GODESCARD
8. Jésns-Christ n'opérait de miracles sur les infirmes, sur les malades, que selon le degré de confiance qu'ils avaient en lui. c Votre foi vous a sauvé, > disait souvent ce bon maître. La confiance qu'avaient en lui Marthe et Marie, le porta à ressusciter leur frère Lazare. « Ah ! Seigneur, lui ^lisaient ces bonnes sœurs, si vous n'eussiez pas été absent, notre frère ne serait pas mort. » Pour récompenser leur foi, le divin Sauveur rendit Lazare à leurs vœux, leur prouvant ainsi qu'il lui était aussi facile de retirer un homiLe d'entre les morts que de l'empêcher de mourir.
Saint Philippe de Néri regardait la Prière comme un excellent moyen de réussir en toute affaire. Quand j'ai, disait-il, le temps de prier beaucoup, j'espère avec assurance obtenir de Dieu quelque grâce que ce soit, m appuyant entièrement sur sa promesse : « Tout ce que vous demanderez avec une foi vive, vous l'obtiendrez. »
Saint Charles Borromée avait coutume de recourir à Dieu, par la Prière, en toute occurrence. C'est par là qu'il commençait et terminait tout ce qu'il faisait ; et plus ce qu'il entreprenait pour la gloire de Dieu était dif&cile, plus il priait. Dans les cas où il semblait que tout était désespéré, il redoublait ses vives instances auprès de Dieu, sans jamais perdre confiance. Aussi, le Seigneur bénissait toutes ses entreprises ; sa confiance en Dieu l'a fait réussir, au grand étonnement de tous, dans des choses qui paraissaient impossibles.
Une personne s'élant recommandée aux Prières de saint Vincent de Paul, il lui répondit : « J'ai été, toute cette matinée, telleraenl occupé d'affaires, que je n'ai pu faire encore qu'un peu d'oraison, et, pendant celte oraison, j'ai été bien distrait. Cependant je ne me décourage jamais, parce que je mets en Dieu mon espérance. Je suis certain que le trône de la bonté et de la miséricorde df Oiea est élevé sur le fondement de nos misères. »
9. 11 est dit, dans l'Écriture sainte (1), que Jacob lutta, pendant toute une nuit, contre un ange et lui dit: «Je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez béni. » Ainsi, nous devons lutter en quelque sorte contre Dieu, en le conjurant avec larmes, avec une foi humble et une Prière persévérante, de nous accorder les grâces qu'il ne semble d abord nous refuser que pour nous en faire sentir mieux le prix. Celle espèce de violence qu'on fait à Dieu par ses larmes, par tes veilles et par ses gémissements, lui est agréable (2).
Jésus Christ, après avoir enseigné à ses disciples à prier, » tooIq
(1) Gen., xxxii, 28.
(2) ilaec vis Deo grata est. Tertul., Àpol.^ c. xxxiz.
lenr apprendre aussi !a perséNérance dans la Prière ; et, pour cela, il s'esl servi de deux paraboles. La première est celle d'un homme qui, surpris pendant la nuit par l'arrivée impré\ue d'un ami, va trouver un autre ami, pour le prier de lui prêter quelques p.iins. Et celui qui est dans la maison répond : « Ne m'importunez pas, ma porte est fermée, et mes enfants sont avec moi dans mon lit : je ne peux me lever pour vous donner ce que vous demandez. » Néanmoins, si l'autre persévère à frapper, je vous assure, dit le Sauveur, que, quand celui-ci ne se lèverait pas parce qu'il est son ami, il se lèverait du moins à cause de son importunité et lui donnerait tout ce qui lui serait nécessaire. — Et nous aussi, demandons avec instance; frappons à la porte du cœur de Jésus avec une espèce d'iniporlunité; nous serofls infailliblement exaucés. Car nous n'avons point, dit admirablement saint Aiiibroise, de meilleur ami que celui qui a livré son propre corps pour l'amour de nous 1). Loc, cap. ii.
La seconde parabole est celle d'un juge inique et pervers, sans crainte de Dieu, sans pitié pour les hommes. Une veuve venait souvent le trouver, en lui disant : « Faites moi justice de ma partie. > Et il fui longtemps sans la vouloir écouter. Mais enfin il dit en luimême : « Quoique je ne craigne point Dieu et que je n'aie point de considération pour les hommes, néanmoin-s parce que celte veuve m'importune, je lui ferai justice, de ptur qu'à la fin elle ne me vienne faire quelque affroiit. » Vous entendez, ajouta le Sauveur, ce que dit €6 méchant juge. Et Dieu ne ferait point justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ! Ldcxviii. 1.
Pourquoi, demande saint Jean Chrysostome, faire intervenir de préférence un juge sans respect ni pour la religion ni pour l'humanité, qui finit néanmoins par se laisser attendrir à la Prière? C'est, répond ce même saint, pour nous faire mieux comprendre, par cette opposition, la force de la Prière, puisqu'elle triomphe du naturel le plus farouche. Quasi la veuve, si longtemps rebutée, obtient à la fin de cet homme sans entrailles ce qu'elle désirait, que sera-ce, si nous nous adressons au Père le plus miséricordieux et le plus tendre? Chrysost. Homil. 2.
Un exemple bien frappant de persévérance dans la Prière est celui de la Cananéenne. C'était une idolâtre, étrangère par conséquent au peuple de Dieu, mais qui, ayant entendu parler de Jésus, vint se jeter à ses pieds et le prier de guérir sa tille, qui était possédée du démon. Jésus-Christ ne daigne pas même lui répondre ; mais elle ne perd pas courage, elle redouble ses instances. Ses cris perçants troublent les apôtres, qui s'adressent au Sauveur et lui disent : « Accordez à celte femme ce qu'elle demande ; elle nous importune par ses cris. »
(1) Quis amicior nobis quàm qui pro nobis corpus suum tradiditP Àmbr. in cap. xi Luc.
Jésus leur dit : « Je ne suis envoyé que pour les brebis, qni ontpér de la maison d'Israël. > Plus on repousse la Cananéenne, plus elle prie avec ferveur, plus elle élève sa voix, en disant : < Jésus, fils de Davi6, ayez pitié de moi. > Alors le Sauveur joint l'humiliation à la rigueur : « Non, dit-il, je ne consentirai jamais à prendre le pain des enfants pour le donner aux chiens. » — « Cela est vrai, Seigneur, reprend-elle aussitôt; mais du moins les petits chiens se nourrissent des miettes qui tombent de la table du maître. » Sa constance a vaincu le Sauveur, qui ne peut s'empêcher de s'écrier : « 0 femme, que votre foi est grande ! qu'il vous soit fait selon vos désirs. > Et sa fille fut guérie à l'heure même. Math, xv, 22.
10. Enfin, pour terminer ces citations déjà peut-être trop nombreuses, mais qu'on nous pardonnera à cause de l'importance de la matière, nous citerons l'exemple d'Anne, comme un résumé parfait des conditions que doit avoir la Prière. Cette sainte femme, désirant ardemment que le Seigneur lui ôtât l'opprobre de sa stérilité, pria le Seigneur, nous dit la sainte Écriture, avec une grande effusion de larmes et ayant le cœur plein d'amertume. 1» Sa Prière fut humble elle s'appela par trois fois la servante ou l'esclave de Dieu, le conjurant de daigner la regarder, de se souvenir d'elle ; 2" sa Prière fut accompagnée du jeûne et de la miséricorde, qui sont les deux ailes avec lesquelles elle monte au ciel, comme dit saint Augustin. Il est expressément marqué qu'elle se priva pendant quelque temps de nourriture et qu'elle reçut, avec la plus grande patience, les reproches que lui adressait Phenenna, pratiquant ainsi par avance ce que Jésus-Christ nous a depuis ordonné, d'être doux envers les autres, afin que Dieu le soit envers nous ; 3» sa Prière fut fervente et spirituelle : si elle demanda un fils à Dieu, c'était pour le consacrer entièrement a son service, c Je vous le donnerai, lui dit-elle, pour tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera point sur sa tête, » c'esi-adire, il vous appartiendra irrévocablement pour le service de votre saint Temi)le. Par l'ardeur et la pureté de ses vœux, Anue mérita de devenir la mère de Samoël. Reg., i.
