‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 3)Chapitre 22 sur 39 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

qui s'attache à cette vie d'un jour, comme si elle devait être éternelle, et qui méprise la vie future qui ne finira jamais, comme si elle ne devait durer qu'un jour ^

Ainsi, la Mort nous montre le vide et le néant de toutes les choses humaines : elle nous arrache impitoyablement les objets les plus chéris, tout ce qui flatte le plus notre orgueil ; et, après nous avoir entièrement dépouillés, elle nous réduit à un état qui fait horreur. 0 Mort, il est donc vrai, tes enseignements sont terribles, mais excellents (4) !

Pour les rendre encore plus frappants, saint Jean Chrysostome aurait voulu être élevé sur une chaire composée d'ossements humains : « C'est de là, disait-il, que je serais éloquent; la Mort parlerait à ma place. » Mais la Mort n'a-t-elle pas une chaire, d'où elle nous fait entendre les plus redoutables vérités? Cette chaire, c'est le lit d'un mourant, c'est le tombeau.

Transportez-vous, par la pensée, près d'un homme qui va rendre le dernier soupir. Voyez-le, la respiration haletante, les yeux éteints, la face terreuse et méconnaissable à ses meilleurs amis : voilà la fin de ces airs enjoués et mondains, de ce vif éclat dont il se faisait tant d'honneur. Voyez ces contorsions de bouche, ces horribles convulsions de tout le corps : voilà la fin de ces démarches étudiées, de cette fierté par laquelle il prétendait imposer à ses semblables. Voyez cette sueur froide, qui coule le long de ses joues : voilà la fin de tant de peines, de tant de soucis, qu'il s'est donnés pour augmenter sa fortune. Le malheureux, il tâtonne dans son lit, comme s'il cherchait une arme pour se défendre contre la Mort; mais un froid glacial engourdit déjà ses membres; déjà on compte les lentes pulsations de son agonie; ses yeux se fixent; il est mort.

Maintenant, entrez dans le sépulcre. Mais vous reculez d'horreur.... n'importe, approchez ; aussi bien faudra-t-il

(1) 0 qaàm exiini» catechesis mors! Theod. Mart,

y entrer un jour vous-même en personne (1). Voyez-y ia poussière, les vers. Oh ! quelles images dégoûtantes ! Voyezy cet homme devenu cadavre, déjà il exhale une odeur infecte. Tel que vous le voyez, tel vous serez un jour. Et votre âme, où sera-t-elle alors? Ah ! craignez surtout la Mort dans le péché ; qu'importe, en effet, la dissolution du corps, si ntfds avons le bonheur d'être unis à Dieu par la grâce '?

Nous mourrons ; impossible de nous faire illusion à ce sujet; mais de quelle manière? mais en quel lieu? en quel temps ? Sera-ce après une longue suite d'années ? Sera-ce demain ou aujourd'hui ? Hélas ! nous n'en savons rien ; une seule chose est certaine, c'est que nous moiu^rons. Et ce qu'il y a de sûr aussi, c'est que nous mourrons, lorsque nous y penserons le moins. Qui a jamais su le nombre de ses jours? La Mort se cache, et semble, pour ainsi dire, épier le moment où nous serons le moins attentifs, pour frapper son coup. Tel qui entreprend aujourd'Imi une grande affaire, n'en verra jamais la fin; tel autre sort de sa maison pour n'y plus rentrer. L'un meurt au jeu, l'autre à table ; celui-ci va se reposer dans son lit, et il y trouvera le sommeil éternel ; celui-là, d'une partie de plaisir, se voit tout à coup précipité dans la nuit du tombeau. L'infortuné Samson trouva la Mort dans l'aimable vallée de Sorec, Balthasar au milieu des joies d'un festin, Abimélech dans le sein d'une victoire, Josaphat sur un char de triomphe. La Mort a mille voies pour arriver jusqu'à nous; elle se glisse, sans que nous nous en doutions, dans nos récréations et nos divertissements, comme dans nos occupations les plus sérieuses. De même, dit l'Ecclésiastique, que le poisson, lorsqu'il se joue dans les eaux, et l'oiseau dans les airs, sont pris tout à coup, l'un à l'hameçon, et l'autre au filet, de même les hommes se laissent surprendi'e à la

(1) Perge ad sepulcrum, co.itemplare pulverem, cineres, vermes, •t amarè suspira. D. Chrys.

Mort, lorsqu'ils croient jouir du moment le plus agréable de leur vie. De tous ceux qui ont disparu Tannée dernière de la scène du monde, en est-il un seul qui s'attendît à mourir si tôt ? Et de tous ceux qui mourront cette année, en est-il un seul, qui ne se promette encore une longue existence? Le Seigneur, pour mieux nous faire comprendre l'instabilité des choses humaines et la caducité de la vie, se sert des comparaisons les plus frappantes. Tantôt, il représente la Mort comme un voleur qui vient de nuit et à l'improviste (l). Tantôt, il nous annonce qu'il viendra lui-même nous juger, à l'heure où nous n'y penserons pas (2). Il n'y a donc pas de jour, il n'y a pas d'instant, qui ne puisse être le dernier de notre vie.

Mais voici la plus cruelle de toutes les incertitudes, c'est que vous ne savez pas si vous mourrez dans la grâce de votre Dieu. Peu importe, après tout, que vous ignoriez le lieu, le temps, le genre de votre mort ; peu importe que vous mouriez jeune ou vieux, de froid ou de chaud, d'une maladie longue ou d'un coup subit, entre les bras de vos parents ou sur une terre étrangère; Tessentiel est de mourir dans la piété et dans la justice. 0 pensée déchirante! ô terrible inquiétude! que deviendra votre âme, au sortir de votre corps ? S'envolera-t-elle, portée sur les ailes des anges, par-dessus les étoiles, jusqu'au trône de la béatitude? ou bien, enlevée par les esprits infernaux, ira-t-elle mêler SCS cris et ses gémissements à ceux des réprouvés ? Soyez donc prêt, à chaque instant, à paraître devant Dieu; c'est afin que vous vous teniez continuellement sur vos gardes que le Seigneur a voulu vous cacher votre dernier jour (3). Comment peut-on s'endormir dans une fatale sécurité, lorsqu'on est suspendu, poiu* ainsi dire, par un fil entre la vie et la Mort, entre le temps et l'éternité? Comment, dit saint Bernard, peut-on vi\Te dans un état, dans lequel on

(1) Skut fur in nocte, ità veniet. I. Thess., v, 2.

(2) Quâ horâ non puiatis, Filius hominis veniet. Luc, xii, 40.

(3) Laiel ultimus dies, ut omnes serventur dies. D. Âug.

