INSTRUCTION
Excellence de l'Oraison Dominicale. — Son eflBcacité. — Dieu est le Père commun de tous les hommes. — Fraternité universelle. — Se détacher du monde pour arriver à Dieu.
D. Quelle est la plus excellente de toutes les prières? R. C'est rOiaison Dominicale.
La prière la plus admirable, la prière par excellence, celle qui est la plus agréable à Dieu et qui nous obtient le plus de grâces, est sans contredit l'Oraison Dominicale : prière sublime, commencement et fin de toute philosophie, où Tamour de Dieu et l'amour du prochain respirent uni: par un lien admirable. Tertullien l'appelle l'abrégé de tous les préceptes évangéliques (1).
(1) Rêvera in oratione breviarium tolius Evangelii. TertuL, dt Orat., c. I.
Son excellence se prend :
d" De son auteur, qui est le Fils de Dieu lui-même. Ce divin Sauveur a donné à son peuple les plus magnifiques enseignements, et il nous a laissé aussi la formule de prière dont nous devons le plus fréquemment nous servir, afin qu'employant auprès du Père les expressions mêmes que le Fils nous a enseignées, nous en soyons plus facilement exaucés.
2^^ De son efficacité. En effet, si Jésus-Christ nous assure que le Père céleste nous accordera tout ce que nous lui demanderons en son nom, combien plus abondamment n'obtiendrons-nous pas ce que nous aurons demandé dans les termes mêmes qu'il a bien voulu nous fournir? Aussi Tertullien nous dit que cette prière, parle privilège spécial dont elle est animée, monte au ciel avec une extrême vitesse (1). Peut-il y avoir de prière plus efficace auprès de Dieu, que celle dont son propre Fils est l'auteur ?
3" De sa matière. Elle renferme un précis de tout ce que nous pouvons demander à Dieu, ou espérer de lui. Elle est pour nos désirs ce que le décalogue est pour nos œuvres, et ce que le symbole est pour notre croyance. Le symbole est l'abrégé de ce que nous devons croire, le décalogue l'abrégé de ce que nous devons faire, et l'Oraison Dominicale l'abrégé de ce que nous devons demandera Dieu. De plus, elle exprime parfaitement les divers sentiments dont les hommes, qui sont les enfants de Dieu, doivent être animés à l'égard de leur Père céleste, a leur zèle vif pour la gloire de son nom, une ferme attente de l'accomplissement de ses promesses, leur soumission intérieure aux ordres de sa volonté, une pleine confiance en sa Providence Dienfaisante, le tribut de leur reconnaissance pour les grâces déjà reçues, un désir ardent d'en obtenir de nouvelles, et leur aversion invincible pour tout ce qui pourrait lui dé-
A) Suo animatâ privilegio ascendit ad cœlum, commeodaiis Patris qas Filios docuit. Tertul., de Orat., c. ix.
DE l'oraison dominicale. 36 9
plaire (i).» N'est-ce pas là, en substance, tout ce qu'on peut demander à Dieu^et tout ce qu'on peut lui demander déplus partait?
4° De L'arrangement de ses parties. Elle nous apprend, par leur ordre tout divin, à régler nos désirs (2). Jesus- Christ nous y éclaire sur la nature des biens que nous devons le plus rechercher, et sur le degré d'empressement et d'ardeur que nous devons mettre à leur poursuite. Ainsi, les premières demandes se rapportent à Dieu, parce qu'il a fait tout pour sa gloire, et qu'il veut être adoré et servi pour l'amour de lui-même et pour la glorification de son nom. Le premier motif de nos actions, et le premier désir de notre cœur doit donc être la plus grande extension de la gloire de Dieu, l'avènement de son règne, l'accomplissement de sa sainte volonté. Nous nous occupons ensuite de ce qui nous regarde nous-mêmes, et nous demandons tout ce qui nous est nécessaire pour la sanctification de nos âmes *.
D. Pourquoi appelez-vous cette prière l'Oraison Dominicale?
R. Parce que c'est Noire-Seigneur qui Ta enseignée à ses apôtres.
Oraison Dominicale ou Oraison du Seigneur, c'est la même chose ; car, en latin, le mot Dominus veut dire Seigneur.
Après nous avoir exposé la nécessité de prier et de prier continuellement, Jésus Christ a bien voulu composer, à notre usage, une prière courte, afin que les mémoires les plus ingrates pussent la retenir ; claire, afin que les intelligences les plus bornées pussent la comprendre; complète,
U) L'abbé Poulie.
(2) Est informativa totios noslri affectûs. D. Thom.,2, 2, q 88, a.».
afin qu'en la récitant, on n'oubliât jamais aucun de ses besoins. Ce divin Sauveur ne cessait jamais de recommander à ses disciples la nécessité de la prière, et il leur en donnait souvent l'exemple. Un jour qu'il était en prière en un certain lieu, quand il eut terminé son oraison, un de ses apôtres, s' approchant de lui, lui dit : a Seigneur, apprenez-nous à prier, ainsi que Jean l'a appris à ses disciples (i). » Alors le Sauveur répondit : a Voici comme vous prierez ; vous direz : Notre Père, qui êtes aux cieux, etc.» Prière évidemmefit descendue du ciel! Quel homme, en effet, eût mis à la tête de ses demandes, comme le premier, comme le plus ardent vœu de son cœur. Que le nom de Dieu soit sanctifié? Et, pour ces biens de la terre, qui excitent tant notre convoitise, quel homme se fût contenté de demander du pain, c'est-à-dire le plus strict nécessaire, et encore uniquement pour un jour!
Cette prière se compose d'une préface, de sept demandes, et d'une conclusion. La préface est renfermée dans ces mots : 0 Notre Père, qui êtes aux cieux ; » puis viennent les demandes; et le mot Amen ou Ainsi soit-il, forme la conclusion. L'Oraison Dominicale, à raison de son importance, demande une explication détaillée et approfondie, que nous allons donner le mieux qu'il nous sera possible.
D. Pourquoi commençons-nous cette prière par ces paroles: Notre Pèrel
R. Pour nous exciter à la confiance en Dieu, en nous sou- Tenant que nous avons le bonheur d'être ses enfants.
Quand on s'adresse à quelqu'un et qu'on veut attirer sa bienveillance, on lui donne les noms et les qualités qui peuvent lui plaire davantage. Jésus-Christ, oubliant tous les titres de gloire, de puissance, de grandeur, de justice
(1) Itt«.,XI, t.
qui conviennent à Dieu et qui pourraient nous donner une haute mais effrayante idée de sa majesté, nous commande de rappeler du doux nom de Père ! C'est qu'il veut nous attirer à lui par la confiance, par l'amour. De tout temps, on av»it bien reconnu Dieu comme l'auteur de tout ce qui existe, comme le Père de la nature. Les païens euxmêmes faisaient grand usage de ce titre ; mais nul homme, même chez les Hébreux, pourtant si privilégiés, n'avait osé donner à Dieu le nom de Père, lorsqu'il lui parlait en qualité de suppliant. Le Prophète royal lui disait souvent: a 0 Dieu, venez à mon secours.... Seigneur, je crie vers vous de tout mon cœur.... 0 mon roi et mon Dieu, c'est à vous que j'adresse ma prière (i); » mais il ne lui disait jamais: «Mon Père ou notre Père!» Lejuifsemblait toujours sous l'impression de la crainte que lui avait inspirée le tonnerre de Sinaï. Quant à nous chrétiens, Jésus-Christ ne nous a pas donné son Evangile au milieu d'une nuée épaisse, sur une montagne étincelante de feux, au bruit effroyable des trompettes; mais il nous a ouvert le ciel, il nous a ouvert son cœur, et il nous a permis de dire à Dieu: « Notre Père ! » Nom doux, nom attendrissant, qui nous rappelle l'infinie bonté de notre Dieu et cette aimable Providence, dans le sein de laquelle nous vivons.
Adressons-nous donc à lui sans crainte, sans inquiétude, sans hésitation, sans aucune défiance. Qu'avons-nous, en effet, à redouter? et que n'avons-nous pas à espérer d'un Père tendre, compatissant, affectionné, qui connaît nos besoins, qui aime à les prévenir, sans attendre même nos demandes? Peut-il nous refuser quelque chose, après nous avoir déjà donné l'avantage d'être ses enfants? Il a soin des petits oiseaux, qui ne l'invoquent point en vain ; et nous, devonsnous craindre qu'il nous délaisse? Que ce doux nom depère soit donc constamment sur nos lèvres, et qu'il anime notre foi. Car, poursuit la Sauveur, si les pères selon u
(1) Psal. LXix. — cxviu. — ».
chair, quelque méchants qu'on les suppose, donnent cependant de bonnes choses à leurs enfants, à con-hien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il les vrais biens à ceux qui les lui demanderont, lui qui est plus véritablement leur père, et qui a pour eux un cœur véritablement plus tendre qu'aucun père?
D. Comment sommes-nous les enfants de Dieu?
R. Pane que Dieu nous a créés à son image, et que nous adoptant par sa grâce, il nous a rendus héritiers de son royaume.
Dieu est le principe et le chef de toute cette grande famille, qui est dans le ciel et sur la terre ; voilà pourquoi saint Paul nous dit qu'il est la source de toute paternité (1). Il est notre Père de toutes manières, par la création, par la rédemption. Père de notre corps et père de notre âme.
Et d'abord il est notre Père, parce qu'il nous a créés à son image. C'est de lui que nous tenons le plus grand de tous les bienfaits, qui est l'existence. Nos parents, selon la chair, n'ont été que les instruments de la Providence pour nous donner la vie. Il a lui-même formé nos membres dans le sein de notre mère, et à ce corps si admirablement organisé il a joint une âme capable de s'élever aux plus hautes conceptions. 0 Dieu, vous êtes donc vraiment notre Pnre, puisque c'est de vous que nous avons reçu l'être et la vie ! Et cette vie, il nous la conserve par les aliments quil n(ms donne, car c'est lui qui fait croître et muiiipiier le grain confié à la terre, et qui répand sa bénédiction sur nos travaux. Il nous la conserve encore par la protection dont il nous couvre, en nous préservant de mille accidents, auxquels nous sommes continuellement exposés et qu'il détourne de nous avec une misérici^
(1) Ex quo omnis paie 'nitas. Ep»'».?.' . ni. IS.
DE l'oraison DO:timiGALB. 371
dieuse tendresse; car, sans lui nous ne pourrions subsista un seul instant.
Que si Dieu est notre Père, montrons-nous ses dignes enfants, appliquons-nous à lui ressembler par nos vertus , en menant une vie toute divine. Car, ceux qui se laissent aller au mal et dont la conscience est souillée de crimes, peuvent'ils être regardés comme les enfants d'un Dieu trois fois saint, d'un Dieu de pureté et de toutes vertus? Hélas ! ils se dégradent eux-mêmes en se mettant, comme dit le Prophète , au niveau des animaux sans raison , ressemblant à celui-ci par la férocité, à celui-là par la ruse, à cet autre par la brutalité des passions. Et, quand on s'est ainsi avili, appeler Dieu son Père, ne serait-ce pas lui faire outrage? Ma famille à moi, dit le Seigneur, se compose de ceux qui portent en eux quelques traits de mes glorieuses perfections; et, si vous voulez que je sois votre Père, faites-vous connaître à vos œuvres pour mes enfants.
Nous sommes encore les enfants de Dieu, parce qi/il nous a adoptés par sa grâce. Par nature, que sommes-nous? un peu de boue pétrie du limon de la terre ; et, à cause du péché de notre premier père , nous étions nés enfants de colère et de malédiction. Mais voyez, s'écrie saint Jean, quelle charité le Père céleste nous a témoignée : il a voulu que nous soyons appelés et que nous soyons, en effet, ses enfants (1) ! Nous avons reçu l'esprit d'adoption , en vertu duquel nous pouvons dire à Dieu en toute assurance : a 0 notre Père (2) ! d Si un prince de la terre consentait à nous mettre au rang de ses enfants, quelle serait notre joie! Mais c'est le souverain dominateur du monde, c'est le Seigneur notre Dieu, qui a bien voulu nous faire entrer dans sa famille, en nous honorant du même nom de Fils, qu'il donne à Notre- Seigneur, à son propre Fils unique. Ne de-
(1) Videte qualem charitatem dedil nobis paler ul Fim Dei nominemur et simus! I. Joan., m, 1-
(2) Àbba, Paier. Rom., viii, 15.