SIXIÈME INSTRUCTION
Btens spiriloeig «ji:?. nous devons demander à Dieu: le don de U prière, la sagesse, la grâce, la gloire, /a possession de Dieu mt^me. — Demander les biens temporels pour une bonne fin. — Invocation de la sainte Vierge et des Saints.
D. Quels biens devonTnous demander à Dieu? R. Nous devons demandera Dieu principalement les biens pirituels; mais nous devons lui aemander aussi les bieni temporels
U y a deux sortes de biens, ceux de la nature et ceux de la grâce. Les premiers n'ont rapport qu'à cette vie périssable^ et passent comme elle ; les seconds, qui sont sans contredit les plus précieux, nous sont donnés pour nous rendre dignes de Dieu et nous faire parvenir à la fin surnaturelle pour laquelle nous sommes créés. Mais, hélas ! tel est l'aveuglement de Botre esprit et la faiblesse de notre cœur, que nous n'avons le plus souvent que des vues mondaines. On ne songe qu'à la santé du corps, qu'à l'accroissement de sa fortune, qu'à son bienêtre matériel, et l'on voudrait que la volonté toute pure et toute sainte de Dieu se conformât à nos pensées terrestres et qu'elle nous aidât à satisfaire notre ambition, notre orgueil, peut-être même nos désirs les plus injustes, nos haines et nos vengeances; et il arrive quelquefois qu'on lui adresse à cet effet les vœux les plus téméraires et les plus insensés. Voulez-vous donc, nous répond le Seigneur, par la bouche de son Prophète, que je serve à vos iniquités (i)? Voulez-vous que je me fasse le proteo teur de cette aveugle concupiscence qui vous domine ?
Au lieu de chercher avec tant d'avidité les oiens péris» sables de ce monde, qui sont si souvent préjudiciables au salut, et deviennent, par l'abus qu'on en fait, de véritables
'!) Servire me fecisli peccalis tuis P Is. xiiu 24.
maux, cherchons les biens solides et incorruptibles de réternité. La fosée du ciel, qui signifie les dons de la grâce, doit évidemment passer, dans i ordre ce nos désirs, avant la graisse de la terre. En un mot, selon la pensée du divin xMaitre, demandons avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Tout le reste, comme le dit saint Jean Chrysostome, n'est que du sable, que de la boue, qu'une vile toile d'araignée (1). Votre ambition, ô chrétien, ô enfant de Dieu, doit se porter plus haut. Quoi ! à ce Dieu si granrl, si puissant vous ne demanderiez que des bagatelles! A l'Éternel vous ne demanderiez que des choses périssables! au maître du ciel que les richesses de la terre ! au Dieu qui vous ouvre son royaume immortel, que de misérables biens qu'il faudra bientôt perdre sans retour, et dont la jouissance fugitive vous expose à tant de dangers ! Ah ! demandez-lui plutôt des choses \Taiment grandes ; demandez-lui les dons célestes (2).
Nous devons donc demander à Dieu :
1° Le don de la Prière ; car, ainsi que Fa très-bien dit saint Nil, de même que la vue est le plus excellent des sens, de même aussi la Prière est la plus divine des vertus. De nous-mêmes, nous ne savons le plus souvent ni ce que nous demandons, ni ce que nous devons demander. C'est le Saint-Esprit qui doit former dans nos cœurs ces désirs purs et ardents, qui sont toujours exaucés *.
2" La sagesse, c'est-à-dire la réunion des vertus chrétiennes, et surtout de celles dont nous avons le plus besoin, la patience, la douceur, la charité, la pureté des mœurs, la bonne conscience, une foi vive, une humilité profonde, en un mot, tout ce qui peut conlribuer à la êanctitication de notre âme et en faire la perfection •.
3° La fjrâce. Elle est le plus précieux des trésors, elle est la seule parure de notre âme, elle est la pierre précieuse au
(1) De Into, de pulvere, de lelis àraneanim loqueris. D. Chryt. (3) Ne pelas à magno parva... MagDa ora, cœlestia ora. D. Aug»
moyen de laquelle nous pouvons nous faire ou\Tir les portes du ciel. '
4* La gloire, non pas cette gloire humaine qui s'évanouit comme une vaine fumée, mais la gloire des saints, cette gloire sans fin, pour laquelle nous avons été créés et à laquelle nous arriverons infailliblement par Tinnocence de notre vie.
5" La possession même de Dieu, car il a promis de se donner à nous. Il veut bien être notre récompense, notre bonheur, notre gloire. Ne lui demandez donc autre chose que lui-même, vous dirai-je avec saint Augustin; laissez les autres borner lours désirs à tels ou tels avantages, qui les séduisent et les égarent; pour vous, c'est à Dieu luimême que vous devez prétendre ^ (1).
Ce n'est pas que nous ne puissions absolument demander les biens temporels. Quoique si peu proportionnés à la noblesse de notre être, il nous sont nécessaires pour notre passage ici-bas. Et, comme c'est de la main de Dieu qu'ils émanent et qu'il en a la souveraine dispensation. nous devons nous adresser à lui pour les obtenir. Aussi, l'Église a-t-elle établi des Prières solennelles, comme les Ro^^ations, les Quatre-Temps, pour attirer les bénédictions du Ciel sur les fruits de la terre *.
D. Dans quelles dispositions devons-nous demander à Dieu les biens temporels î
R. Nous devons les lui demander pour une bonne fin, avec résignation à sa volonté, aimant mieux en être privés que de les obtenir, s'ils doivent être nuisibles à notre salut.
Une bonne fin, une résignation entière à la volonté de Dieu, deux dispositions essentielles, sans lesquelles notre Prière serait un blasphème et une véritable impiété. Nous disons donc d'abord :
Une bonne fin, c'est-à-dire que nous désirons ces biens
(I) Deo alla petimt prœter Deum ; tu ipsum Deum pete. D. Aug^
uniquement pour subvenir aux nécessités de cette vie, et non comme des moyens de satisfaire Torgueil ou la sensualité. Dans la demande même des biens de la terre, il ne faut jamais perdre de vue qu'ils sont trop au-dessous de nous, pom que nous y mettions nos complaisances. Nous ne devons nous en servir que dans l'ordre de la Providence, pour réparer les forces de notre corps et Tentretenir dans un état de santé convenable, afin de mieux remplir les diverses obligations qui nous sont imposées. Sachons donc borner nos désirs ; et, au lieu de soupirer, comme on le fait si souvent, après le luxe et l'abondance , contentons-nous d'une honnête médiocrité, disant au Seigneur avec le Sage : a Ne me donnez, ô mon Dieu, ni la pauvreté ni les richesses; accordez-moi seulement ce qui est nécessaire à la vie (1). » Par le bon usage que nous ferons de ce qui nous sera accordé, rendons-nous dignes des récompenses éternelles promises à la vertu, car le pain matériel lui-même ne nous est donné que pour nous conduire au royaume de Dieu.
