fieg., XVI et xix
Saint Jean l'Aumônier avait exhorté plusieurs fois un des grands seigneurs d'Alexandrie à se réconcilier avec son ennemi. Mais 1«
trouvant toujours inflexible, il le mena dans sa enapelle, et y célébra le saint sacrifice de la messe, n'y laissant entrer qu'une personne po^ir la servir. Lorsqu'ils prononçaient tous trois ensemble l'Oraison Dominicale, îîelon la coutume de ce temps-là, il fil signe au servant de se taire à ces mots : c Pardonnez-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés; » et lui-même se eut, en sorte que le seigne"urfut le seul qui les prononça. Le saint, se tournant vers lui, lui dit avec beaucoup de douceur : « Songez vous bien, « mon frère, à ce que vous venez de dire à Dieu, lorsque, lui de- « mandant pardon, vous avez protesté que vous pardonnez à ceux « qui vous ont offensé! » Ce seigneur, frappé comme d'un coup de foudre, se jeta sur-le-champ aux pieds du saint prélat, et lui répondit : « Votre serviteur est prêt à faire tout ce que vous lui demanderez ; » et, sans différer, il se réconcilia très-sincéremeni a\ec son ennemi.
On lit, dans la vie du même saint, qu'un de ses débiteurs ayant injurié un de ses parents, ce parent vint s'en plaindre : < Je veux, lui dit saint Jean l'Aumônier, instruire cet impertinent et le traiter d'une manière qui étonnera toute la ville, > Que fii-il ? il ordonna à son homme d'affaires de ne plus rien exiger à l'avenir de ce débiteur. Telle fut la vengeance de saint Jean, qui remplit effectivement toute la ville d'admiration.
Vie de saint Jban l'Admônier, écrite par Léonce, e'véque de Chypre.
Des courtisans de Philippe le Bel excitaient ce prince à sévir contre un prélat qui l'avait offensé. « Je sais, leur répondit-il, que je puis me venger ; mais il est beau de le pouvoir et de ne le pas faire. »
On reprochait un jour à Henri IV qu'il traitait avec trop de bonté les ligueurs, ses ennemis irréconciliables. Il répondit : « Dieu me pardonne, je dois pardonner; il oublie mes fautes, je dois oublier celles de mon peuple. Que ceux qui ont péché se repentent, et qu'on ne m'en parle plus. »
Un protestant avait conçu le dessein d'assassiner le duc de Guise, qui se montrait défenseur zélé de la religion catholique; ce projet est découvert, le prince en est informé, il fait venir l'assassin, et lui dit d'un air d'étonnement : « Vous ai-je fait tort en quelque chose? » — « Non, » répondit le protestant. — « Qui donc a pu vous porter à un tel crime?» — «J'ai voulu, dit le protestant, défendre ma religion. » — « Eh bien '. reprit le duc, si votre religion vous enjoint d'assassiner, la mienne m'ordonne de pardonner à l'assassin qui a voulu attenter à mes jours ; je vous pardonne. > Quels beaux sentiments I Puissent-ils passer dans notre âme, et s'y graver profondément !
QUATRIÈME INSTRUCTION
Des TenUlions. — Pourquoi Dieu les permet. — Moyeni d'y résister.
D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles : Et ne nota laissez pas succombera la Tentation?
R. Nous demandons à Dieu qu'il nous soutienne dans le temps de la Tentation, et nous préserve d'y succomber.
Après ^voir imploré la miséricorde de Dieu sur les péchés déjà commis, nous devons éviter, avec le plus grand soin, d'en commettre de nouveaux ; et c'est à cet etfel que nous prions le Seigneur de ne pas nous laisser succomber à la Tentation. Nous ne disons pas au Seigneur de nous déli\Ter absolument de toute Tentation ; car la vie de l'homme, tant qu'il est sur la terre, est un combat continuel, et nous aurons toujoiu-s à lutter contre les attraits corrupteurs du monde, contre la malice du démon acharné à notre perte, et contre les faiblesses de notre cœur; nous supplions seulement le Seigneur d'avoir égard à notre fragilité, de nous soutenir par sa grâce, dans ces moments critiques où notre vertu chancelle ; et de nous préserver, par sa miséricorde, de ces fortes tentations qui ébranlent et renversent quelquefois les âmes les plus dévouées et les plus fermes. Afin de traiter avec ordre cette matière, nous allons examiner : 1° ce que c'est que la Tentation et ses causes ; 2° pourquoi Dieu la permet ou ses avantages ; 3° les moyens d'y résister
i© Qu'est-ce que la Tentation?
La Tentation n'est pas un péché par elle-même, puisqu'il ne dépend pas de nous de ne pas être tentés ; elle est
DE l'oraison dominicale. 42S
seulement une sollicitation au niai, un mouvement intérieur qui nous porte au péché. Ainsi, par exemple, il vous vient en pensée de faire quelque acte défendu, de voler, de vous venger, de vous procurer quelque plaisir déshonnête ; mais vous n'y consentez pas encore : voilà la Tentation.
Dans la Tentation, il faut distinguer trois choses : la suggestion, l'attrait et le consentement. La suggestion est la simple pensée de l'objet défendu, qui se présente à l'esprit, au moment où l'on y pense le moins, et personne n'en est à l'abri. En réveillant les passions, dont le germe est toujours dans le cœur de l'homme déchu, elle y excite un premier mouvement ou une inclination indélibérée, par laquelle il se porte vers l'objet de la tentation qui l'attire et le sollicite, et c'est là cet attrait funeste qui nous entraîne vers le mal; cet attrait n'est pas irrésistible, l'homme peut le surmonter avec le secours de la grâce. S'il cède et se laisse entraîner, il consent ; et c'est le consentement qui seul le rend coupable devant Dieu, parce que seul il est libre, et que l'homme peut le refuser.
Les Tentations proviennent d'une triple cause : 1° Du démon qui enflamme nos sens, qui nous met dans l'imagination mille fantômes séducteurs. Cet esprit infernal est l'ennemi de Dieu, et, ne pouvant s'attaquer à Dieu, depuis qu'il a éprouvé les terribles effets de cette parole toutepuissante qui l'a précipité au fond des abîmes, il s'attaque à son image, c'est-à-dire à l'homme, en qui reluisent les traits les plus admirables de la Divinité. Et, pour l'entraîner dans sa perte, il prend toute sorte de formes, tantôt lion rugissant et tantôt serpent insidieux ;] il n'est pas d'artifices qu'il n'emploie, cherchant en toute occasion à iflous nuire. — 2° Du monde, qui nous porte au mal par ses scandales, pcr ses railleries, par ses fausses maximes, disant qu'il faut que jeunesse se passe, que les plaisirs sont naturels, qu'il faut faire comme les autres, et autres folies semblables. Nous pouvons à peine faire un
pas^ sans trouver quelque pierre d'achoppement. Toutes les créatures semblent se disputer notre cœur, pour le dérober à Dieu. Aussi, lisons-nous dans la vie des saints qu'un pieux solitaire eut une vision, dans laquelle la terre lui apparut toute couverte de filets, où les hommes étaient pris comme les oiseaux dans les lacets de l'oiseleur. — 3° De la corruption de notre nature. Nous apportons, en venant au monde, une grande répugnance pour le bien et un violent penchant pour le mal. C'est ce que saint Paul appelle la loi des membres, qui est contraire à la loi de l'esprit. Notre plus dangereux ennemi, parce que nous ne pouvons nous séparer de lui, c'est notre cœur.
Qui pourrait donc se flatter d'être à l'abri des Tentations ? L'ennemi du salut nous poursuit partout, jusque dans les lieux les plus saints ; il a séduit notre premier père dans le paradis terrestre ; il a osé même attaquer Notre-Seigneur dans le désert. On est tenté à tout âge : l'enfance a ses périls ; la jeunesse est la saison des tempêtes ; et trop souvent, hélas ! sous les glaces de la vieillesse se conserve le feu des plus violentes passions.
