II
458 «OATRIÈME LEÇON.
Jésus-Christ, qui est véritablement Dieu ! Quelle dignité î a Écoute, ô homme, s*écrie là-dessus saint Anselme, contenipie et admire. Le Père céleste avait i":i Fils unique et consubstantiel ; mais il n'a pas voulu que ce Fils n'appartînl qu'à lui seul; il en a fait part à Marie, et elle est véritablement sa mère sur la terre, comme il est son père dans le ciel (1). » Ce titre doit animer notre confiance en sa protection ; car, si elle est mère de Dieu, elle a donc un libre accès auprès de son Fils, et que ne peut-elle pas obtenir d'un Dieu, qui a daigné naître d'elle? Il suffit que nous l'invoquions avec ferveur, pour qu'elle vienne aussitôt à notre secours.
Pî'iez pou7' nous. Nous la conjurons de s'entremettre pour nous auprès de la miséricorde divine, car elle ne peut l'ien que par Jésus. Voilà pourquoi nous ne Idi disons pas dé nous donner directement elle-même la grâce, parce qu'elle n'en est que la distributrice; Dieu seul en est l'auteur et le maître. Nous la conjurons seulement de nous obtenir de son Fils ce qui nous est nécessaire, assurés que nous sommes que sa prière ne sera jamais lebutée, tandis que les nôtres, si elles n'étaient soutenues par les siennes, seraient le plus souvent de nul effet.
Nous prenons la qualification de pauvres pécheurs, et en est-il une qui nous convienne mieux que celle-là? Ainsi, par notre humilité, nous voulons exciter sa compassion, et l'attendrir sur notre sort. Mais si, tout en prononçant ces mots, nous conservions encore de l'attachement au pécbé, quelle détestable hypocrisie ! Toute bonne, toute miséricordieuse qu'est Marie, que peut-elle faire pour nous, si nous ne mettons fin à nos désordres? Ah ! pauvres pécheurs., quel contraste entre ce ton suppliant et la dureté de \otre cœur! Marie est votre refuge, votre consola-
(1) ïntendat mens humana, coniempîelur el siupcal. ISon est passos manere suura, sed eum esse voluil Mariae unicum. D An- $elm
trice : plus vous êtes chargés de crimes, plus elle sent s'émouvoir en votre faveur les entrailles de sa miséricorde, à la vue de votre déplorable état. Mais vous n'éprouverez les effets de sa tendresse qu'à proportion de la vivacité de votre componction. Pauvres pécheurs... convertissez-vous donc, détestez vos égarements, et Marie vous obtiendra le pardon de son divin Fils *.
Nous la supplions de prier pour nous maintenant, parce qu'à tout moment nous avons besoin de son assistance. A chaque instant, de nouveaux dangers nous menacent, et nous avons besoin de nouvelles grâces pour les éviter; à chaque instant, nous avons de nouveaux devoirs à remplir, et il nous faut de nouvelles forces pour nous en acquitter dignement ; à chaque instant, nous devons gagner le ciel, et nous ne le pouvons sans la grâce de Dieu et sans la protection de Marie. 0 Vierge sainte, priez pour nous maintenant. Eh ! savons-nous si l'instant qui va suivre sera à nous ? Hélas ! notre vie tient à si peu de chose ; un souffle peut la briser. Priez donc pour nous. Vierge sainte, maintenant, afin que nous profitions bien de tous les instants qui nous sont donnés pour opérer notre salut ; mais priez aussi pour nous, priez surtout :
A V heure de notre mort. C'est le moment décisif pour notre éternité. A cette heure critique, le démon redouble ses efforts pour nous perdre, les tentations sont plus violentes, la crainte des jugements de Dieu jette dans le trouble, et la charité des plus justes est exposée à se refroidir et à s'éteindre. Que sera-ce des pécheurs, qui n'ont jamais ou presque jamais aimé le Seigneur, qui n'ont pas songé à expier leurs fautes par la pénitence ? Le souvenir de leurs iniquités les effraie, la terreur des châtiments qu'ils ont mérités par leurs crimes les plonge dans le désespoir. Oh! qu'un pauvre agonisant est à plaindre ! Placé entre le ciel et l'enfer, entre deux abîmes, il ne lui faut qu'une bonne ou une mauvaise pensée pour le sauver ou pour le perdre. 0 Vierge sainte, intercédez pour nous à ce moment
terrible ; sous votre puissante protection, nous sommes à l'abri des embûches de Satan ; et, quand notre âme sortira du corps, daignez la présenter vous-même au tribunal de votre Fils, afin qu'il la juge dans sa bonté et non dans sa justice ^.
