prêtres de l'ancienne loi avaient bien la faculté de constater la guérison de la lèpre ; mais ils ne pouvaient la guérir réellement; les prêtres de la nouvelle loi ne se contentent pas de déclarer que la lèpre des âmes a disparu, mais ils TefTacent et la purifient entièrement.
Puissance souveraine. Quand ils disent : a Je vous absous, » ne craignez pas que Dieu vous condamne, puisqu'il s'est engagé à avoir pour agréable ce que ses ministres feront. Il n'y a que les mauvaises dispositions des pénitents, qui puissent arrêter l'effet de leurs puissantes paroles.
Puissance plus grande que celle de tous les rois delà terre, car l'autorité des plus grands monarques n'a rapport qu'au temps et à cette vie passagère. Mais autant le ciel l'emporte sur la terre, autant les âmes l'emportent sur les corps, et les biens éternels sur les bagatelles du monde, autant le pouvoir que Jésus-Christ a conféré à ses ministres l'emporte sur toute autorité humaine, puisqu'il s'exerce sur les âmes et s'étend jusque dans les cieux.
Puissance merveilleuse, que Dieu n'a point confiée aux anges, aux archanges, ni à aucun de ces bienheureux habitants du royaume céleste, car ce n'est point à eux, mais aux seuls prêtres qu'il a été dit : « Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel, » et encore : a Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. »
Puissance véritablement divine. Si vous voyiez un prêtre s'approcher d'un tombeau et rappeler à la vie un autre Lazare, quel miracle ! vous écrieriez-vous aussitôt, tout frappés d'étonnement. Mais n'est-ce pas uiie chose bien plus
prodigieuse de ressusciter les âmes à la vie spirituelle^ de les arracher à la puissance du démon, et de leur ou\Tir les portes du ciel ? Et voilà précisément ce que fait le prêtre. Assis au tribunal de la pénitence^ comme un juge sur son trône, il décide de Tétat des consciences et du salut des âmes ; et ce ne sont pas de vaines formules qu'il prononce, puisque le Seigneur a promis de ratifier ses sentences.
Ejifin, puissance de miséricorde, à laquelle Jésus-Christ n'a mis ni réserve ni restriction. Tout ce que vous délierez, a dit le Sauveur, tout absolument et sans exception aucune, tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel. Ainsi, point de péché irrémissible. Le Dieu qui a pardonné Tadultère et Thomicide de David *, les fureurs de Manassès, les persécutions de Saul, le Dieu qui, sur la croix, a imploré le pardon de ses bourreaux, admet encore tous les jours au baiser de paix et de réconciliation quiconque pousse vers lui le cri du repentir. Ayez donc confiance, ô pécheurs; quelque enfoncés que vous soyez dans le vice, vous pouvez vous en tirer quand vous voudrez, et le sang de Jésus-Christ vous lavera de toutes vos iniquités. Eussiezvous commis les crimes les plus atroces, seriez-vous souillés des plus noires horreurs, la justice humaine peut vous repousser et se montrer impitoyable à votre égard ; mais la bonté divine, encore plus grande que votre malice, est toujours prête à vous accueillir. Voilà les grandes idées que la religion nous donne de la miséricorde infinie de notre Dieu; c'est un médecin tout-puissant, pour lequel il n'y a point de maladie incm^able.
D n'y a qu'un péché irrémissible , c'est l'impénitence finale, c'est-à-dire la mort dans le péché. C'est là le péché contre le Saint-Esprit, duquel Notre-Seigneur nous assure qu'il ne sera remis ni dans ce monde, ni dans l'autre. Bien certainement, il ne peut être remis dans cette vie, puisqu'on suppose un pécheur toujours endurci dans son iniquité , et persévérant dans sa mauvaise volonté jus-
qu'à la fin; il ne peut être remis non plus dans Tautre vie, puisque, après la mort, il n'y a plus de rémission et que le soi-t de chacun est irrévocablement fixé. Mais il n'en reste pas moins vrai que , dans ce monde, Dieu ne rejette ja- •lais on cœur contrit et humilié et que le trésor de sa clémence est inépuisable. Laissons donc les Caïn et les Judas se persuader que leur iniquité est trop grande pour être pardonnée. Pour nous, nous dirons avec l'effusion du Roi-Prophète : « 0 mon âme, bénis le Seigneur ; c'est lui qui te remet tes péchés, qui guérit tes infirmités ; c'est lui qui te sauve de la mort, qui rassasie tous tes désirs et renouvelle la jeunesse comme celle de l'aigle (i).» J'espérerai donc en vous, ô mon Dieu, et j'implorerai votre miséricorde, malgré mon indignité, malgré mes trop longs égarements; j'espérerais toujours en vous, quand même je serais aux portes de l'abîme, parce que je sais que, tant que je serai dans cette vie, mes larmes auront toujours le pouvoir de désarmer le courroux céleste, et que le sang de Jésus-Christ ne cessera de crier miséricorde pour moi.
Mais ici, il y a un grand écueil à éviter, c'est de se faire, delà certitude et de la facilité du pardon, un encouragement au crime. Le Seigneur me pardonnera, dit-on; donc je puis l'offenser... Quoi î vous serez méchant, parce que le Seigneur est bon ! Quoi ! vous l'outragerez avec plus d'audace, parce qu'il vous traite avec plus de générosité ! Et ne voyez-vous pas que, par une conduite si extravagante, vous vous fermez la porte du repentir ? Craignez, malheureux, de lasser la patience divine par de nouveaux crimes ; craignez de combler la mesure, et d'arriver à ce terme fatal, où la bonté paternelle finit, et où commence le règne de l'inexorable justice. Ah ! plutôt, lavez-vous, purifiez-vous (2).