DE lA MORT. 21 S

aurait horreur de mourir (l) ? Voici ce que vous dit le Seigneur : « Prenez garde à vous, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent dans les festins, dans 1 ivresse, et dans les soins de cette vie, et que ce dernier jour ne vienne soudain sur vous. Veillez et priez, afin que vous soyez dignes de paraître devant le Fils de l'Homme (2). » Malheur au serviteur infidèle, qui dit en son cœur : «Mon niaî'.re tarde à venir; » et qui, en attendant, ne songe qu'à manger, boire et s'amuser. Que fera son maître? 11 le surprendra au milieu de ses iniquités, et il l'enfermera dans une noire prison, où il n'y aura que pleurs et que grincements de dents (3). Nous sommes jeunes, me direz-vous peut-être; nous ne faisons que commencer de vivre, et vous nous parlez de mourir ! — Mais la Mort ne respecte aucun âge ; elle frappe indistinctement les enfants, les adolescents, les hommes faits, les vieillards. Nous sommes semljlables, a dit un imcien, à des vases de terre; les neufsse brisent aussi facilement que ceux qui ont longtemps servi. Vous vous prévalez de votre jeunesse ; et moi, je tremble précisément pour la jeunesse; c'est Tàge le plus critique delà vie, parce qu'alors les passions sont dans toute leur effervescence, et hâtent très-souvent le moment de la Mort. Que d'exemples terribles nous fournit la sainte Ecriture ! Adonias était jeune, quaîid il mourut, Absalom était jeune, le fils du roi de Sichem était jeune.... El certainement Adonias eut vécu plus longtemps, s'il n'eût été voluptueux; et Absalom, s'il eût été libre d'ambition et ne se fût révolté contre son père ; et le fils du roi de Sichem, s'il ne se fût livré à un coupable amour. Donc, ô jeunesse imprudente, ou mettez fin à vos désordres, ou vous n'en aurez que plus lieu de craindre la Mort. Les vieillards sont-

(1) Quotnodô vivere pôles, ubi mori non auderes? D. Bern., Epist. 105.

(2) Vigilale itaque omni tempore orantes , ut digni habeamini ilare ante Filium liuminis. lue, xxi, 36.

C3; lUic eril flelus et stridor denlium. Ma'h., xxiv, 51.

ils plus sensés? Si avancés qu'ils soient dans leur carrière, si infirmes, si décrépits qu'on les suppose, ils se flattent d'avoir encore au moins une année à vivre. Cette année s'écoule, et ils s'en promettent toujours une nouvelle, jusqu'à ce qu'arrive un jour, dont ils ne voient pas la fin.

N'allez pas non plus vous rassurer sur la ^orce de votre tempérament. Fort ou faible, bien portant ou malade, on meurt également (1). Le corps de l'homme le plus robuste n'est qu'un frêle édifice, qu'un rien peut détruire. Que faut-il, en efî'et, pour arrêter le cours de notre vie, et briser notre existence ? Une bulle d'air, un peu de sang extravasé, un atome imperceptible. Que d'hommes n'avezvous pas connus, qui se glorifiaient de la vigueur de leur constitution ! L'avenir se montrait à eux sous les plus brillantes couleurs; ils formaient de grands projets de fortune, et il n'a fallu qu'un instant pour les renverser. Les hommes de l'art se perdent en conjectures sur les causes de leur maladie; mais, quoi qu'il en puisse être, ils sont morts. Que n'aurais-je point encore à dire sur tant d'autres, qui sont frappés par quelque accident terrible, écrasés par la foudre, ou engloutis dans les eaux, ou dévorés par les flammes, ou fracassés par une chute, ou broyés sous les roues d'un char ! Ils se croient heureux, dit Job, ils jouissent d'une paix entière, et ils descendent, en un instant, dans l'enfer (2). Ils y descendent, en quelque sorte, tout vivants, ajoute le Psalmiste * (3). Et, au milieu de tant d'événements affreux, bien capables de porter la tristesse dans l'âme, et d'inspirer de généreuses résolutions pour mettre ordre à sa conscience, on ne songe pas qu'on est soi-même mortel !

Cependant, qui vous a dit que vous serez à l'abri de ces coups terribles î Dans le siècle où nous vivons, les

(1) Iste moritur robustus et sanus, dives et felix. Job, xxi, 23. '?) Ducunt in bonis dies suos, et in punclo ad inferna descendunt. Job, XXI, 13.

(3) Descendant in infernum viventes. Psal liv, 16.

morts subites sont-elles donc si rares ? Et vous, avez-vous fait un pacte avec la mort, pour qu'elle vous épargne ? Ah 1 soyez-en sûr, à quelque âge, en quelque état que vous soyez, la Mort vous pouisait, elle vous presse, elle frappe à votre porte ; elle examine votre endroit faible, pour vous porter le coup fatal ; et, lorsqu'elle se présentera, vous ne pourrez pas la retarder d'un seul moment. « Attendezmoi jusqu'à demain, disait, au rapport de saint Grégoire pape, un malheureux pécheur, surpris par la Mort, attendez-moi jusqu'à domain (1). » De grâce, au moins, accordez-moi quelques instants de réflexion ; j'en profiterai pour détester mes crimes, pour me mettre en grâce avec Dieu. Mais la Mort est inexorable ; elle ne se laisse émouvoir par aucunes supplications.

Les peintres la représentent privée de presque tous les organes de l'homme, sans oreilles, parce qu'elle est sourde aux prières; sans yeux, parce qu'elle ne fait aucun cas des larmes; sans joues et sans front, parce qu'elle ne sait point .rougir de sa propre cruauté; elle n'a ni langue ni lôvres, parce qu'il ne lui arrive jamais de donner aucune parole de consolation; elle est dépouillée de chair, parce qu'elle n'a aucun sentiment d'humanité ; et elle tient à la main une faux tranchante, avec laquelle elle moissonne toutes les générations.

0 enfants des hommes, vous dirai-je avec le Prophète, jusquesà quand aurez-vous le cœur appesanti? jusqucs à quand aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge (2) ? Songez que vous n'êtes siu* celte terre que comme dans un lieu de passage ; et quelle folie de vous y attacher, comme si c'était votre demeure éternelle! Vanité des vanités, a dit l'Ecclésiaste, et tout n'est que vanité. C'est là le résumé des leçons que nous donne la Mort. Vanité dans les plaisirs, vanité dans les honneurs, va-

(1) Inducias usquè manè. D. Greg., Dial. i, c. xxxvirr.

(2) Filii homiiium, usqucquô gravi corde? Pôv//. iv, 3.

'lis TREIZIEME LEÇON.

nité dans les richesses^ vanité dans les talents de Tesprit, vanité dans la force et les g-âces du corps; l'âme seule est digne de nos soins et de toute notre attention, parce qu'elle est immortelle, et c'est précisément l'âme seule qu'on néglige et qu'on abandonne avec insouciance au démon !

Ah ! Seigneur, je le sens, ces réflexions sur la Mort, que vous m'avez inspirées, produisent en moi un effet salutaire. A la lueur de cette torche sépulcrale, qui vient de m'éclairer, j'ai compris mes wais intérêts; j'ai vu clairement, ô mon Dieu, que vous êtes la source de tout bien. C'est donc vous seul que je veux chercher, ô bonté infinie ! ô beauté suprême ! C'est vous seul que je veux aimer dans le temps et pendant l'Éternité . Tout indigne que je suis de paraître en votre présence, j'espère cependant de votre miséricorde, et par les mérites de Jésus- Christ, votre divin Fils, que vous ne me repousserez pas de devant votre face, et qu'après m'avoir accordé la rémission de mes péchés, vous voudi'ez bien un jour m'admet tre au nombre de vos éluS;, au sein de votre gloire.

TRAITS HISTORIQUES

1. On dit que Xerxès, ce puissant monarque des Perses, qui apla^ nit des montagnes et combla des mers, considérant d'un lieu élev^ l'immense multitude de ses soldats et cette armée innombrable qu' traînait à sa suite, répandit des larmes, en pensant que de tant dé milliers d'hommes ramassés sous ses yeux, il n'y en aurait pas a^ «eut dans cent ans. Oh ! si d'un lieu élevé nous pouvions, vous moi. découvrir toute la terre, nous verrions le monde tout entie enseveli dans ses propres ruines ; ici une génération qui s'élève, ane autre qui s'engloutit dans la tombe ; ici l'ivresse de la joie, Ij les éclats de la douleur ; ici d'insolentes prospérités, là tous les excès de la misère. Nous verrions, non pas seulement l'armée Je Xerxès, mais tout ce qu'il y a d'hommes respirant aujourd'hui sur la terre, condamnés à devenir dans peu la proie de la Mort.