Mais, parce qu'on est tenté, il faut bien se garder de croire qu'aussitôt tout est perdu, comme certaines âmes scrupuleuses, qui s'alarment mal à propos. Souvent les plus grands saints ont été en butte aux plus violentes Tentations, tandis que, tout au contraire, le démon laisse tranquilles les plus grands pécheurs. Et qu'a-t-il besoin de les tenter ? Ils sont à lui, ils obéissent à toutes ses volontés, il est sûr de les posséder. Aussi, interrogez les pécheurs d'habitude, plongés depuis longtemps dans le péché : ils vous disent qu'ils n'ont point de Tentations. A peine s'ils savent ce que c'est qu'une mauvaise pensée, qu'un mauvais désir ; ils sont tranquilles. Affreuse tranquillité, qui n'est autre chose que le calme de la mort ! Quant aux justes, le démon, pour s'emparer de leur coeur, est obligé de leur livrer de rudes assauts, de les poursuivre et de les tourmenter sans cesse. Jésus-Christ nous assure que, lors-
quMl a été chassé d'une âme, il met tout en œuwê pour y rentrer, qu'il va chercher sept autres esprits plus méchants que lui, pour s'en emparer. Les Tentations peuvent donc, en bien des cas, être un indice d'une conscience pure ; et c'est en ce sens que saint Cyrille a dit : « Regardez comme un sujet de joie pour vous les diverses Tentations qui vous surviennent *. »
2o Pourquoi Dieu permet-il les Tentations ?
lien est du monde spirituel comme du monde physique. Dans celui-ci, il y a des montagnes à côté des vallées, des jours de sérénité et des jours d'orage. Si nous n'étions pas tentés, où serait la vertu ? à quoi bon la liberté ? Le soldat qui ne sortirait jamais de son camp, serait-il brave? Vanterait-on l'intrépidité d'un pilote, qui ne se serait jamais trouvé dans le danger ? Les Tentations nous fournissent la matière des plus beaux triomphes.
1° Elles éprouvent la vertu, l'affermissent et la font briller du plus bel éclat. Elles sont comme le feu qui piu'ifie l'or, comme un marteau dont le propre est de rendre le fer et plus solide et plus beau en le battant. On peut encore les comparer à la gelée qui mortifie un peu le blé, lorsqu'il est en herbe, mais qui, en même temps, lui permet de jeter de profondes racines, pour porter ensuite une moisson abondante. Ainsi, la Tentation aftlige un instant l'âme, pour la faire croître en grâce et en mérites. Il est écrit que l'homme qui n'est point tenté, n'est point éprouvé (1).
2" Elles nous préservent de l'orgueil. Les âmes justes, à la vue des grâces dont le Seigneur les favorise, pourraient se complaire en elles-mêmes ; mais, quand la Tentation les presse, elles se rappellent leur fragilité et reconnaissent qu'elles ne sont rien et qu'elles ne peuvent rien. Ainsi Dieu,
'I) Oui lenlatus non est, qualia scil? Ecch., xxxiv, ii.
en permettant que nous soyons tentés^ nous tient dans le sentiment continuel de notre dépendance, et du secours dont nous avons besoin pour n'être pas vaincus.
3° Elles nous empêchent de nous endormir dans une funeste sécurité. Que celui qui est debout, prenne garde de tomber, a dit TEsprit-Saint (1). Il n'est rien comme la guerre pour former de bons soldats ; ils sont alors actifs, vigilants ; ils ont leui'S armes toujours prêtes. Il n'est rien comme les Tentations, pour faire de véritables serviteurs de Jésus-Christ ; ils multiplient leurs prières, leurs exercices de piété, leurs jeûnes, leurs aumônes; ils ont recours à toute sorte de moyens pour se préserver du péché ; et, en donnant à Dieu, par chaque nouvelle victoire qu'ils remportent sur eux-mêmes, de nouveaux gages de leur fidélité et de leur amour, ils s'affermissent de plus en plus dans ce saint et divin amour, l'unique objet de tous leurs vœux.
4° Elles nous font mériter une couronne plus brillante, par les victoires qu'elles nous donnent occasion de remporter. Nul ne peut parvenir à la palme céleste, s'il n'a légitimement combattu (2). Dieu ne nous expose au combat que pour nous fournir un sujet de triomphe, et il promet d'être lui-même notre récompense (3).
Ainsi le Seigneur nous fait tirer avantage de la Tentation (4). Les épreuves, auxquelles il nous soumet, sont le plus souvent des effets de sa miséricorde. Bien loin donc de nous décourager, nous devons les supporter en paix, reconnaissant humblement notre misère, et combattre avec vigueur *.
(1) Oai slat, videat ne cadat. I. Cor.^ x, 12.
(2) Nemo coronatur nisi qui légitimé cerlaverit, II. Ttm., ii, 5.
(3) Ero merces tua magna nimis. Gen., xv, 1.
(4) Faciet etiam cum tentatione proventum. I. Cor,^ x, 13.
DE L'ORAISON DOMIMCALE. 439
S* Que faut-il faire pour ne pas succomber aux Tentations t
D y a des moyens à prendre avant^ pendant et après.
Avant la Tentation, il faut se prémunir contre ses assauts. C'est en temps de paix qu'on doit préparer ses armes pour le jour du combat. Que fait-on pour défendre une citadelle ? On la fortifie, on répare ses brèches, on la remplit d'une milice bien exercée, on l'approvisionne. Notre âme est une forteresse, dont le Seigneur nous a confié la garde, et que nous ne pouvons livrer au démon, sous peine de mort. Et, pour la défendre, nous avons besoin d'avoir recours à la prière, et de nous tenir continuellement en garde sur nous-mêmes. C'est ce que le Seigneur nous recommande, en nous disant : a Veillez et priez pour ne pas succomber à la Tentation (1). »
Priez que le Seigneur écarte la Tentation ou qu'il la rende moins violente. A la prière, joignez quelques pieuses considérations sur les grandes vérités de la foi ; animez-vous par de bonnes et généreuses résolutions; et vous aurez lieu d'espérer que vous triompherez de toutes les attaques de vos ennemis.
Veillez sur votre cœur, pour ne pas le laisser ouvert, comme une place démantelée et exposée aux ravages de Satan; veillez sur tous vos sens. Cette vigilance consiste spécialement à fuir toutes les occasions du péché, et à se tenir constamment occupé. L'oisiveté est la mère de tous les vices, et le travail est un remède à tous les maux. Si vous êtes désœuvrés, voilà qu'aussitôt mille pensées dangereuses, mille désirs criminels naissent dans votre esprit. Pour un démon qui tente un homme occupé, il y en a cent qui s'acharnent contre celui qui reste oisif. On comprend, sous le nom d'occasions du péché, tout ce qui est de nature à nous induire au mai, comme, par exemple, les danses, les spectacles, les mauvaises compagnies, les lectures dan-
(1) Vigilate et orate ut non intretis in tentationem. Math., zxvi, 4L
gereuses, les cabarets, etc. On doit les fuir, si on ne veut pas succomber à la Tentation, car, a dit le Sage, celui qui aime le danger y périra (1). Et quelle singulière prière que de dire à Dieu : Ne nous induisez pas à la Tentation, lorsqu'on va s'y jeter soi-même, de gaieté de cœur et tète baissée ! C'est comme si on allait se précipiter dans un brasier ou sur un tas de pierres, et qu'on dît au Seigneur : a Empêchez-moi de me brûler ou de me tuer. » Dieu est-il obligé de faire un miracle pour satisfaire nos caprices ? Il a délivTé Joseph, Moïse, Susanne ; mais ils ne s'étaient pas exposés à la Tentation; les vierges chrétiennes, il les délivrait de la brutalité des soldats ; mais elles ne s'étaient pas exposées. Si, malgré ses recommandations, Lot fût resté dans Sodome, il aurait infailliblement péri, et c'eût été évidemment sa faute. Voulez-vous donc vous conserver pur et sans tache, sortez de cette société, rompez cette liaison, ce commerce, ne lisez pas ces romans. Dieu ne nous accorde sa grâce, et ne nous tend une main secourable, que lorsque nous nous trouvons dans les dangers que nous n'avons pas cherchés. Gardez-vous, dit saint Paul, de donner prise au monde et au démon sur vous (2) ; et, en vue de vot*e fragilité, fuyez toute occasion du péché comme la peste.
