‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 3)Chapitre 14 sur 39 · AI»OSTOLICITÉ DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

AI»OSTOLICITÉ DE L'ÉGLISE

qui n'empêche pas que TÉglise, qui doit durer toujours, d'après la promesse de Jésus-Christ, n'ait toujours pour la gouverner des évêques successeurs des apôtres. 11 faut aussi nécessairement qu'elle ait toujours un Pape, successeur de saint Pierre, car le siège de Pierre étant le fondement de l'Église, s'il venait à manquer, toute TÉglise par là même s'écroulerait aussitôt*.

L'Apostolicité est une des marques les plus certaines et les plus claires, à laquelle Jésus-Christ a voulu qu'on reconnût son Église. Désirez-vous savoir si telle ou telle communion chrétienne est la véritable épouse du Sauveur, examinez un instant : remonte-t-elle aux apôtres? est-elle unie à Pierre ? Dans ce cas, vous pouvez y entrer en sûreté. Mais elle ne date que de telle époque; elle ne peut remonter jusqu'aux apôtres; elle ne tient pas à cette ancienne et auguste société, qui reconnaît les apôtres pour ses chefs et ses fondateurs; elle n'est pas en communion avec la chaire de Pierre ; ah ! méfiez-vous-en, fuyez-la ; c'est une Église fausse; c'est évidemment une société d'hérétiques ou de schismatiques.

Appliquons maintenant à l'Église romaine les caractères d'Apostolicité que nous venons d'exposer. Elle est Apostolique

1» Par sa doctrine ; c'est dans les écrits des apôtres ou dans les traditions venues des apôtres, qu'elle va puiser les enseignements qu'elle nous donne sur la foi et sur les mœurs. Fidèle gardienne des dogmes qui lui ont été confiés, elle n'a eu d'autre soin dans ses conciles que d'expliquer, plus longuement et avec plus de précision, ce qu'on croyait d'abord en toute simplicité. Toujours ferme et invariable, on n'a pu jamais la prendre sur le fait de l'innovation ; jamais on n'a pu lui dire : a Vous changez de doctrine; votre foi n'est plus la même; vous n'enseignez pas aujourd'hui ce que vous enseigniez hier. » A chaque fois, au contraire, que les hérétiques se sont mis à dogmatiser.

120 ONZIÈ.^IE LEÇON. ■

elle s'est aussitôt élevée avec force contre eux; elle leur a dit : c( Vous corrompez Tancienne croyance; ce n'est pas là ; la doctrine de nos Pères; ce n'est pas là ce que nous avons appris.» Et elle les a forcés à se rétracter^ ou bien elle lésa chassés impitoyablement de son sein. On peut compulser tous les monuments de l'histoire; et il ne sera pas difficile de reconnaître la perpétuelle uniformité de sa doctrine, en remontant de concile en concile, et de siècle en siècle, jusqu'aux temps apostoliques.

2° Parce qu'elle a été fondée par les apôtres; on ne peut, en effet, lui assigner d'autres pères, d'autres instituteurs, d'autres fondateurs que les apôtres. A la différence des sectes hérétiques, qui tirent leur nom de leurs auteurs, comme, par exemple, les marcionites de Marcion, les luthériens de Luther, les calvinistes de Calvin, elle a toujours porté le glorieux titre de Catholique et d'Apostolique. Toujours elle s'est montrée inviolablement attachée au siège de Pierre, qui est le centre de l'unité; et c'est de cette chaire de Pierre qu'elle tire sa force et sa stabilité.

3° Parce quelle remonte, par une succession continuelle et non interrompue de pasteurs légitimes, jusqu'aux apôtres, et, par eux, jusqu'à Jésus-Christ. C'est un fait si évident que ses ennemis eux-mêmes sont forcés d'en convenir. Tous les écrivains ecclésiastiques déduisent la succession des souverains pontifes, évêques de Rome, depuis saint Pierre jusqu'à Pie IX, qui occupe aujourd'hui la chaire apostolique; de sorte que nous pouvons remonter de Pape en Pape jusqu'à Jésus-Christ, sans trouver aucune Interruption. L'histoire nous montre une pareille Succession de pasteurs dans tous les évéchés fondés par les apôtres, ou par leurs successeurs, et qui ont continué, depuis leur origine, d'être unis à l'Église catholique. Ainsi, les évêques de Paris remontent jusqu'à saint Denis, envoyé par le Saint-Siège, en 250; ceux de Toulouse, jusqu'à saint Sernin; ceux de Limoges jusqu'à saint Martial, qui vint