(1) Renovabitur ut aquilœ juventus tua. Psal. eu, &•
(2) LavamiDi, mundi estote. It., i, 16
Et n'est-ce pas le plus grand de tous les bonheurs pour UE criminel, pour un audacieux et téméraire infracteur des lois divines^, de pouvoir se réhabiliter aux ^^ux de son Dieu et à ses propres yeux ? de pouvoir se déli\Ter de son passé si affreux^ si désolant, d'en effacer entièrement la trace ? Et voilà le bonheur que lui promet l'Église par la rémission des péchés. Au bain salutaire de la pénitence, il entendra la voix du juge suprême, qui lui criera : «Le passé n'est plus; toutes les iniquités dont vous vous êtes souillé, je les ai oubliées, et je ne m'en souviendrai jamais. Tout est pardonné. » Oh! qu'il est beau d'être en paix avec son Dieu ! Oh ! qu'il est beau de ne plus s'abhorrer soi-même ! Qu'elle est pure, qu'elle est délicieuse cette joie d'une bonne conscience ! Le Sage l'appelle un festin continuel, préparé sans frais, sans dépense et sans dégoûts. C'est un repos doux et tranquille, un contentement solide et inaltérable, que saint Jean appelle une manne cachée, parce que personne ne la connaît, hormis celui qui la goûte. C'est cette paix du Seigneur qui surpasse tout sentiment, comme dit saint Paul ; mais Jésus-Christ l'a exprimée lui-même en un seul mot, lorsqu'il l'appelle une joie pleine (1).
D. Comment TÉglise accorde- t-elle la rémission des péchés?
R. Paj' les sacrements, auxquels la rémission des péchés est attachée.
Le pouvoir que Jésus-Christ a donné à son Église n'est pas ^œbitraire ; il ne dépend pas de ses ministres de remettre ou de retenir les péchés, selon leur caprice. Il faut qu'ils se conforment aux rendes, et qu'ils emploient les moyens que Notre-Seigneur a établis. Or, ces moyens sont les sacrements, et, en particulier, le baptême et la pénitence, qui, semblables à des canaux sacrés par où coule
(1) Ul gaudium vestrum sit plénum. Joan., ivi, 24.
le sang de Jésus-Christ, le font tomber sur nous comme une rosée salutaire, pour nous laver de nos souillures et nous conférer la grâce.
Mais d'où vient que ces sources de salut étant ouvertes à tout le monde, il en est si peu qui en profitent ? La bonté divine nous offre le pardon, et nous le refusons ! nous aimons mieux croupir dans la fange de nos iniquités que de nous en purifier ! Quel aveuglement ! quelle insensibilité! 0 Dieu de clémence , brisez vous-même la dureté de notre cœur; vous nous appelez à vous, pour nous décharger du fardeau accablant de nos iniquités; nous viendrons donc, avec une entière confiance, implorer vos miséricordes dans le tribunal que vous avez établi pour les répandre sur nous.
TRAITS HISTORIQUES
t. Le roi David étant tombé dans une grande faute, qni avait attiré sur lui le courroux du Ciel, le Seigneur lui envoya le prophète Nathan, pour lui reprocher son ingratitude et lui faire sentir l'indignité de sa conduite. Ce saint Prophète, tout en usant des ménagements et des égards dus à la majesté royale, lui parla néanmoins avec une généreuse liberté. Couvrant d'abord sa pensée sous un voile allégorique : « II y avait, dit-il, dans une ville, deux hommes dont « l'un était riche et l'autre pauvre. Le riche avait des brebis et « des bœufs en grand nombre; mais le pauvre n'avait qu'une petite € brebis qu'il avait achetée et nourrie, et qui avait été élevée chez lui
< avec ses enfants, mangeant son pain et buvant dans sa coupe, et « il l'aimait comme sa fille. Et un étranger étant venu chez le riche, « celui-ci ne voulut point prendre ses brebis ni ses bœufs, pour don- « ner un banquet à cet étranger qui était venu chez lui; il enlera au « pauvre sa brebis, et la donna à manger à l'étranger. » Or, David entra dans une grande indignation contre cet homme, et il dit à Nathan : « J'en jure par le Seigneur, l'homme qui a fait une telle action est digne de mort. > Or, Nathan dit à David : « C'est vous qui
< êtes cet homme. Tu es ille vir. Voici ce que dit le Seigneur : Je « vou» ai sacré roi sur Israël , je vous ai délivré de la main de Saiil ; « je vous ai donné la maison d'Israël et de Juda; et, si cela vous
l'6î DOUZIÈME LEÇON.
« paraîtpen, j'y ajouterai beaucoup encore. Pourquoi avez-vous mé- « prisé la parole du Seigneur, pour faire le mal en ma présence? € Vous avez fait périr Urie, un de vos plus braves soldats, et vous c vous êtes «mparé de sa femme. C'est pourquoi le glaive d'unejusle « vengeance va frapper votre maison, et des maux terribles vont « fondre sur vous. » David reconnut alors ses crimes et les confessa humblement, en disant : « J'ai péché contre le Seigneur. » Et Dieu, touché de son repentir, lui dit par la bouche de Nathan : c Le Seigneur a pardonné votre péché^ vous ne mourrez point. > Le Prophète lui marquait par là qu'il ne perdrait point la vie éternelle ; mais il lui annonça en même temps qu'en expiation de ses fautes, il subirait de très-grandes afflictions. Ce qui ne tarda pas à arriver,-