Saint Jérôme, Éloge funèbre de Népotien.

l. Le Caire, en Egypte, a vu s'éle\er un temple turc ou mosquée

par un singulier moyen. Le pacha Assan, homme aussi rusé qu'avare, voulant que son nom fût illustré dans tout l'univers par quelque grande construction qui ne lui cuutât rien, s'avisa de l'expédient qui suil. Il fil publier en tous lieux la résolution d'élever à Dieu un temple mag-nifique, et promit des largesses à tous ceux qui viendraient, de quelque pays que ce fût. Le jour et le lieu de la distribution furent indiqués. Une foule immense accourut au Caire, nonseulemenl de i Lgypte, n:ai& de tous les autres p;iys. Assan avait fait préparer un nombre prodigieux de tuniques et de robes. Tous ceux qui se présentaient pour recevoir le cadeau promis étaient obligés de passer un à un, par un étroit guichet, d'une grande cour dans une autre également vaste. Dans ce passage, on ôiait à chacun ses vêtements, et Oh le forçait de mettre une robe et une luniqne neuves, si bien que, par cette ruse, des milliers de personnes furent dépouillées de tout ce qu'elles avaient apporté pour le voyage, car c'est l'usage dans ce pays de coudre l'argent dans un pli de la tunique ou du turban ; et, quoiqu'il n'y eût personne qui n'aimât mieux sa tunique toute vieille et déchirée, force fui à tous de quitter leurs vêlements pour en prendre d'autres, qui étaient neufs à la véiité, mais vides. Les pleurs, les gémissements, les cris lamentabhs n'obiinrent rien ; le pacha ne fit que rire des larmes el des cris de tout le peuple, tandis qu'on jetait dans un bûcher tout ce qu'on avait pu recueillir d'habits. Il resta dans les cendres une somme si considérable qu'elle suffit à la construction d'un édifice des plus magnifiques. Ainsi fait la Mort : elk nous enlève, malgré nous, noire vieil habit, et nous en passe un tout neuf, celui du tombeau. L'empereur de Turquie n'eut pas plutôt appris celle méchante action de l'avare et cruel pacha, qu'il lui intima l'ordre d'envoyer lui-même sa tête à Constantinople. C'est de sa main que le sultan a coutume d'écrire ces lettres fatales, qu'on met dans une enveloppe d'étoffe noire. Elles ne contiennent que ces mots : Envoie-moi ta tête.

Et vous, qui que vous soyez, quand l'Empereur du ciel vous adressera l'ordre de quitter ce monde, il n'y aura f lus de résistance à faire, plus d'excuse à donner, p'us de prières, [dus de moyens de fuir, plus de détours, tout sera fini. Eh bien ! soumeitez-vous à la loi commune; faites de votre gré ce que vous seriez forcé de faire malgré vous ; offrez votre vie, votre tète, non à un tyran, mais à un père; non à un homme, mais à un Dieu.

Ablavius, préfet du prétoire, le plus grand dignitaire de la cour de Constantin, était, pour l'or, un gouffre insatiable, ne songeant qu'à ce métal, sans nulle pensée peur le tombeau ni pour le ciel. Un jour, Constantin le prit par la main, et lui dit : « Quand finironsnous, mon cher, d'entasser trésors sur trésors? » Et, traçant à ces mots sur la terre, avec un javelot qu'il avait en main, 'a figure d'un cercueil, il ajouta : « Amasse, si tu veux, toutes les richesses de i'u-

Divers, lu n'auras à la mort que ce que je viens de tracer, si même tu l'occupes. » ConslantJD dit vrai : Âblavius, coupé par morceaux, ne laissa rien qu'on pût porter à la tombe.

Le frère d'un grand serviteur de Dieu, de Thomas à Kempis, se félicitai/ beaucoup d'avoir fait construire une maison magnifique ; et un de ses amis lui répondit qu'il y remarquait un défaut essentiel. « Quel défaut? repril-il. — C'est d'y avoir fait une porte. » « Comment ? une porte serait-elle un défaut dans une maison? » — « Oui, lui répliqua cet ami ; car, un jour vous mourrez, et il faudra sortir par cetie porte, abandonner celte maison et tout le reste. >

Saint Ligoori.

3. George, duc de Clarence, fut condamné à mort par son frèra Edouard IV, roi d'Angleterre, pour attentat à la couronne. On lui donna pourtant à choisir son genre de mort. Pour prendre le plus doux, il fit remplir un tonneau de vin de Crète, s'y enferma, et là, il reçut la mort goutte à goutte, en buvant cette liqueur agréable, jusqu'à ce qu'enfin il tomba submergé dans ce bain délicieux, mais mortel. Oh ! si nous regardons les mœurs du monde, que de personnes voyons-nous mourir ainsi ! Elles boivent la volupté, cette potion mielleuse, avec une intempérance égale à leur soif. Hélas 1 tandis qu'elles goûtent, qu'elles avalent, tandis que leur âme attire d elle ces plaisirs vains, rapides, honteux, dont elles auront à se repentir, elles boivent goutte à goutte leur mort, esclaves qu'elles sont de leurs passions. Elles s'enfoncent d'autant plus vite que leur avidité à boire cette mort est plus grande.

4. € 0 monde, que tu es trompeur ! sont forcés de s'écrier à leur lit de mort ses plus zélés partisans. Jésus-Christ transporte ses disciples de la croix au paradis ; et le monde, de ce qu'il appelle son paradis sur la terre, précipite ses sectateurs aux supplices éternels.

Séjan, autre Tibère et presque empereur de l'empereur, put tout ce qu'il voulut. Bientôt la faveur et l'amour se tournèrent en haine ; et Séjan abandonné, livré parce même Tibère, qui craignait l'accroissement de sa puissance, est traîné aux gémonies par un croc. Celui qui était auparavant l'œil de César, est maintenant le dernier de ses ennemis et foulé aux pieds de tous. Allez maintenant et fiez-voos au monde.

Que dirai-je de Bélisaire? Après ses grandes victoires sur les Barbares, il est privé de la vue par l'empereur Justinien, et, sous une petile cabane, tendant la main aux passants: «Voyageurs, s'écriait-il, donnez, je vous prie, l'aumône à Bélisaire, à qui l'envie des autres, non sa faute, a fait crever les yeux. » Allez maintenant et ûez-vouf au monde.

Thomas Morus, ce grand homme de bien, reçut d'Henri, roi dei Anglais, pour prix de ses travaux, une hache qui fit tomber sa tête. Allez maintenant et fiez-vous au monde.

0 faveurs du monde, ô dignités humaines, vous êtes fragile» comme le verre! Le célèbre maréchal de Luxembourg, reconnaissant, à son lit de mort, la vanité des triomphes et des trophées, disait qu'il préférerait, à toutes les victoires qu'il avait remportées, un verre d'eau froide donné à un pauvre au nom de Jésus-Christ.