Tons-nous donc pas nous livrer à tous les transports de la reconnaissance? a 0 prodige de charité! s'écriait saint Augustin (1), Dieu avait de toute éternité un Fils unique; et ce Fils unique n'a point voulu demeurer seul. On voïi bien des hommes qui, n'ayant point eu d'enfants, en adoptent dans leur vieillesse et se donnent, par un choix de leur volonté, ce que la nature leur a refusé ; mais, s'il arrive que quelqu'un ait un fils unique , il en sent d'autant plus de joie qu'il le regarde comme le seul héritier de tous ses biens, et que personne ne doit, en les partageant avec lui, le rendre plus pauvre. Ce n'est pas ainsi que Dieu agit avec nous ; il n'avait qu'un Fils, qu'il a engendré avant tous les temps et par lequel il a créé toutes choses, et il a voulu envoyer ce Fils dans le monde, afin qu'il eût plusieurs frères adoptifs. » — « Pour nous, continue ici saint Jean Chr^^sosteme, quel sujet d'admiration et de reconnaissance qu'il nous soit ordonné d'appeler du nom de Père, un Dieu si grand, le maître souverain , l'immortel , l'immuable; nous, sortis de la poussière et du néant; nous, qui n'étions pas hier; nous, la proie du temps et condamnés à la mort, avoir pour Père le Dieu qui est avanl tous les siècles ! »
En nous adoptant par sa grâce. Dieu nous a rendus les héritiers de son royaume. Cette auguste et sublime adoption nous donne droit de prétendre à tous les biens. Car, étant les enfants de Dieu, nous sommes aussi par là même ses héritiers et les cohéritiers de Jésus-Christ (2). Le Fils de Dieu veut bien nous admettre en participation de sa gloire et de tous ses trésors célestes, parce que son héritage est de telle nature que le nombre de ceux qui le partagent ne le diminue en aucune sorte. Nous dovenoni nous-mêmes son propre héritage , lorsqu'il possède noi
(1) D. Aug , in Joan. Tract., 2.
(2) Si autern filii ei haeredes, haeredes quidem Dei.cohœredesautem Christi. Rom., viii, 17.
DE l'oraison DOKINICALB. 37 S
cœurs par son amour; et, réciproquement, il est lui-même rhéritage de ceux qui Taiment, parce qu'il se communique à eux sans réserve et qu'ils trouvent en lui la source de tous les biens.
Après tout ce que le Seigneur a fait pouF nous , nous pouvons dire avec saint Augustin qu'il est plus Père que personne (1). Mais il est surtout père à Tégard des justes, parce qu'ils sont élevés à la participation de sa nature, parla grâce qui en est un rayon et un écoulement. Quant aux pécheurs, ils répudient , ils brisent eux-mêmes leur filiation divine , et ils ne peuvent dire à Dieu : « Notre Père , » sans qu'une voix secrète ne les confonde et ne leur adresse ce reproche : a Vous êtes les enfants du démon (2). » C'est pour leur faire sentir leur ingratitude et les rappeler à lui, que le Seigneur leur fait entendre, par la boyche de son prophète, ces paroles pleines d'indignation : « J'ai nourri des enfants, et je les ai élevés, mais ils m'ont méprisé ; le bœuf reconnaît son maître, et l'âne l'étable de celui à qui il appartient; et Israël ne m'a pas connu, et mon peuple est sans intelligence. Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé de crimes, à la race perverse, aux fils dénatiu-és! Us ont abandonné le Seigneur (3) ! » Pour ne pas attirer sur nous ces terribles anathèmes, ayons des sentiments dignes de notre céleste origine, et gardons-nous bien de jamais dégrader, par nos vices, nos glorieuses prérogatives *.
D. Pourquoi disons-nous Notre Père, et non pas Mon Père ? R. Pour nous ressouvenir que nous sommes tous frères, et que nous devons prier les uns pour les autres.
Ce n'est pas seulement par sa loi^ mais encore par la
(1) Neniû lain paler quàm Deus. Tertul.
(l) Vos ex paire diabolo eslis. Joan., vin, 44.
(3) Filios enutrivi el exaltavi ; ipsi autera spreverunl me. !t., i. 5
formule de prière qu'il nous a enseignée, que Jésus-Chrisl nous commande l'union, la concorde, la paix. Il veut que tous les hommes, en quelque pays qu'iJs habitent, se regardent comme une grande famille, dont les membres, unis entre eux par les liens de la plus tendre charité , se prosternent aux pieds du Père commun et s'intéressent les uns pour les autres. Toutes les demandes de l'Oraison Dominicale sont donc conçues au pluriel , parce que Jésus- Clirist entend que chaque particulier , en priant pour lui, prie en même temps pour l'universalité des hommes. Nous ne disons pas : «Mon Père, donnez-moi aujourd'hui mon pain , pardonnez-moi mes offenses, etc. » Notre prière est pour tous ; et, dans l'effusion de notre charité, nous embrassons tous les pays, toutes les croyances, toutes les conditions. Catholiques, hérétiques, juifs, infidèles, compatriotes, étrangers , grands et petits , nous appartenons également à la grande famille de Dieu, disséminée sur toute la terre. Tel est le sentiment de fraternité universelle, inspiré par la nature et consacré par l'Evangile. Il fut une époque , qui n'est pas loin de nous, où ces grands mots de fraternité , d'égalité, volaient dans toutes les bouches et agitaient tous les esprits; et ils ne purent cependant réunir les cœurs. La fraternité de ces temps-là, comme on l'a dit avec raison, était celle de Caïn et d'Abel, parce qu'elle n'était pas fondée sur la religion; aussi ne produisit-elle que des ruines. Mais si nous entrons bien dans l'intelligence de ces mots : ISotre Père, etc. , si nous aimons bien le Père céleste , alors nous vivrons dans \m accord parfait, sans secousses, sans violences , sans disputes, sans haines, sans jalousies, comme il convient à des enfants d'un Dieu de paix et d'amour, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme comme la société des premiers Û» dèles. Nos prières n'en auront que plus de mérite et d'efficacité *.
DE l'oraison dominicale. 377
D. Pourquoi disons-nous Notre Père qui êtes aux deux, puisque Dieu est partout?
R. Parce que le ciel est le lieu où Dieu fait paraître sa gloire avec le dIus d'éclat.
Les Prophètes, voulant nous inspirer le pins grand respect pour la grandeur et la majesté de notre Père ^.éleste, nous disent que a les cieux racontent la gloire de Dieu, et que le firmament annonce Toeuvre de ses mains... . que le ciel est son trône, la terre l'escabeau de ses pieos. . . qu 3 s?. main étendue est la mesure du ciel, et que la terre tient dans le creux de sa main.... que le ciel des cieux appartient au Seigneur, et qu'il a donné la terre aux enfants dea hommes (I). Mais Jésus-Christ a voulu nous détacher de la terre, et voilà pourquoi il nous met dans la bouche, dès le début de sa prière, cestouchantes paroles : « Notre Père qui êtes aux cieux. » Les enfants doivent se réunir à leur père. Ce monde ne sera donc pas notre habitation permanente ; nous ne faisons qu'y passer, comme des exilés qui soupirent après une meilleure patrie. C'est au ciel, que notre Père nous attend, prêt à nous donner les couronnes et les palmes immortelles promises à la vertu. Élevons donc nos pensées en haut, dès que nous commençons l'Oraison Dominicale ; et, sur les ailes de la foi, volons par-dessus les espaces de l'air, au-dessus du firmament, jusque dans le sein de celui que nous appelons notre Père *.
Notre Père qui êtes au ciel. Il est donc infiniment puissant, infiniment riche, infiniment heureux ; il est aussi infiniment bon. Il peu donc nous accorder tout ce qu'il lui plaira, et nous faire parvenir avec lui au comble de la félicité. Il n'en est pas de même des riches et des grands de la terre. Leur puissance ne s'étend pas aussi loin que leurs désirs ; et, malgré leur bonne volonté, ils se trouvent souvent impuissants à nous soulager, et nous laissent dans le
(I) Psal. x.yii, 1. — Is., Lxv, 1.— v, 26. — vi, 29.
JTS DEUXIEME LEÇON.
dénûmcnt et la tristesse. Mais le Père céleste nous ouvre tous ses trésors. Consolez-vous donc, pauvres, affligés^ et vous tous qui êtes déshérités des biens de la terre : vos privations finiront bientôt; et, un jour, vous aurez tout en abondance dans le ciel. Vous y recueillerez un héritage infiniment précieux, que vous promet le Père céleste, en dédommagement de tout ce que vous aurez souffert pour son amour.
TRAITS HISTORIQUES
1. Un prêtre de l'Oratoire, le père Amaury, ayani rencontré, dans le cours de ses missions, un jeune berger, aux environs de la ville où il allait exercer son ministère, se sentit intérieurement pressé de l'instruire el de le porter à Dieu, et ce fut lui-même qui reçut plus d'instruction qu'il n'en donna. Le bon Père parut avoir besoin de quelque repos ; il s'arrêta, et toujours missionnaire, c'est-à-dire parlant de Dieu en toute occasion, il fit au jeune homme quelques questions sur le catéchisme, et fut fort étonné de trouver, dans celte âme simple, un grand fonds d'instruction. Alors il l'exhorte à prier Dieu tous les matins et à réciter tous les jours son chapelet, lui demandant s'il en avait un. — Assurément, mais dans tout le jour je ne puis l'achever, et depuis quelque temps je n'en dis que quelques paroles. — Comment cela ? Et quelle distraction vous empêche de continuer votre prière 1 — Ce ne sont pas des distractions ; mais on m'a recommandé, en le récitant, de penser sérieurement à ce que je disais : je le fais, el je suis tellement touché que je passe des heures entières sur les mêmes paroles. — L'oratorien, plus étonné encore du don de prière qu'il trouvait dans ce bon villageois que du fonds d'instruction qu'il avait déjà admiré, fut louché d'une sainte curiosité de connaître la conduite de Dieu sur cette belle âme, et comment elle excellait dans ce genre de prière, que l'on appslle Oraison et qui n'est autre chose qu'une prière réfléchie et attentive, dans laquelle on se pénètre plus vivement des vérités de la religion. Le berger lui dit avec simplicité : Mon Père, je me mets en la présence Dieu, je fais le ligne de la croix et je dis : Notre Père, qui êtes aux cieux. A cette feule pensée que Dieu est mon Père, je sens d'abord combien je dois l'aimer, m'intéresser à sa gloire, mettre mon bonheur à lui obéir, désirer que son régne s'établisse dans mon cœur, craindre surtout de l'offenser, et mettre en lui toute ma confiance. Tels sont les devoirs si doux qui naissent de celte qualité de Père. Comme Jésus-Christ BOUS a appris à dire à Dieu, Notre Père, je ne sépare point Dieu, Je-
sas-Christ et les hommes ; je me les représente sous ces douces images : les hommes comme enfants de Dieu et mes frères. Ainsi, mes devoirs envers Dieu et envers les hommes me semblent si étendus et si doux à remplir, que je ne me lasse pas de m'en occuper. Il faut cependant poursuivre cette belle prière, et, sans me détacher de ces consolantes paroles, Notre Père, lorsque je dis, qui êtes aux deux, je me sens porté à ne rien demander à notre Père céleste, que ce qui peut me conduire plus sûreme-nt au ciel, où il règne dans sa gloire. Quand je réfléchis encore que moi, qui ne suis qu'un pauvre petit berger, auquel personne ne pense dans ce monde, j'ai un Père dans le ciel qui m'aime avec tendresse, qui a un royaume éternel et qui veut me le donner, et qui, pour m'en assurer la possession, a livré son propre Fils à une mon cruelle, alors je ne me sens pas de joie ; il me semble être d'avance dans le ciel aux pieds de ce bon Père, et je ne puis que lui dire, dans les transports de ma reconnaissance et de mon amour : 0 mon Dieu ! que vous êtes bon ! — Le Père Amaury, charmé de ces réflexions et de mille autres qu'il ne nous a point racontées, assure qu'il n'a jamais fait une rencontre aussi heureuse, d'autant plus que ce bon villageois avait, en lui parlant, le visage d'un ange, et paraissait pénétré d'amour pour Dieu et ravi d'une sainte joie, qu'il devait à ses pieuses considérations.