Pendant la Tentation, Vous avez tout fait pour la prévenir; et cependant déjà les nuages s'amoncellent, l'orage est près d'éclater. Déjà Tennemi approche, et tous vos sens, toutes vos facultés sont ébranlées. Que faire? Fuyez, il y a des fuites honorables ; Joseph a fui, et il s'est soustrait aux criminelles poursuites d'une femme impudique. Que si vous ne pouvez fuir, parce que la nécessité, le zèle, ou la charité vous retiennent et vous enchaînent à votre place, alors défiance entière de vous-même et confiance absolue en Dieu. Anéantissez-vous devant lui, reconnaissant votre impuia-
(1) Qui amal periculnm, in illo peribit. Ectli., m, UT. 12) Nolite locum dare diabolo, Evhes.. iv. 27.
DE l'oraison dominicale. 4dl
sance à résister, sans son secours, à TenBemi. Mais il est le protecteur de tous ceux qui espèrent en lui (1); et il ne permettra jamais que vous soyez tenté au-dessus de vos forces.. Quand même toutes les furies de l'enfer se déchaîneraient contre votre âme et que les plus affreuses tentations viendraient vous assaillir, sachez bien que le démon ne peut rien contre vous^ malgré vous, parce qu'il n'est pas le maître de votre volonté et que la grâce de Dieu vous suffit. Il est^ dit saint Augustin^ comme un chien à l'attache, qui peut aboyer, mais qui ne peut mordre que ceux qui s'approchent de lui (2).
Ainsi, plein du sentiment de votre force et assuré de la protection de votre Dieu, résistez avec courage, disant énergiquement au démon : Retire-toi, Satan : Vode, Satona; il faut que tu sois bien sale ou bien méchant, pour oser me proposer de telles choses. Retire-toi: Vade, Satana (3). Résistez, dès le commencement. Pendant que l'ennemi est faible, dit saint Jérôme, tuez-le (4). Ce n'est peut-être d'abord qu'une faible pensée ; si on lanéghge, e'îe enflamme un violent désir, et les mauvais désirs poussent aux plus abominables actions. Résistez par de bonnes et ferventes prières. Si vous élevez promptement votre esprit et votre cœur vers le ciel, Dieu, qui est témoin de vos combats^ viendra promptement à votre secours. Dites-lui donc, avec une sainte confiance, ces paroles si efficaces de l'Oraison Dominicale, o 0 mon Dieu, ne me laissez pas succomber à la Tentation, Et ne nos inducas in tentationem. » Dites-lui comme les apôtres, sur le point d'être submergés : « Seigneur, sauvez-nous, car nous allons périr (5) ; » ou bien, comme le prophète royal : « Seigneur, hâtez-vous de venir
(1) Protector est omnium sperantium in se. Psal. xvii, 31.
(2) Latrare poiesl, mordere omninô polest nisi volentem. D, Aug.
(3) Vade, Salaria. Math., iv, 10.
(4) Dùm parvus est hoslis, interfice. D. Hieron.
(5) Domine, salva nos, periraus. Math., viii, 26
à mon secours (1). » Ces paroles, ou autres semblables, doivent être comme un cri d'alarme, que vous poussez aussitôt que vous vous sentez attaqué. Dansées circonstances, il n'est pas nécessaire, du moins ordinairement, de faire de longues prières, il suffit d'un élan du cœur, qui ne manque jamais son effet; il suffit de se réfugier par quelque pieuse pensée sous les ailes de Dieu, dont la seule ombre nous garantira heureusement des ardeurs mortelles du péché (2) .
Après Dieu, notre plus grand soutien, c'est Marie ; n'ou^ blions pas de l'invoquer, surtout dans les Tentations contre la sainte vertu. Elle a écrasé la tète du serpent, elle est terrible aux légions infernales, et son nom seul suffit pour les mettre en fuite. Le démon ne peut avoir aucun empire sur ceux qui lui sont fidèles.
Quelquefois, pour chasser la Tentation, il ne faut qu'un simple signe de croix. C'est le signe du salut et de la victoire. La croix est cette véritable tour de David, contre laquelle viennent se briser les traits empoisonnés de Satan (3).
Un excellent moyen encore de résister aux Tentations, c'est de produire intérieurement ou extérieurement quelques actes de la vertu contraire au vice sur lequel on est tenté , Avez-vous, par exemple, quelques doutes sur les vérités de la religion, vite, faites un acte de foi ; dites : Je crois. Seigneur, mais augmentez ma foi (4). » Sentez-vous des pensées mipures agiter votre âme, méprisez-les, et attachez-vous encore plus fortement à l'angélique vertu. Pareillement, le remède des tentations de désespoir, c'est un acte de confiance en Dieu. A la colère, à l'emportement opposez la patience, la douceur, et ainsi des autres vertus.
Un dernier préservatif que nous indiquerons, c'est de
(1) Deus, in adjutorium meum iniende. Psal. lxix, 2.
(2) Proiegar in volamenlo alarum tuarum. Psal. lx, 5.
(3) Chrislus faclr'» est nobis turris ; ne ferians à diabolo, fuge ad hanc turrim. D. Aug.
(4) Credo, Domine, sed adauge fidem. Luc, xvii, 5
DE l'oraison dominicale. 433
découvrir ses tentations à son confesseur, et de se sou mettre entièrement à sa conduite. Aidé de ses bons con seils, vous résisterez plus facilement. Dans les sacrements de pénitence et d'eucharistie, on puise une force invincible à tous les assauts de Tennemi. Si tant d'âmes justes passent des années entières sans consentir au mal, c'est qu'elles vont se retremper souvent à ces sources inépuisables de la grâce '.
Après la Tentation. Le combat a été heureux ou malheu reux ; vous avez été vainqueur, ou vous avez été vaincu. Si vous êtes vainqueur, rendez grâce à Dieu qui vous a accordé la victoire; si vous avez eu le malheur de succomber, ah ! je vous plains, j'en gémis ; mais ne vous découragez pas. C'est un grand malheur d'avoir péché; mais ce serait un bien plus grand malheurde se livrer au désespoir, après le péché. Ayez recours au médecin, qui mettra l'appareil sur votre plaie, qui cicatrisera vos blessures ; ayez recours à votre Dieu. Écoutez ce qu'il vous dit lui-même: « Mon fils, vous avez péché, ne péchez plus; mais priez pour vos fautes passées, afin qu'elles vous soient pardonnées (1). d Hâtez-vous donc d'en demander pardon ; tombez au pied de la croix ; allez vous confesser au plus tôt ; et, quand vous aurez obtenu la rémission de vos fautes et rendu à votre âme sa beauté première, redoublez de vigilance pour ne plus encourir la disgrâce du Seigneur.
Heureux ceux qui, à la fin de leur vie, pourront dire, comme saint Paul : a J'ai combattu généreusement les combats du Seigneur. Il ne me reste plus qu'à recevoir la couronne que me donnera le Seigneur juste et fidèle (2). » Pour être invincibles comme ce grand apôtre, prenons comme lui l'armure du chrétien, le bouclier <de la foi, le casque de l'espérance, la cuirasse de la vérité, la ceinture de la justice, le glaive de la parole divine; et nous jouirons à jamais de la paix des élus.