Al'OSTOLICITÉ DE L'ÉGLISE 127

aussi prêcher la foi dans notre pays; ceux de Rodez jusqu'à saint Amans. Et par ces évoques, qui vivaient dans la communion de l'Église catholique et étaient fidèlement attachés à la chaire de saint Pierre , nous remontons jusqu'à saint Pierre lui-môme et jusqu'à Jésus-Christ. C'est cette continuité de succession^ qui touchait singulièrement saint Augustin, et lui faisait dire : a Ce qui me retient dans « l'Église, c'est la succession non interrompue des évêques « depuis saint Pierre, à qui le Seigneur a confié le soin de « ses brebis, jusqu'à celui qui est assis aujourd'hui dans la « chaire de cet apôtre. »

Quelle autre société peut nous présenter une succession si claire et si imposante ? Que les hérétiques nous montrent quelque chose de pareil (1); c'est le défi que Tertullien portait à tous les ennemis de l'Église, lorsqu'elle n'avait encore que deux siècles d'existence ; qu'eùt-il dit, s'il avait vu une succession non interrompue de dix-huit siècles ? Comment les protestants peuvent-ils soutenir le poids accablant de cette longue chaîne de pasteurs, qui tous se sont légitimement succédé les uns aux autres? lis ont beau prétendre qu'ils professent la véritable doctrine des apôtres, qu'ils sont la véritable Église de Jésus-Christ, nous leur répondons avec Tertullien : « Montrez-nous donc l'oa rigine de vos églises; faites-nous voir la liste de vos évé-

« ques jusqu'aux apôtres Qui êtes-vous? D'où venez-

ct vous? Depuis quand êtes-vous nés ? » Qui est-ce qui était luthérien, avant que Luther eût paru? calviniste avant Calvin? et anglican avant Henri VIIlî Comment Luther^ Calvin et Henri VIII remontent-ils de siècle en siècle jusqu'aux apôtres? A qui ont-ils succédé? De quels pasteurs ont-ils tenu la place et enseigné la doctrine? Ils se sont ingérés d'eux-mêmes; ils ne viennent que d'eux-mêmes et non des apôtres ; ils ne sont donc pas Apostoliques.

(1) Confingant taie v'iuid liaeretici. Tertul»

C'est là un argument sans réplique, avec lequel on peut confondre, en un moment, toutes les sociétés hérétiques et scliismatiques. Il n'y a qu'à leur rappeler ce fait si malheureux pour elles, ce fait public et notoire de leur nouveauté, de leur scission avec l'Église catholique. Toutes, sans exception, s'en sont séparées comme la partie du tout, comme les branches du tronc, et, a la plaie que forme « cette scission, a dit Bossuet, ne se ferme pas par le G temps, et, pour peu qu'on y regarde de près, la rupture « paraît toujours fraîche et sanglante (1). » Il n'est donc pas nécessaire d'entrer dans de longues discussions, pour fermer la bouche aux hérétiques; il suffit de ce seul mot de saint Augustin : « Vous n'étiez pas hier; vous n'étiez pas hier, ni vous ni votre doctrine. » Et, tandis que l'Église catholique, en publiant sa doctrine, a pu toujours dire avec confiance : « Nous annonçons, touchant le Verbe de vie, ce qui était dès le commencement, ce que nous avons ouï de nos oreilles, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons considéré avec attention et touché de nos mains (2); » vous, au contraire, que pouvez-vous dire, sinon que vous annoncez ce que vous n'avez ni vu ni entendu, mais ce que vous avez imaginé ? La doctrine que vous prêchez, vous l'avez inventée ; personne ne la connaissait avant vous; elle est née de vous; et elle serait encore inconnue, si vous ne vous fussiez jamais montrés au monde. Et vos pasteurs, d'où viennent-ils? de qui tiennentils leur mission ? à qui ont-ils succédé? Il vous est impossible de répondre à ces questions. « Mais, dit saint Cyprien, e peut-il être tenu pour pasteur celui qui, ne succédant a lui-même à personne et commençant par lui, se montre t Tennemi de la paix du Seigneur et de l'unité divine (3)? »

(1) Bossuet, Politiq. sacrée, 1. Vil, propos. vi«

(2) I. Joan., I.