MÉRADLT, Enseig. de la Relig.
2. Notre plus beau titre de gloire est celui d'enfants de Dieu, et sous devons le préférer à tout. Moïse avait été sauvé des eaux do Nil et adopté par la fllle de Pharaon. Mais, lorsqu'il fut devenu grand, dit saint Paul, c'est-à-dire lorsqu'il eut atteint l'âge où il pouvait espérer les plus grands avantages et les plus beaux emplois de la cour, il renonça à la qualité de fils adoptif de la fille de Pharaon, et il aima mieux être affligé avec le peuple de Dieu ((ue de jouir du plaisir si court qui se trouve dans le péché. Il ne pouvait, en effet, rester plus longtemps à la cour, sans être obligé d'en suivre les maximes et la religion, sans être obligé de contribuer, pour sa part, à l'exécution des édits injustes portés contre sa nation; et, de plus, il eût résisté à la vocation et à l'inspiration divines, s'il avait manqué de secourir ses frères dans l'extrême besoin où ils se trouvaient. Il jugea donc que c'était pour lui un plus grand bonheur de participer avec le peuple Juif aux souffrances de Jésus-Christ, que de posséder tous les trésors de l'Egypte, parce qu'il envisageait la récompense, c'est-à-dire la béatitude éternelle, promise à tous les vrais fidèles. Il quitta donc l'Egypte, sans craindre la fureur du roi ; et il demeura ferme et constant comme s'il eût vu l'Invisible, c'est-à-dire Dieu en personne, lui promettre visiblement sa protection, et le secourir contre le tyran, oppreifseur de son peuple. Bebr. xi. 26.
Dieu ne nous commande pas, comme à Moïse, de renoncer à l'espérance d'un trône, de quitter un grand royaume, de nous exposer
volontairement aux persécutions d'un puissant roi. Il veut seulement que nous ne fassions rien d'indigne de l'honneur que nous avons d'être ses enfants (1). On n'appartient plus au Seigneur, on brise tout lien avec lui, quand on se souille par quelque action honteuse.
Il est rapporté, dans la vie de saint Dominique, qu'un certain nombre de religieux de son ordre, qui s'étaient détournés des saintes règles qu'il leur avait laissées, chantaient, un jour de fête, ces paroles : c Priez pour nous, saint Dominique notre père. » On entendit une voix venant du ciel, qui leur répondit : c Je ne suis point votre père, et vous n'êtes point mes enfants, puisque vous ne suivez pas la route que je vous ai tracée ni les exemples que je vous ai donnés (2). » Lorsque nous disons : Notre Père, qui êtes aux cieux, Jésus-Christ ne pourrait-il pas nous dire, comme saint Dominique à ses disciples : Je ne suis point votre père et vous n'êtes point mes enfants ; vous êtes les enfants de Sodome et de Gomorrhe, puisque vous vous livrez aux infamies des habitants de ces villes ; vous êtes les enfants de satan, puisque vous êtes orgueilleux comme lui et que vous suivez toutes •es suggestions. Traité sur le Pater.
La pécheresse Thaïs, ayant résolu de se convertir, alla trouver Paphnuce, anachorète de la Thébaïde. Le saint homme la conduisit dans un monastère de femmes, et la renferma dans une cellule, sui la porte de laquelle il mit un sceau de plomb, comme si ce lieu eût été destiné à lui servir de tombeau. Il recommanda aux sœurs de lui apporter, tous les jours, pour sa nourriture, un peu de pain et d'eau, et il lui ordonna à elle d'implorer la miséricorde divine, et de solliciter sans cesse le pardon de ses péchés. Thaïs lui ayant demandé quelle prière elle devait faire, il lui répondit : t Vous n'êtes point € digne de prononcer le saint nom de Dieu, parce que vos lèvres « ont été souillées par l'iniquité ; vous ne l'êtes pas non plus de € lever vos mains au ciel, parce qu'elles sont remplies d'impuretés. € Ainsi contentez-vous de vous tourner vers l'Orient, et de répéter « ces paroles : 0 vous qui m'avez créée, ayez pitié de moi. » Elle continua de faire cette prière, qu'elle accompagnait de beaucoup de larmes. Elle n'osait appeler Dieu son Père, parce qu'elle avait mérité, par ses crimes, de perdre la qualité de son enfant; elle n'osait non plus lui donner les titres de Seigneur, de Jtige et de Dieu : de Seigneur, parce qu'elle avait renoncé à lui pour devenir l'esclave du démon ; de Juge, parce que la pensée de ses redoutables jugements la glaçait d'efifroi ; de Dieu, parce que son nom est infiniment adorable, et qu'il emporte avec lui l'idée de toutes les perfections. Mais, quoiqu'elle l'eût renié par ses actions, elle était toujoan l'ouvrage de ses mains; et à ce titre, elle le conjurait d'abaisser sur
(1) Non lilii ejus in sordibus. Deut.. xxxv, 6.
Cl\ Ora pro nobis, pater Dominice. — Nec ego pater, nec vos fliii.
elle les reg^ards de sa miséricorde, de la tirer de l'abîme de ses mi' «ères, de la rétablir dans les droits précieux qu'elle avait perdus, et de l'embraser de son amour. Gouescard.
3. Hz chrétien, voyant saint Fructueux aller au martyre, crut devoir se recommander particulièrement à ses prières. A Dieu ne plaise, lui dit ce saint homme, que je prie pour vous seul : la prière du chrétier est pour toute l'Église catholique. — Saint Cyprien s'était expliqué de la même manière. — Le grand évoque d'Antioche, saini Ignace, fut envoyé à Rome, pour y être dévoré par les bêles : c'étaient les aflfreux spectacles que les empereurs donnaient aux Romains pour leur plaire; tant, avant la prédication de l'Évangile, la nature avait été altérée dans l'homme ! Le saint martyr donc, avant d'entrer dans l'amphithéâtre, pria pour toute l'Église et pour la conversion de l'empire persrcuteur des chrétiens. — Saint Polycarpe, avant de monter sur le bûcher, demanda pour lui-même la persévérance, et il termina sa prière en faisant des vœux pour l'Église entière.
4. Saint François d'Assise, voulant se consacrer entièrement an Seigneur, alla s'enfermer dans l'église de Saint-Damien. Son pèro vint l'y trouver; et, comme il lui était impossible de le déterminer à revenir avec lui, il l'accabla d'injures et de coups, et il ne s'apaisa que lorsque son fils lui eut promis de faire, en présence de l'évêque, une renonciation à tous ses biens. François accepta la proposition et remit tout ce qu'il pouvait posséder dans le moment; et il ajouta qu'il voulait être disciple de Jésus-Christ, et qu'en cette qualité il était prêt à tout souffrir pour l'amour de lui. Lorsqu'il fut avec son père devant l'évêque d'Assise, il fil la renonciation demandée, par an acte que les lois prescrivaient en pareil cas; puis, emporté par la ferveur de son zèle, il se dépouilla de ses propres babils, en disant à son père, avec autant de douceur que de tranquillité : c Jusqu'ici, je € vous ai appelé mon père sur la terre; mais j'ai bien raison de dire < maintenant : « Notre Père, qui êtes aux cieux, » dans lequel j'ai « mis tout mon trésor et toute mon espérance. » L'évêque fut attendri jusqu'aux larmes, à la vue d'une telle ferveur.
Vie de saint François d'Assise.
Tous les saints, depuis le commencement du monde, se sont toujours considérés sur la terre, cemrae des voyageurs qui avaient à y demeurer peu de temps, et ont regardé le ciel comme leur patrie, où ils devaient demeurer éternellement. Quand Dieu ordonna à Abraham de sortir de son pays pour aller dans la terre qu'il lui montrerait, il ne lui donna aucun lieu fixe, où il pût faire sa demeure; aussi, ce saint patriarche étant parti sans savoir où il alUit, ne posséda pas un pouce de terre, si ce n'est un sépulcre, qu'il acheta dans le pays qui lui avait été promis. Son fils Isaac et son petit-fils ne demeurèrent comme lui dans cette terre étrangère, que comme det Toyageurs sous des tentes, sans y rien posséder, parce qu'ils dôsi-
raient une meilleure patrie, qui est la patrie céleste. C'est ainsi que le Seigneur, qui a voulu être appelé le Dieu de ces patriarches, avait voir à tous les fidèles, dont Abraham est le père, en quelle disposirion ils doivent être en celte ^<ie présente ; qu'ils ne doivent point «'ï plaire, mais soupirer après leur véritable patrie, qù leur Père céleste les attend pour les y rendre heureux. Plusieurs chrétiens, dans la suite des siècles, ont imité le détachement de ces saints Patriarches, et, vivant dans l'attente de la béatitude que nous espérons, ils n'ont recherché, dans cette vie, ni repos ni établissement. N'est-ce pas ainsi qu'ont vécu les disciples des apôtres, qui quittaient tout et vendaient tout ce qu'ils avaient, pour le donner aux pauvres? Combien a-t-on vu de milliers d'hommes, qui sont sortis des villes e' ont renoncé au commerce du monde, pour se retirer dans les déserts et les solitudes, vivant dans la contemplation de Dieu, et du travail de leurs mains pour assister les pauvres! Ceux qui demeurent dans les villes et dans l'usage des biens temporels, doivent aussi se considérer comme des voyageurs et des étrangers dans ce monde, et en user comme n en usant points dit le grand apôtre (1).
Saci, Eeb., 11.
PREMIÈRE INSTRUCTION
Sn quel sens le nom de Dieu doit être sanctifié. — Trois sortes de règnes de Jésus-Christ.
D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles : Que votre nom soit sanctifiée
(1) Qui utunlur hoc mundo, tanquàm non utantur. I. Cor.^ în.3;.
DE L ORAISON BOMIIS'ICALE. 3 8
R. Nous demandons que Dieu soit connu, honoré et serv par nous et par tous les hommes.
Un fils bien né désire la gloire de son père, et il éprouve la plus douce jouissance en le voyant chéri, estimé, honoré de tous ceux qui le connaissent ou qui l'approchent. Voilà pourquoi le premier vœu de notre cœur et le premier mobile de nos actions, exprimé dans TOraison Dominicale, est la plus grande diffusion de la gloire de Dieu.
Remarquons d'abord que Dieu, possédant le comble de la gloire et la plénitude de la sainteté, n'en peut recevoir aucun nouveau degré au-dedans de lui-même. Il n'a rien à gagner par nos hommages, ni rien à perdre par notre indiftérence ; il est toujours le Dieu trois fois saint, et sa sainteté demeure inaltérable, comme ses autres perfections.
c( Nous l'appelons saint, dit saint Jean Chrysostome, comme dans les acclamations faites en l'honneur des princes, on les appelle rois, empereurs, non pour leur en conférer le titre, puisqu'ils l'ont déjà, mais pour manifester, par une expresse approbation, qu'on tient à la dignité de leur rang. » Que si nos prières et nos louanges n'ajoutent absolument rien à la gloire et à la sainteté du Très-Haut, que signifient donc ces mots : Que votre nom soit sanctifié? Ils expriment le désir que nous avons, que le nom de Dieu soit glorifié et sanctifié extérieurement en nous par nos bonnes œuvres, qu'il soit loué, béni, exalté maintenant et dans tous les siècles. C'est un sentiment d'une tentlresse toute filiale, par lequel nous voudrions voir Dieu connu, honoré, servi par nous et par tous les hommes *.