(t) £fcrt.,xxii, I.
(2) Bonura certamen certavi. II. lïm., lY, T.
TRAITS HISTORIQUES
1. Quelle que soit la puissance de Satan et son acharnement à notre perte, il ne peut nous faire aucun mal, si nous nous tenons en garde contre lui.
Saint Athanase rapporte qu'un jour le démon se plaignit à saint Antoine de ce que les solitaires l'accusaient injustement, et de ce que tous les chrétiens lui donnaient sans cesse des iiialédictions. « Je ne leur fais point de mal, lui dit-il, ce sont eux-mêmes qui s'en font, car j'ai perdu toute ma force. Qu'ils veillent sur eux-mêmes, s'ils veulent; et qu'ils ne fassent plus tant d'imprécations contre moi. > Saint Antoine, admirant la grâce de Dieu, lui répondit : « Quoique tu sois toujours menteur, tu viens néanmoins de dire la vérité malgré loi. Car Jésus-Christ a ruiné toutes tes forces et t'a entièrement désarmé. » S'il avoue lui-même qu'il ne peut rien, dit ce saint en parlant à ses disciples, n'avons-nous pas raison de le mépriser avec tous ses anges? Les démons se conduisent envers nous, selon l'état où ils nous trouvent. S'ils s'aperçoivent que nous soyons dans le trouble, ils nous attaquent f^ussitôt, comme les voleurs attaquent une maison qu'ils savent n'être gardée de personne. Si, au contraire, ils nous trouvent pleins de joie en Notre-Seigneur et méditant ta parole, ils n'auront aucun pouvoir de nous nuire ; m.ais ils se retireront chargés de confusion. Ayons donc toujours dans l'esprit des pensées saintes; que nos âmes soient continuellement dans la joie, par l'espérance des biens à venir; et alors toutes les illusions des démons nous paraîtront comme une vapeur et une fumée.
Suint Athan., Vie de saint Ant., chap. viii.
2. Un vieillard, qui vivait dans le désert, eut pendant dix années de suite des tentations si violentes, qu'enfin, désespérant de son salut, il dit en lui-même : « Ne pouvant plus espérer de sauver mon âme, puisqu'elle est perdue, je retournerai dars le monde. » Comme il partait, en effet, pour exécuter sa funeste résolution, il entendit une voix qui lui disait : c Les dix années pendant lesquelles vous avez combattu, vous seront autant de couronnes ; retournez donc dan.s votre cellule; je vais, dés ce moment, vous délivrer de toutes ces peines fâcheuses. » Le solitaire n'eut pas plutôt entendu ces paroles, qu'il retourna dans sa retraite et continua de servir Dieu comme auparavant. Ce qui fait voir qu'il ne faut jamais se décourager à cause des mauvaisos pensées, puisque, au lieu de nous nuire, elles servent à nous couronner, si nous y résistons et les méprisons avec courage. Rdfin, Vies des Pères, liv. m.
Saint Jérôme, s'étant retiré en Orient, dans le désert de la pro- ▼ince d" Calcide, y fut assailli des plus violentes tentations. « Cora-
bien de fois, dit -il en parlant de lui-même, combien de fois, étant dans la plus profonde solitude, m'imaginai-je néanmoins cire aux spectacles des Romains ! Mes membres secs et décharnés étaient couverts d'un sac ; mes jours se passaient en gémissements ; et, si le sommeil m'accablait quelquefois malgré moi, la terre dure sur laquelle je couchais était moins un repos pour moi qu'une espèce de tourment. Cependant, je ne pouvais fixer mon imagination volage. Mon visage était défiguré par le jeûne, et mon cœur brûlait, malgré moi, de mauvais désirs. Toute ma consolation était de me jeter aux pieds de Jésus-Christ sur la croix et de les arroser de mes larmes. Combien de fois, pour dompter cette chair rebelle, ai-je jeûné, les semaines entières, au pain et à l'eau ! Combien de fois ai-je poussé des cris vers le ciel, le jour et la nuit, en frappant ma poitrine, jusqu'à ce que le Seigneur m'eût rendu le calme ! 0 mon Dieu, je vous rends grâces de toutes ces persécutions intérieures. Rien n'est plus à craindre pour un chrétien qu'un trop long calme. La tempête fait qu'on veille et qu'on redouble ses efforts pour éviter le naufrage. »
Saint -lÉHÔVE, Éptt.
H est raconté de sainte Catherine de Sienne qu'un jour qu'elle était extrêmement tourmentée par de mauvaises pensées, Jésus-Christ lui apparut et les dissipa par sa présence. Alors elle se plaignit amoureusement à lui : « Où étiez-vous, Seigneur, dit-elle, quand il se présentait à moi de si horribles pensées? » — « Ma fille, lui répondit le Sauveur, j'étais au milieu de votre cœur. » — « Eh quoi ! mon aimable Jésus, reprit-elle, pouviez-vous demeurer parmi des pensées si sales et si honteuses? » — « Oui, mon enfant, j'étais témoin de vos combats et de la répugnance que vous en aviez; je me plaisais à vous voir combattre. » Sainte Catherine ne s'inquiéta plus, et Dieu lui donna enfin te calme. Vie de sainte Catherine.
Quelque mortifié que fût saint Macaire, dans tous ses sens et dam tous les mouvements de son cœur. Dieu permit qu'il fût exercé, pendant toute sa vie, par diverses tentations, afin de lempêcher d'être séduit par la plus dangereuse de toutes, qui est celle de l'orgueil. Il y était sans cesse exposé par la grande réputation de sainteté dont il jouissait, et par les dons extraordinaires dont le Ciel rémunérait sa vertu Dieu lui fit voir un jour, sous des images sensibles, les dispositions intérieures des solitaires, pendant les divins offices, l'attention et la terveur des uns, la négligence et les distractions des autres, ai les démons appliqués à troubler le saint exercice de la prière, par mille pensées vaines et frivoles qu'ils excitaient dans leur imagination. Macaire, touché de cette vision, jeta de protonds sorfpirs; el, fondant en larmes en la présence de Dieu, il lui dit : < Regardez, « Seigneur, de quelle sorte le démon nous tend des pièges, Levez- € vous, mon Dieu, afin que vos ennemis soient dissijjé.'' et fuiem t devant vous, car voye? comment ils remplissent nus âme d'ilus-
€ sions. > Une des plus opiniâtres tentations auxquelles ce pieux solitaire fut exposé, ce fut la pensée de quitter sa cellule, pour aller à Rome exercer la charité envers les malades. Il y résista longtemps; mais, voyant que l'ennemi ne lui donnait pas de relâche et qu'au contraire, son esprit était de plus en plus agité par cette pensée, il se coucha oar terre ; et, embrassant le seuil de sa porte 3 dit au tentateur qui le pressait si fort : « Arrache-moi d'ici, si tu peux, et c traîne-moi par force où tu veux que j'aille; autrement je suis « résolu de ne point sortir d'ici. » Il demeura dans cette posture jusqu'au soir ; mais se sentant, la nuit, plus agité que jamais, il prit une grande corbeille pleine de sable qu'il mit sur ses épaules, et se mit à marcher a travers le désert. Un des frères le rencontrant s'offrit de le soulager, et le pria de ne se point tourmenter davantage. « Je « tourmente, répondit Macaire, celui qui me tourmente, et qui, me € voyant si lâche et si paresseux, veut me persuader d'entreprendre « de longs voyages. » Ayant ainsi marché longtemps, il retourna dans sa cellule, le corps brisé de fatigue ; et le calme fut rendu à son âme.