(3) D. Cypr., Episf. lxxxvi, ad Maqn.

APOSTOLICITÉ DE L'ÈGLISE. Î29

Donc vous êtes des gens sortis hors de la droite ligne, hors de la chaîne de succession,, hors de la tige de l'unité. Les vrais enfants de l'Église, la vraie postérité de Jésus-Christ va, sans discontinuer, jusqu'à l'origine de sa race.

D. Pourquoi l'appelle-t-on encore l'Église Romaine? R. Parce que TÉglise de Rome est la mère et la maîtresse de toutes les églises.

A ces titres de catholique et d'apostolique. l'Église joint encore celui de Romaine, parce que c'est à Rome que réside le Souverain Pontife, son chef visible sur la terre. Saint Pierre, en établissant son siège dans cette fameuse ville, qui était alors la capitale de l'empire romain, en a fai la capitale de l'empire de Jésus-Christ sur la terre. Quelle merveille que le trône d'un pauvre pêcheur, que ce trône si faible, si obscur en apparence, se soit conservé ferme et inébranlable, pendant tant de siècles, au milieu des révolutions qui ont renversé le trône des Césars ! Mais c'est la main de Dieu qui le soutient, pour être le rempart de la foi et une colonne de lumière, qui éclaire à jamais tous les fidèles, afin de les rappeler à l'unité. Quiconque tient à cette Église romaine, mère et maîtresse des autres églises, est siu" d'appartenir au bercail de Jésus-Christ; quiconque s'en écarte n'est plus qu'un étranger et un profane.

D. Pourquoi l'Église de Rome est-ellela mère et !a maltresse de toutes les églises?

R. Parce que saint Pierre, prince des apôtres et chef de l'Église, a établi son siège à Rome, et que le Pape, évêque de Rome, est le légitime successeur de saint Pierre.

Quelques protestants ont osé nier que saint Pierre ait été jamais à Rome. Mais c'est un fait constant, attesté par toute l'antiquité chrétienne, que ce prince des apôtres s'est rendu dans cette capitale du monde, pour y prêcher l'Évangile, qu'il y a subi le martyre, et qu'il y a fondé un

siège, dont il a été le premier évêque. Les historiens nous assurent qu'il y a siégé vingt-cinq ans, es qui toutefois ne l'empêclia pas de s'absenter de temps en temps, pour aller porter, dans d'autres contrées, la lumière de la foi. Il est honteux aux sectes protestantes d'avoir produit des hommes capables de contester un fait d'une aussi grande certitude.

En se fixant à Rome, saint Pierre y a établi le trône de la religion chrétienne. De là, ses légitimes successeurs, héritiers de sa puissance, étendent leur sollicitude sur l'Église universelle ; et leur voix doit être écoutée avec vénération, comme la voix de Pierre lui-même. Mais nous avons traité assez longuement ce sujet (1).

Quel bonheur pour nous d'être membres de la sainte Église catholique, apostolique et romaine, d'être les vrais enfants de Jésus-Christ ! Oh ! demeurons invinciblement attachés à la chaire de Saint-Pierre, d'où découle si abondamment la grâce et la parole de Dieu. Désormais, quand nous réciterons le symbole, ou que nous chanterons, pendant le saint sacrifice, ces paroles : Je crois la sainte Église catholique et apostolique, unam, sanctam, catholicam et apostolicam Ecclesiam, prononçons-les avec une vive foi, un entier dévouement, et une parfaite soumission à tout ce qu'elle a bien voulu nous prescrire pour notre sanctification. Quant à nos frères séparés, faisons-leur entendre nos cris et nos gémissements. Disons-leur, avec l'accent de la charité : « Comment donc avez-vous pu abandonner votre bonne mère? Elle ne désire encore rien tant que de vous presser contre son cœur, que de vous donner part au trésor de ses grâces ; elle vous invite à vous unir à elle, en vous disant avec le Prophète : Louez le Seigneur avec moi, et glorifions son nom tous ensemble (2). » Quelle