Une résignation entière à la volonté de Dieu. Il sait mieux que nous ce qui nous convient. Souvent telles choses que nous désirons avec ardeur, seraient préjudiciables à notre salut ; et c'est alors un trait de bonté de sa part qu'il se montre sourd et inflexible à nos prières. Ainsi, par exemple, on lui demandera avec instance la santé ; mais le Seigneur voit qu'on en abusera, tandis que la maladie nous est très-utile pour nous détacher du monde, pour amortir le feu des passions, pour nous rappeler aux pensées sérieuses de la religion. On lui demandera la foi tune, l'heureux succès de ses spéculations commerciales ; on lui demandera d'abondantes récoltes, de riches moissons, une position brillante, etc. Et n'est-ce pas précisément lorsqu'on est dans la prospérité et qu'on nage au sein des délices, qu'on
(I) Menrliritntem et divilias ne dederis mihi; tribue tantùm victni meo necessari:;. l'rov.. xxx, n.
multiplie ses péchés et qu'on offense le Seigneur avec plus d'audace, comme si on voulait le punir ainsi d'avoir été trop généreux à notre égard ? Nous tournons contre luimême les faveurs dont il nous comble. Aussi s'en plaint-il avec amertume : a Mon bien-aimé que j'avais engraissé de bienfaits s'est révolté (i); appesanti, rassasié, enivré, il a délaissé le Dieu son créateur, et s'est retiré de Dieu son salut (2). » Il est donc avantageux que le Seigneur nous afflige de temps en temps ; et les calamités publiques ou particulières, qui viennent fondre sur nous , les grêles, les inondations, les disettes , les fléaux de toute espèce, n'arrivent que pour nous réveiller de notre assoupissement et nous inviter à la pénitence. Cette rigueui' apparente que Dieu nous montre , en nous refusant une prospérité qui finirait par nous corrompre et nous entraîner dans l'abîme, est une véritable miséricorde. D'où vient, en eflet, la perte de tant de mondains, qui se damnent au sein de l'opulence et de la mollesse, si ce n'est de ce que Dieu les exauce selon les désirs insensés de leur cœur? Ils cherchent avec passion les biens de la vie présente, et il leur en donne la jouissance et il permet qu'ils s'en rassasient , parce qu'ils ne posséderont jamais ceux de la vie futme; et c'est ainsi qu'il leur accorde, dans l'excès de sa colère, ces prétendues faveurs qu'il refuse par bienveillance aux âmes fidèhis, afin qu'elles soient plus libres de s'attacher à lui et 0:à le servir ' (3).
Que jamais donc la plainte ne s'échappe de votre bouche, si vous ne recevez pas de la main de Dieu tout ce que vous en attendez. Le Seigneur en use souvent à notre égard comme une tendre mère, qui arrache à son fils un breuvage agréable et doux, mais qui porterait la mort dans
(1) Incrassatas est dilectus et recalcilravit.
(2) Incrassatus, impinguatus. dilatalus. dereliquit Deum faotorem »uum et recessit à Deo salutari suo. Deut., xxxii, 15.
(3) Multa negai propitius quae concedit iiatus. D. Âug., de Vcrbis Dom Serm. 53.
148 PREMIERE LEÇOH.
ses entrailles; ou comme un bon père, qui refuse à un fils insensé un couteau ou une épée, de peur qu'il ne se l'enfonce dans le sein. Du reste, si peu que Dieu nous accorde, ne nous donne-t-il pas toujours plus que nous ne méritons ? Et, quand nous serions en état de posséder tous les biens de la terre joints ensemble , ne vaut-il pas mieux y renoncer que de perdre, je ne dis pas le ciel, mais même un seul degré de gloire dans le ciel? En effet, les délices de ce monde ne peuvent remplir l'immensité de notre cœur, et chacun de nous peut dire en toute vérité, comme le Roi- Prophète : a Je serai rassasié, ô mon Dieu, non des viandes c des Égyptiens , ni des melons, des oignons et des aulx f que votre peuple rebelle et murmurateur préférait au « pain descendu du ciel ; je ne saurais même me contenter f de la manne visible ou des cailles que vous leur avez • données; mais je serai rassasié de votre gloire, lorsque f vous me la ferez apparaître (1). »
Donc , pour conclure avec saint Augustin , quand nous demandons les biens temporels, que ce soit toujours selon l'ordre que Dieu a établi, et par rapport à la fin qu'il a marquée ; soyons disposés à les recevoir, s'ils doivent nous être utiles, à nous en passer, si Dieu prévoit qu'ils nous seraient préjudiciables (2). Enfin, quoi qu'il puisse nous arriver, soyons bien convaincus que Dieu pourvoira suffisamment à nos besoins ; et, pourvu que nous coopérions aux desseins de sa sagesse, il ne nous laissera jamais manquer du nécessaire. Que s'il ne nous dit pas, comme aux anciens Israélites : a Élargissez votre bouche, et je l'emplirai (3),» c'est-à-dire je vous comblerai de biens temporels autant que vous en désirerez et que vous pourrez en recevoir, il nous promet en revanche une abondance de grâces spirituelles et de biens célestes, et il nous dit ; « Élargisseï
(1) Satiabor quùm apparuerit gloria tua. Psal. xvi, 17.
(2) Quandô pelilis lemporalia, illi commiltite ut. si prosint, <l«t li icit obeiie, non dtt. D. Âug , de Verb. Dom. Serm. 63.
(S) Dilata os tuum et implebo illud. Psal. lxxx, 11.
votre esprit par la foi, élargissez votre cœur par la charité. Plus il sera vide d'affections terrestres , plus il sera digne que moi-même je le remplisse (i). »
D. Est-il utile de prier la sainte Vierge et les Saints? R. Oui, parce que la sainte Vierge et les Saints peuvent nous aider beaucoup par leurs prières.
L'Église a décidé dans plusieurs conciles, et c'est, par conséquent, un article de foi, que l'invocation des saints est non-seulement permise, mais encore sainte et salutaire. Citoyens de la Jérusalem céleste, ayant un libre accès auprès du trône de la miséricorde, ils s'intéressent vivement pour nous, et Dieu se complaît à répandre ses gi'âcés par leur intercession, et spécialement par celle de Marie, leur reine et la nôtre, en même temps qu'elle est aussi notre bonne et tendre mère.
Que nous sommes heureux d'avoir dans le ciel de si hauts et de si puissants protecteurs! Que nous sommes heureux d'y avoir pour avocate et pour patronne la plus sainte et la plus éminente de toutes les créatures, celle qui, en sa qualité de Mère de Dieu, a tout pouvoir sur le cœur de son divin Fils ! Adressons-nous donc à elle avec une entière confiance, car elle est toute bonne et toute miséricordieuse ; la loi de clémence et de douceur est sur ses lèvres (2) ; et jamais elle n'a rejeté l'humble Prière de ceux qui l'ont invoquée. Sitôt qu'elle entendra notre voix suppliante, elle s'empressera de venir à notre secours ; car on peut dire, en toute vérité, qu'elle est cette femme de l'Apocalypse à qui l'on donna deux grandes ailes, comme des ailes d'aigle, pour s'envoler dans le désert. Ces deux ailes signifient l'extrême promptitude avec laquelle la Reine des cieux vient assister ses enfants, au milieu des misères et des
(1) Dilata os tuum confitendo , amando , et adiraplebo illad. B. Aug.
(2) Lex clementiae in linguâ ejus. Prov., xxxi, 26.
ISO PREMIÈRE LEÇON.
angoisses de cette vie. Elle est le salut des infirmes, le refuge des pécheurs, la consolation des affligés ; elle est la dépositaire et la dispensatrice de tous les trésors célestes ; elle est la porte du ciel , et nul ne peut y entrer que par elle. Saint Liguori a remarqué avec raison qu'on demande beaucoup de choses à Dieu, sans les obtenir ; on les demande par Marie, et on les obtient. Comment cela se faiMl? Ce n'est pas que Marie soit plus puissante que Dieu; mais c'est que le Seigneur a décrété d'honorer ainsi sa mère. Marie, n'étant que médiatrice d'intercession, ne peut que solliciter pour nous les grâces du Seigneur ; mais que pourrait lui refuser son divin Fils? Et faut-il s'étonner qu'il accorde à la Prière de la meilleure des mères et de la plus sainte des créatures ce qu'il aurait quelquefois refusé à notre indignité ? Faut-il s'étonner que les siècles aient proclamé à l'envi que jamais on n'a invoqué en vain son saint et auguste nom, à l'ombre duquel nul ne doit désespérer (1)?
Pareillement, nous nous adressons aux saints pour nous rendre le Seigneur favorable, parce qu'ils sont les princes de la cour céleste, plus près de Dieu et plus unis à Jésus- Christ que nous. De plus, l'Écriture sainte nous assure qu'ils présentent nos prières à Dieu (2) , qu'ils sont associés à Jésus-Christ pour gouverner les nations et les juger à la fin du monde (3). Nous devons faire tout ce qui dépend de nous, pour mériter leur protection. De tout temps, on a remarqué que la dévotion aux saints a attiré les faveurs les plus signalées sur tous ceux qui y ont été fidèles.