Nous demandons ;
Qu'il soit connu. Hélas ! combien de peuples vivent encore dans les ténèbres de l'infidélité, et auxquels la bonne nouvelle n'a pas été annoncée! Oh! quand viendra pour eux le jour cie la lumière, le jour du salut ? Nous pouvons le hîlter par nos prières. Désirons donc de toute l'ardeus
384 TROÎSIÊME LEÇON.
de noire cœur que le nom de Dieu soit sanctifié, que sa religion divine se propage de plus en plus jusque dans les contrées les plus reculées, jusques aux confins de la terre, parce que, en la connaissant on Taimera, en Taimant on la pratiquera, et en la pratiquant on obtiendra le bonheur attaché à Taccomplissement de ses préceptes. — Et, parmi les chrétiens, combien, tout en connaissant le nom de Dieu, vivent comme s'ils ne le connaissaient pas ! Enfants ingrats, dénaturés, qui semblent rougir de leur père, qui ne lui donnent aucun signe de confiance, de reconnaissance ni d'amour, et qui méconnaissent, de la manière la plus injurieuse, sa bonté et sa justice, ses promesses et ses menaces ! Prions que ce désordre cesse, et que le nom de Dieu soit sanctifié.
Qu'il soit honoré. C'est un nom saint et terrible, dit le psaîmiste , et il mérite, par conséquent, tous nos respects. Ah ! si Ton était bien pénétré de la grandeur et de la majesté de Dieu, comment oserait-on l'outrager? Cependant, le saint nom de Dieu est indignement profané par une foule de libertms, d'impies, de pécheurs scandaleux, de blasphémateurs; malheurf^ux mortels, qui méprisent le Seigneur et se révoltent contre lui ! S'il n'était patient, parce qu'il est éternel, il pourrait les écraser comme des vermisseaux, et les précipiter dans les abîmes. Et nous-mêmes, avons-nous soin de glorifier le Seigneur? Pensez-y, vous tous qui êtes en état de péché mortel, et qui voulez persévérer dans vos dérèglements. Vous récitez votre prière, vous dites à Dieu : Que voire nom soit sanctifié, et vous le déshonorez par votre perversité, par votre obstination dans le mal ? Au lieu de sanctifier le nom de Dieu, vous le faites blasphémer (l) ! Que votre nom soit sanctifié / Mais sanctifiez-vous vous-mêmes, purifiez votre conscience, si vous voulez réellement que Dieu soit sanctifié en vous et par vous: autrement, votre prière n'est qu'une dérision.
(l)*Sancti Dei per vos MaFfifiemalur inler /fentes. Rom.,, ii, 24.
DE L'ORAISON DOMIMCALE. S8^
Qu*tl soit sey^vi. N'est-il pas notre maître ? ne nous promet-il pas les plus magnifiques récompenses ? Comment se fait-il qu'on ait si peu de zèle pour son service^ tandis qu'on est tout de feu pour les affaires de la terre, pour des intérêts temporels. On se sacrifie pour Thonneur, pour la gloire pour la fortune, et à peine donne-t-on quelques instants aux œuvres de piété. Cependant tout n'est que vanité, excepté d'aimer le Seigneur et de le servir.
Par nous. Nous devons être les premiers à honorer, bénir et glorifier le Seigneur, si nous voulons réellement que les autres l'honorent, le bénissent et le glorifient. Commençons donc par accomplir en nous ce que nous demandons. Vous dites que vous n'avez rien tant à cœur que de voii* Dieu aimé, servi et */onoré, et, à cet effet, vous prononcez ces paroles : Quevotrenom soit sanctifié. Et par qui? Par les autres uniquement? Et vous vous réserveriez à vous la liberté de l'outrager? Mais votre prière serait une insulte à la Divinité, votre prière serait \otre condamnation. Soyez saints, nous dit le Seigneur, parce que je suis saint ^ (i); soyez saints, si vous voulez sanctifier le nom du Père céleste. La sanctification de Dieu, c'est notre propre perfection (2).
Et par tous les hommes. La charité dilate les cœurs. Plus nous aimons le Seigneur, plus nous désirons que nos frères l'aiment, et plus nous faisons d'etforts et nous prenons de moyens pour répandre partout le feu sacré de son amour. Mais comment faire glorifier le Seigneur ?
i° Par nos bons exemples. Car si nous savons résister aux assauts des passions, aux amorces de la volupté, si nous sommes d'une conduite pure, irréprochable, si nous pratiquons ces belles vertus si recommandées par notre divin Maître, l'humilité, qui fait choisir la dernière place, alori qu'on serait digne du plus haut rang; la modestie, apanage
(\) Sancti estote, quoniam ego sanctas sum. Levit., xx, 7. (2j Sanctificatio Dei nostra estperfeclio. Cass. Collât. 9, c. xxniii II. 17
inséparable du vrai mérite ; l'indulgence, qui excuse tout ; la douceur, vrai charme de la vie; la condescendance, qui se prête à tout et ne recule que devant les droits sacrés de la vérité et de la justice ; à la vue de cette perfection, les méchants eux-mêmes rendront hommage à l'Évangile, les mécréants sentiront intérieurement le besoin de croire, et nous sanctifierons ainsi le nom du Seigneur.
2° Par nos paroles et nos bons conseils. Usons de toute rinfluence que nous pouvons avoir sur nos amis, sur nos égaux, sur nos inférieurs, pour les gagner à Dieu. Il nous est recommandé à chacun de prendre soin du salut de nos frères ( l ) Il ne faut souvent qu'un mot dit à propos, qu'une sage remontrance, qu'un avis charitable pour produire les fi'uits les plus heureux de sanctification. Etforçons-nous dune de gagner à Dieu autant d'âmes que nous pourrons; et enchaînons-les à son service par les liens de l'amour (2). C'est là un noble et facile apostolat, dévolu à tout le monde. Mais les pères et mères de famille, les supérieurs en touV genre y sont plus strictement obligés; et chaque fois qu'ils font leur prière, ces mots : Que votre nom soit sanctifié, doivent ranimer leur ardeur à faire aimer et servir Dieu p;ir tous ceux qui sont sous leur dépendance. Mais, hélas! disons-le à la honte de notre siècle, combien de familles, combien de maisons où il n'est presque jamais question de Dieu, où il semble entièrement inconnu, où les plus obligés à le faire adorer et servir, sont les plus négligents à s'acquitter de leurs devoirs religieux ! Ah ! qu'ils disent, au moins de temps en temps, leur Pater avec attention, avec foi et amour, et ils comprendront leurs obligations, et ils attireront la grâce de Dieu, qui les aidera à les accomplir.
Quel sens profond caché dans ces mots ; Que votte nom
(1) Mandavit unicuique de proximo suo. Eccli., xvii, 12.
(2) Rajfe ad Deum quascumqie pôles animas, el die eis . Hune émus. D. Âug.
toit sanctifié/ Celui qui les prononce, dit saint Grégoire de Nysse, exprime à la lettre ce vœu : Seigneur, qu'à Taide de votre secours, soutenu de votre grâce, je devienne exempt de toute faute, juste, pieux; que j'évite toute action coupable, ne disant rien que de vrai, ne faisant rien que de légitinne, marchant dans la voie droite, enflammé d'un saint désir pour le ciel, plein d'un souverain mépris pour les choses d'ici-bas, aspirant à la perfection des Esprits célestes. C'est là ce que sous-entend cette courte parole : Que votre nom soit sanctifié.
D. Que demandons- nous à Dieu par ces paroles : Que votrf règne arrive?
R. Que Dieu règne par sa grâce dans nos cœurs et dans celui de tous les hommes, et qu'il nous fasse régner un jour avec lui dans sa gloire.
Dieu est le Roi immortel des siècles, le Roi du ciel et de la terre, le Roi des rois; et toutes les puissances de ce monde ne sont devant lui qu'un atome, qu'un pur néant. Le ciel est son palais; mille millions d'anges environnent son trône et célèbrent ses louanges; son règne a commencé avant les temps et persévérera après tous les temps. Que les méchants se coalisent contre lui, il se rit de leurs efforts, parce que, bien différent des monarques de la terre, il n'a aucune révolution à craindre, et que sa puissance infinie est à l'abri de toute atteinte. Mais, remarque saint Grégoire de Nysse, ce n'est point un roi despote, qui soit jaloux d'étendre sa domination par la contrainte et par la nécessité de lui obéir; il ne veut que commander librement; il veut qu'on lui obéisse par choix, et c'est ce à quoi nous nous engageons, en lui demandant l'avènement de. son règne. Nous lui exprimons le désir ardent que nous avons de nous affranchir de l'esclavage honteux du pèche, pour nous soumettre à son aimable empire.
On peut distinguer trois sortes de règnes de Jésus-Christ^
qui doivent faire Tobjet continuel de nos vœux : sop règne temporel sur la terre par le triomphe de lÉvangile; son règne spirituel dans nos âmes par sa grâce, son règne éternel dans la gloire céleste.
i° Son règne temporel par le triomphe de l'Évangile,
L'Église, voilà le royaume que Jésus-Christ est venu luimême fonder sur la terre, et quil a cimenté par son sang, royaume de vérité, royaume de justice et de paix. Demandons avec ferveur que ce royaume s'étende, fleurisse et se fortifie, que Tidolâtrie soit détruite, que le culte du vrai Dieu soit établi par toute la terre, que les hérétiques et les schismatiques reviennent à la communion catholique, qu'ils ont abandonnée, afin que le Seigneur étant partout reconnu pour le roi suprême, la terre tressaille d'une sainte joie (1). Pour que notre prière soit sincère et efficace, faisons nous-mêmes honneur à l Église par la pureté de nos mœurs et l'innocence de notre vie. Car, en disant : Que votive règne arrive, nous demandons surtout qu'il règne sur nos cœurs, par notre humble soumission à toutes les inspirations de sa grâce ^.
2° Son règne spirituel dans nos âmes par la grâce. Le règne de Dieu est incompatible avec celui du vice, avec celui du démon. Ciir, ainsi que l'a dit le divin Sauveur lui-même, on ne peut servir à la fois deux maîtres. C'est donc seulement à une âme pure ou qui travaille sérieusement à le devenir, qu'il appartient de dire : Que votre règne arrive.
Rien n'est comparable à ce doux règne de la grâce dans nos âmes. Qu'est-ce, en effet, que le monde? Un maître impérieux, injuste, capricieux, qui voudrait nous soumettre à ses bizarreries. Peut-il nous procurer le bonheur ? Mais il ne le possède pas lui-même; comment le donneraitil aux autres ?— Et les passions, que sont-elles autre chose que des furies de l'enfer, qui nous tourmentent en tout
(1) Dominos regnavil, exultet terra. Psal. xcvi, 1.
sens Malheur à qui porte leur joug tyrannique ? — Et le démon, oserions-nous le mettre en parallèle avec Jésus- Christ ? II cherche à nous séduire par quelques lueurs de fortune, par quelques fantômes de plaisir, poui nous entraîner avec lui dans l'abîme. Et voilà les maîtres que nous suivrions! 0 aveuglement des enfants des hommes ! Ils disent à Dieu : Que votre règne arrive; et, par une contradiction déplorable, ils se révoltent contre sa loi sainte, ils refusent de lui donner leur cœur, tandis qu'ils en ouvrent rentrée aux désirs les plus pervers et qu'ils se liwent, corps et âme, à l'ennemi du salut. Que votre règne arrive^ dit leur bouche ; et, parce que la piété leur est à dégoût, leurs actions crient plus fort que leur bouche, comme autrefois le peuple déicide : « Non, nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous(i). » Désirez-vous obtenir l'eilet de votre demande, désirez-vous réellement que Dieu soit le maître souverain de votre cœur, brisez d'abord les liens qui vous attachent à l'iniquité, et puis consacrez-vous à Dieu sans réserve. Qu'il dispose entièrement de vous à son gré, qu'il domine sur toutes vos pensées, sur toutes vos affections, comme un roi dans son royaume.