Que sont devenus les çlus grands monarques de l'univers ? Où est maintenant, demande l'Écriture, le roi d'Émath, le roi d'Arphad, le roi de Sépharvaïm, d'Ana et d'Ava (1) ? Nabuchodonosor fut grand dans la Chaldée et la Syrie; Balthasar fut grand après lui. Le sceptre passa dans la Perse et la Médie, entre les mains de Cyrus et de Darius. De là, il vint en Grèce, conquis par Alexandre, le plus belliqueux, si ce n'est le plus grand des princes. La fortune changea, et le sceptre du monde s'en fut avec elle en Italie, où longtemps il fut tenu par Jules César et par Octave Auguste. Que reste-t-il de ces fiers potentats ? Ils ont passé, après avoir fait un peu de bruit. Dans ces derniers temps, nous avons vu mourir sur un rocher désert celui dont le nom seul faisait trembler l'Europe.

Cîotaire I«', se voyant près de mourir, avait bien raison de s'écrier: « Que le Roi du ciel est puissant, puisqu'il dispose ainsi des plus grands rois de la terre ! » Paroles, dit un historien, qu'un prince, né comme lui pour aller au grand, aurait dû méditer pendant sa vie, au lieu d'attendre sa dernière heure pour les prononcer.

Rien de plus emphatique et de plus ridicule que les titres que se donnent les princes de l'Orient. Sapor, roi des Perses, écrivant à l'empereur Constantin, commençait ainsi sa lettre : « Sapor, roi des rois, l'égal des astres, frère du soleil et de la lune, à mon frère Constantin, salut plusieurs fois. » Voici la série d'éloges qu'un Soudan se donnait, en tête de ses lettres : « Salmander, tout-puissant devant Carthage, seigneur du Jourdain, seigneur de l'Orient, seigneur de Bethléem, seigneur du Paradis, intendant de l'Enfer, suprême empereur de Constantinople, seigneur de tous les pays où croît le figuier, seigneur des régions que parcourent le soleil et la lune, protecteur du grand prêtre, empereur, roi des rois, maître des Chrétiens, des Juifs et des Turcs, ami des Dieux. »

C'est à peu près ce qu'écrivait Soliman à l'un des plus grands rois de l'Europe : « A Charles-Quint, empereur toujours Auguste et né Flamand, Soliman son contemporain, issu de l'illustre et victorieuse famille des Ottomans, empereur des Turcs, roi des roi-s et seigneur des seigneurs, empereur de Trébisonde et de Constantinople, dominateur du monde et conquérant de la terre. > Mais, à leur lit de mort, qu'étaient-ils de plus que les autres, ces monarques si orgueilleux ? 0 misère vraiment splendide ! ô cendre et néant ! il leur fallait bien alors changer de langage et reconnaître la vanité des grandeurs

(1) IV. Reg.,xix. 13.

J22 TUEIZIÈME LEÇON.

humaines. Un des plus fameux d'entre eux, le puissant Saladin, qui avait ajjuté à ses États tant d'autres royaumes d'Asie, étanl tombé malade à Damas et connaissant qu'il allait mourir, fit promener dans la ville le linceul dans lequel il devait être enseveli, et donna ordre au héraut qui portail cet étendard de la mort, de crier : « Voilà tout ce qu'emporte de ses conquêtes Saladin, vainqueur de l'Orient. » — Un autre, Adhad-Eddaulah, empereur de Perse, dit au moment de rendre le dernier soupir : c A quoi m'auront servi mes richesses et ma puissance, puisqu'elles m'abandonnent aujourd'hui?» — Un autre fit graver sur sa tombe ces mots : « Vous tous qui avez vu la grandeur dAlp-Arslan, élevée jusqu'aux deux, venez à Méru et vous la verrez ensevelie sous la cendre. »

Quelle dignité plus éminente que celle des Papes, vicaires de Jésus-Christ, dépositaires et distributeurs des grâces célestes, et dont l'autorité spirituelle s'étend sur l'univers entier ! Mais leur tiare ne les défend pas de la mort ; et, afin qu'à ce haut rang où ils sont élevés, ils n'oublient pas leur condition, au milieu même des magnificences de leur couronnement, un maître de cérémonie, s'arrêlant par trois fois et faisant la génuflexion devant leur trône, met le feu à un flocon d'éloupe attaché à l'extrémité d'un bâton d'argent, et chante : « Saint Père, c'est ainsi que passe la gloire de ce monde (1 ). » Leur pouvoir suprême ne fait que leur imposer de plus grandes obligations et une pl-us terrible responsabilité. C'est ce qui faisait dire à Léon XII, sur le point de mourir : « Que ne suis-je resté portier de mon monastère, plutôt que d'avoir élj élu Pape ! » Honorius III disait aussi eu mourant: « Il eût été plus avantageux pour moi de rester dans la cuisine de mon couvent, occupé à laver la vaisselle. » — Et Eugène IV, à ses derniers moments, s'écria devant tout le monde : « 0 Gabriel ! (c'était son nom de baplême) ô Gabriel! qu'il te serait bien plus avantageux de n'avoir jamais été ni pape, ni cardinal, ni évêque ; mais d'avoir fini tes jours comme tu les avais commencés, en suivant paisiblement, dans ton monastère, les exercices de ta règle ! »

5. « C'est la pudeur qui fait la sauvegarde de la beauté. Le chrétien, s'il doit se glorifier dans sa chair, c'est quand il l'a mortifiée, endurcie dans les exercices du Seigneur (2). » JézabeJ comptait sur ses grâces extérieures, pour échapper à la vengeance de Jéhu ; et, tandis qu'elle aurait dû se couvrir de cendre et se revêtir d'un sac, pour désarmer la juste colère de Dieu, elle se peignit les yeux, orna «a tête de toutes ses parures, et se présenta à sa fenêtre. Jéhu, la voyant, ordonna de la précipiter de haut en bas ; ce qui fut eiécuté à l'inslanl môme. Son corps fut foulé aux pieds des chevaux ; et, lors-

(1) Pater sancle, sic transit gloria mundi.

(2) Tertull.,de Orn. mulier.. lib. u.

qu'on alla pour lui donner la sépulture, l'on ne trouva plus que le crâne, les pieds et les exlrémilés des mains, le reste ayant été dévoré par les chiens. Juste punition de l'impiété de cette reine, souillée du meurtre de tant de prophètes, et qui avait elle-même si indignement foulé sous les pieds la religion, la justice et linnocence.

Gabrielle d'Estrées, qui avait reçu de la nature tou? les dons qui peuvent enchaîner les cœurs, mourut dans des convulsions épouvantables. La tête de cette femme, une des plus belles de son siècle, était toute tournée le lenilemain de sa mort, et le visage si déOguré qu'elle n'était plus reconnaissable. « Spectacle bien propre, dit un auteur, à guérir des passions insensées, si l'homme qui en a une fois subi le joug, pouvait être ramené par de telles leçons à une raison qui n'existe plus chez lui, et dont il travaille à éteindre ce qui lui reste peut-être encore de son importune lumière. » Dict. hist.

6. Un ancien a très-bien caractérisé la vie, en l'appelant non pa« une ombre, mais la rêverie d'une ombre [l). Le maréchal de Saxe, tant de fois couronné des mains de la victoire, dit à ceux qui étaient rassemblés à son lit de mort : c Mes amis, j'ai fait un beau rêve. » — « J'ai été tout, disait aussi l'empereur Sévère, parvenu des derniers rangs de l'armée au trdne des Césars, j'ai été tout et j'ai vu que tout ne sert à rien. » Voilà le mot, qui termine trente années de travaux et d'ambition heureuse. Lamennais, Essai.