TRAITS HISTORIQUES
1. Allons faire enrager le démon, disait un serviteur de Dieo, lorsqu'il était sur le point de faire quelque Prière.
(1) 0 Maria, à nomen sub quo nemini desperandum. D. BenL (2; Tob., m, \2.—Apoc.,y, 8.
(3) PsaL cxux, 5, 6.
Poarqnoi n'y a-t-i! point de temps, où le démon me fasse plas U guerre que dans celui de la Prière? demandait quelqu'un à un saint prêtre; celui-ci lui répondit: « Il n'est point d'exercice que le démon désire davantage que nous fassions mal, parce qu'il n'en est point qui nous attire plus de grâces et qui soit plus salutaire. Celai qui prierait toujours bien, serait bientôt un ange. »
Saint Jean Cbrysostome conseillait à quelqu'un qui avait souvent lies distractions volontaires, de s'animer à l'avenir à ne plus tomber dans la même faute , en se faisant ce reproche bien humiliant : Quoi! lorsque je m'entretiens avec un ami d'histoires, de nouvelles, de bagatelles, je suis trés-ailenlif, et, en m'eniretenant avec Dieu de choses si intéressantes, du pardon de mes péchés et des moyens de me sauver, je ne crains pas d'occuper mon esprit de choses étrangères ! Étant à genoux, c'est-à-dire dans la situation de celui qui adore et qui supplie, j'ose manquer de respect au grand Dieu à qui ie parle, en promenant mon esprit partout où je ne suis pas ! 0 hypocrisie bien criminelle ! Ai-je la foi ? Si j'ai la foi, n'ai-je pas perdu le sens?
2. Dés que Salomon fut monté sur le trône, Dieu lui apparut et le laissa maître d'obtenir de lui telle grâce qu'il voudrait; Salomon demanda la sagesse. Celle demande fut si agréable au Seigneur, qu'à ce don précieux il ajouta les richesses, la gloire et la promesse d'une longue vie, pourvu qu'il continuât à lui être fidèle. En effet, Salomon devint bientôt le plus opulent et le plus grand des rois de la terre ; sa répuialion s'étendit dans tout l'Orient, et la reine de Saba vint du fond de l'Elliiopie à Jérusalem, pour conuallre par elle-même ce qu'on lui avait dit de la sagesse et de la gloire de Salomon. LORIQUET.
L'exemple de ce jeune prince apprend aux chrétiens à estimer pea les biens, les honneurs et les plaisirs, et à mettre leur principale gloire à être les véritables images de Dieu, en se rendant semblables à lui par leur sagesse, qui est la source de tous les biens.
Saint Laurent Justinien rapporte qu'étant âgé de dix-neuf ans, la Sagesse lui apparut sous la forme d'une vierge pleine de majesté et lui dit: « Pourquoi cherches-tu du contentement parmi les créatures? Je possède seule ce que tu cherches; lu le trouveras en moi, si tu me prends pour épouse. » Il éprouva alors ce qu'il n'avait jamais éprouvé; il se donna à elle et ne cessa jamais de l'airaer. Plus vous aimerez Dieu, plus vous aurez la véritable sagesse.
3. Saint Paulin, écrivant à Aper, homme savant, qui avait renoncé à ses charges et aux sciences profanes, pour se consacrer au Seigneur dans l'état religieux, lui dit : « Que les orateurs s'exercent dans l'arl de bien dire; que les philosophes cultivent les sciences;* que les riches gardent leurs richesses : nuire royaume, c'est iésas- Christ. > — Le même saint écrivait à un nommé Jovius, à qoi U
désir d'acquérir de vaines connaissances, faisait négliger le salut : c Vous trouvez du temps pour lire les poêles et les orateurs ; vous en trouvez pour vous appliquer à l'élude de la philosophie, et vous n'en trouvez point pour être chrétien ! Soyez philosophe de Dieu, étudiez Jésus-Christ, consacrez-vous à Jésus-Christ » Suivons le conseil de ce saint.
c Où allez-vous et que cherchez-vous? » demandait-on à un saint religie'JY ^ — « Je vais à Dieu, c'est Dieu que je cherche, répondit-il, et je ne m arrêterai point que je ne l'aie trouvé. » — Le bienheureux Raymond Salles fut inierrogé de cette manière : « A qui appartenezvous? D'où venez-vous? Où allez-vous ? Qui vous a conduit ici?» Il répondit ainsi à ces questions : « J'appartiens à Dieu, je suis de Dieu, je vais à Dieu, c'est Dieu qui m'a conduit ici. * Heureuses les âmes qui ne voient que Dieu en toutes choses, et qui aspirent sans cesse à s'unir à lui !
4. C'est par la prière que le roi Ezéchias obtint la guérison de sa maladie. « En ces jours-là, dit l'Écriture, Ezéchias fut malade jusqu'à la mort, et le prophète Isaïe, fils d'Amos, vint le trouver et lui dit : « Mettez ordre à votre maison, car vous ne vivrez pas davantage et vous mourrez. » Alors Ezéchias tourna le visage vers la muraille, et pria le Seigneur, disant : «Souvenez-vous, Seigneur, je vous prie^ de quelle manière j'ai marché devant vous, dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j'ai fait ce que j'ai cru vous être agréable. » Ezéthias versa ensuite une grande abondance de larmes. Et avant gu'lsaie eût franchi la moitié du vestibule, le Seigneur lui dit : « Retournez et dites à Ezéchias, chef de mon peuple : Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu de David votre père : J'ai entendu votre prière et j'ai vu vos larmes, et vous allez être guéri; vous irez dans trois jours au Temple du Seigneur, et j'ajouterai encore quinze années aux jours de votre vie. » Alors Isaïe dit aux serviteurs du roi : « Apportez-moi des figues. » Ils les lui apportèrent et les placèrent sur l'ulcère du roi, et il fut guéri. IV. Reg. xx.
Saint Augustin raconte que, n'étant encore que catéchumène et professeur de rhétorique, il alla prendre quelques jours de reposa la camparjne, pendant les vacances 11 y fut saisi d'un violent mal de dents, qui lui causait des douleurs effroyables. Ne sachant de quel côté se tourner, il lui vint dans l'esprit d'engager ceux de ses amis qui se trouvèrent auprès de lui, à se mettre en prière, pour demander à Dieu, qui est l'auteur de la santé du corps aussi bien que de celle de lame, qu'il lui plût de le soulager. Comme l'excès du mal ne lui laissait pas même la liberté de parler, il écrivit sur des tablettes ce qu I désirait d'eux et le leur donnaà lire. «Nous n'eûmes € pas, dit-il, ; lulCt mis .'es genoux en terre, pour implorer par nos « prières le secours ae votre miséricorde, ô mon Dieu, que ma dou-
€ lenr s'évanouit. Cet effet si peu naturel grava dans mon cœur plus € profondément que jamais l'idée du souverain pouvoir que vous € avez sur toutes choses, et me donna lieu de chanter les louanges € de votre saint nom, avec de grands sentiments de foi et d'allé- «gresse. » D. Adg. Conf., lib. IX, cap. iv.
Dans k temps que l'empereur iMarc-Auréle faisait la guerre coni-eles Sarmales, son armée s'engagea dans un pays plein de bois et de montagnes : les soldats romains y étaient extrêmement incommodés de la faim et de la soif, sans pouvoir se retirer, car les Barbares, qui étaient en plus grand nombre, les entouraient de toutes parts, et ils n'avaient d'auirp espérance que la mort, dans l'extrémité où ils étaient réduits. Il y avait dans l'armée romaine un grand nombre de soldats chrétiens; ils se mirent à genoux et firent à Dieu de ferventes prières : ils levaient les mains vers le Ciel, d'où ils attendaient tout secours. Les ennemis s'en élonnaient; mais ils furent bien plus surpris de ce qui arriva : il se forma tout à coup de grands nuages et il tomba une pluie extraordinaire. Les soldats romains levaient la tête et la recevaientdans leursbouches, tant la soif les pressait ; ils remplirent le'irs casques, burwèt abondamment et abreuvèrent leurs chevaux. IMais ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est qu'en même temps il tombait sur les ennemis une grêle épouvantable, mêlée de foudres. Os voyait, du côté des chrétiens qui avaient prié, tomber une douce pluie qui leur donnait la force et la vie; tandis que l'on voyait, du côté des Infidèles et des Barbares, le feu qui les consumait, en même temps que la grêle les écrasait. Plusieurs se jetaient du côté des Romains pour échapper à la mort, au point que Marc-Aurèle en eut pitié ; ce fut alors que l'armée romaine lui donna le nom d'empereur pour la septième fois. Tout le monde reconnut cet événement comme un miracle, accordé aux prières des soldats chrétiens, au point qu'on leur donna le nom de légion fulminante. On voit encore à Rome un monument de ce prodige, dans les bas-reliefs de la colonne Antonine, faite en ce même temps. Les Romains y sont représentés les armes à la main contre les Barbares, que l'on voit étendus par terre avec leurs chevaux, et sur eux tombe une pluie mêlée d'éclairs et de foudres. On dit qu'à cette occasion Marc-Aurèle écrivit des lettres où il témoignait que son armée, près de périr, avait été sauvée par les Prières des chrétiens.