(I) Leçon xi, instr. 6*. page 69.

d) Laiidale Dominum mecura el exallemus nomcn ejus in idipsum Fsal. xxx!i!, 4,

APOSTOLICITÉ DE L'ÉGLISE. 131

consolation pour elle, quelle joie pour les anges du ciel, quelle gloire pour Dieu, si tous les enfants prodigues rentraient dans la maison paternelle, si toutes les brebis égarées revenaient au bercail, et qu'il n'y eût ainsi plus qu'un troupeau, de même qu'il n'y a qu'un pasteur suprême^ notre Seigneur Jésus-Christ ^ !

TRAITS HISTORIQUES

1. C'est parce que le Saint-Siège Apostolique est le plus ferme soutien de l'Éj/lise et le fondement indispensable de la foi, qu'il est continuellement en butte aux attaques de l'incrédulité. Que n'a-t-elle pas fait pour le renverser? Aux jours néfastes de la révolution française, elle parut s'asseoir victorieuse sur les débris des croix renversées, et un incrédule de ces temps disait, avec une sorte de triomphe • Gardez bien votre Pape, car vous n'en aurez pas d'autre. Jamais prophétie ne fut plus visiblement démentie. La manière dont Pie VII monta sur le trône pontifical est remarquable. Dieu ayant appelé à lui Pie VI, dont la mémoire durera autant que la religion, dont il fut le héros et le martyr, avt-c quelle consolation on le vit revivre dans Pie VII, son successeur! Et, afin que ce grand événement portât le caractère d'une puissance surnaturelle, ce furent des protestants et des schismatiques, les Russes et les Anglais, qui relevèrent la chaire pontificale. Dieu appela du Nord les libérateurs du Midi. Il choisit Je protecteur héréditaire de l'Église grecque, pour devenir le défenseur de l'Église romaine; il lui ordonna de changer la face de l'Italie, d'écarter tous les obstacles, et de préparer toutes les voies, pour qu'un nouveau conclave pût s'assembler paisiblement, régulièrement, et sans oflFrir l'apparence ni même le prétexte de la plus légère division. Venise devient l'asile du sacré collège; tous les vœux des catholiques sont remplis : Pie VII est proclamé et commence un pontificat, qui devait être si orageux. Ainsi, dans ces moments critiques, la divine Providence raiïermit les fondements de la religion catholique, en ne souffrant pas que la succession des pontifes de l'Église romaine fût interrompue, ou qu'une religion schismatique déchirât la ealholicité.

Lettre de Monseigneur l'évêque d'Alais à ses vie. gén., 1802.

2. Dans une guerre d'invasion, tout homme est soldat; quand la foi est attaquée, tout chrétien est apologiste. Quiconque osait dire une parole contre la foi cai>»olique en présence d'O'Connell, était sûr

l£2 ONZIÈME LEÇON.

d'être écrasa, par le tonnerre de sa voix, par l'abondance de son érudition, par les coups pénétrants de son Ironie. Un jour, un essaim de biblisles, fenus tout exprès de Londres pour inoculer un nouveau protestantisme en Irlande, se répandaient en violentes invectives, en injures grossières, en sarcasmes sacrilèges contre tout ce qu'il y a de plus auguste et de plus vénérable dans l'Église catholique. Mais voi«i qu'à l'improviste apparaît la grande figure d'OConnel;, -yai, comme un spectre, vient glacer d'effroi tous ces tristes prédicateurs. En eette grande circonstance, la parole d'O'Connell n'est plus la parole d'un homme de loi, mais d'un docteur; ce n'est plus un avocat, habitué à respirer l'air tumultueux du barreau, c'est un Antoine, un Athanase sorti de sa solitude ou de sa méditation au pied du crucifix! Chacune de ses pensées est un éclair, chacune de ses parole» unirait, chacun de ses arguments un couj) mortel. Non, jamais les quatre grands caractères de la véritable Église ne furent démontrés par des preuves plus solides, une exposition plus grandiose, et avec une diction plus chaleureuse. Non, jamais l'origine honteuse de la réforme, l'humeur sauvage de son auteur, les dérèglements de ses apôtres, les blasphèmes, les contradictions de sa doctrine, la bassesse de ses manœuvres, l'hypocrisie de ses promesses, la turpitude de ses intentions, l'injustice de ses rapines, la cruauté de ses massas cres, l'horreur de ses sacrilèges, les maux immenses qu'elle a accumulés sur les plus belles contrées de l'Europe ; jamais, non jamais toutes ces choses ne furent dépeintes avec des couleurs plus vivesune touche plus vigoureuse, une telle abondance d'images, une logique plus puissante, et un plus magnifique langage. 11 est impossible de décrire l'effet produit par cette harangue fameuse ; qu'il nous suffise dédire que les «oryphées de l'erreur, confondus, défaits, réduit, au silence, la honte au front, le dépit et la rage au cœur, reprirent de nuit la roule qu'ils avaient faite la veille, au milieu de la joie sincère des catholiques, de la confusion des protestants et des rires de tous. Ventora.