7. Philippe II, roi d'Espagne, étendu sur le lit où il expira, appela son fils, découvrit sa poitrine, la lui montra toute rongée de vers, et lui dit: « Prince, voyez comme s'évanouissent et se terminent les grandeurs du monde. » Au môme instant, il se fit attacher au cou une corde, à laquelle on suspendit une croix de bois, et disposa tout pour ses derniers moments. Il ajouta : « J'ai voulu, mon fils, que vous fussiez présent à ce spectacle, pour vous faire voir comment le monde traite les rois mourants. Leur mort ne diffère en rien de celle du dernier de leurs sujets. En somme, celui qui mène une vie plus chrétienne, aura une meilleure place près de Dieu. > Saint Liglori.

François de Borgia, étant duc de Candie et vice-roi de la Catalogne, accompagnait à Grenade le corps de l'impératrice Isabelle, qui venait de mourir. Quand on ouvrit scn tombeau, l'horreur qu'inspire naturellement un cadavre, la puanteur qu'il exhalait, firent reculer d'effroi tous les spectateurs; mais François, éclairé d'une lumière toute divine, resta pour contempler, dans ces dépouilles de la mort, la vanité du monde. Frappé alors de cet affligeant spectacle, il s'écria : f Est-ce vous, dona Isabelle? Est-ce vous l'impératrice, ma souveraine? Où sont ces yeux si brillants? Qu'est devenue cet't> majesté, celte beauté qui brilliit en vous d'un si vif éclat? » Il passa la nuit suivantfc sans dormir. Prosterné dans sa chambre et fondant en laf-

(1) Pindar, Pyth., viii.

mes, il se diîiit à lui-même. « 0 mon âme, qne puis-je chercher dans re monde ? Jusqu'à quand poursuivrai-je une ombre vaine T La ?.Iort, qui a traité f'^î la sorte le diadème impérial, est toute prête à nie frapper, N'est-il pas de la sagesse de prévenir ses <oups, en mourant au monde dés ce moment, afin qu'à ma mort je puisse vivre en Dieu? > Dès lors, il se consacra tout entier à l'amour de Jésus crucifié, et fit vœu, s'il survivait à sa femme, d'entrer dans quelque ordre religieux. Il tint parole ; la duchesse de Candie étant morte, il s'engagea dans la Compagnie de Jésus, où il parvint à la sainteté la plus éminente. Vies des Saints

8. Un jour, Casimir, --oi de Pologne, se mit à table avecles grands de sa cour; il mourut en portant le verre à la bouche. — Ladislas, roi de Bohème, âgé de dix-huit ans, attendait l'arrivée de son épouse, fille du roi de France; on faisait d'immenses préparatifs pour des fêtes brillantes ; mais, un matin, des douleurs le saisissent et il meurt. Il fallut aussitôt expédier un courrier, pour avertir la princesse de reprendre le chemin de France. — Henri II, roi de France, périt dans un tournoi, au milieu des jeux et de l'allégresse générale, atteint à l'œil d'un éclat de lance, d'une manière si violente qu'il expira peu de temps après.

Citerai je encore des traits? Ils sont innombrables dans les archives de la Mort. Terminons par le suivant. Un jour, le célèbre musicien Mozart fut prié par un inconnu, qui se présenta chez lui, en habit de deuil, de composer un Requiem pour un homme très-considérable qui ne voulait pas être connu, ajoutant que cet homme était un excellent connaisseur en niusique. Mozart se mit à l'ouvrage avec tant d'ardeur, qu il en tomba malade, et le Requiem, qu'il avait composé, servit à ses funérailles.

« Que retire donc l'homme de tout le travail qui l'occupe sous le soleil? » demande le Sage. Ah ! répétons avec lui : « Vanité des vanités, et tout n'est que vanité ! » Mais quittons ce monde de mensonge, pour devenir une nouvelle créature en Jésus-Christ ; craigrnons Dieu, observons ses commandements, et, une fois entrés dans cette voie sainte, nous pourrons dire : c Vérités des vérités, et tout f t vérité. >

CINQUIÈME INSTRUCTION

Nécessité de se préparer à la Mort. — En quoi consiste cette préparation. — Quant faut-il la faire?

Nous mourrons un jour; Tarrét en est porté (1). Bien plus, nous mourons tous les jours; chaque instant nous enlève une partie de notre vie. Nous disons que nous avons vingt, trente ou quarante ans; mais nous nous trompons : ces vingt, trente ou quarante ans ne sont plus à nous, la Mort les a dévorés ; ce sont autant d'années de moins que nous avons à vivre. Nous avançons avec une rapidité effroyable vers le terme de notre carrière ; et, ce qui doit nous faire trembler, c'est que du moment de notre Mort dépend pour nous une éternité de bonheur ou de malheur. De quelque côté que l'arbre tombe, au septentrion ou au midi, il y reste (2). Si, à la mort, notre âme est en état de grâce, oh ! quelle allégresse ! tout est gagné, la voilà pour toujours au sein de la gloire et unie à son Dieu. Mais, si elle est en état de péché, oh! quel désespoir! tout est perdu, la voilà pour toujours ensevelie dans les enfers et livrée à la malice des démons. On ne saurait donc prendre trop de précautions, pour faire une bonne mort. Si Ton mourait deux fois, on pourrait s'exposer une première, dans l'espérance de réparer plus tard sa faute ; mais, vous le savez, on ne meurt qu'une fois ; et, dès l'instant qu'on a franchi le seuil de l'éternité, impossible de revenir en arrière (3). Il est donc pour nous de la dernière importance de bien nous préparer à la mort.

Que ne fait-on pas, quand on désire réussir dans quel-

(1) Slatutum est omnibus hominibus semel mori. Heb., ix, 5f.

(2) Si ceciderit ligfnum ad austrum aut ad aquilonem, in quocumque loco ceciderit, ibi erit. Eccles., xi, 3.

(3) Semitam per quam non revertar, ego ambulabo. Job. xvi, 23.

226 TREIZIÈME LEÇOK.

que affaire humaine ? Quels mouvements on se donne pour obtenir une place et amasser de la fortune ! S'agit-ii de gagner un procès, on ne craint aucune fatigue, on fait jouer mille ressorts, pour faire valoir son droit. S'agit-il de conserver ou de rétablir la santé, on consulte les médecins les plus habiles, on emploie les meilleurs remèdes, on cherche l'air le plus salubre. Voyez, dit saint Paul, les athlètes qui veulent briller dans les jeux publics : ils fortifient leur corps par de rudes exercices, vivant avec frugalité, s'abstenant des plaisirs, ils n'ont cependant en vue qu'un vain honneur et une vile récompense. Et, pour les biens éternels, pour le salut de notre âme, pour la conquête du ciel, nous ne voudrions rien faire ! nous resterions dans une criminelle indifférence! Et sachant très-bien qu'une bonne et sainte Mort peut seule nous introduire dans la bienheureuse éternité, nous ne nous mettrions aucunement en peine d'apprendre à bien mourir ! En vérité, à voir le peu de soin que nous avons de notre âme, nous qui sommes pourtant si habiles à prendre nos mesures pour le succès de nos moindres intérêts temporels, on dirait que nous avons perdu le sens et la raison. Mettez donc ordre à votre conscience , vous dirai-je avec le Prophète, car vous mourrez, et vous ne vivrez pas longtemps (1). En quoi consiste cette préparation à la mort ? Voici quelques points essentiels que nous allons in- m diquer. Il faut

lo Avant tout, renoncer du fond du cœur au péché, et sans tarder d'un instant, car le moindre délai nous met en danger de nous perdre. Pourquoi vouloir encore persévérer dans l'iniquité ? N'avons-nous pas assez offensé le Seigneur? Si vous ne vous convertissez, dit le Roi-Prophète, Dieu fera briller son épée (2). Il est tout prêt à vous punir d'une manière éclatante. Combien, en effet, qui, pour n'a-

(1) Dispone domui tuae , quia morieris lu et non vives. It.^

XXTIII, 5.

i% Nisi conversi fuerilis, gîadiura suura vibrabit. Psal vu, 13.