Amen. Ainsi soit-il. C'est une répétition et une confirmation de tout ce que nous venons de dire. Par là, nous ratifions toutes les louanges que nous avons données à Marie, et nous lui renouvelons la prière que nous lui avons adressée. Amen, ainsi soit-il, que tout ce que je viens de dire s'accomplisse; que Marie soit louée, bénie, aimée ; qu'elle se montre toujours ma bonne mère; que je sois son enfant pieux et docile; qu'elle veille sur moi; qu'elle me conduise au cielî Amen, amen.
TRAITS HISTORIQUES
Avant de commencer cette série de traits à la louange de Marie, nous ferois une observation très-importante, tirée de saint Alphonse de Liguori, et également applicable aux exemples que nous avons déjà cités ou que nous pourrons citer dans la suite. Des hommes qui se vanteiU do ne point se livrer aux préjugés, dit cet illustre el saint pontife, se font un honneur de ne point croire d'autres miracles que ceux qui sont consignés dans les saintes Écritures, et regaident les autres comme des fables, qui ne conviennent qu'aux femmelettes. Le père Jean Grasset, ce savant et pieux auteur, dit à ce sujet : « 11 est facile aux gens de bien d'ajouter foi aux miracles, et il est également facile aux méchants de les tourner en dérision. >' Il ajoute que c'est une faiblesse de croire tout indifféremment, mais que refuser de croire les miracles rapportés par des hommes d'un mérite et d'une piété reconnus, c'est une impiété, si l'on pense que ces miracles soient impossibles à Dieu; ou une témérité, si l'on rejette l'autorité de tels auteurs. Nous croyons un Tacite, un Suétone, et nous oserions refuser notre confiance à des écrivains chrétiens, savants et vertueux. 11 y a moins de danger, disait le P. Canisius (1), à croire ce qui est rapporté avec probabilité
(1) De Deip., 1. V, c. ivni.
par des gens de bien, sans être nié par les savants, lorsque, d'ailleurs, on y voit des moiifs d'édiûcation, qu'à le repousser avec dédain el sans fondement.
I. Le savant P. Suarez disait qu'il donnerait tout pour le mérite d'un seul Ave, Maria. — Le bienheureux Alphonse Rodrigiiez par- Tint à la plus haute perfection, en récitant celte touchante prière; il saluait la sainte Vierge chaque fois qu'il entendait sonner lea heures; et il éprouvait toujours la plus douce consolation à observer celte pratique. — Thomas à Kempis était un fervent serviteur de Marie; il la saluait sans cesse par X'Âve. Quand il passait près d'une image de sa protectrice, il disait: Ave, Maria; il n'entrait jamais ni ne sortait de sa chambre, sans dire : Ave^ Maria. Il obtint par ce moyen de grands biens pour son âme ; c'était un enfant de bénédiction. Quelques compagnons, dont il ne se mé&ail pas, l'ayant détourné de sa dévotion à Marie, il sentit bientôt sa piété se ralentir; il n'avait plus la même ardeur pour Id prière, pour la communion, pour l'étude. Il fallut une vision pour le ramener à ses devoirs. 11 vit en songe Marie, qui comblait de biens plusieurs de ses condisciples. 11 attendait les mêmes faveurs; mais Marie se présentant à lui : « Qu'attends-tu, lui dit-elle, loi qui as cessé de me saluer? Que sont devenus ces Âve, que lu m'adressais autrefois? Retire-toi, ingrat; tu ne mérites plus ma protection. » Thomas se réveille, et reprend aussitôt ses prières accoutumées. 11 pleura longtemps sa tiédeur, et craignit toujours la compagnie des jeunes gens, qui D'aiment pas Marie et qui détournent de sa dévotion.
