GODESCARD
Saint Charles Borromée avait une tête de mort sur sa table, pour te considérer sans cesse.— Le cardinal Baronius portait un anneau
(1) Quotidiè morior. I. Cor., xv, 31.
(2) Sive vivimus, sive morimur, Domini simus. Rom.j xiv, 8.
«ur lequel étaient gravées ces paroles : Souviens-toi que tu dois mourir. — Le révérend père Juvénal Ancine, évêque de Salluces, avait aussi écrit sur une tête de mort ces mots : J'ai été ce que tu es, tu seras ce que je SUIS.' — Un saint ermite, interrogé dans ses derniers moments pourquoi il était pénétré d'une joie si vive, répondit : « J'ai eu souvent la Mort devant les yeux, et maintenant qu'elle vient à moi, je ne la vois pas comme un objet nouveau. » Saint Liguori.
L'empereur Maximilien I", de la maison d'Autriche, dans les trois ans qui précédèrent sa mort, faisait toujours porter avec lui, dans sef voyages, un cercueil en bois de chêne. Quelle était donc la pensée de ce grand prince ? Ne voulait-il pas avoir continuellement sous les yeux un monument qui lui dît : Songe à la Mort! Il ordonna, par •on testament, qu'à son décès, on enveloppât son corps d'un suaire grossier, qu'on le plaçât dans le cercueil sans l'embaumer, et qu'on remplît seulement de chaux vive les narines, la bouche et les oreilles.
Charles-Quint, prince d'éternelle mémoire, se déroba, longtemps avant sa mort, au soin de gouverner ses États; et, transférant tous ses soucis à son fils, prince d'un âge déjà mûr et d'un caractère ferme, il alla s'enfermer dans le monastère de Saint-Just, en Espagne, avec douze seulement de ses plus fidèles serviteurs, ne voulant plus que penser à Dieu et se préparer à la Mort, il défendit de l'ajpeler désormais autrement que Charles, et, rejetant à la fois les litres et les fonctions de César et d'Auguste, il n'eut plus que du mépris pour les honneurs. La promenade, la culture des fleurs, la lecture, les offices, les autres exercices claustiaux remplirent tout son temps sur ce nouveau théâtre. Tous les vendredis de carême, il se donnait la discipline avec la communauté. Afin de se familiariser en quelque sorte avec la Mort, ce prince fît célébrer ses obsèques pendant sa vie; il se mit dans un cercueil, et entendit faire pour lui toutes les prières qu'on adresse à Dieu pour ceux qui ne sont plus. Mais il ne sortit de sa bière que pour se mettre dans un lit. Il fut emporté par une fièvre violente, qui le saisit la nuit d'après cette cérémonie funèbre. Cet illustre empereur connut à fond le faux brillant des grandeurs et du faste du monde; et, trouvant que ces vanités n'étaient pas dignes de l'attachement d'une grande âme, il préféra la retraite au trône, et, dans cet état, en regardant avec compassion l'aveuglement et l'inquiétude des grands et des petits dans le monde, il trouva une satisfaction plus solide qu'il n'avait senti de contentement étant l'arbitre de l'Europe. Feller.
2. Faisons quelquefois ce que faisait tous les jours, avant de se coucher, un religieux qui parvint à une éminente vertu, le père Wolfang Gravenegg. Il se figurait qu'il était prêt à expirer, prenait en main un petit crucifix, et l'appliquait d'abord au front pour purifier ses sens intérieurs^ en disant : « Que le Seigneur, par sa sainte croii
et sa Irés-g^ande miséricorde, me pardonne tous les péchés que j'ai commis par ma mémoire, par mon entendemeni, par ma volonté el par mon imagination. » Il portait ensuite la croix sur les cinq sens extérieurs, en prononçant sur chacun d'eux la formule qui lui est propre : « Que le Seigneur, par sa sainte croix el sa irés-grande miséricorde, me pardonne les péchés que j'ai commis par la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat, le toucher. »