PRÉPARATION A LA MORT. Jî7

voir pas voulu mettre fin à leurs désordres, ont été subitement emportés! Us vivaient dans une sécurité profonde, comptant sur de longues années de vie ; mais, lorsqu'ils ne parlaient que de paix et d'assurance, la Mort est survenue tout à coup (l). C'est une folie de vivre un seul instant en état de péché mortel, lorsqu'on sait que la vie est si fragile, et que le moindre accident peut nous précipiter en enfer. La première et la plus indispensable préparation à la Mort, c'est donc de se purifier de ses souillures, et de rentrer en grâce avec Dieu.

2° Expier ses fautes par une sincère pénitence. Saint Ambroise a dit qu'il suffit d'avoir péché une seule fois, pour pleurer toute sa vie le malheur qu'on a eu d'offenser le Seigneur (2). A plus forte raison, quand on a entassé iniquités sur iniquités, doit-on user d'une plus grande sévérité à l'égard de soi-même. La pénitence, en même temps qu'elle satisfait à la justice divine, est un préservatif contre de nouvelles chutes. Pécheurs, voulez-vous que le souvenir de vos crimes ne soit pas pour vous une source de désolation à l'heure de la morl, voulez-vous ne pas mourir en pécheurs, faites pénitence, fuyez les occasions du péché, appliquez-vous à mortifier votre chair, votre volonté, vos passions. Il est écrit : « Si vous De faites pénitence, vous tomberez entre les mains du Dieu vivant ; si vous ne faites pénitence, vous périrez infailliblement (3). »

3° Bien employer le temps. La vie est si courte! Pourquoi donc la passer dans l'oisiveté et la mollesse ? Pourquoi en employer une si grande partie à des misères, à des futilités ? Rappelez-vous bien qu'elle ne vous a été donnée que pour gagner le ciel. Quels regi^ets amers pour un pécheur, à sa dernière heure, de voir le mauvais usage qu'il aura fait du temps ! Quel effroyable désespoir d'être obligé

(1) Repentinus et superveniet interilus. Pror., XXIX, 1.

(2) Sufficil semel peccâsse ad fletus aelernos. D. Âmhr.

(3) Si pœnitenliam non egeritis, omnes simililer peribitis. LMt,, lin, 5.

de se présenfer devant le Seigneur, les mains souillées de crimes et vides de bonnes œuvres ! ïl pouvait si facilement réparer, par les saintes pratiques de la piété, tout le mal qu'il avait commis, et s'em'ichir de mérites ; il ne dépendait que de lui, s'il Tavait voulu, d'arriver à une vertu sublime ! Et, pour cela, que de grâces le Seigneur ue lui a-til pas accordées ! que de bons exemples il a eus sous ses yeux ! Mais voilà que la vie est p^assée sans retour, et le Père de famille lui dit, comme au serviteur infidèle : c( Rendez compte de votre temps, car vous ne pourrez plus désormais travailler. » C'en est fait, vous êtes resté oisif au temps de la moisson, et vous ne pouvez plus rien récolter. Vous voilà pauvre, nu; ce monde vous échappe, et il ne vous est plus possible de travailler pour l'autre vie (1). Donc, conclut le grand Apôtre, faisons le bien, tandis qu'il en est encore temps (2). Servons fidèlement le Seigneur ; ne négligeons aucune pratique de vertu ; multiplions nos actes de charité, de religion ; en un mot, faisons, dès à présent, tout ce que nous voudrions avoir fait à l'heure de notre Mort.

De plus, soyons bien persuadés que notre négligence à faire de bonnes œuvres, est un motif puissant pour le Seigneur d'abréger notre vie, et de nous retirer de ce monde. La terre qui, au lieu de produire de bons fruits, ne porte que des ronces et des épines, est près d'encourir la malédiction céleste. Vous connaissez la pai'abole du figuier stérile : c( Il y a trois ans, dit le Seigneur, que je viens pour y cueillir des fruits, et je n'en ai point trouvé. Coupez-le ; pourquoi occupe-t-il inutilement la terre (3) ? » Quant à vous, est-ce seulement depuis trois ans que vous ne faites rien pour Dieu, pour votre âme ? Hélas ! peut-être, c'est depuis longues années que vous croupissez dans le sommeil du péché. Et remarquez bien

(1) Jam non poteris ampliùs villicare. Lue., xvi, 2.

(2) Ergô dùm tempus habemus, operemur bonum. Gai, vi, 10. fa) Succide ergô illam, ut quid etiam terram occupât? Luc., xili, 7.

que le Seigneur ne demande pas seulement des fleurs, c'est-à-dire quelques vagues désirs de conversion ; il lui faut des fruits^ c'est-à-dire des œuvres saintes. Faites donc promptement, vous dit Salomon, tout le bien que vous pourrez, parce qu'il n'y aura plus ni œuvre, ni raison, ni sagesse, ni science dans le sépulcre, vers lequel vous courez (1). C'est ce que vous recommande encore le Fils de Dieu, quand il vous dit : a Marchez, pendant que vous avez la lumière, car la nuit vient où l'on ne pourra plus travailler (2). » Le vrai chrétien ménage son temps avec une épargne religieuse, sachant combien sont précieux tous ces moments, dont on achète une éternité.

4® Penser souvent à la mort. De même, disait saint Bonaventure, que le pilote, pour bien diriger la course de son vaisseau, se place à la proue, de même l'homme, pour bien régler sa conduite, doit se mettre, par la pensée, au Ut de la mort. Il n'y a rien de plus capable de nous inspirer le mépris du monde et le désir du ciel. Aussi le Sage a-t-il dit qu'il vaut mieux aller dans une maison de deuil que dans une maison de fête, parce que dans celle-là on est averti de la fin de tous les liommes, et on y voit ce qui doit nous arriver un jour (3). Et, en effet, oserait-on se livrera l'orgueil, oserait-on flatter sa chair, si l'on pensait qu'on ne sera bientôt qu'un amas de pourriture ? Oserait-on se révolter contre le Seigneur, si on se mettait bien dans l'esprit qu'il faudra, au premier jour, comparaître à son tribunal ? On peut assurer en toute vérité, avec saint Jean Climaque,que, a comme de tous les aliments le pain est le plus nécessaire, ainsi de toutes les pratiques spiritueUes, la méditation de la Mort est la plus utile. »

(1; Quodcumque polest facere manus tua, instanter operare, qnia nec opus, nec ratio, nec sapientia, nec scienlia erunl apud inferoi, quô tu properas. Eccl., ix, lO.

(2) Venit nox, quaniiô nemo polest operari. Joan., ix, 4.

(3) Melius est ire ad domum luclûs quàm ad domum sonvivii. Etcl., TU, 3.