Saint Liguori appelait VAve la parole délicieuse des saints. Jamais il n'avait plus de plaisir que lorsqu'il prononçait VAve, Maria. On lui voyait souvent conler les larmes des yeux, au commencement de ion office, lorsqu'il faisait cette prière ; il en parlait sans cesse dans ses prédications; il conseillait surtout de ne jamais prier sans avoir le désir sincère de mener une vie plus sainte.
Sainte Catherine de Sienne avait la pratique de se servir des premières paroles de la Salutation Angélique à chaque degré d'escalier, lorsqu'elle descendait ou montait. A l'âge de sept ans, on la trouvait dans quelque lieu secret, récitant \'Ave, Maria avec tant de ferveur, que ceux qui l'entendaient en étaient touchés et souvent convertis. C'est par cette grande dévotion qu'elle obtint le désir de se consacrer entièrement à Dieu, et de faire le vœu de virginité.
Saint Edmond, qni devint archevêque de Cantorbéry, avait été élevé dans une grande dévotion envers la sainle Vierge. Sa mère, l'envoyant à Pans pour faire ses études, lui recommanda de prendre bien gitrde de ne pas manquer de s'adresser tous les jours à Marie, sa protectrice. Celte vertueuse mère lui écrivait irrs-souvent de fuir ies mauvaises compagnies, de fréquenter les sacrements de pénitence et d'eucharistie, et souvent elle lui envoyait des instrumenis
de pénitence, pour réprimer, disait-elle, les mauvais penchants. Le jeune homme, docile aux conseils de sa mère, se montra loujo-irs fort zélé pour la gloire de la Vierge Marie ; il allait plusieurs fois parjour se prosterner devant une de ses statues, et peur marque de son engagement au Aervice de la Reine des anges, il mit dans un doigi de sa statue un anneau où était gravée la Salutation Angélique. On remarqua, après sa mort, que sur son anneau épiscopal était gravée la Salutation Angélique. On s'en servit dans la suite, pour opérer un ^rand nombre de guérisons. Annuaire de Marie.
2. Saint Etienne, roi de Hongrie, plus célèbre encore par sa tendre piété envers la sainte Vierge que par les qualités royales qu'il porta sur le trône, avait un si profond respect pour le sacré nom de Marie, qu'il n'osait même le prononcer. 11 la nommait communément la Grande-Dame. Tous les Hongrois, à son exemple, lui donnaient le même titre, et, s'il arrivait qu'en l«ur présence, on proférât le saint nom de Marie, tous à l'instant tombaient à genoux; et, s'inclinant jusqu'à terre, ils témoignaient ainsi la vénération qu'ils avaient pour un nom si auguste. Paraphrase du Salve, par saint Ligcori.
Sainte Radegonde, épouse du roi Clotaire, avait gravé sur sa poitrine, avec un fer aigu, l'aimable nom de Marie; et deux de ses serviteurs l'avaient aussi imprimé sur la leur, avec un fer rouge.
Gloires de Marie.