Que votre règne arrive! 0 parole pleine de charme, s'écrie saint Grégoire de Nysse; c'est comme si nous lui disions : G Que les puissances des ténèbres soient vaincues, et l'armée de l'étranger mise en déroute ; que la guerre de l'esprit contre la chair soit terminée ; que l'ennemi de noke salut ne se fasse plus de notre corps son asile et sa citadelle; que la cour de noire Roi se déploie ; que les célestes légions renversent à leurs pieds les insolents ennemis qui combattent contre lui. Que votre règne arrive, pour bannir la douleur, la tristesse et les gémissements, et amener le triomphe de la paix et de l'éternelle joie. »
Que votre rr-gne arrive! Oui, mon Dieu, régnez en moi, régnez toujours et partout. Ah ! si votre règne s'éiendait,
(1) Kolumus hune regnare super nos. Luc, xix. 14.
on verrait aussi s'établir partout le règne aimable de toutes les vertus, la bonne foi, la justice, la paix ; et la terre deviendrait un paradis. Car vous Tavez dit dans votre saint Évangile ; « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît *. » 3° Le règne de la gloire dans le ciel. Le règne de la grâce est le prélude de celui de la gloire. Nous ne devons pas borner nos affections aux choses caduques et périssables de cette vie; nous sommes faits pour régner avec Dieu dans le ciel. Qu'il vienne donc l'heureux jour, où nous pourrons entrer en possession de ce beau royaume que Jésus-Christ nous a préparé. Ce monde-ci n'est qu'un lieu d'exil; notre patrie est là-haut, et nous ne devons jamais perdre de vue ce beau ciel, qui sera notre demeure pour l'éternité. David, tout roi qu'il était, y pensait sans cesse; les grandeurs de ce monde ne lui inspiraient que du dégoût; il trouvait les jours de son pèlerinage sur la terre trop longs (1), et il ne désirait rien tant que de s'unir éternellement à son Dieu (2). Pour arriver à ce terme heureux de nos espérances, il faut prendre la voie qui y conduit, voie de pénitence et de sanctification. Il nous en coûtera, sans doute, quelques jours de peine et de combats; mais le ciel n'est-il pas un assez digne prix de nos efforts? Entrons généreusement dans la lice ; une couronne immortelle nous attend au bout de la carrière. Que si, tout en disant à Dieu : Que votre règne arrive, nous ne faisons rien pour nous en rendre dignes, le règne de Dieu arrivera bien sur nous, nous ne pouvons aucunement nous y soustraire ; mais, au lieu du règne de sa bonté, ce sera le règne formidable de sa justice. 0 pécheurs, quelle présomption de croire que Dieu vous fera régner avec lui dans le ciel, si vous secouez sur la terre le joug de ses commande-
Ci) Hen mihi! quia incolatus meus prolongatus est. Ps. cii, 5. <:2) Unam pelii à Domino... ut iiihabitem in domo Domini. PsaU XXVI, 5.
DE l'oraison dominicale. 391
ments, si vous l'outragez par vos résistances continuelles à sa grâce, par vos désordres de toute espèce! C/i .'est qu'à ses enfants dociles, qu'à ses fidèles serviteurs que Dieu fera entendre ces consolantes paroles : « Venez, les bien-aimés de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé, dès le commencement du monde (i). » 0 âmes justes, veillez donc et priez pour ne pas déchoir de ce royaume céieste, promis à votre persévérance. Détachez-vous de plus en plus du monde, afin de ne vivre que pour Dieu *.
Enfin, quand les temps seront accomplis viendra le règne parfait de Jésus-Christ. Il n'esi, pour ainsi dire, qu'ébauché sur cette terre, à cause de la malice des pécheurs qui en troublent l'harmonie; mais, à la fin des jours, ce monde d'iniquités sera détruit. Dieu créera une nouvelle terre et de nouveaux cieux, et son règne, affranchi de ses ennemis qui le tiennent, en quelque sorte, dans l'oppression, s'achèvera avec gloire. Alors ce sera la consommation de la charité et de la sainteté, l'union des élus, la consommation du corps mystique de Jésus-Christ. L'Église militante sera confondue avec l'Église triomphante, et, toutes ensemble célébrant les louanges de Dieu, « on entendra, dit saint Jean dans r Apocalypse, comme le bruit d'une grande troupe, comme le bruit de grandes eaux, et connue le bruit d'un grand tonnerre, disant : AUeiuia, louez Dieu, parce que le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant est entré dans son règne (2). » Puissions-nous un jour faire partie de ce chœur immense d'anges et de saints, pour bénir et adorer tous ensemble le Seigneur !
(1) Venite, beneiiicti Patris mei, possidete paràtum vobis regnum à constitulione mundi. Math., xïv.. 34.
(2) El auflivi quisi vocem turbae magnae, et sicut vocem aqtiarum multarum, ei sicui vocem tonilruorum magnorum, diceniium : AI' le!ui», quoniam regnavil Dominus noster omnipotens. Apoc, xix, 6,
39 î TROISIÈME LEÇON.
TRAITS HISTORIQUES
1. Toute l'occapation des saints dans le ciel, est de louer et de glorifier le Seigneur. Sain» Jean, dans son Apocalypse, en vit « una grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue. Ils étaient debout» devant le trône de l'Agneau, vêtus de robes blanches et ayant des palmes à la main. Ils chantaient à haute voix : « Gloire à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau qui nous a sauvés! » Et tous les anges étaient debout autour du trône et des vieillards et des quatre animaux; et, s'étant prosternés sur le visage devant le trône, ils adorèrent Dieu, en disant : « Amen, bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles : Amen. » Apocal., vu, 9.
Les trois enfants hébreux, dans la fournaise, ne songeaient aussi qu'à glorifier le Seigneur. Nabuchodonosor les y fil jeter, parce qu'ils avaient refusé d'adorer sa statue d'or de soixante coudées que ce prince impie avait fait faire. Mais l'ange du Seigneur parut visiblement dans la fournaise avec ces trois jeunes hommes; et il arrêta la violence du feu, qui épargna même leurs habits et ne consuma que leurs liens. Alors, transportés d'un saint zèle et brûlant dans le cœur d'un feu plus ardent que n'était celui qui les environnait au dehors, ils rendirent grâces à Dieu, en disant : < Vous êtes béni, Dieu de nos « pères, vous êtes digne de toutes louanges ; vous êtes plein de gloire, € et élevé au-dessus de tout dans tous les siècles; le saint nom de « votre gloire est béni ; il est digne de toute louange, et élevé au- « dessus de tout dans tous les siècles. > En même temps, ils invitent toutes les créatures à bénir le Seigneur avec eux. « Anges du ciel, c bénissez le Seigneur; louez-le et relevez sa souveraine grandeur « dans tous les siècles; cieux, bénissez le Seigneur; puissances et e vertus (lu Seigneur, soleil et lune, étoiles du ciel, vents et souffles « de Dieu, feux et chaleurs, glaces et neiges, nuits et jouis, éclairs et c nuages, bénissez le Seigneur. Montagnes et collines, fontaines, < mers et fleuves, baleines et poissons, oiseaux du ciel, bénissez le c Seigneur ; que toute la terre le loue, et exalte sa souveraine grant deur dans tous les siècles. »
Sain! Augustin remarque ici que ce ne sont que les ouvrages du Seigneur, qui louent le Seigneur. Les cieux le louent, la terre le loue, la mer le loue, non de la voix, il est vrai, puisque ce sont des créatures insensibles et inî^nimées, mais par les effets qu'ils produisent,
DE l'oraison dominicale. 393
conformément à ses ordres. Tout ce qu'il y a de louable dans U nature, soit qu'il le paraisse peu ou beaucoup, doit être nécessairement rapporté à la louange de la gloire Irés-sublime et ineffable du Créateur. Et, quels que puissent être ces ouvrages, lorsqu'on les considère comme les ouvrages de Dieu, on se sent porté à louer l'ouvrier suprême qui les a faits. Mais, continue ce même saint, trouv3z-vout dans ce cantique que l'avarice, que l'ivrognerie, que l'impureté, que tous les vains amusements du siècle louent le Seigneur? "Tout ce qui ne loue donc point le Seigneur, ce n'est pas lui qui l'a fait, ce n'est point son ouvrage ; c'est le produit de la malice de l'homme.
D. AuG , in epist. Joan. tract, m.
Nabuchodonosor, tout barbare et cruel qu'il était, frappé du dernier étennement, lorsqu'il entendit le chant du sacré caatique de ces trois saints, les fît sortir de la fournaise, et commanda à tout son peuple d'adorer le Dieu que ces jeunes hommes servaient, par un édit solennel conçu en ces termes : « Que tout homme de quelque « peuple, de quelque tribu et de quelque langue qu'il puisse être, « qui aura proféré un blasphème contre le Dieu du ciel, périsse et que « sa maison soit détruite^ parce qu'il n'y a point d'autre Dieu qui puisse « sauver que celui-là. » En même temps, pour mieux rendre gloire à Dieu, il publia et envoya aux peuples voisins l'écrit suivant : c Le roi « Nabuchodonosor à tous les peuples et à toutes les nations, quelque c langue qu'elles parlent dans toute la terre, que la paix s'établisse € en vous de plus en plus. Le Dieu très-haut a fait des prodiges et « des merveilles dans mon royaume. J'ai donc résolu de publier ses « prodiges, parce qu'ils sont grands, et ses merveilles, parce qu'elles « sont étonnantes; car son royaume est un royaume éternel, et sa € puissance s'étend dans la suite de tous les siècles, » Dan., m, 17.
Tous les saints, tant da :s l'ancienne loi que dans la nouvelle, ont travaillé à faire glorifier le ncm du Seigneur. Les uns ont souffert le martyre, les autres ont quitté leur famille et leur patrie, d'autres se sont enfoncés dans les antres des forêts, afin que le Seigneur fût glorifié en eux et par eux. Malheureusement, un trop grand nombre travaillent plus pour le monde, pour la terre, pour leurs plaisirs, que pour la gloire de Dieu.
Lorsque saint François Xavier arriva dans le Japon, il fut dans le plus grand étonnement d'y trouver des marchands français et espagnols, qui avaient traversé les mers, au péril de leur vie, pour faire fortune. « Quoi ! s'écria-t-il, est-il possible que ces hommes aient eu « plus d'empressement pour faire fortune, pour ramasser des biens € périssables, que moi pour gagner des âmes à Dien, pour travailler € à faire glorifier son saint nom? » Cette pensée l'aflligeail singulièrement; il lui semblait que Dieu le jugerait plus sévèrement, à raisoD de cela. Lorsqu'il voyait que Dieu était offensé, son âme était dans
la plus profonde tristesse. Un jour, étant sur le point de donner le saint éaptérae à un nouveau converti, il lui demanda, avant de répandre l'eau, s'il renonçait à une occasion de péché où il se trouvait; celui-ci répondit que non; il aima mieux laisser son âme sous la puissance de Satan que de renoncer au péché et à l'occasion du péché. Alors, des larmes abondantes coulèrent des yeux de saint François; il alla se jeter à geaoux, au pied delà croix, pour conjurer le Seigneur de toucher ce malheureux, et de ne nas permettre que son saint nom fût méprisé; ses peines furent inutiles.
2. Pour que le nom du Seigneur soit sanctifié, il n'est pas nécessaire de faire des choses extraordinaires, il suffit de faire toutes nos actions en union avec Jésus-Christ et en vue de lui plaire. On ne lit pas que saint François de Sales et autres grands saints, aient affligé rontinuelioment leur chair par de rudes pénitences; ils sont parvenus à la sainteté, par l'application qu'ils apportaient à sanctifier toutes leurs actions; ils faisaient tout ce qu'ils croyaient que le Seigneur demandait d'eux, le plus parfaitement qu'ils pouvaient.
Le serviteur de Dieu Berchmans, qui travaillait continuellement à devenir un saint, en rapportant toutes ses actions à Dieu et en les faisant avec la plus grande pureté d'intention, avait pris pour devise cette sentence écrite sur un papier qu'il regardait souvent: La plus grande pénitence, c'est la vie commune (1).
Une des résolutions que prenait tous les matins, au milieu et à la fin du jour, un fervent chrétien, c'était d'agir toujours selon Dieu, en Dieu et pour Dieu. — Selon Dieu : Je ne ferai rien contre la volonté de Dieu, et je ferai tout conformément à celle sainte volonté. — En Dieu, en état de grâce, et faisant en sorte que la grâce actuelle soit le principe de toutes mes actions. Pour être en grâce, je m'exciterai à la conirilion parfaite, avant mes actions principales; et, afin que la grâce actuelle soit le principe de mes actions, je demanderai à Dieu cette grâce avec ferveur, avant de passer d'un exercice à un autre.— Pour Dieu : Je ne veux agir que par un motif surnaturel, pour la gloire de Dieu, pour plaire à Dieu, par amour pour Dieu, en la présence de Dieu, avec beaucoup de ferveur, m'unissant alors à Jésus-Christ, lorsqu'il faisait une action semblable à celle que je ferai.