Chose étonnante ! a dit saint Augustin, la Mort, qui est Popposé de la vie, devient cependant, par un effet de la grâce divine dans les cœurs chrétiens, un instrument de vie (1). Et voici comment : c'est qu'une méditation sérieuse de la Mort sert : 1° à nous prolonger la vie de la nature, en nous détournant des querelles, des débauches, de tous les excès qui abrègent si souvent les jours de l'homme; 2° à nous procurer la vie de la grâce, en nous inspirant les sentiments d'une sincère pénitence, qui tirent les âmes de la Mort du péché ; 3° à nous élever à la vie de la gloire, en nous animant à la pratique des vertus, qui méritent la couronne céleste. Voilà de quelle manière le souvenir de la Mort opère la vie, tandis que, au contraire, la folle idée que se font les mondains de cette vie terrestre, opère des désordres de toute espèce, et, par suite, la mort du corps, la mort de l'âme etla damnation éternelle. Mettonsnous donc souvent sous les yeux notre dernier jour. Gravez, vous dit saint Jean Chrysostome (2), gravez sur les murailles de votre maison et sur votre cœur cette terrible faux de la Mort, qui plane toujours sur vos têtes. Pensez qu'elle va vous frapper, et alors vous changerez prompte ment de vie. Ne jamais penser à la Mort, c'est infailliblement se la procurer amère, désolante; y penser souvent, c'est se la rendre douce et facile.

Il est bon de se choisir tous les mois, ou au moins chaque année, un jour de retraite, pour se préparer spécialement à bien mourir. Pendant ce jour, il faut se mettre dans les mêmes dispositions et les mêmes sentiments qu'on voudrait avoir au tribunal de Dieu, et faire tous ses exercices de piété avec la même pureté d'intention et la même ferveur quesi chacun d'entre eux devaitêtre le dernier de notre vie. Ainsi, par exemple, il faut se confesser et entendre la

(1) Tantam Deus fidei prsestilit graliam, ut mors, quam constat vitœ esse conlrariam, inslrunienlum iierel per quod transiretur ad iriiam, D. Aug.

(2) D. Cfarys,, Hom. ix, ad pop.

sainte messe, comme si ce devait être pour la dernière fois, et recevoir la sainte communion, comme si c'était le viatique. Ce jour-là, on doit se prosterner devant son crucifix, méditer longuementsurcequi nous arrivera au moment du trépas, faire à Dieu le sacrifice de sa santé et de sa vie, réciter l'office des morts, ou bien les prières des agonisants, invoquer la sainte Vierge, dont la protection nous sera si nécessaire à notre dernière heure, et prier aussi saint Michel, nos anges gardiens, saint Joseph, et le patrop dont nous portons le nom, de nous venir en aide à ce moment fatal, et, enfin, remercier le Seigneur de ce qu'il nous a accordé le temps et inspiré l'idée de nous préparer à la Mort. Ceux qui sont exacts à cette pratique, se détachent nécessairement des biens de la terre, et deviennent bientôt parfaits. En célébrant ainsi en quelque sorte leurs funérailles par anticipation, ils apprennent à mom'ir au monde, à leurs passions, à eux-mêmes; ils se préservent de la corruption du vice, et répandent la bonne odeur de Jésus- Christ.

Ce n'est pas seulement de loin en loin qu'il faut penser à la Mort. Quand on veut vivre dans la crainte de Dieu et l'exacte observance de ses devoirs, on l'a, pour ainsi dire, constamment présente à son esprit. Pensez-y donc au commencement de vos principales actions, vous demandant à vous-même, comme saint Bernard : « Si tu devais mourir tout à l'heure, ferais-tu cela ? et de quelle manière le ferais-tu (1)? » Pensez-y le matin en vous levant, comme si vous ne deviez pas arriver à la fin du jour ; pensez-y le soir en allant vous reposer dans votre lit, conmie si vous ne deviez plus en sortir ; pensoz-y quand l'horloge sonne, comme si c'était votre dernière heure ; pensez-y à la moindre indisposition que vous aurez, car c'est déjà un conmiencement de Moit. Avec une pensée si salutaire, comment pourrait-on ne pas vivre chrétiennement * ?

vl) Si modo moriturus esses, hoc faceres ? quomoJô faceres D Bern.

5° Demander souvent à Dieu la grâce d'une bonne Mort, De nous-mêmes, nous ne pouvons ni bien vivre, ni bien mourir. Mais la gi-âce toute-puissante du Seigneur nous soutient dans notre faiblesse, et, si nous avons soin de rimplorer. nous pourrons dire avec confiance, quand notre dernier moment sera venu : a Quoiqu'il me faille marcher au milieu des ombres de la Mort, je ne crains rien, parce que le Seigneur sera toujours avec moi ^ (l) ? »

6° Faire son testament. L'intérêt de Tâme doit passer avant tout ; mais, après avoir mis ordre à sa conscience, il ne faut pas négliger le soin de ses affaires temporelles. Faites votre testament, dit saint Augustin, tandis que vous êtes en santé, que vous jouissez d'une parfaite connaissance, et que vous êtes maître de vous-même (2). Dans la dernière maladie, le temps est trop précieux, pour l'employer à régler des choses terrestres. D'ailleurs, on ne sait trop souvent alors ce que l'on fait, parce que, sans parler du mal qui affaiblit les facultés intellectuelles, on se trouve >bsédé par ses parents et ses amis, entraîné par des flatteries, des importunités, des menaces ou des caresses, et on plonge sa famille dans le trouble, en lui léguant un héritage, source de haines, de querelles, de procès. En laissant votre bien aux autres, ne vous oubhez pas vous-mêmes; n'oubliez pas les pamTes, les hôpitaux, les séminaires. Pourquoi, si votre fortune vous le permet, ne pas perpétuer vos bonnes œuvres après votre Mort, par quelque fondation pieuse ? Par là, vous vous ferez des protecteurs auprès de Dieu, qui intercéderont continuellement pour votre âme.

En quel temps faut-il se préparer à la mort? Ah ! gardezvous d'attendre à votre dernière maladie. Si alors il est si difficile d'arranger convenablement ses affaires tempo-

(JL) Elsi ambulavero in medio umbrœ mortis, non timebo mala, qnoniam tu mecum es. Psal. xxii, 4.

(2) Fac testamentum tuum, dùm sanus es, dùm sapiens et dùm tnus es. D. Aug.

relies, pensez-vous qu'on pourra plus aisément fouiller dans les replis de sa conscience, faire une confession exacte, restituer le bien mal acquis, se réconcilier avec ses ennemis ? Hélas! quand on a toute liberté d'esprit et d'action, on trouve mille difficultés à se convertir; et, au milieu des souffrances de la maladie et des angoisses du trépas, serat-il facile de détester sincèrement le péché, après qu'on l'aura aimé toute sa vie ? Sera-t-il facile d'aimer Dieu pardessus toutes choses, après qu'on n'aura jamais songé à lui plaire? Par quel artifice le cœur de Thomme se trouvera-t-il subitement changé? Des plaies invétérées se guérissent-elles en un instant ? Et comment vouloir extirper, en un instant, des passions qui auront jeté de profondes racines? Je conviens qu'il n'est pas impossible de mourir dans la grâce du Seigneur, après avoir vécu dans le crime; car la miséricorde de Dieu est infinie, et il ne rejette jamais un cœur contrit et humilié. Mais, à moins d'une grâce extraordinaire , sur laquelle ce serait folie de compter, il est extrêmement difficile de l'avoir ce cœur contrit et humilié, quand il à été, au contraire, toujours enflé d'orgueil, plein d'attaches criminelles et éloigné de son Dieu. Non, non, on ne peut être un loup pendant la vie et un agneau à la Mort ; un démon en santé et un ange au dernier moment. Non, non, on ne peut vivre comme un Hérode ou un Barabbas, et mourir comme un Abraham ou un saint Joseph.