3. Jésus-Christ, notre modèle en tout, a voulu nous apprendre, par son exemple, de quelle manière nous devons repousser les tentations. Ce divin Sauveur a permis que l'esprit de malice l'attaquât avec les armes dont il s'était servi pour perdre nos premiers parents. La concutjiscence de la chair ou la complaisance envers les appétits du corps , la concupiscence des yeux ou la curiosité, le désir de voir, d'entendre des choses extraordinaires, la recherche d'une vaine g oire, et l'orgueil de la vie ou la présomption, le désir de dominer, l'amour des biens terrestres, voila les trois flèches mortelles dont il avait pe"cé le cœur d'Adam et d Eve, en les portant à manger le fruit défendu, pour satisfaire leur sensualité, en leur assurant que leurs yeux seraient ouverts p^ur discerner eux-mêmes le bien et le mal, en leur persuadant qu'ils deviendraient semblables à Dieu. Toutes les autres tentations, auxquelles on peut être exposé, viennent se réunir à ces trois principales, comme à leur source générale. Le démon a attaqué le Fils de Dieu de ces trois manières : !<> Il l'engage, pour soulager sa faim, à changer les pierres en pain ; mais Jésus-Christ le repousse par ce passage de l'Écriture: L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de ia bouche de Dieu. 2» Vaincu et désarmé dans son premier dessein, le démon change de batterie. Il transporte le Sauveur au haut do Temple, et il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, précipitex-vout «n bai. Et, abusant malignement de l'Écriture, il ajoute ; Car il est écrit : 1 Heu a ordonné o ses anges de prendre soin de vous et de vous recevoir entre leurs mains, de peur que vous ne heurtiez votre pied contre la pierre. Le démon avait allégué un texte des saintes Écritures, Jésus-Christ oppose uû texte des prophètes. Avec calme et 'ouceur,
DE l'oraison dominicale. 437
il répond : Il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dteu. 3° Le démon essaie un nouveau combat; et, transportant le Sauveur sur le sommet d'une montagne, il découvre à ses yeux tous les royaumes du monde avec leur pompe, et il a l'impudence de lui dire : Je vous donnerai toutes ces choses, si vous tombes a mes pieds pour m'adorer. Jésus-Christ lui répond : Retire-toi, Satan, car il est écrit : Vou,s adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul. Parole souveraine à laquelle le tentateur obéit, car, après cette réponse, ou plutôt cet ordre de Jésus-Christ, il prend la fuite et se retire tout confus. Aussitôt les anges s'approchèrent de Jésus et le servirent. Math., iv.
A l'exemple de notre Sauveur, opposons à Satan le bouclier de la foi; combattons-le avec l'épée de la parole divine; recourons à Dieu avec une foi vive, étant bien persuadés que , même dans nos besoins les plus pressants, la parole de Dieu, comme l'a dit saint Jean Chrysostome (1), est une nourriture qui supplée à toutes les autres; que, dans les biens mêmes que nous recevons de sa rnain libérale, nous ne devons point tenter Dieu ; que toute notre ambition doit aspirer a fa seule gloire du royaume céleste; que tout le reste doit être compté pour rien; et que tout ce qui excède la nécessité, n'est digne que de nos mépris.
Les Pères du désert avaient pour maxime que le travail est un remède à tous les maux. Un jeune homme, r'.rrivé depuis peu dans la solitude, se plaignait à un grand saint qui avait beaucoup de crédit auprès de Dieu, de ce qu'il était continuellement tenté et porté à se décourager, c Ne vous inquiétez pas, lui dit le saint, je m'intéresserai pour vous. » fllalgré cette promesse, le jrune homme ne reçut aucun secours et se plaignait d'être toujours dans le même état. Le saint vieillard, voyant que ses prières étaient inutiles pour obtenir à ce jeune solitaire la délivrance de ses tentations, pria Je Seigneur de l'éclairer à ce sujet ; et, en effet. Dieu lui fit voir ce jn.ne homme dans sa cellule, les mains croisées, dans une oisiveté coropléte, et dormant une partie du jour. Ce jeune homme, mandé pat le vieillard, fut obligé de faire l'aveu de sa paresse; il se corrige- et, s'étant attaché au travail, il n'eut bientôt plus de tentations.
Moïse qui, de capitaine de voleurs, était devenu un grard solitaire, pratiquait, dans le désert, les plus austère? macérations, pour dompter ses anciennes habitudes ; mais, malgré tous ses efforts, l'enfer, furieux d'avoir perdu cette victime, armait tous ses ministres pour le faire rentrer dans l'abîme. Mille idées dang-reuses se présentaient sans cesse à son esprit, pour réveiller les passions impures auxquelles il s'était autrefois livré. Dans cette agitation il alla trouver le grand Isidore, prêtre du désert de Scété et lui découvrit son
(1) D. Chrys. Hom. 13, in Math., c. vi.
cœur. « Mon frère, lui dit ce saint, que cela ne vous étonne pas ; vous <: ne faites que commencer à quitter vos mauvaises habitudes, et elles € cherchent encore les choses auxquelles elles ont été accoutumées. « Un chien, dont l'habitude est de ronger les os dans la boucherie, y € revient toujours; mais, si l'on ne lui donne pi u:^ rien &t qu'on ferme € la boucherie, il n'y revient plus et la faim l'oblige d'aller ailleurs; « de même, si vous persévérez dans l'exercice de la continence, en mor- « lifiant votre chair et en vous tenant en garde contre la gourmandise, « qui est comme la mère de l'impureté, ce dernier démon, voyant qu'il « ne reçoit pas de vous les viandes dont il a coutume de se nourrir, « vous quittera et vous laissera enfin dans un calme profond. » Moïse, ayant reçu cet avis, se renferma dans sa cellule et commença à pratiquer un jeîineplus rigoureux qu'auparavant. Il ne mangeaitparjour que douze onces de pain, sans aucune autre nourriture, travaillait beaucoiip et faisait de fréquentes oraisons. Mais, quoi qu'il fît pour abattre son corps, il ne laissait pas d'être encore inquiété par des pensées d'impureté, particulièrement dans les songes; sur quoi il alla consulter un vieillard, d'une vertu très-éprouvée, qui lui dit : « Cela « vient de ce que vous ne détournez pas assez votre esprit de ces iraac ginations; mais, croyez-moi, accoutumez-vous à veiller, priez avec « attention, et vous en serez bientôt délivré. »
Moïse prit donc la résolution de passer les nuits entières, sans dormir et même sans se mettre à genoux pour prier Dieu, de peur de succomber au sommeil. 11 vécut six ans de la sorte, demeurant toutes les nuits debout au milieu de sa cellule, et priant sans relâche. Néanmoins il ne put encore, par tant de mortifications et de veilles, écarter ces pensées importunes : tant il est difficile de se délivrer du démon de l'impureté, quand une fois on lui a laissé prendre une place dans son cœur! Ces pensées poursuivaient Moïse avec tant de violence, qu'un jour, ne pouvant plus demeurer dans sa cellule, il alla trouver le saint prêtre Isidore, qui tâcha de le consoler par divers passages de l'Ecriture sainte, et l'exhorta à retourner dans son ermitage. Mais le solitaire était tellement découragé qu'il ne pouvait s'y résoudre. Alors Isidore le mena sur le haut de la maison et lui fit voir, du côté de l'Occident, une nombreuse troupe de démons dans l'agitation et dans le trouble. Il lui dit ensuite de regarder du côté de l'Orient, et il y vit une multitude innombrable d'anges et une armée céle?te plus brillante que le soleil. « Ceux que vous voyez « à l'Occident, lui dit Isidore, sont ceux qui attaquent les saints de « Dieu, et à l'Orient sont ceux que Dieu envoie pour les défendre. « Reconnaissez donc que, comme le dit le pro[)hete Elisée, nous en « avons plus pour nous que contre nous, et que saint Jean a raison de « dire que celui qui est en nous est plus grand que celui qui est dans « le monde ; ce qui signifie que Dieu, qui habite en nous et qui nous « soutient par sa grâce, est plus fort que le démon qui nous tente. »
DE l'oraison dominicale. 4 39
Moï3e, fortifié par celte vision, s'en retourna à sa cellule, plein de confiance dans le secours de Dieu et rendant grâce à la bonté de Jésus-Christ.