Hist. ecclés.
En tout temps, les saints, par leurs Prières, ont obtenu du Ciel les bienfaits les plus signalés. Saint Quinlien, évêque de Rodez, ayant été obligé de quitter son siège épiscopal, pour échapper à la fureur des Goths, maîtres de la ville, se retira en Auvergne. Ce pays était en proie à la famine et à une sécheresse désolante. Le sainf prélat, couvert d'un cilice, se prosterne devant le Seigneur et lai adressé
les Prières les plus ferventes. Une pluie abondante tombe bientôt du ciel et vient combler tous les vœux. Légende du Propre.
On dit aussi que le bienheureux François d'Estaing, passant à quelque distance de Saint-Amans de Salmiech et se trouvant tourmenté par an venl violent, se mit à genoux et invoqua le Seigneur »vec confiancb : aussitôt le vent tomba enliérement. Une croix fut depuis élevée au lieu où il avait prié; on l'appela la croix de Sainte- François ; et, de nos jours, on y va encore en procession, lorsque le venl du midi devient nuisible aux récolles.
Vie du Saint, par M. Bion de Malavagne.
5. Au temps des persécutions, selon le récit de saint Cyprien, un évêque étant fort malade, demanda à Dieu qu'il lui plût de le laisser encore dans ce monde. Il se présenta à lui un jeune homme si plein de majesté et de lumière, qu'il eût été malaisé de le voir à tout autre qu'à une personne qui allait quitter la vie. Ce jeune homme lui dit, d'un ton qui témoignait assez son indignation : < Vous appréhendez la persécution, et vous ne voulez pas néanmoins sortir de ce monde? Que voulez-vous donc que je fassà?» C'est ainsi, continue saint Cyprien, que le Seigneur voyant que nous craignons plutôt de souffrir en ce monde, que nous n'avons envie daller à lui, ne consent pas à nos désirs, ei cela pour notre avantage. En voyant un évêque, qui demandait sa guérison, en être si sévèrement repris, apprenons que ce qui nous est vraiment utile, c'est de faire la volonté de Dieu et non la nôtre. D. Ctpr., Tract, de Peste.
La vie du grand saint Thomas de Cantorbéry nous offre un trait frappant de la nécessité de n'avoir qu'une intention pure dans nos Prières. Comme il se faisait un grand nombre de miracles sur son tombeau, un aveugle s'y fit conduire : sa foi était vive, sa confiance ferme ; il conjure le saint de lui obtenir la grâce de pouvoir admirer la beauté du ciel, delà terre et des créatures, en lui ouvrant les yeux du corps. A peine sa Prière est finie, que ses yeux s'ouvrent; il reprend le chemin de son pays, avec la joie la plus parfaite. Avant d'arriver chez lui, il éprouve un remords, il se dit en lui-même : € Quoi, malheureux î tu as obtenu la vue du corps, qui te fera peutêtre perdre la vie de l'âme ; tu n'as pas demandé ce miracle pour la plus grande gloire de Dieu et ta sanctification'.! Il revient de nouveau auprès des reliques de saint Thomas, il fait ainsi sa Prière : € Grand saint, si vous prévoyez que la vue que j'ai reçue de mon Dieu, par votre intermédiaire, puisse être nuisible à mou salu*>6le*ia-moi » Il fut exaucé, il se relira aveugle.
SEPTIÈME INSTRUCTION
Questions diverses sur la Prière. — En quel lieu, en quel temps, pour qui faut-il prier.
Il est des lieux favorisés du ciel, où Dieu aime spécialement à être invoqué, et où il répand ses grâces avec plus d'abondance. Ainsi, TégUse est le lieu le plus propre à la Prière. Aussi est-elle appelée la maison de la prière, la porte du ciel. C'est là que le Seigneiu* a promis de tenir ses yeux ouverts sur nous, et ses oreilles attentives à nos ferventes supplications (1). C'est là que notre divin Sauveur daigne habiter substantiellement, et qu'il renouvelle chaque jour sur nos autels la grande immolation du Calvaire. C'est là aussi que tout nous inspire le recueillement et nous porte à la piété.
Nous devons aussi prier dans l'intérieur de nos maisons, selon le précepte de l'Évangile. Lorsque vous priez, a dit le divin Sauveur, entrez dans votre appartement, et, après en avoir fermé la porte, adressez-vous, en toute confiance, au Père céleste, dont l'œil pénètre jusque dans les endroits les plus cachés. Le Seigneur nous recommande de choisir de préférence les lieux les plus retirés, pour vaquer au saint exercice de la Prière, soit pour éviter l'ostentation, soit pour nous préserver des distractions, caria solitude est un asile assuré contre les divagations de l'esprit; elle est un port tranquille, où nous sommes à l'abri des troubles que cause le tumulte du monde; elle est comme le centre de ceux qui veulent s'unir à Dieu.
Enfin, nous devons prier en quelque lieu que ce soit, et
(1) Èruni ocuh mei apcrli, ei aures meae erecia ad o.-aliuueiB ejus qui oraveril in loco isio. 11. Parai., vu, IS.
ffce PREMIKRE LEÇON.
leverpartout des mains pures vers le ciel (l). Car le monde entier est comme un temple magnifique où Dieu réside, et qu'il remplit de la plénitude de sa majesté. Vous pouvez donc à tout instant diriger vers lui vos soupirs et vos pensées. « Priez, vous dirai-je avec saint Jean Chrysostome, non pas dans l'ét^lise seulement, mais hors de l'église. Peu importe le lieu, c'est le cœur que Dieu demande. Jérémie prie du fond de la citerne où il est plongé, et il est exaucé. Daniel reçoit les effets de la miséricorde du Seigneur dans la fosse aux lions, d'où sa voix s'élève jusqu'à lui. Le larron prie sur la croix, et le royaume du ciel lui est ouvert. Job prie sur son fumier, Jonas dans le ventre de la baleine, et leur voix monte jusqu'au Seigneur. Au milieu de vos occupations domestiques, en voyage, dans votre maison, partout, priez; vous portez avec vous votre temple. « Ne savez-vouspas, dit l'Apôtre, que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous (2) ? Dieu est partout; son immensité n'est bornée par aucun lieu, il suffit qu'on l'invoque, il répond : Me voici *. d
Mais en quelque lieu que nous priions, soit à l'église, soit dans nos appartements, ou ailleurs, sachons bien que la Prière faite en commun est plus agréable au Seigneur, et a plus d'efficacité que toutes celles que nous pouvons faire en particulier. Le divin Sauveur nous a dit expressément que, lorsque deux ou trois personnes se réunissent en son nom, il se trouve au milieu d'elles, pour les bénir et pour combler leurs vœux. Afin de nous faire mieux entendre combien la Prière collective l'emporte sur la Prière individuelle, dans l'oraison qu'il a daigné nous apprendre lui-même, il n'a pas voulu que nous lui disions: a Mon Père qui êtes au cieux..., donnez-moi aujourd'hui mon pain, » etc., mais bien : Notre Père, afin de nous donner à entendre que notre Prière ne doit pas se faire sépa-
(1) Volo viros urare in omni loco, levantes puras manus. l. Tim., 1!, 8.