Ainsi, à la mort, il n'est guère plus temps de se préparer; il faut alors être prêt ^. Le Seigneur, en divers endroits des saintes Écritures, menace d'abandonner à leur triste sort ceux qui l'auront méprisé pendant leur vie. Il leur annonce que ce ne sera plus alors le règne de la miséricorde, mais celui de la vengeance (1), que les pécheurs le chercheront sans pouvoir le trouver; (2), et qu'ils mour-

(1) Deut., XXXII, 15, 19.

(2) Jerem., xiii, 24, 25.

ront dans leur péché. D'un autre côté, que d'efforts ne fera pas le démon, pour retenir dans ses fers une âme qu'il aura si longtemps possédée ! Il la remplira de trouble et de confusion, lui disant, tantôt : « Va, ne crains rien, tu giKîriras; » et tantôt : « Comment réparer tant d'injustices, sans dépouiller et ruiner tes enfants? » d'autres fois : a Ton iniquité est trop grande pour mériter le pardon. » On dirait que tout conspire, pour perdre cet infortuné pécheur. Ses amis, ses parents eux-mêmes, au lieu de l'avertir de l'imminence du danger où il se trouve, ne parlent que de médecine et de remèdes; ils craignent de l'attrister en l'engageant à recevoir les derniers sacrements. Par une fausse, par une cruelle tendresse, ils cherchent à le tromper sur son véritable état, et lui disent, comme autrefois le serpent infernal à nos premiers parents : « Non, non, vous ne mourrez point encore (i) ; » il n'y a rien à désespérer. Et, tandis qu'ils le flattent d'une prochaine convalescence, déjà peut-être la Mort est peinte sur son visage, déjà son âme est sur ses lèvres. Ce pauvTC agonisant termine donc sa déplorable carrière par une fin plus déplorable encore. La pénitence d'un mourant est mourante^ a dit saint Augustin (2); et saint Bonaventure tient pour assuré, ce que d'ailleurs démontre une fatale expérience, qu'on ne peut bien mourir, quand on a mal vécu (3).

Hâtons-nous de demander grâce à Dieu, pendant que la porte de sa miséricorde est encore ouverte. Remettre, disait un ancien, aux approches de la Mort pour réparer ses fautes, c'est faire comme un homme qui commencerait à creuser un puits pour avoir de l'eau, lorsque le feu serait déjà à sa maison. C'est pendant toute la vie qu'il faut apprendre à bien mourir (4). La mort, a-t-on dit avec juste

(1) Nequaquàm moriemini. Gen., m, 4. i

(2j D. Aug., 5erm. 57. I

(3; Hoc teneo, hoc venim puto quôd ei non bonus Unis est cOT •emper fuerit mala viia. D. Bonav., de Cotitempt. sœc.

(4) Tolâ vilâ discendum est mori. Senec, de Brev. vit., c. vii.

raison^ est l'écho de la vie (1). On ne peut faire une mauvaise Mort, quand on a bien vécu (2). Ne vous faites pas illusion, ô pécheurs, et parce que le Seigneur, pour ne pas vous jeter dans le désespoir, veut bien vous laisser quelques chances de salut à votre dernier moment, n'allez pas vous endormir dans une fatale sécurité, et vous rassurer en disant : « Il n'y a rien qui presse ; à h Mort, je puis encore me sauver. » Grand Dieu, quel aveuglement ! quel délire ! Et vous hasarderiez votre salut sur un peut-être !

Ah ! s'il était facile de faire une bonne Mort, sans s'y être préparé longtemps d'avance, pourquoi donc les saints se livraient-ils à tant d'austérités? Pourquoi fuyaient-ils le monde? Pourquoi les a-t-on vus tant jeûner, tant prier? Pourquoi trouvaient-ils qu'ils faisaient toujours trop peu pour le ciel, si on peut le gagner à peu de frais?

A cette préparation de toute la vie, il faut joindre une préparation plus prochaine, quand on se sent malade. Plus on s'approche de la fin de la vie, plus on doit en ménager tous les instants, pour les bien employer au profit de son âme. Si le mal est sérieux, on doit s'empresser de recourir aux secours que l'Église donne à ses enfants, et puis se tenir constamment uni au Seigneur, par des actes de foi, de charité, de résignation à la volonté divine. Après s'être ainsi préparé, on peut regarder la Mort en face, et se jeter avec confiance entre les bras du Père céleste.

S'il me fallait maintenant mourir..., je frémis à cette pensée..., si dès aujourd'hui, si dès cette nuit. Dieu m'appelait à lui, que deviendrais-je? Suis-je prêt à paraître devant le souverain juge ? Quel serait mon sort pendant l'éternité? Avec quelles instances je réclamerais un mois, un jour, au moins une heure ! Eh bien ! ce jour, cette heure m'est accordée; je vais donc en profiter pour purifier mon âme, pour me rendre digne du ciel. Désormais je veux

(1) Qualis viia, finis ità. P. Bern., Serm xxviii, de Parv.

(2) Non polest malè mori qui bené vixerit. D. Aug.., de Doetr, christ., c. 11.

apprendre, comme T Apôtre, à mourir tous les jours (1), en me détachant du monde, pour m' attacher inviolablement à mon Dieu. Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes toujours au Seigneur, et nous devons lui consacrer toutes nos actions * (2).

TRAITS HISTORIQUES

1. Saint Théodose le Cénobiarque prenait toujours, pour sujet de la première instruction qu'il faisait à ses disciples, la nécessité de penser continuellement à la Mort. Ce fut dans le dessein de graver plus profondément celte pensée dans leur esprit, qu'il fit creuser un tombeau destiné à la sépulture de toute la communauté. Lorsqu'il fut entièrement achevé, il y mena tous ses frères, et leur dit : « Voilà le tombeau tout prêt; mais qui d'entre vous en fera la dédicace? » — € Ce sera moi,» répondit le prêtre Basile. Aussitôt il se jette aux pieds de son abbé, et lui demande sa bénédiction. Théodose ordonna qu'on dtt pour lui les prières des morts. EflFeclivement, Basile mourut quarante jours après, sans aucune apparence de maladie.

Saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, également persuadé que la pensée continuelle de la Mort est un des plus puissants motifs de la vigilance chrétienne, faisait creuser chaque jour son tombeau, et quelqu'un était chargé de venir lui d,re, au milieu même des plus belles cérémonies : « Monseigneur, votre tombeau n'est point encore achevé, donnez vos ordres pour qu'on le finisse , car vous ignorez l'heure de votre Mort. »

Saint Fidèle de Sigmaringen qui, après avoir exercé une place honorable de magistrature dans la ville de Colmar, renonça au monde, pour entrer dans l'ordre des Capucins et travailler à la conversion des hérétiques, se portait, avec le plus grand zèle, à toutes les œuvres de charité, dans l'espoir de la récompense céleste. Un calviniste ayant tiré sur lui un coup de mousquet dans l'église, les fidèles le prièrent instamment de se retirer; mais il leur répondit qu'il ne craignait point la Mort et qu'il était prêt à sacrifier sa via pour la cause de Dieu. Il signait toutes ses lettres par ces mots : Frire Fidèle, qui doit être bientôt la pâture des vers.

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