11. s'avisa ensuite d'une nouvelle austérité, pour achever de mortifier sa chair. Il allait, durant la nuit, aux cellules des anachorètes qui, ayant vieilli dans les travaux de la pénitence, n'avaient plus la force d'aller quérir l'eau qui leur était nécessaire car, dans ces déserts, il fallait faire quelquefois une ou deux lieues pour en avoir. Moïse prenait donc les cruches de ces saints vieillards, et les allait remplir, sans qu'ils le sussent. Isidore, qui craig^nait qu'il ne portât ces austérités trop loin, l'exhorta à les modérer. Mais Moïse l'assura qu'il ne cesserait point de combattre les démons de toui,.'s ses forces, jusqu'à ce qu'il se vît délivré des tentations et des fantômes par lesquels ils continuaient de le persécuter. Alors Isidore lui dit: «Je vous déclare que, par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, toutes ces illusions cesseront dés ce moment. Prenez donc courage ; c'est une grâce que Dieu vous a faite de vous laisser si longtemps sous le joug et sous la tyrannie de cette tentation, afin que vous ne soyez point enflé de vanité, comme si vous l'aviez surmontée par vos mortifications. » En même temps il pria pour lui; et .Moïse, élant retourné dans sa cellule, 7 vécut toujours depuis fort tran«[uille.
CINQUIÈME INSTRUCTION
Divers maux dont nouo demandons à Dieu la délivrance. — Explication du mot Amen.^ Utilité de la récitation fréquente de 1 Oraison Dominicale.
D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles ; Délivreznous du mal F
II. Qu'il nous délivre du péché, des peines dues au péché, des tentations, et généralement de tout ce qui nous éloigne du salut.
Ces mots : Délivrez-nous du mal, sont comme le complément (le rOraison Dominicale, et la récapitulation Je toutes les autres demandes. Car, prier le Seigneur qu'il nous délivre du mal, c'est lui demander en même temps qu'il nous préserve des tentations, qu'il nous pardonne nos
péchés, qu'il ne nous laisse jamais manquer de ce qui nous est nécessaire dans nos besoins spirituels et corporels, qu'il nous accorde toujours la grâce de faire sa volonté, afin de mériter son royaume et de sanctifier son nom. Ainsi notre divin Maître, en nous enseignant TOraison Dominicale, a bien voulu employer les termes les plus génériques pour abréger nos prières, sans nuire à leur efficacité.
Par ce mot mal nous désignons tout ce qui peut nuire à notre âme et à notre corps, tout ce qui peut faire notre malheur dans ce monde ou dans l'autre, et nous en demandons instamment à Dieu la délivrance.
Nous le supplions qu'il nous délivre :
1° Du péché, qui est le seul mal digne de nos larmes, le !ïial par excellence. Tunique mal de Dieu qu'il outrage et déshonore, et l'unique mal de l'homme qu'il avilit et qu'il voue à la damnation éternelle. Nous devons donc avoir, pour ce mal souverain, une souveraine horreur. Que tous les autres fléaux tombent sur nous, nous pouvons nous y résigner; mais le péché.... ah! Seigneur, nous n'en pouvons pas même supporter l'idée ; qu'il fuie loin de nous. Libéra nos à malo. Délivrez-nous surtout du péché d'habitude, de la passion dominante : dans les uns, c'est l'orgueil; dans les autres, l'avarice ou la luxure ; ce péché extirpé, les autres se dissiperont plus facilement *.
Entre tous les maux de l'âme, un de ceux que nous devons détester le plus, c'est cette malheureuse impiété, la plaie de notre siècle; c'est cette criminelle indifférence pour la religion et les devoirs qu'elle impose. Il semble qu'on est à peine chrétien, ou qu'on rougit de l'être. Faites, ô mon Dieu, que nous soyons pleins ('o foi, de zèle, d'ardeur; préservez-nous de ce travers d'esprit qui fait qu'on ne veut rien croire, de peur de passer pour esprit faible, pour dévot. Libéra nos à malo.
S*" Des peines dues au péché. Dieu a, dans les trésors de
sa colère, mille fléaux qu'il peut faire tomber sui ceux qui méprisent ses lois (1). Mais c'est surtout dans l'autre vie qu'il exerce ses vengeances contre les pécheurs impénitents. Nous le prions donc de nous délivrer de l'enfer, qui est le mal éternel, le mal irrémédiable, et, pour cela, de nous inspirer, dans cette vie, les sentiments de componction et d'amour de Dieu, nécessaires pour mériter le ciel. Libéra nos à ma lo.
3° Des tentations et spécialement de la concupiscence, c'est-à-dire de ce funeste penchant au mal, qui nous a été transmis avec le péché de notre premier père. Nous ne pouvons l'extirper entièrement d'au dedans de nous ; nous en porterons jusqu'à la fin la racine, racine amère, toujours prête à reproduire des fruits de mort dans les âmes les plus justes; mais la grâce de Dieu l'affaiblit et arrête ses funestes effets. Prions donc le Seigneur de diminuer, sinon d'éteindre entièrement, ce foyer de corruption. Libéra nos à malo.
4° Généralement de tout ce qui nous éloigne du salut. Il y a plusieurs obstacles à notre avancement dans la vie spirituelle. Les plus ordinaires sont l'ignorance de la religion, les fausses idées qu'on se fait sur la piété, l'aveuglement de l'esprit, l'endurcissement du cœur. Le plus affreux de tous, c'est l'impénitence finale, laquelle nous précipite, sans retour, dans le gouffre de l'enfer ; mais les autres y conduisent aussi insensiblement et comme par degrés. Que le Seigneur donc nous en délivre ! Libéra nos à malo. Voilà pour les maux spirituels.
Nous demandons aussi la délivrance des maux temporels, tels que la guerre, la peste, la famine, le tonnerre, la grêle, les inondations, toutes les incommodités (]ui affligent le genre humain, les maladies, la pauvTCté, les divers accidents auxquels nous sommes sujets, la perte de nos biens, la mort de nos proches, etc. Mais nous ne devons de-
(1) Mulla flagella peccatoris Psal. xxxi. 10
mander la déli\Tance de ces maux qu'autant qu*il peut être expédient pour notre salut que nous en soyons délivrés. Car souvent, dans les desseins de la Providence, les disgrâces, les afïlictions temporelles sont des moyens de janctification. Dieu nous les envoie pour nous faire expier nos péchés, pour nous détacher de ce monde et élever nos tœurs vers la céleste patrie, pour épurer et perfectionner notre vertu, pour augmenter notre récompense dans le ciel. Au lieu donc d'être un mal, elles sont souvent un bien; et nous devons les recevoir avec résignation à la volonté de Dieu, en esprit de pénitence, et avec actions de grâces.
Au contraire, les prospérités temporelles, la santé, les richesses qui servent d'aliment au vice, et généralement tous ces biens de la terre, que les hommes ambitionnent et recherchent avec tant d'avidité, loin d'être de vrais biens, deviennent quelquefois, par Tabus qu'on en fait, de \Tais maux ; alors il est avantageux pour nous d'en être déli\Tés, et c'est une grâce que le Seigneur nous accorde de nous enlever ces moyens de perdition. Ainsi, quand nous lui disons : Délivrez-nous du mal, nous lui demandons, sans nous en douter, qu'il nous prive de ces avantages temporels, de cette prospérité matérielle, si elle ne doit pas être un bien par rapport à nous, et qu'il nous envoie les afflictions nécessaires pour nous rappeler à de meilleures voies. Ne perdons jamais de vue que tout ce qui est avantageux pour notre sanctification, quelque douloureux que cela soit à la nature , est cependant un bien ; et que tout ce qui nous écarte du chemin du salut, quelque agréable et riant que cela puisse paraître, est un mal et un très-grand mal *.