L'abbé Lasausse.
3. Qui pourrait redire tous les travaux qu'ont entrepris les saints, pour étendre le règne de Jésus-Christ? Qui n'admirt-rait le zèle de saint Ignace, de saint Charles Borromée, d'un Vincent Ferrier? Qui n'admirerait le courage des ouvriers apostoliques, de nos pieux misgionnalres, qui ont conquis à lÉvaiigile des nations innombrables? Saint François Xavier a parcouru une étendue immense de pays, et
(1) Pœnilentia maxima vita communis.
gagné des royaumes entiers à Jésus-Christ. Sainl François de Saies a converti à lui seul soixanle-dix mille hérétiques par sa patience, sa douceur et ses touchantes prédications. Saint Louis, roi de France, ne désirait rien tant que de voir le règne de Jésus-Christ établi sur la terre entière, mais principalement dans les régions que ce divin Sauveur avait sanctifiées par sa présence, et qui gémissaient depuis longtemps sous* la tyrannie de leurs barbares usurpateurs, et c'est pour cela qu'il se mil deux fois à la tête de la croisade. En débarquant sur la terre infidèle, il fit publier, par un de ses aumôniers, la prise de possession du pays, en ces termes nien éloignés de nos mœurs actuelles, mais qui annoncent l'éminente piété du monarque : Je vous dis le ban de notre Seigneur Jésus-Christ, et de Louis, roi de France, son sergent, c'est-à-dire son serviteur. Il ne put Hccomplir ses généreux desseins ; le ciel en avait ordonné autrement, et le Seigneur voulut l'éprouver par tout ce que l'adversité a de plus rigoureux, afin que son ârae en devînt plus fidèle et plus pure.
4. Quand le Seigneur règne dans nos âmes par sa grâce, nous n'avons rien à craindre, et tous les événements de la vie doivent nous être indifférents. On doit toujours s'estimer as^ez riche, asseï puissant, assez heureux, quand un possède la grâce de Dieu.
Une dame fort riche ayant perdu tous ses biens, vint s'en plaindre à saint Jean Chrysostome, lui disant qu'il ne lui restait plus que les yeux pour pleurer. Le sainl lui demanda si on lui avait aussi enlevé la grâce de Dieu. — Il ne me reste que cela, répondit-elle. — Ne vous plaignez donc pas, ajouta saint Jean, vous avez tout en pos- .sédant l'amitié de votre Dieu.
Puisque la grâce est tout pour nous, que ne devons-nous pas faire pour la conserver? Et cependant on l'expose à mille dangers, et on la sacrifie pour des bagatelles C'est ainsi qu'autrefois É-aii vendit son droit d'aînesse pour un plat de lentilles ; mais, du moins, il ne larda pas à reconnaître sa faute et la perte qu'il venait de faire ; et dés lors il n'y eut plus de joie ni de bonheur pour lui ; il criait, il pleurait, il poussait des gémissements affreux, au lieu que tant de malheurtux chrétiens, après avoir chassé Dieu de leur âme, pour la livrer au démon, s'endorment dans la plus funeste indifférence.
6. Si nous avions plus souvent présent a l'esprit le trône céleste qui nous est promis, nos pensées et nos actions seraient b-en plus conformes à notre sublime destinée, et la joie du Seigneur inonderail continuellement nos âmes.
« Supposez, dit saint Augustin, un homme égaré dans une terre étrangère, io^norani quel est son père, ayant à souffrir l'indigence, condamné à des épreuves diverses, à des travaux sans nombre, à
qui l'on viendrait dire : « Vous êtes le fils d'un sénateur, d'un grand tjagistrat ; votre père possède d'immenses richesses, voulez-vous que je vous ramène chez lui?» Quelle joie cet homme n'éprouverait-il pas, en apprenant une aussi agréable nouvelle? A quels transports d'all^'gresse ne s'abandonnerait-il pas, s'il avait la certitude de n'être pas trompé dans l'espérance qui lui serait donnée? Voilà ce que vient vous annoncer à vous tous un apôtre, incapable de vous abuser d'une fausse espérance. Pourquoi, vous dit saint Paul, vous abattez-vous ? Pourquoi ce trouble, cette tristesse qui vous agitent? Vous avez un père, vous avez une patrie, vous avfz un patrimoine.— Quel est ce père? dites-vous. — Mes bien-aimés, nous sommes les enfants de Dieu. — Pourquoi ne voyons-nous pas encore notre père? — Parce que ce que nous devons être un jour ne nous a pas encore été découvert. — Et que devons-nous être? — Ce que nous serons? Semblables à lui-même, parce que nous le verrons, tel qu'il est... Et quelle esi sa beauté, mes frères? Tout ce qu'il y a de beau sur la terre, toutes ces beautés que vous voyez, sont son ouvrage. Oh ! si ce qu'il a fait est si grand, combien doit-il être grand iui-méme? D. Adg., Comment, inpsal.
Jean Mosch, ayant renoncé au siècle, dans le monastère de Sainl- Théodose, près Jérusalem, fut envoyé par son abbé en Egypte, pour quelques afiFaircs. Il y avait alors, dans un désert de la Lybie, un solitaire nommé Léon, qui était de Cappadoce. On en disait tant de bien et on relevait tellement ses vertus, que Jean résolut d'aller le voir. Il le trouva tel qu'on le lui avait dépeint. 11 remarqua qu'il était fort humble et fort charitable, qu'il aimait la retraite et le silence, qu'il était pauvre de cœur et très-détaché des choses de la terre. Il soupirait après le bonheur du ciel, et, pour marquer l'espérance qu'il avait de l'obtenir, il disait souvent : Je régnerai un jour. Jean et d'autres qui ne comprenaient pas le sens de ces paroles, lui disaient en vain que la Cappadoce n'avait point produit jusqu'alors de personnes qui eussent porté la couronne. Il ne pouvait s'empêcher de leur dire : Je régnerai un jour, et de leur faire voir par là qu'il vivait dans l'attente de la gloire éternelle. Aussi, était-il véritablement du nombre de ceux que l'Évangile nomme les enfants du royaume, qui ont du goût pour les choses d'en haut et qui vivent déjà dans le ciel, par le désir qu'ils ont de régner avec Jésus-Chriil dans les siècles des siècles. Prolog. Prat. spirit-
DEUXIÈME INSTRUCTION
Triple conformité à la volonté divine : Sonmission à la loi, lésignation aux maux de cette vie, acquiescement aux ordres de 11 Providence. — Zèle avec lequel on doit accomplir la volonté de Dieu.
D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?
R. Nous demandons la grâce de nous soumettre à la volonté de Dieu, et de raccomplir sur la terre avec autant de zèle et d*amour que les anges et les saints raccomplissent dans le ciel.
On peut distinguer en Dieu deux sortes de volontés : Tune absolue, par laquelle il dispose invariablement de toutes choses et à laquelle personne ne peut résister; car, étant tout-puissant, il fait ce qu'il lui plaît, et rien n'arrive malgré lui; l'autre relative à nos déterminations, dans les diverses circonstances où nous pouvons nous trouver; car Dieu, tout en nous faisant connaître ce qu'il exige de nous, nous a laissé la pleine liberté d'agir ou de ne pas agir conformément à ses ordres, et c'est cette liberté qui fait le mérite ou le démérite de nos actions. Sans elle, nous n'eussions été que de pures machines, également incapables d'encourir le blâme ou de mériter la louange.
Or, pour que nous puissions être agi-éables à ses yeux, et parvenir ainsi à la gloire qu'il nous a promise. Dieu nous ordonne de suivre, librement et en toutes choses, sa sainte volonté. Voilà pourquoi, après nous avoir appris à dire : Que votre règne arrive, il veut que nous ajoutions aussitôt : Que votre volonté soit faite. Il y a donc une liaison étroite entre ces deux demandes, car ce ne sont pas ceux qui se contenteront de dire ; Seigneur, Seigneur, qui entreront
s 98 TROISIÈME LEÇON.
dans le royaume des cieux, mais ceux qui accompliront la volonté du Père céleste.
La volonté de Dieu doit donc être la règle invariable de toutes nos actions, a Tout le crime et le malheur de a rhomme, dit saint Grégoire de Nysse, a été d'obéir à sa a volonté propre, en désobéissant à celle du Seigneur. Le « \Tâ\ médecin de nos âmes est venu les guérir et les réa parer, en nous montrant, dans le sacrifice de notre voa lonté et dans la parfaite obéissance à celle de Dieu, le 0 remède à nos maux et le gage de nos espérances. » Que si on prétendait arriver au ciel sans accomplir la volonté de Dieu, ce serait comme si on voulait aller à Paris ou à Rome, sans prendre le chemin qui y conduit. Pour mieux nous apprendre à observer fidèlement tout ce que Dieu nous prescrit, Jésus-Christ s'est lui-même soumis aux ordres de son Père. « Je suis descendu du ciel, disait-il, non pour faire ma volonté, mais pom* faire la volonté de celui qui ma envoyé (1). » Il faisait, pour ainsi dire, sa nourriture d'accomplir tout ce que son Père exigeait de lui (2). Il a poussé la déférence aux ordres de son Père, jusqu'à mourir, et jusqu'à mourir sur une croix. Or, si le Fils de Dieu a montré tant d'empressement à faire la volonté de son Père céleste, pourrions-nous nous dispenser nous-mêmes de l'accomplir?
Cette soumission à la volonté de Dieu renferme trois choses : une obéissance parfaite à sa loi, une résignation filiale à tous les maux dont il lui plaît de nous affliger, un humble acquiescement à toutes les dispositions de sa divine Providence.
\° Obéissance à la loi divine. Elle est pure, juste, sainte, parfaite, et nous y sommes astreints à tant de titres, que
(1/ Descend! de cœlo non ul faciam voluntaicm meam, sed voluntAlem ejus qui misit me. Joan., vi. 38.
(2) Meus cibus est ul faciam voiunlatem Patris mei qui misit me. ioan., IV, 34.
c'est une véritable folie de vouloir y résister. Dieu n'cst-il pas le souverain maître de FuniverS;, et, par conséquent, tout xje doit-il pas plier sous sa puissance? Voyez les créatures inanimées : elles servent d'exemple à l'homme. Le soleil, depuis qu'il a été lancé dans les espaces, a constamment obéi à la loi de son Créateur, il a suivi la route qui lui a été prescrite, sans en dévier d'une ligne. La mer n'a jamais cessé de respecter le commandement de Dieu. « Tu viendras jusque-là et tu n'iras pas plus loin, » lui a dit le Seigneur, et jamais elle n'a osé franchir ses limites. Les saisons, depuis le commencement du monde, se sont constamment succédé, dans l'ordre qui leur a été prescrit. Et, quand tous les êtres matériels se montrent si dociles, quand, pour me servir des paroles du psalmiste, le feu, la grêle, la neige, la glace, l'esprit des tempêtes font la volonté du Seigneur, de quel front l'homme oserait-il troubler l'harmonie universelle, et se révolter contre son Créateur? Combien cependant qui, au lieu d'écouter la volonté de Dieu, suivent, au contraire, la volonté de la chair et du sang, et qui, fascinés par les folles maximes du monde et se livrant aux désirs déréglés de leur cœur, font la volonté de Satan ! Ah ! les malheureux, quel abîme de maux ils se préparent !
