MORT DU PÉCHEUR
Mais la Mort devance ie dernier secours; le philosophe sent rcnattre toutes ses frayeurs : /e suis abandonné, s'écria-t-il, de Dieu et des hommes i II invoque le Seigneur, qu'il avait blasphème. Mais un siècle de sarcasmes, vomis contre la religion, semble avoir lassé la patience de l'Éternel. Le prêtre n'arrive pas; le malade entre dans les convulsions et les fureurs du désespoir. Les yeux égarés, blême, Iremblanl d'effroi, il s'agite et se tourne en tout sens ; il se déchire et dévore ses excréments. Cet enfer, dont il s'est tant raillé, il le voil s'ouvrir devant lui ; il frémit d'horreur, et son dernier soupir est celui d'uD réprouvé. « Rappelez-vous toute la rage et toute la fureur d'Oreste, dit le célèbre Tronchin, qui assista à celte horrible Mort, ▼DUS n'aurez qu'une faible image de la rage et de la fureur de Voltaire, dans sa dernière maladie. Il serait à souhaiter, répélail-il souvent, que nos philosophes eussent été témoins des remords et des fureurs de Voltaire ; c'est la leçon la plus salutaire qu'eussent pu recevoir ceux qu'il avait corrompus par ses écrits. » Le maréchal de Richelieu Lvait eu sous ses yeux ce spectacle épouvantable, et il n'avait pu s'empêcher de s'écrier : t En vérité, cela est trop fort; on ne saurait y tenir. » Élis Habel. Particularités sur la Mort de Voltaire.
Mort d'un révolutionnaire. ColIot-d'Herbois a joué le rôle le plus exécrable pendant la révolution française. Devenu représentant du peuple, sous le régne de la Teneur, il fit massacrer les Lyonnais par centaines, pour se venger de ce qu'ils l'avaient sifflé, lorsqu'il exerçait parmi eux la vile profession de comédien. Les complices mêmes de ses crimes le regardèrent comme un homme sj dangereux, qu'ils crurent devoir l'exclure de la société, en le reléguant dans les déserts de la Guyane. Déporté là, il se regardait cumme ie plus malheureux de tous les mortels, c Je suis puni, s'écriait-il ; 1 abandon où je me trouve est un enfer. » Attaqué d'une fièvre inflammatoire, on voulut le porter à Cayenne. Les nègres, chargés de celte commission, le jetèrent au milieu de la route, la face tournée vers un soleil brûlant. L« poste, qui était sur l'habitation, fut obligé d'y mettre ordre. Les nègres disaient en leur langage : *■ Nous ne voulons pas porter ce bourreau de la religion des hommes. » — « Qu avei-vous? » lui dit. en arrivant, le chirurgien Guysouf. — « J 'ai une fièvre et une sueur brûlantes. » — « Je le crois bien; vous suez le crime. > 11 appelait Dieu et laViergeà son secours. Un soldat, à qui il avait prêché, en arrivant, le sysléma des athées, s'approche et lui demande pourquoi il invoque Dieu et cette Vierge, dont il se moquait quelques mois auparavant. « Mon ami, lui répondit-il, ma bouche en imposait alors à mun cœur. » Puis il s'écria: « Mon Dieu, mon Dieu, puis-je encore espérer mon parùou-f Knvoyez-moi un consolateur; envoyez-moi quelqu'un qui détourne mes yeux du brasier qui me consume. Mon Dieu, doapec
moi la paix. » Le spectacle de ses derniers moments était si aflfreux, qu'on fut obligé de le mettre à l'écart. Pendant qu'on cherchait un prêtre, il expira, le? juin 1796, les yeux entr'ouverts, les membres retournés, en vomissant des flots de sang et d'écume. Son enterrement se fit un jour de fête. Les nègres fossoyeurs, pressés d'aller danser, l'inhumèrent àn-oilié. Son corps devint la pâture des cochons et des corbeaux. Pitou> Voyage à Cayenne.
Nous pouvons donc appliquer à la Mort des pécheurs ce qu'un philosophe païen a dit de la Mort en général, qu'elle estla reine des terreurs et la plus redoutable de toutes les choses terribles. Soyons justes, et alors il nous sera également doux de vivre et de mourir, comme le disait souvent le comte Louis db Sales, frère de l'illustre évêque de Genève :
Sive mori me, Christe, jubés, seu vivere mavis, Duke mihi tecum vivere, dulce mori.
A la vie, à la mort. Seigneur, je suis à vous, Pour vous, vivre ou mourir m'est également doux.
En terminant cette explication du symbole, nous ne pouvons faire mieux que de citer les lignes suivantes, que le baron de Géramb a écrites, après avoir visité la grotte où les apôtres, selon la tradition, composèrent en commun cette sublime profession de foi. Voici les réflexions de cet illustre pèlerin.
0 C'est une magnifique et ineffable merveille que ce Credo, œuvre de quelques hommes sans science et sans lettres, que ce Credo, sorti d'un coin obscur de la Judée, se soit répandu dans toutes les parties de l'univers, et soit devenu le symbole, non-seulement des peuples, mais encore de tout ce qu'il y a eu depuis sur la terre d'hommes véritablement grands, surtout d'hommes solidement vertueux : donnant aux plus timides le courage et lîi force de braver
les persécutions et la mort, et triomphant partout des tyrans comme des philosophes, des sophismes comme des échafauds... Sans doute, pour constater les faits de rhistoire évangélique, il devait suffire qu'ils eussent été publiquement attestés sur les lieux mêmes où ils s'étaient accomplis, qu'ils eussent été confirmés par les témoins, en présence des chefs du peuple et des magistrats, et scellés par eux de leur sang. Toutefois ce n'était pas assez dans les desseins miséricordieux de la sagesse divine ; elle a voulu, non-seulement que les faits de la naissance, de la passion, de crucitiement, de la mort et de la résurrection du Sauveur, fussent consignés dans le Credo, mais qu'à ce témoignage des apôtres vînt se joindre le témoignage de tous les chrétiens contemporains, et qu'exprimé par le même symbole, il fiât répété d'âge en âge par tous ceux qui deviendraient membres de l'Église de Jésus-Christ; qu'en tout temps, en tous lieux, dans les persécutions comme au sein de la paix, dans les assemblées particulières comme en public, dans l'intérieur des familles comme dans les temples, etc., il ne cessât pas un seul jour d'être proclamé ; de manière que de toutes les voix du monde chrétien réunies il ne résultât, en quelque sorte, qu'un seul et unique témoignage, tenant, s'il est permis de parler ainsi, par un premier anneau, aux faits mêmes dont il est l'objet, et devant se rattacher, par le dernier, à la croix glorieuse et triomphante, avec laquelle, au jour redouta-, ble, Jésus reparaîtra sur la terre, pour juger et ceux qui auront cru et ceux qui auront refusé de croire, o
Pèlerinage à Jérusalem.