Tandis que le protestantisme tombe de toutes parts en dissolution, on dirait que de nouveaux jours de bonheur et de gloire se préparent pour le catholicisme, et qu'en vertu d'un décret providentiel, notre siècle a la mission de réparer toutes les pertes que l'esprit de secte et d'impiété a fait subir, depuis trois cents ans, à l'Église catholique. Nous pourrions dresser une longue liste d'hommes éminents, prince:^, seigneurs, philosophes, savants, militaires, littérateurs, publioistes et poètes qui, en ces derniers temps, ont abandonné les voies de l'erreur, pour rentrer dans le sein de l'unité catholique, apostolique et romaine. Nous nous bornerons à citer deux personnages célèbres, que nous choisissons parmi les sommités de la scienea

APOSTOLICITE DE L EGLISE. 133

comme les plus clignes représentants du mouvement religieux, l'un en Allemagne et l'autre en Angleterre, Hurler et Newman.

Frédéric Hurler, le savant auteur de l'histoire du pape Innocent III et de plusieurs» autres ouvrages remarquables, ancien président du consistoire de Sehaffouse, avait manifesté, dés sa jeunesse, un sens droit et un jugement exquis, qui ne lui permettaient pas de concilier l'unité de la vérité chrétienne et son droit de souveraineté sur les intelligences, avec le prétendu affranchissement de la raison; et le rationalisme religieux n'avait jamais pu trouver grâce devant la sévérité précoce de ses principes philosophiques. Mais il y avait bien loin de là à sa conversion au catholicisme, et ce n'est qu'à la suite de longues études, ot par un concours admirable de circonstances, qu'il s'est détaché de l'erreur. Après avoir occupé les plus hautes positions dans l'Église protestante, il se démit de toutes les places qu'il occupait, afin de se livrer avec plus de loisir à ses recherches historiques. Dans un voyage qu'il fit à Paris, il éprouva le plus vif étonnement de voir nos hommes d'État les plus éminents, nos professeurs, nos journalistes les plus connus, se faire les champions de doctrines destructives de toute religion et de toute liberté. Il fut indigné, à la vue de ce complot formé et exécuté tous les jours contre l'Église, en faveur de préjugés contraires au bon sens et à la raison, et au profit de passions mauvaises.

Au mois de juillet 18i3, Ilurter quitta Paris pour la Suisse, avec l'intention de se rendre prochainement à Rome. Déjà bien des âmes pieuses demandaient au ciel son retour ; un de ses amis l'avait môme recommandé aux prières de l'archiconfrérie pour la conversion des pécheurs. Arrivé à Pavie, il tut inspiré par le plus vif désir de contempler les reliques de saint Augustin, et, devant le corps de ce grand saint, il sentit comme l'éclat d'une lumière surnaturelle dissipant les nuages qui lui cachaient encore la vérité. Ce n'était là qu'une préparation. Après un court séjour à Rome, Hurtcr allait en sortir, sans prendre une résolution définitive. Il désira être présenté au Souverain Pontife, qui lui adressa ces mots : J'espère que vous serez mon fils. — Un jour, répondit-il. Cependant, après la nuit qui suivit l'audience du Saint-Pére, il courut trouver un de ses amis et lui dit: Je suis résolu, faites-mot le plaisir d'aller chez le Saint-Père, demandez-lui ses ordres pour mon abjuration, et que ce soit le plus tôt possible. Le 2\ juin 18i4, jour de la fête de saint Louis de Gonzague, Hurler reçut le baptême et la confirmation, dans la chambre occupée autrefois par cet angélique jeune homme; i) descendit ensuite dans l'église de Saint-Ignace, et fui admis, pour la première fois, à la table sainte. Depuis sa conversion, ses compatriotes protestants n'ont cessé de lui susciter toute sor/e de persécutions: ce qui ne i'em-