Ainsi, demander à Dieu que sa volonté s'accomplisse, c'est lui demander la force d'obéir à ses commandements. Il n'est pas^de moyens que l'ennemi de notre salut ne tente, pour mettre obstacle à l'accomplissement de la volonté divine dans nos cœurs et dans nos potions. Et, comme personne n'est fort par soi-même, paus avons besoin de l'aide et de la protection de Dieu, nour agir en tout d'une manière conforme à ses ordres et à ses desseins. Qu'il daigne donc, par sa grâce, nous inspirer de saintes pensées et soutenir les vertueuses résolutions, qui naissent au fond de nos âmes, afin que nous ne fassions jamais que ce qu'il veut lui-même. Disons-lui, de temps en temps, comme saint Paul au moment de sa conversion : « Seigneur,
qu'exigez-vous de moi? Que voulez- vous que je fasse? » Et aussitôt qu'il nous aura manifesté ses désirs, répondons-lui par cette parole du prophète : a Mon cœur est prêt, Seigneur; mon cœur est prêt * (1). d
2° Une résignation filiale à tous les maux de cette vie. Cette terre est une vallée de larmes, un séjour d'épreîives et de deuil; et, on peut dire, sans exagération, qu'ici-bas tout n'est que peine et vexation d'esprit. Mais, dit Job, les maux comme les biens de celte vie nous viennent de la main de Dieu, que son saint nom soit béni (2) ! Il nous afflige pour notre avantage, afin de nous détacher de ce monde et pour nous faire tourner les yeux vers le ciel. En donnant à l'homme le malheur pour compagnon dans son triste pèlerinage sur la terre, il a placé à ses côtés la patience, pour émousser les traits perçants de la douleur. Et de quoi nous servirait-il de nous plaindre et de murmurer? L'impatience et la colère, au lieu d'adoucir nos maux, ne font que les aggraver. Si donc le Seigneur prend quelquefois sa verge pour nous frapper, songeons qu'il agit, à notre égard, comme un tendre père qui veut corriger son enfant et non le perdre, et adorons les desseins de sa justice et de sa miséricorde. Disons-lui, avec un entier abandon : Fiat voluntas tua, que votre volonté soit faite! Voyez notre Seigneur Jésus-Christ, au milieu des plus affreuses tortures qu'on puisse imaginer, quelle patience ! quelle douceur ! 0 0 mon Père, s'écrie-t-il, ce n'est pas ma volonté que je « cherche, mais la vôtre (3). d
Que votre volonté soit faite! Fiat voluntas tuai a C'est le cantique de l'Agneau, disait saint François de Sales ; il est un peu triste, mais \\ est beau et harmonieux. » Unissons nos tribulations à celles de ce divin Sauveur. Et ce calice de peines, de souffrances, d'afflictions, venant de sa
(1; Paratum cor meum, Domine, paratura cor meum. Psal. lvi, 8.
(2) Duminus dédit, Doniinus abslulit; siciit Domino placuit ità fâctum est ; sit nomcn Dumini benedicluni. Job., i, '21.
(3) Venimlamen non sicut ego volo, scd sicut lu. Maih., xxvi, 39.
DE l'oraison dominicale. 401
main^ nous semblera moins amer; nous Taccepterons comme une juste punition de nos péchés^ et nous échangerons ainsi quelques souffrances passagères contre une immensité de bonheur. Du reste^, la divine Providence, qui mesure le vent à la laine de la brebis, ne permettra jamais que nous soyons exposés à des épreuves au-dessus de nos forces. Mais notre vie ne serait-elle qu'un tissu de calamités, ce serait toujours une folie et une impiété de jeter encore la colère et le désespoir dans la balance du chagrin.
Que votre volonté soit faite. Dites cette prière du fond de votre cœur, ô vous tous que le malheur visite et que la douleur afflige ; et, au milieu des plus fortes tempêtes^ vous conserverez toujours le bien le plus précieux, la paix de l'àme 2.
3° Un humble acquiescement à toutes les dispositions de la divine Providence. Les idées de Dieu ne sont pas les nôtres. Ce n'est pas à lui à s'accommoder à nos desseins, mais à nous à nous accommoder aux siens.
Tel voudrait vivre dans le monde que Dieu appelle à la solitude; tel autre aspire à une position élevée et brillante que Dieu veut retenir dans l'obscurité. En un mot, nous ne sommes pas les maîtres de notre sort; et, quoi qu'il plaise à Dieu d'ordonner de nous ou de nos proches, nous devons lui montrer une entière déférence, tant dans les petites choses que dans les grandes. Conviendrait-il au vase d'argile de s'élever contre le potier, et de lui dire : Pourquoi m'avez-vous fait ainsi? Conviendrait-il a l'homme de s'insurger contre les décrets de Dieu, et de lui demander raison de ses lois? Nous nous plaignons de l'état où la divine Providence nous a placés, nous envions celui des autres, nous nous laissons abattre quand tout ne réussit pas au gré de nos désirs ; mais nous avons beau faire et beau dire. Dieu saura toujours nous conduire à ses fins, et, par nos résistances ou nos lenteurs, nous perdons les fruits de salut, que nous aurions mérités par une prompte obéissance 3.
Cette triple conformité à la volonté de Dieu fait la parfaite droiture du cœur ; elle est l'offrande la plus agréable que nous puissions présenter au Seigneur el elle nous fait goijter ici-bas le bonheur le plus pur. Car, en voulant ce que Dieu veut, quoi qu'il puisse nous arriver, nous avons toujours ce que nous voulons, et ainsi nous sommes toujours contents (1).
Comment connaissons-nous cette volonté de Dieu, à 1* quelle nous devons nous soumettre ? i'' Par les commandements, que le Seigneur nous a intimés et que nous devons observer, .>ous peine de nous mettre en état de rébellion contre sa Majesté suprême ; 2° par les leçons admirables de vertu et de sagesse, que Jésus-Christ nous adonnées dans son Évangile ; 3° par les instructions de ceux que Dieu a préposés à notre conduite, comme sont les ministres de ^"'Eglise, les confesseurs, les prédicateurs, que nous devons écouter comme étant les représentants et les organes de Dieu ; 4° par la voix de nos parents et de nos supérieurs dans Tordre temporel, auxquels nous sommes obligés d'obéir en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu ; 5° enfin par les secrètes inspirations de la grâce, qui parle au fond de nos cœurs et nous montre le bien que nous devons faire et le mal que nous devons éviter.
Certes, ce n'est pas faute de connaître la volonté de Dieu, si nous ne l'accomplissons pas. C'est qu'il nous en colite un peu de nous gêner et de nous contraindre, et nous trouvons plus facile de nous laisser aller à tous no? caprices au risque de résister à Dieu et d'encourir la daninalion éternelle.
La volonté de Dieu, au contraire, ne tend qu'à notre perfection, qu'à notre bonheur, et voilà ce qui doit nous la rendre aimable. Si Jésus-Christ nous commande d'être réglés dans nos mœurs, fermes dans la foi, réservés dans
(1) Beatus panctus eo quôd hab?at omnia quae vult, quùm uiliil Velit, nisi quod Deus ipsum habere vult. Sal. de Prov.. l. I.
nos paroles, sMl nous recommande avec tant d^instances de porter la croix, de pratiquer les saintes vertus d'humilité, de patience, de modestie, de charité, dont il nous a donné Texemple, c'est pour nous rendre dignes de la gloire qu'il nous a promise. Car, le salut de Thomme est comme le point fixe, qui réunit toutes les volontés- du Seigneur ; il en est comme la substance et l'abrégé (1).
Après avoir demandé à Dieu la grâce d'accomplir sa volonté, nous lui témoignons le désir qu'elle se fasse sur la *€rre comme au ciel. Dans le ciel, la volonté de Dieu règne ôeule, pleinement, absolument, et voilà ce qui fait le bonheur de ce fortuné séjour. Les anges, toujours dociles à la volonté du Tout-Puissant, exécutent ses ordres avec la rapidité de l'éclair, et s'estiment heureux que Dieu daigne leur commander. Les Trônes, les Dominations, les Principautés, toute l'armée céleste s'incline avec respect, à la moindre parole qui sort de sa bouclie, au moindre signe de ses volontés; le saisit avec avidité et l'accomplit avec promptitude. Là, point de plaintes, point de murmures ; chacun est content de l'emploi qui lui est confié, du degré de gloire qu'il a reçu ; nul ne veut que ce que Dieu veut. Voilà nos modèles ; comme eux nous devons accomplir la volonté de Dieu avec zèle et amour, afin que nous élevant jusqu'à la perfection d'une vie céleste, nous devenions nous-mêmes des anges. Car, tout mortels que nous sommes, en entrant dans les sentiments de ces Esprits bienheureux, en glorifiant le Seigneur par la pureté de notre vie, en exécutant ses ordres, et en montrant, dans notre soumission à ses lois, même fidélité, même zèle, même activité que les anges du ciel, nous nous identifions en quelque sorte avec eux, nous anticipons sur leur office, et nous sommes nousmêmes, selon l'expression de Tertullien, des anges commencés* (2).
(1) Summa voluntatis ejus, salus eorum qoos adoptavil. TertuL (3) Augeiorum candidati. Tertul.
Oli ! quel beau spectacle la terre nous présenterait, s'il n'y avait que des cœurs soumis à la volonté de Dieu, s'il n'y en avait aucun de rebelle^, si ces millions de volontés humaines se confondaient en tout et toujours avec la volonté divine ! Oh ! s'il en était ainsi, le vice jerait exclu du monde, la vertu régnerait partout, la terre serait une image du ciel, ou plutôt le ciel se trouverait véritablement sur la terre !
Telle est la première partie de l'Oraison Dominicale relative à nos devoirs envers Dieu. Ces trois demandes ont une analogie bien marquée avec les trois premiers préceptes du Décalogue. Après les avoir bien méditées, faisons-en la règle invariable de notre conduite
TRAITS HISTORIQUES
1. La fin de toutes les vertus est de nous unir à Dieu, et ceue union est parfaite, dit sainte Thérèse, quand notre volonté est détachée de tout et n'est attachée qu'à Dieu, de manière qu'elle ne respire que le seul et pur vouloir de Dieu. Cette grande sainte pratiquait si bien ce quelle enseignait, qu'un jour, rendant compte à son directeur de l'étal de son âme, elle lui dit : « Ma volonté me parait f être trfllemenl d'accord avec celle de Dieu que ce qu'il fait en elle, c me paraît être fait pour elle. Tout ce qui m'arrive me semble être « un mets délicieux, que Dieu lui-même m'a apprêté Je ne saurais € désirer autre chose, et c'est la raison pour laquelle je ne trouve « rien d'amer, ni de dur. > Un jour qu'une de ses religieuses s'accusa, en sa présence, de ne pas s'être conformée à la volonté de DieUj elle vit si clairement combien il est beau, juste, utile et nécessaire de vouloir ce que Dieu veut et de ne vouloir que cela, nu'elle fut pendant quelque temps immobile d'élonnement. Elle ne comprenait pas coniment une créature, qui n'est de\ant Dieu qu'un vil néant, peut ne pas aimer la sainte et aimable volonté de son Créaleur.
Sainte Magdelcine de Pazzi prononçait très-souvent ces mots : Vrjlonlé de Dieu, volonté de Dku, et el;e éprouvait alors une satisfaction inexprimable. Elle disait souvent, tout hors d'elle-même : « Ohl Quc la volonté de Dieu est aimable 1 qu'elle est aimable! »
DE l'oraison dominicale. 4 OS
Les sentiments de cette sainte, sur ce sujet, sont admirables. Elle disait qu'elle se précipiterait, sans hésiter, dans les plus affreux tourments, si elle reconnaissait que ce fût la volonté de son Dieu. Un jour de la Pentecôte, elle désiraU ardemment de recevoir TEsprit- Saint, parce qu'elle savait que ce Dieu d'amour voulai» se communiquer à elle. Elle soupirait après le ciel ; mais elle ambitionnait encore plus de faire amoureusôment la volonté de son Dieu. C'était à pouvoir dire de la manière la pins parfaite ces paroles : « Que votre volonté soit faite : Fiat voluntas tua, » qu'elle s'appliquait continuellement.