(2) Nesciîis çuia teinpium Dei estis ? I. Cor., m, 16.
rément, mais en union avec nos frères. Ne nous contentons donc pasde nous acquitter en secret desdevoirs de lareligion; mais réunissons-nous, autant que nous le pourrons, pour rendre à Dieu nos hommages, car, si la Prière particulière est bonne, /a Prière collective est encore meilleure. Elle fait comme une sainte violence au cœur de Dieu; elle repousse avec plus de force les traits empoisonnés de Tennemi du salut. Que chacun de nous dise donc avec un saint transport, comme le Roi-Prophète : a Louez le Seigneur avec moi; publions tous ensemble la grandeur de son nom (i).» Ainsi les trois enfants dans la fournaise chantaient ensemble les louanges du Seigneur; ils le glorifiaient et le bénissaient d'une voix unanime (2). Ainsi les apôtres, dans le cénacle, persévéraient tous dans un même esprit, en prières avec les saintes femmes et Marie mère de Jésus (3). A leur exemple, faisons-nous un devoir de nous réunir, aussi souvent que possible, pour rendre en commun à Dieu le juste tribut de louange, d'amour et de gloire, que nous lui devons. Cest un pieux et saint usage, en vigueur dans toutes les maisons clu-étiennes et qu'on ne saurait trop recommander, de faire la Prière en famille. Enfants, parents, domestiques, réunissent leurs voix et leurs cœurs pour adorer Dieu, pour attirer ses bénédictions sur les travaux de la journée et sur le repos de la nuit; on s'édifie mutuellement, la vertu devient ainsi héréditaire dans les familles ; et avec la vertu, la paix et le bonheur*.
En quel temps devons nous prier?
Il faut toujours prier, comme nous le recommande le divin Maître (4). Et, après lui, le grand apôtre nous dit:
(1) Maornificate Dominum mecum, et exallemus nomon oius ia idipsum. Psal. cxxxiii, 4.
(2) Dan., m, IS.
(3) Act., 1, 14,
(4) Oportet semper orare. lue., xviii, I.
a Persévérez et veillez dans la Prière, en raccompagnant d'actions de grâces, invoquant le Seigneur en esprit, en tout temps, et par toutes sortes de supplications et de Prières (1). » Que chacune de nos actions, que chaque heure de la journée soit donc consacrée par la Prière. C'est là la rosée céleste qui abreuve et féconde Tarbre de la vie spirituelle, dit saint Jean Chrysostome. Cette Prière continuelle, qui ne préjudicie en rien à nos occupations ordinaires, comme nous l'avons expliqué précédemment, sanctifiera notre travail et le fera fructifier pour Tétemité.
Mais, sans parler de cette heureuse habitude où nous devons être de nous tenir constamment unis à Dieu par la foi et l'amour, ce qui fait l'essentiel de la Prière, il est certains moments où nous devons nous adresser plus particulièrement au Seigneur, pour lui rendre nos devoirs et pour implorer son assistance. Ainsi, nous devons le prier chaque matin et chaque soir.
Chaque matin, en nous éveillant, notre première pensée et les premiers mouvements de notre cœur doivent être pour ce Dieu, de toute bonté, qui veut bien nous accorder une nouvelle journée, pour l'employer à son service et mériter sa gloire. Après nous être habillés modestement, il faut aussitôt nous prosterner en sa présence, pour l'adorer et attirer ses bénédictions sur notre travail. Le prophète royal ne manquait jamais à ce devoir essentiel, et, de peur de l'oublier, il n'avait garde de le différer; mais il se levait dèsle point du jour, pour célébrer les louanges du Seigneur, pour bénir et adorer son Dieu; et à la Prière vocale il joignait la méditation (2).
Chaque soir, remercions le Seigneur des bienfaits qu'il a répandus sur nous pendant la journée ; demandons-lui pardon des fautes dont nous avons pu nous rendre cou-
(1) Oralioni î.nstate, vigilantes in nrraiiarura aclione; orantes simul ei pro nohis. Coloss., w. 2, -i.
(2) Marie asiabo libi Exsurgam diiuculo In matulinis me-
dilabor m le. J'sal. v.4. -' lvi, il. — Lxn, 7.
pables, et adorons cette divine bienfaisance, qui nous envoie, même malgré nous, le sommeil pour suspendre notre travail et réparer nos membres par le repos. Cette Prière du matin et du soir avait été figurée, chez les Juifs, parle sacrifice des parfums, que les prêtres faisaient briàler, à tour de service, sur Tautel d'or, au commencement et à la fin de chaque journée *.
Il ne faut pas laisser passer les longues heures du jour, sans élever son esprit à Dieu. Nous devons de temps en temps diriger nos pensées vers lui, et surtout à midi, à l'exemple du saint roi David qui, tout chargé qu'il était de la conduite d'un grand royaume, faisait passer le service de Dieu avant toute autre occupation, et avait ses moments fixes pour le louer et le bénir (1).
La nuit elle-même ne doit pas appartenir tout entière au sommeil : il faut que la Prière la sanctifie ; et, s'il nous arrive de nous éveiller, prions, afin de nous défendre contre les illusions de l'ennemi du salut, et qu'il nous trouve invincibles à tous ses assauts ^.
Que si notre obligation de prier embrasse tous les temps, de telle sorte que notre vie entière devrait être une Prière continuelle, que penser de ces hommes, qui ne se font aucun scrupule de manquer habituellement leur Prière du matin et du soir, qui passent plusieurs jours et peut-être plusieurs semaines, sans adresser à Dieu une seule Prière? Sont-ils chrétiens? aiment-ils le Seigneur? sont-ce des hommes raisonnables? Hélas! ce sont des hommes animaux, qui se lèvent et se couchent comme la brute, sans daigner seulement penser à cette aimable Providence, qm veille sur eux avec tant de bonté (2).
Nous allons encore énumérer rapidement quelques autres circonstances, où la Prière nous est plus spécialement recommandée. Nous devons prier :
(1) Vesperé et mané et meridiè narrabo et annuntiabo, et exaudiei %Ocem meam fsoi liv, i9.
(2) Animalis humo non percipit ea quae Dei sunt. I. Cor., u, H.
t60 PREMIÈRE LEÇON.
Au commencement et à la fin de nos principales actions, pour les rendre plus agréables au Seigneur et les consacrer entièrement à sa gloire.
Avant et après les repas. Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, dit TApôtre, faites tout pour la plus grande gloire de Dieu; n'est-il pas bien juste, en prenant notre pain de chaque jour, de penser à celui qui nous le donne? Et, après nous être rassasiés de ses dons, ne faut-il pas remercier la main libérale qui a pourvu à nos besoins? Les bons chrétiens ne manquent jamais de dire leur Benedicite et leurs Grâces. C'est un abus criant, une ingratitude hideuse, qu'aux tables les mieux servies on rougisse souvent de cette sainte pratique *.
Toutes les fois que nous recevons du Seigneur quelque bienfait j disons avec le Prophète : a 0 mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais ses miséricordes (1). »
Dans le choix d'un état. Nous devons nous adresser à Dieu et lui dire avec ferveur, comme le roi David : a Seigneur, faites-moi connaître la voie dans laquelle je dois marcher (2). » Combien s'engagent à la légère dans le mariage ! Combien se chargent de tel emploi, embrassent telle profession, sans avoir pris conseil du Seigneur, sans avoir imploré ses lumières, peut-être même contre sa volonté, et compromettent ainsi gravement leur salut !
Dans les tentations. Nous y succomberons presque infailliblement, si nous n'avons promptejnent recours à Dieu, car nous savons bien que nous ne sommes que faiblesse, et la Prière est comme un bouclier, qui repousse toutes les suggestions diaboliques.
Dans les afflictions. La Prière est un baume qui les adoucit. Quand elles viennent nous assailli-, c'est sur-tcut au pied de la croix que nous devons chercher notre con-
(1) Bene'lic, anima mea, Domino, el noli oblivisci omoes retributîones ejus. Psal. en, 2.
(i; Nolam fac mihi viarn in qui ambulera. Psal. cliii, s.