D. Que veut dire ce mot : Amen ou Ainsi soit-il? R. Ce mol exprime le consentement que nous donnons à tout ce qui est renfermé dans l'Oraison Dominicale.
C'est comme le sceau et la conclusion de tout ce que nom
DE l'oraison dominicale. 4 43
venons de demander à Dieu. Ce mot Amen, tiré ûe la langue hébraïque, veut dire : C'est cela^ c'est la vérité, que toutes ces demandes soient exaucées, je le désire, je l'espère, ainsi soit-il. On le dit à la fm de toutes les prières, pour témoigner qu'on y prend part, qu'on les approuve, et qu'on souhaite vivement en obtenir l'etfet par la miséricorde de Dieu ; si on le prononce de cœur, après avoir écouté et suivi attentivement l'Oraison Dominicale, on aie môme mérite que si on l'avait récitée soi-même.
En proférant ce mot, nous devons donc éprouver, au dedans de nous-mêmes, un ardent désir d'être exaucés ; et ce désir doit être plein de confiance, nous appuyant sur la promesse de Jésus, qui a dit que tout ce que nous demanderons à son Père, en son nom, nous sera accordé (1). Mais qu'arrive-t-il le plus souvent ? C'est que ce désir n'est exprimé que de bouche, et que le cœur le contredit à chaque instant. Est-ce prier de bonne foi, lorsque, tout en demandant à Dieu l'accomplissement de sa volonté, on méprise cependant sa loi sainte, et on la fait céder aux vains prétextes dont l'amour-propre se sert pour l'éluder? lorsque, tout en lui demandant l'avènement de son règne, on cherche à se soustraire à son empire? lorsqu'en lui demandant le pain quotidien, on refuse néanmoins le pain eucharistique qu'il veut bien nous offrir? Pareillement, vous lui dites qu'il vous délivre du mal, et peut-être seriezvous désolés qu'il vous prît au mot et qu'il vous privât de ces plaisirs honteux, qui vous paraissent pourtant si aimables. Donc, convenez-en, vou3 ne priez pas sincèrement, et vous ne voulez pas qu'il vous accorde ce quf vous faites semblant de lui demander. D'après la funeste disposition de votre cœur, votre Amen ne veut pas dire ainsi soit-il ; mais il faut le traduire, au contraire, par ces mots : Non, mon Dieu, je ne veux rien de ce que je viens de dire ; le rétracte
(1) Si quid pelierilis Patrem in nomine meo. dabil vobis. Joan., XVI. 23.
44 4 TROISIÈME LEÇOM.
le tout : que ma prière soit comme non avenue, elle n'est
que mensonge et hypocrisie... Ah! plutôt disons cet Amen avec un redoublement de ferveur, soit pour réparer les imperfections qui ont pu se glisser dans notre prière, soit pour faire comme un dernier effort, afin de toucher plus vivement le cœur de notre Père céleste. Disons-le surtout avec un cœur plein de bons désirs. Amen, Ainsi soit-il; oui Seigneur, soyez béni, soyez glorifié, c'est mon vœu le plus ardent. Exaucez-moi, ô le plus tendre des pères; accordezmoi le pardon de mes offenses, la gi-âce de bien vous aimer; rendez-moi digne de vous, digne du ciel que vous m'avez promis. Arnen, Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.
D. Devons-nous réciter souvent l'Oraison Dominicale? R. Il faut la réciter souvent, et il est bon de la dire plusieurs fois le jour.
Si on nous disait: Voici une prière envoyée miraculeusement du ciel; quiconque la récite est sur de plaire à Dieu et d'obtenir ses grâces, comme on serait exact et empressé à la réciter ! On la regarderait comme le plus précieux trésor, et on se ferait un devoir de l'avoir sans cesse dans l'esprit et à la bouche, pour remployer à chaque besoin. Mais l'Oraison Dominicale vient réellement du ciel, puisque c'est Jésus-Christ lui-même qui nous l'a enseignée ; elle doit donc nous inspirer la plus vive confiance, et nous pouvons nous en servir pour obtenir de Dieu quelque grâce que ce soit; tout ce que nous pouvons demander s'y trouve renfermé. Et quoi de plus capable de toucher le cœur de notre Père céleste et de l'intéresser en notre faveur, que de lui adresser les propres paroles de son Fils? Il écoute alors av^c plus de complaisance les vœux que nous élevons vers lui. Kécitons-la donc souvent cette admirable prière ; elle est, dit saint Augustin, le remède à nos péchés journaliers; elle est la clef d'or avec laquelle nous pouvons, ^uand A nous plaît, ouvrir les trésors du ciel. Les saints Pères lUi donnent le nom d'Oraison quotidienne ; plus
DE l'oraison dominicale. 4 45
nous en ferons usage, plus nous croîtrons en sainteté, plus nous nous enrichirons de mérites. Voilà pourq'ioi l'Église nous la met si souvent à la bouche ; elle l'a placée au commencement et à la fm de tous ses offices, et au milieu de Faction solennelle du saint sacrifice. Gardons-nous bien de regarder la répétition de la même prière comme fastidiei/se. Jésus-Christ, au Jardin des Oliviers, pria trois fois avec les mêmes paroles ; les anges dans le ciel répètent constamment et sans jamais se lasser : saint, saint, saint, est le Seigneur, le Dieu des armées. On a vu des saints passer les journées et les nuits entières à réciter le Pater. Il est certaines gens qui semblent préférer quelques prières rares, sublimes, recherchées ; mais où en trouver une qui approche de TOraison Dominicale ? Récitez votre Pater, enfants, hommes du peuple^ vous tous qui êtes peu instruits, et vous êtes assurés d'adresser à Dieu une prière incomparablement plus belle et mille fois plus efficace que toutes celles des docteurs et des savants.
Que si nous devons souvent réciter l'Oraison Dominicale, il y a, par conséquent, une obligation indispensable de la savoir. C'est la première prière que les parents doivent enseigner à leurs enfants, aussitôt qu'ils commencent à bégayer. Quelqu'un qui ne la saurait pas ou qui ne la comprendrait pas, serait indigne du nom de chrétien.
Pour qu'elle produise infailliblement son effet, récitonsla avec une foi vive, avec une grande ferveur, avec une ardente charité, avec un profond sentiment de ces vertus sublimes, par lesquelles nous faisons à Dieu l'hommage de nos cœurs *.
TRAITS HISTORIQUES
I. Nabal se révolta contre le roi David, sins savoir ce qu'il faisait; le lendemain, lorsqu'il vit le danger qu'il avait couru, il mourut de chagrin. Si nous connaissions tout le mal que le péché fait à l'âme, nous ne pourrions pas vivre un seul instant, après l'avoir commis.
2. En quelque affliction, danger ou tenlalion que nous soyons, Dieu, élant infiniment puissant et miséricordieux, peut et veut nous en délivrer, si c'est pour notre bien. C'est ainsi que nous voyons qu'il a autrefois sauvé Lot et sa famille de l'incendie de Sodome. Le Seigneur avait résolu de détruire celle ville, à cause des abominations dont elle se rendait journellement coupable. Alais Lot qui, bien qu'éloigné de la perfection d'Abraham , étaU cependant un homme juste, que les crimes de Sodome affligeaient et persécutaient, comme s'exprime saint Pierre (1), ne devait pas ê'^e compris dans la malédiction générale. Dieu envoya donc deux anges pour le retire du milieu de celte ville infâme, avant que la vengeance célesle éclatât sur elle. El, comme Lot difl'érait toujours de sortir, malgré l'averlissementque lui donnaient les anges, ils le prirent par la main avec sa femme et ses deux filles, et le conduisirent hors de la ville, en lui recommandant de ne point demeurer dans tout le pays d'alentour, mais de se sauver sur la nîontagne, de peur qu'il ne pérît aussi lui-même avec les autres. A peine fut-il sorti que Dieu fil tomber une pluie de soufre et de feu, qui consuma Sodome et ;troi8 autres villes voisines également coupables, avec tous leurs habitants.