Le père Dupont avait promis à Dieu d'accomplir en tout temps sa volonté sainte, et il lui manifestait souvent le désir d'être fidèle à sa promesse, en lui adressant celte prière : « Seigneur, que votre c sainte volonté s'accomplisse sur moi, en moi, par cioi, à mon « égard et à l'égard de tout ce qui me concerne, de la manière qu'il t vous plaira, à chaque instant et pendant l'éternité (1). »
Il y avait un jour un anachorète, qui demandait à saint Macaire comment il devait prier. Ce saint abbé lui répondit : « Il n'est pas besoin d'employer tant de paroles; il suffit d'étendre les mains vers le ciel et de dire : Seigneur, que votre volonté et votre bon plaisir soient accomplis. Et, quand nous nous sentons combattus par quelque tentation pressante, il faut dire : Secourez-moi, ô mon Dieu; car Dieu sait bien ce qui nous est nécessai/e. >
Rup., Vit. Pat., lib. m.
On rapporte aussi d'un autre religieux qu'il était parvenu à un tel degré de sainteté et de perfection, que Dieu se servait de lui pour faire de grands miracles. Tousses confrères en étaient étonnés, parce qu'on ne le voyait pas jeûner, prier, veiller comme les autres religieux; son supérieur, qui en était plus surpris que tous, le prit un jour à part ; il voulut savoir la raison, pour laquelle Dieu se servait de lui pour opérer tant de m4racles. — « Et moi aussi, dit le religieux, je suis étonné que Dieu se serve d'un misérable pécheur comme moi pour toutes ces merveilles. Puisque vous voulez connaître quelle a été la vertu, à laquelle je me suis particuiièremertiî attaché toute ma vie, la voici : Je n'ai toujours cherché qu'à faire la volonté de Dieu, qu'à vouloir ce qu'il voulait. Élais-je malade, je lai disais : Mon Dieu ! que votre volonté soit faite : Fiat voluntas tua. Élais-je obligé de changer de maison par l'ordre de mes supérieurs , je voyais en eux la volonté de mon Dieu, et je répétais de suite la troisième demande du Pater : Fiat voluntas tua.* — « Mais, répliqua le supérieur, comment fîtes-vous l'autre jour, lorsque cet homme mit le feu à notre métairie, qu'il consuma tout ce qu'il y avait dedans,
(1) Fiat, Domine, de me, in me, per me et circa me et omnia mea sancta voluntas tua, in omnibus, per omnia et in aeternum.
où nous étions tous dans l'alarme? * — « Mon père, répondit ce saint religieux, je disais mon Pater tout bas et je m'arrêtais particulièrement à ces paroles : Fiaf ooluntas tua sicut in cœlo et m terra. •» — Tous furent dans l'admi/àlion, et ne s'étonnèrent plus qu'un homme qui avait fait moins de pénitences que les autres, fît des miracles el fùi un grand saint.
2. D'ordinaire, les hommes n'aiment la volonté de Dieu qu'autant qu'elle s'accorde avec leurs désirs. « Airaoïis-la, dit Fénélon, n'aimons qu'elle et nous ferons de la terre un ciel. Nous remercierons Dieu de tout, des maux comme des biens, puisque les maux deviennent biens, quand il les donne. Nous ne murmurerons plus de sa conduite, de sa Providence, nous la trouverons sage et nous l'adorerons. »
Qui jair.ais fut plus affligé que Job? et qui jamais a été aussi plus patient et plus résigné ? — El le saint roi, au milieu de tant de circonstances pénibles dans lesquelles il s'est trouvé, lorsqu'il était persécuté par Saiil, lorsque son fils Absalom se révolta contre lui, n'a-t-il pas toujours béni el adoré la main qui le frappait ?
Un pauvre de la basse Thébaïde, en Egypte, n'avait, dans la plus grande rigueur de l'hiver, qu'une nalte de jonc : il en mettait la moitié sous lui, et se couvrait avec l'autre comme il pouvait. Le froid le faisant trembler, il se consolait lui-même, en disant : « Je « vous rends grâces, mon Dieu, car combien y a-t-il de riches qui, € à cette heure-ci, sont en prison et qui ont les fers aux pieds, sans c pouvoir jouir de la moindre liberté, au lieu que je puis du moin<~ € aller où bon me semble. »
Le bienheureux Jean d'Avila s'exprimait à peu près ainsi. Écrivant à une personne qui était dans l'affliction, il l'invitait à bénir Dieu comme Job, et, pour l'y engager, il lui disait : « Un seul Dieu soit € béni, dans le temps de l'adversité, vaut plus que mille Je vous re- € mercie dans le temps de la prospérité. »
Saint François de Sales disait aux personnes affligées .
1» Adorez mille et mille fois le décret de la divine Providence. Jetez-vous sans cesse dans les bras de Dieu el dans son cœur, lui disant trés-sou\ent : Amen Ainsi soit-il.
2" Unissez à chaque ir^stant votre croix à la croix de Jésus-Christ, pensant que la vôtre, comparée à la sienne, est bien petite et bien légère.
3° Proicernez-vous devant Dieu, lui disant avec simplicité : Oui, Seigneur, si vous le voulez, je le veux ; el, si vous ne le voulez pas, je ne le veux pas.
4° Faites beaucoup d'actes envers la très-sointe Vierge el les saints en qui vous avez plus de confiance, usant, dans ces oraisons jaculaloires, de paroles d'amour
5" Imaginez-vous que l'aimable enfant Jésus est asj?îs sur votrd fcœiir, et qu'il s'y repose pour vous consoler.
6" Prenez à la maio votre crucifix; fixez avec amour l'image de votre Sauveur attaché à la croix ; baisez avec beaucoup de respect cette image; levrz ensuite les yeux au ciel, et placez le cruc'lix devant votre poitrine, alin que ce Dieu consolateur reçoive vos soupirs.
Quand on annonça au roi saint Louis la mort de Blanche sa mère, son premier mouvement fut de verser un torrent de larmes ; mais, revenu bieniôt a lui-même, il se prosterna devant l'arbitre souverain de la vie et de la mort, en disant : « Je vous rends grâces, ô mon « Dieu, de m'avoir conservé jusqu'ici une mère si dijjne de toute « mon aflFection. C'était un présent de votre miséricorde ; vous le re- « prenez comme votre bit n, je n'ai point à m'en plaindre II est vrai « que je Taimais tendrement ; mais, puisqu'il vous plaîl de me l'ô- « ter, que votre saint nom soit béni dans luus les siècles. » Tt lie était la résignation de cet incomparable monarque , telle était sa tendresse ; le cœur en est ému. On ne se lasse point d'admirer tant de vertus-, ni de bénir la religion sainte qui les a produites.
Velly, t. v.
Rladame de Monlmoreney, apprenant la mort de son mari, dit à Dieu : « Seigneur, je n'aimais que lui; vous me l'avez ôté, afin que je n'aime que vous »
Une autre dame, moins parfaite, mais qui avait cependant un grand fonds de religion, se désolait a la mort de son fils, lorsqu'elle vit entrer un de ses parents qui venait pour la consoler : « Ah ! mon cousi\i, s'écria-i-flle, je nesais ce qu'il y a entre le désespoiret moi. » — « Dieu, ma cousine, » lui répondit il Ce mot prononcé avec une douce sensibilité la fra|ipa tellement, qu'elle sentit ses transports se calmer, et une résignation chrétienne vint tempérer sa douleur.
3. Comme le Seigneur connaît ce qui est bon et utile à chacun de nous, il nous donne à tous ce qui peut contribuer davantage à sa gloire, à noir«î salut et au bien de notre prochain. C'est donc évidemment nous tromper et consulter mal nos intérêts, que de ne pas nous abandonner eniièremenl à ce qu'il veut faire de nous.
Ste Thérèse.
L'empereur Ferdinand II faisait tous les jours à Dieu cette prière: « Seigneur, si votre gloire et mon salut demandent que je devienne « plus grand, plus puissant que je ne suis, élevez-moi, je vous glo- « rifîerai. S il est de votre honneur et de mon .salut que je sois main- € tenu dans l'état où je suis, je vous prie de m y conserver, ei je f vous glorifierai ; maii, si les humiliations doivent contribuer à t votre louange et à mon bien, aoaissea-moi , humiliez-moi, et je «' vous gloriaerai. »
Saint Vincent de Paul montrait, par la douceur de ses paroles e'
la sérénitô de son visage, qu'il regardait les différents accidents comme s'ils eussent été les mêmes. C'est qu'il ne perdait pas de vue sa granae maxime : « Rien n'arrive dans le monde que par l'ordre « de la divine Providence. * Il s'était jeté dans ses bras et s'y abandonnait entièrement Un digne prélat, vivement frappé d'admiration de ce que rien n'étaii jamais capable de le troubler, disait: « Monc sieur Vincent est toujours monsieur Vincent. »
Nous trouvons un modèle parfait de soumission à la volonté de Dieu dans ces hommes au dévouement sublime ; qui, au premier ordre de leur cbef, vont évangéliser les peuples, servir les malades, instruire les ignorants, et consacrent au seul service de la foi tout ce que le cœur peut posséder de courage, tout ce que l'esprit peut embrasser de connaissances, tout ce que l'âme peut contenir de vertus. Ce sont les vrais soldats de Jésus-Christ, voués à la pauvreté, à l'obéissance, et, s'il le faut, au martyre. Voici ce qu'écrivait le célèbre Canisius : « Je suis également prêt, soit à demeurer ici pour tou- « jours, soit à aller en Sicile, aux Indes et partout ailleurs où le « père Ignace, mon véritable père et maître en Jésus-Christ, voudra « bien m'envoyer. S'il me fallait aller en Sicile, je proleste que, « quelque emploi qu'on m'y donne, soit de jardinier, de cuisinier, « de portier, d'écolier ou de professeur, en quelque faculté que ce « soit, quand elle me serait jusqu'ici inconnue, ce me sera une chose c très-agréable de m'y appliquer. » Que ces dispositions sont admirables! Peut-il y avoir une meilleure manière d'accomplir la volonté de Dieu? Vedillot, Pèlerinages en Suisse, liv. i.
4. Les anges trouvent tant de satisfaction à faire la volonté de Dieu, que si Dieu invitait quelques-uns d'entre eux à venir sur la terre, pour s'occuper à séparer l'ivraie du bon grain, ou à arracher d'un coup les mauvaises herbes, ils quitteraient à l'instant même le paradis, et s'appliqueraient, de tout leur cœur et très-volontiers, à ce que le Seigneur demanderait d'eux. Henri Suzon.
Et ce pieux auteur, dont nous venons de rapporter les paroles, était lui-même inviolablement attaché à la volonté du Seigneur. Il disait qu'il préférerait être la dernière des créatures, si c'était la vo- .onlé de Dieu, que d'être un séraphin par sa propre volonté.
Terminons ces citations par ces mots si remarquables de madame de La Vallière à sa prieure, lorsqu'elle entra dans l'ordre du Carmel : « J'ai fait constamment, dit-elle, un si mauvais usage de ma volonté, que je viens la remettre entre les mains d'un guide, pour Qe plus en reprendre l'usage. *
TROISIÈME INSTRUCTION
D«ax sortes de pain nécessaires à l'homme. — Pardon des injures.
D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles • Donneznous aujourd'hui notre pain de chaque jour?
R. Qu'il daigne nous accorder chaque jour, pour la vie présente, les biens spirituels et corporels dont nous avons besoin.
Ici commence la seconde partie de TOraison Dominicale dont les demandes, comme nous Tavons dit, se rapportent plus spécialement à nos besoins. La première chose que nous demandons à Dieu, celle qui nous est la plus nécessaire, c'est notre pain de chaque jour. Par ce mot pain nous entendons tout ce qui nous est nécessaire pour hi vie de l'âme et pour la vie du corps. Nous distinguerons donc deux sortes de pain : l'un spirituel, qui nous soutient et nous fait avancer dans la vertu; et l'autre matériel, qui sustente le corps et répare ses forces.
!• Le pain matériel.
Que sommes-nous sur cette terre? De véritables mendiants, qui ne possédons rien par nous-mêmes et qui tenons tout de la main libérale de Dieu. Ce n'est pas nous , en effet, qui faisons croître le blé et prospérer les ditrérents fruits de la terre. Les plus riches, les plus favorisés dans ce monde ont besoin de demander eux-mêmes l'aumône de Dieu, sans le secours duquel ils périraient de mis«^re et de dénûment; il faut qu'ils disent eux aussi à Dieu ; Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Cette prière est bien capable d'exciter dans tous les cœurs des sentiments d'humilité.