1>E LA PRIÈRE. ses
soîation. Dans les tribulations de toute espèce auxquelles nous sommes exposés, le Seigneur viendra à notre secours, si nous avons soin de crier vers lui (1).
Dans les maladies. Notre véritable médecin, c'est le Seigneur ; il est le maître de la vie et de la mort, de la santé et de la maladie, de la bonne comme de la mauvaise fortune. Dites-lui, comme les sœurs de Lazare: « Seigneur, celui que vous aimez est malade (2). » Priez-le du fond du cœur, si vos forces ne vous permettent pas de le prier de bouche, et vos souffrances seront allégées et vous profiteront pour la vie éternelle.
Bans tous les dangers où vous pouvez vous trouver. A l'exemple des apôtres ballottés par la tempête, élevez votre voix vers le Dieu tout-puissant : « Seigneur, sauveznous, car nous sommes sur îe point de périr (3). d Et le Seigneur vous tendra une main secourable.
Enfin à l'heure de la mort. C'est le moment critique et décisif ; et, comme alors le démon fait tous ses efforts pour nous perdre, nous devons nous attacher à Dieu de toutes nos forces, et le prier de recevoir notre âme dans le sein de sa miséricorde, lui disant comme le divin Sauveur : « Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains ' (4). »
Pour qui devons-nous prier ?
1° D'abord pour nous, car le salut étant une affaire personnelle, notre plus cher intérêt, notre unique intérêt est ie nous en occuper.
2° Pour nos parents. Après Dieu, ils méritent nos plus
(1) Ad Dominum. qnùm tribularer, clamavi, et exaudivit me. Pial. cxix, I.
(2) Domine, ecce quem amas infirmalur. Joan., ii, 3.
(3) Domine, salva nos, périmas. Math. y viii, 125.
(4) In manus luas. Domine, commando soiritum meum. Luc. y XXIII, 46.
tendres affections; et leur bonheur^ soit dans cette vei, soit dans l'autre, doit être l'objet constant de nos vœux.
3° Pour nos supérieurs dans l'ordre spirituel et temporel, ils ont besoin de la luniière d'en haut, pour nous diriger dans les voies de lu justice et de la paix ; et notre sanctification dépend, en grande partie, de la bonne impulsion qu'ils sauront nous donner,
4° Pour nos bienfaiteurs et nos amis. S^entremettrepour procurer le bonheur céleste à ceux avec qui nous sommes liés sur la terre, c'est les aimer en chrétiens ; et la reconnaissance et l'amitié, cimentées par la religion, n'en sont que plus durables et n'en ont que plus de prix.
5° Et même pour nos ennemis. C'est le précepte de Jésus-Christ : « Priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient (1). » Une âme généreuse ne se vengeque par des bienfaits.
6^ Enfin, prions indistinctement les uns pour les autres, afin de nous appuyer mutuellement et que les tièdes participent aux mérites des fervents. Qu'ainsi nos cœurs s'élancent toujours, sur les ailes de la Prière, jusqu'au trône du Très-Haut et de Jésus-Christ son divin Fils, notre adorable Sauveur, à qui soient rendus tout honneur et toute gloire maintenant et à tout jamais ^
TRAITS HISTORIQUES
1. Anne a recours à la Prière dans sa stérilité (2); Susanne dam son angoisse (3); Isaac médite dans son champ (4); Ezéchias prie dans son lit (5); David se lève à minuit pour louer Dieu (6).
(1) Orale pro persequenlibus etcalumnianlibus vos. Luc,,\], 28.
(2) I. Reg,,i.
(3) Dan., m.
(i) Gen., iv.
^5) W.Reg., xr.
ifi) Fi'iL cxvin.
Toutes les fois que saint Ignace entendait l'horloge sonner, il se recueillait en lui-môme et élevait son cœur à Dieu.
Saint Vincent de Paul était exact à la même pratique. Alors même qu'il était en la compagnie de personnes de la première qualité, il se découvrait en signe de religion, et faisait quelque aspiration sainte. Lorsqu'il était seul, il disait ordinairement : « 0 mon Dieu! t ô divine bonté ! quand nous ferez-vous la grâce d'être entièrement < à vous ? »
Saint Thomas d'Aquin faisait très-souvent des oraisons jaculatoires, étant à table, quand il étudiait, lorsqu'il sortait de sa chambre et lorsqu'il y retournait. Il n'y manquait jamais, quand il passait d'un exercice à un autre.
Saint Dominique, étant en voyage, s'occupait ou à chanter des hymnes ou à méditer. Aussitôt qu'il arrivait dans un lieu, sa première visite était celle du Sainl-Sacrement, et, pendant son séjour dans les couvents qu'il visitait, il passait ordinairement la nuit sur le marchepied de l'autel.
Saint Philippe de Néri, étant à Rome, n'y connaissait d'autre récréation que Celle d'aller visiter les églises et les hôpitaux. Même durant le cours de ses éludes , il donnait un temps considérable à ia Prière, et il n'y avait point de jour qu'il ne visitât plusieurs, ou même toutes les églises renommées par la dévotion des pèlerins, quoiqu'elles soient, pour la plupart, fort éloignées les unes des autres. Souvent il priait la nuit entière devant la porte d'une église, et surtout devant les reliques des martyrs, dans le cimetière de Calixte; d'autres fois, il lui arrivait, étant accablé par le sommeil, de se contenter de prendre un peu de repos sur la terre, dans le porche d'une des sept églises. Godkscard.
A l'exemple de ces saints^ faisons-nous un devoir, autant que possible, de ne passer jamais devant une église sans y entrer, pour ••endre à Jésus-Christ nos hommages et nous recommander à lui.
Saint Éloi, la gloire de l'Église de Noyon, se distingua, n'étant encore que laïque, par la plus éminente piété. 11 récitait avec plusieurs de ses domestiques l'office canonial, le jour et la nuit. Plusieurs reliques de saints étaient suspendues en haut de sa chambr-e. Il priait sous ces reliques, prosterné sur un cilice ; il lisait ensuite, mais il interrompait fiéquemmei^l sa lecture, en levant les yeux au ciel, en soupirant, et en versant une grande abondance de larmes. S'il arrivait que le roi Clotaire II, qui l'avait appelé à sa cour en qualité de maître de la monnaie, le mandât pour quelque affaire et qu'il lui envoyât même message sur message, il ne venait point qu'il n'eût achevé ses exercices de piété. Jamais il ne sortait de sa maison, sans prier et san^s faire le signe de la croix. La première «hose qu'il faisait en rentrant, était ie prier. Par l'innocence et la régularité de sa
conduite, il faisait bien plus sûrement sa cour aa roi, qpie ke« autres par les m? ûég.s et les bassesses de l'adulation.
2. On a vu les plus grands hommes, les plus illustres guerriers, au milieu des soins les plus embarrassants de leur charge, se montrer fidèles au devoir sacré de la Prière.
Laudon, feld-maréchal des armées autrichiennes, un des plus habiles et des plus heureux capitaines du xviii» siècle, ayant été éleré dans la religion luthérienne, se fil catholique avec pleine connaissance de cause, et en remplit tous les devoirs avec la plus grande exactitude. En partant, en 1788, pour le camp de Dultitza, il sortit de l'église pour aller directement à l'armée. Arrivé au camp, il remarqua qu'on négligeait la Prière du matin et du soir, et n'eut rien de plus pressé que de rétablir cette pratique chrétienne. Il reçut, avant de mourir, les sacrements de l'Église avec beaucoup de piété. Dans ses derniers moments, voyant les officiers qui environnaient son lit fondre en larmes, il les consola et les raffermit par des paroles puisées dans la vraie philosophie ; il leur recommanda d'unir toujours la religion à la valeur guerrière, de se défendre de ce qu'on appelle les maximes des esprits forts, ajoutant ces paroles remarquables c Je dois à ma confiance en Dieu les succès que j'ai eus, comm*^les consolations que je goûte, au moment de paraître devant lui. » C'est d'un témoin oculaire qu'on tient ces détails. Il a donné lui-même pour inscription à mettre sur son tombeau : « Le souvenir de la mort est la meilleure philosophie (1). » Die. Bist.