pêche pas de bénir le Seigneur, pour la grande miséricorde dont iï a usé à son égard. De Saint-Chéron.

En Angleterre surtout, les hommes les plus éminents par les qua« lités de l'esprit, et les plus savants dans les diverses branches de la science religieuse, rendent hommage à la vérité catholique, et il ne ge passe pas de semaine, sans que les journaux nous rapportent le récit de plusieurs conversions nouvelles. Une entre autres, qui a produit la plus grande impression sur le clergé anglican et dans tout le monde chrétien, est celle de M. Newman, célèbre théologien d'Oxford, aussi savant qu'écrivain distingué, qui a fait son abjuralion le 9 octobre 1845, et a reçu le 10 au matin, pour la première fois, la sainte communion de la main d'un prêtre catholique. Imbu d'abord des plus forts préjugés contre l'Église catholique, il avait écrit que c'était une Eglise perdue; que Rome est hérétique; qu'elle avait apostasie, à l'époque du concile de Trente ; quela communion romaine s'était liée à perpétuité à la cause de l Antéchrist ; qu'on devait la fuir comme une pestilence, elc. Hîais voici qu'après de longues années de recherches et d éludes, il a commencé par rétracter toutes ces déclamations qu'il a traitées lui-même d'insensées, et il a fini par reconnaître que la communion romaine est la seule où l'on puisse trouver la vérité, la grâce et le salut. A son exemple, une foule d'intelligences d'élite sont rentrées dans l'unité de la foi. On a compté que le nombre de conversions, qui se faisaient chaque année dans la seule ville de Londres, était de quatre à cinq cents. Ce qui nous frappe surtout, ce qui nous fait apprécier la portée de ces conversions si nombreuses, c'est qu'elles sont le fruit de la conviction la plus intime; c'est que ceux qui passent dn culte protestant au culte catholique sont tous des hommes du caractère le plus honorable; c'est que le plus souvent ils ne peuvent changer de religion qu'au préjudice de leurs intérêts matériels. Car plusieurs des ministres anglicans, qui sont venus à nous, n'avaient d'autre ressource que les revenus de leur ministère, et ils ont été obligés de renoncer à des richesses assurées, pour se jeter dans les bras de la Providence, eux, leurs femmes et leurs enfants. Dans 1 impuissance de combattre cette générosité, un journalprolestant d'Angleterre taxe de folie les sacrifices qu'cntfaits M. Newman et ses amis.

Puisse ce mouvement religieux s'étendre de plus en plus dan la Grande-Bretagne; puisse ce royaume, où la piété était autrefois si fljrissante, redevenir Vile des Saints. Faisons monter à cette intention nos humbles supplications vers le trône de la miséricorde, et surtout n'oublions pas la belle et touchante invitation que nousa faite, i ce sujet, notre illustre et bien-aimé Pontife. N'oublions pas «que « nous avons nous-mêmes, dans les limites de ce grand et beau dio-

c cèse, des frères abusés, qu'un mouvemenl d'erreur a fail depuis € longtemps sortir du commun bercail. En priant pour les étrangers, « prions aussi pour les enfants indociles, mais chéris, de notre pro- « pre troupeau. Qui sait si notre zèle à répondre aux soUicitalions qui « nous sont faites pour l'Église de ce grand royaume, noire émule, « ne nous vaudra pas des grâces d'illumination et de conversion « pour les portions non catholiques de l'Aveyron, où il nous serait • si doux, à nous comme à vous, de ne rencontrer que des enfants t soumis de Jésus-Christ et de son Église, et des domestiques de la K foi. » Fiat, ftat.

Page 1