La manière dont les anges font sortir Lot de Sodome, est une grande image de celle en laquelle Dieu lire les hommes de la Sodome du siècle. Il leur annonce, par ses ministres et par les dispensateurs de sa parole, qui sont aussi ses anges, selon l'Écriture, que le monde va périr et que ceux qui l'aimeni périront avec lui, comme dit saint Jean (2^; et cependant ils n'en peu\eni dégager leur cœur. Il faul leur faire une sainte violence, afin qu'ils en sortent; il faut que Dieu les prenne en quelque manière par la main et qu'il les en tire, comme il est dit qu'il prit par la main les Israélites, pour les faire sortir de la servitude d'Égyple. Sacy.
Béthulie, assiégée par Ilolopherne, général des armées d'Assyrie, fut délivrée en un moment par la sagesse et le courage de Judith. C'était une sainte veuve, d'une excellente vertu, qui a\ait passé les années de son veuvage dans l'intérieur de sa maison, toujours dans le jeûne et le cilice, et, s'élanl depuis longtemps foriifiée par ces saints exercices, elle se sentit, dans celle extrémité de son peuple, poussée d'un dessein qui ne pouvait ^enir que do Dieu. Après avoir reproché aux ,'uifs leur peu de confiance en Dieu, elle leur déclara qu'elle avait formé un grand projet qu'elle ne pouvait encore leur fâir€ «onnaîire, mais qu'elle leur recommandait seulement de prier pour elle, pendant qu'elle serait hors de la ville. Elle se rendit donc au camp des Assyriens, où elle fut reçue avec toute sorie d'égards, à
(1) Justum Lot oppre.ïsum à nefandorum injuria,... animamjoilam iniquis o[icrûlioiiibus cruciabanl. II. Pet.j ii, ";, 8.
(2) Mundus transit et concupiscentia ejus. 1. Joan., ii, 17.
cause de sa grande beauté, et conduite au général qui voulut qu'on la traitât parfaitement bien. A la suite d'un souper splendide, qu'Holopherne donna à son occasion, elle profita dt- l'état d'ivresse 001 il s'était réduit, pour exécuter son dessein. Quand tous les officiers furent retirés, se voyant seule avec cet inipie, elle conjura le Sei gneur d'armer son bras de force en cette rencontre; et, pleine d'un léle divin, elle prit le sabre d'IIolopherne, le tira de son fourreau, et, levant les yeux au ciel d'où elle attendait sa force, elle prit Holophernepar les cheveux, et. de deux coups, lui coupa la tête ; et, l'ayant mise dans un sac, elle l'emporta et rentra dans Béliiulie. Dès que le jour fut venu et que l'armée d'IIolopherne eut su ce qui s'était passé, elle fut saisie d'une frayeur extrême; les Juifs sortirent en même temps de la ville, poursuivirent vivement les Assyriens, en tuèrent un grand nombre et partagèrent leurs riches dépouilles.
Cette histoire est admirable dans toutes ses circonstances. Elle nous fait voir, par un prodige qui surpasse tout ce que les hommes ont jamais inventé dans leurs fables, que Dieu est le protecteur de ceux qui le craignent, et, lorsqu'on a une véritable confiance en lui, on est invincible. Une femme seule coupe la tête du général de la plus redoutable armée qui fût dans le monde. Elle sauve seule la ville assiégée et toute la Judée, qui était menacée du même péril. Elle surprend le prince par sa beauté, le trompe par sa sagesse, et lui ôtela vie par son courage , elle est, dans l'exécution de ses merveilles, le bras de Dieu. Rotadmoîct.
3. On gagne beaucoup plus devant Dieu, par une seule demande du Pater noster, faite du fond du cœur, que par la récitation d'un grand nombre de formules de prières, dites précipitamment et sans attention. Sainte Thérèse.
Saint Grégoire de Tours rapporte que saint Calupan, reclus, fut longtemps tourmenté par des remords, et que le désespoir, le chagrin et toutes les peines d'esprit l'accompagnaient partout. Les démons, sous la forme d'horribles ser-ents, venaient aussi souvent le tourmenter dans sa solitude. Il usa de toutes sortes de remèdes, pour sedélivrer ae ce.=» peines et de ces mauvais esprits, sans pouvoir réus sir. Il lui vint en pensée de faire usage du Pater, et, lorsqu'il en était à la dernière demande, il s'arrêtait, il la répétait plusieurs fois, et pendant qu'il disait : Libéra nos a maio, il voyait renaître le calme dans son âme; les serpents qui l'entouraient, qui souvent lui serraient le cou, prenaient la fuite en criant : « Cette prier? est pour nous un tourment. > Greg. Tur. m vit. sanct.
Saint Hugues, évêque de Grenoble, ne pnu\ait jamais se rassasier de réciter celle admirable prière, et d'en médiu^r le sens mystérieux. Dans une maladie assez grave qu'il eut, il la répéta jusqu'à trois centi V)ig en peu de temps. Sow camérier lui fit observer que cette fatigue
pourrait lai nuire : « Au contraire, répondit le saint, plus je répète celte prière, plus je rae trouve soulagé. » Saint Liguori.
Les Suisses, si renommés par leur bravoure, ne se sont pas moins distingués parleur attachement à leur religion, et, malgré les ravages qu'a faits parmi eux la Réforme, nous sommes encore témoins de nos jouTS du zélé des cantons catholiques à défendre leur foi et leur indépendance contre les coupables entreprises des cantons protestants. Il se montrent ainsi les dignes descendants de ces héros, qui se confessaient la ve-ille, des batailles, et disaient, au moment de combattre, cinq Pater et cinq Ave, en l'honneur des cinq plaies de notre Seigneur Jésus-Christ. Puis ils se précipitaient sur leurs ennemis toujours très-supérieurs en nombre^, les culbutaient, priaient encore pour rendre grâces, restaient trois jours sur le champ de bataille, afin que le vaincu pût prendre sa revanche, s'il la voulait, et rentraient ensuite chez eux, modestes, modérés, fidèles après la victoire comme avant le combat. — En 15^6, lorsque la Réforme commença de troubler la Suisse, les soldats catholiques de Fribourg prêtaient, avant d'entrer en campagne, un serment qui vaut la peine d'être retenu. Ils juraient de « faire tout le mal possible à l'ennemi, de défendre leur bannière jusqu'à la mort; déménager les prêtres, les femmes.les enfants, les vieillards, les églises, les couvents, à moins que l'ennemi ou son bien n'y fussent enfermés; de dire tous les jours, pour la gloire de Dieu et de l'armée céleste, cinq Pater et cinq Ave; de ne s'associera aucun corps franc; d'observer fidèlement tous les articles de foi. > Veuillot, Pèlerinage en Suisse.
II est encore un grand nombre de descendants de ces vrais catholiques, qui n'ont pas dégénéré. On les a vus naguère dans le Valais, armés pour la plus juste et la plus sainte des causes, se préparer par la prière à défendre leur foi et leur liberté. Le jour de la Toussaint, 1847, après avoir assisté pieusement au saint sacrifice et s'être approchés de la table sainte, ils sont allés tous, l'un après l'autre, faire toucher leurs épées aux reliques de saint Maurice et de set conapagnons. dans l'église qui porte son nom. Que le Dieu dei armées et la reine des victoires les protègent!