Charles XII /^c'était un luthérien ; et pourquoi ne le citerions-nous pas? son exemple est capable de faire rougir bien des catholiques) Charles XII. qu'on a appelé l'Alexandre du Nord, établit la discipline la plus sévère dans son armée, c On faisait, dit un historien qu'on ne peut suspecter, quand il entre dans ces détails (2), on faisait toujours dans son camp la Prière deux fois par jour, à sept heures du matin et à quatre heures du soir. Il ne manqua jamais d'y assister et de donner à ses soldats l'exemple de la piété, qui fait toujours impression sur les hommes, quand ils n'y soupçonnent pas de l'hypocrisie. *
3. C'était uo usage parmi les chrétiens de se lever pendant la nuit pour prier ; et cet usage est encore en vigueur dans beaucoup d'ordres religieux. Nous lisons aux Actes des Apôtres que Paul et Silas, étant arrivés à Philippe, ville de la ftlacédoine, et y ayant prêché Jésus-Clinst. furent battus de verges, comme perturbateurs de la paix publiqut?, et jetés en prison. Le geôlier, ayant reçu ordre de les garder sûrement, les mit dans un cachot et leur serra les pieds dans
(1) Commemoratio roortisoptima philosophia. C2) Voltaire, Hist. de Charles IH, l. II
des ceps de bois. Paul et Silas, tout meurtris de coups et accablé» de douleur, se mirent en Prière sur le minuit et chantèrent à haute voix des hymnes à la louange de Dieu. Dieu fit connaître, par un miracle éclatant, qu'il a un soin particulier de ses fidèles serviteurs, car, pendant qu'ils priaient, il se fil un si grand tremblement de terre, que î-es fondements de la prison en furent ébranlés, toutes les porte* s'ouvrirent en même temps, et les chaînes tombèrent d'elles-mêmes des mains et des pieds de tous les prisonniers. Le geôlier, s'étant éveillé et voyant toutes les portes ouvertes, crut que les prisonniers s'étaient sauvés, et, comme il en répondait sur sa vie, il entra dans un désespoir qui lui fit prendre son épée pour se tuer. Mais Paul lui cria : Ne vous faites point de mal ; car nous voici encore tous. Alors le geôlier, ^'élant un peu rassuré, se fil apporter de la lumière pour éclaircir le fait; et, reconnaissant que tout ce qui s'était passé, était l'efiFet d'une puissance divine, il se jeta tout tremblant aux pieds de Paul et de Silas, leur disant : « Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » Ils lui répondirent : « Croyez au Seigneur Jésus, et vous serez sauvé, vous et votre famille. > A cette même heure de la nuit, cet homme, plein de reconnaissance, prit soin de la santé de ses bienfaiteurs, il lava leurs plaies, et aussitôt il fut baptisé avec toute sa famille. Puis, les ayant menés en son logement, il leur servit à manger, et il se réjouit avec toute sa maison de ce qu'il avait cru en Dieu. Le lendemain, à la pointe du jour, les magistrats qui pouvaient avoir su ce qui lui était arrivé, envoyèrent leurs huissiers au geôlier, avec ordre de relâcher les deux prisonniers.
Act. XVI, 20.
4. Un auteur non suspect et qui a écrit sous l'influence de la philosophie du xvni« siècle, alors dans toute sa nouveauté comme dans toute la violence de sa haine contre le christianisme, Saint-Foix a fait la réflexion suivante : c Chez les Romains, en se mettant à table, « le maître de la maison prenait une coope de vin, et en versait < quelques gouttes à terre : ces libations étaient un hommage qu'ils c rendaient a k Providence. De tout temps, les chrétiens, avant et c après le dîné et le soupe, ont fait une Prière à Dieu pour le rec mercier du repas qu'ils allaient prendre ou qu'ils avaient pris. « N'est-il pas bien condamnable, et en même temps bien ridicule, t qu'en France, depuis cinquante ans, cet acte si naturel de recouc naissance et de religion, ait été regardé, par les personnes du grand « mond^, oomme une petite cérémonie puérile, une vieille mode, « qv:^ le nouveau bel usage doit proscrire ? Nos inférieurs, en deve- « nant, à notre exemple, ingrats envers Dieu, s'habituent à l'être « envers nous. » Essais sur Farts.
6. Quand on annonça au prince de Condé sa mort prochaine, il demeura un moment dans le silence, et tout à coup : 0 mon Ditti, dit-il, vow le voulez, que votre volonté soit faite; je me jette entre vo»
bras; donnex-moi la grâce de bien mourir. Dans celle courle Prière, vous voyez la soumission aux ordres de Dieu, l'abandon à sa providence, la confiance en sa gcâce, et toute sa piété. Sa confession fui humble et pleine de componc lion. Il ne lui fallut pas fongtemps pour la préparer. La meilleure préparation pour celle des derniers temps, c'est de ne les attendre pas. A la vue du saint Viatique, qu'il avaiî tant désiré, il s'arrête sur ce doux objet, il se souvient des irrévérences dont, hélas ! on déshonore ce divin mystère, il se souvient de toutes (es fautes qu'il avait commises, el, Irop faible pour expliquer avec force ce qu'il en sentait, il emprunta la voix de son confesseur, pour en demander pardon au monde, à ses domestiques el à ses amis. Les autres devoirs de la religion furent accomplis avec la même piété et la même présence d'espril. Avec quelle foi priait-il sans cesse le Sauveur des âmes, en baisant la croix, que son sang répandu pour lui ne le fût pas inutilement I II se fit répéter trois fois les prières des agonisants, et il y trouva toujours de nouvelles consolations. En remerciant ses médecins: Voilà, dit-il, maintenant mes vrais médecins; il montrait les ecclésiastiques, dont il écoutait les avis, dont il continuait les Prières, les psaumes toujours à laboudie, la confiance toujours dans le cœur.
fiossuiT, Oraison Funèb.
Telle fut la mort du vainqueur de Fribourg el de Rocroi. A l'exemple de Bossuet, qui disait en terminant son oraison funèbre, qu'au lieu de déplorer la mort des autres, il voulait apprendre dorénavant de lui à rendre la sienne sainte, apprenons, nous aussi, à vivre el à mourir en vrais cluéliens.
6. Louis XIV dit un jour à un de ses favoris : « Ne cesserez-vous de demander ? » Et, voyant le courtisan atterré, il ajouta obligeamment : « pour les autres. » On peut fatiguer un roi par des demandes trop fréquentes. Mais Dieu ne se plaindra jamais que nous lui demandions trop, soit pour nous, soit pour les autres; il se plaindra plutôt de ce que nous ne le prions pas assez.
Sainte Jeanne de Chantai, enseignant à ses filles la meilleure manière de faire Oraison, insistait souvent sur la nécessité de la Prière continuelle. « Notre cœur, disait-elle, doit toujours prier el aimer, quelque chose que nous fassions. » Elle mit par écrit une Prière, dont elle se servaitdans le temps de sécheresse intérieure : c'était un recueil d'actes d'amour, de louanges, d'actions de grâces, de componction» de demandes pour elle, pour ses amis et ses ennemis, pour les pécheurs, pour les morts, el pour toutes les choses quelle d»''sirait obtenir de Dieu. Nuit el jour elle portail à son cou le papier où était celte Prière, et elle le pressait souvent sur son cœur, comme pour exprimer son intention de répéter sans cesse les différents actes qu'il contenait, avec toute la ferveur dont elle était capable.
Une personne, venue de Syrie, ayant demandé à saint Pémen»
DE l'oraison dominicale. 867
un des plus illustres Pères du désert de Scété, en Egypte, quel était le meilleur remède contre la sécheresse du cœur : « C'est, répondit-ii, c la persévérance et la ferveur dans la Prière. L'eau, ne tombant c goutte, à goutte perce la pierre la plus dure; de même la parole c divine, si elle tombe souvent sur notre cœur, triomphera à la lon- « gue de sa dureté. » Si à la Prière on joint la pratique de la pénitence, on sera délivré de son insensibilité. Un humble regret de ne point avoir la componction, l'obtiendra certainement, ou en fera da moins ressentir les avantages. Vie des Pères du désert.