Le bienheureux Herman prononçait très-fréquemment le sacré nom de Marie, et en ressentait des effets prodigieux. Quand il était seul, il se prosternait contre le pavé de sa cellule, et, dans cette posture, il aimait à répéter sans cesse : Marie !... Marie !... Marie !,.. Un de ses amis, qui était aussi très-dévot à la sainte Vierge, l'ayant surpris dans un de ces moments qu'il consacrait à honorer le nom de son aimable mère, fut étonné de le voir si longtemps et si profondément abîmé : — Que faites-vous là, lui dit-il, et quels sentiments vous occupent? — Je cueille, répondit Herman, mais avec une consolation divine, les fruits délicieux du doux nom de Marie. Quand je le prononce, il me semble que toutes les fleurs, que tous les parfums se réunissent autour de moi pour embaumer les airs, tandis qu'une certaine vertu que j'ignore remplit mon âme d'une joie toute céleste. Je me délasse ici de tous mes travaux; j'oublie toutes les amertumes de la vie; je voudrais, s'il m'était possible, ne jamais sortir de celle position, ne cesser jamais de répéter le saint nom de Marie! Surios.
3. Saint Jean Climaque rapporte qu'un nommé Carcérius aTait une grande dévotion envers la sainte Vierge : il la saluait souvent, il chantait des cantiques en son honneur; quand il récitait VAve. Maria, il s'arrêtait toujours à ces paroles gratiâ plena, vous êtes pleine de grâces. Étant tombé dangereusement malade, il éprouvait des con-
vulsions affreuses, il se mordait les lèvres et la langue. Au moment où on lui faisait la recommandation de Tàme, Marie apparut et lui dit : « Je viens pour le guérir, et je ne souffrirai pas qu'une bouche « qui a tant chanié mes louanges, et qu'un cœur qui a laoi médité € sur les grâces que Dieu m'a accordées, souffre davantage; sois donc « guéri, et continue à me louer. » Dieu lui ayant donné encore quelques années, il les passa dans la vie la plus sainte, publiant partout le bonheur que l'on goûte au service de Marie.
4. Quelques péchés que l'on ait commis, tant qu'on a Marie pour protectrice, on ne doit jamais désespérer de son salut.
Sainte Gertrude vit un jour la sainte Vierge, avec un grand manteau, sous lequel elle recevait toute sorte de béies féroces, des lions, des OUÏS, dos tigres. Elle les flattait et les recevait avec joie, elle leur prodiguait mille caresses, et toutes ces bêles devenaient des agneaux. C'est un emblème touchant de la miséricorde de Marie à l'égard des pécheurs.
Dans le temps que saint François de Borgia était à Rome, un grand pécheur se présenta à lui. Il trouva dans cet homme tant de désordres qu'il n'osa se charger de sa conscience ; il le renvoya au père Acosta, qui était Irès-éclairé dans la direction des âmes. Voici leréciî que lui fit cet insigne coupable : « Mon père, dans mon bas âge, je paraissais avoir de la religion ; je priais Marie, je la saluais sans cesse, je communiais souvent; mais, dans le fond du cœur, j'étais gâté, je cachais mes péchés en confession; j'ai accumulé crimes sur crime», sacrilèges sur sacrilèges; parfois je promettais de me corriger, et, dès que l'occasion se présentait, je retombais dans mes crimes honteux. Plusieurs fois, lorsque j'allais communier, Jésns-Chriat m'a apparu et m'a dit : « Pourquoi, malheureux, me maltraites-tu de cette sorte, moi qui ai tant de bonté pour toi? N'est-ce pas assez d'avoir été crucifié par les Juifs? faut-il donc que je trouve encore un nouveau calvaire dans ton cœur? » Accoutumé avec le péché, j'étais insensible; mais voici le dernier trait de miséricorde de la part de mon Dieu. Ce matin, un ange m'a apparu, il m'a présenté une hostie consacrée et m'a dit : « Connais-tu ce Dieu sauveur ;ui l'a comblé de biens, et que tu profanes depuis tant d'années PVo.c- le châtiment de ton ingratitude. » En finissant ces mots, il a saisi une épée pour me donner la mort. Comme hors de moi-même, me voyant perdu pour toujours, je me suis écrié : Ave, Mariai Je vous salue, Marie; vous seule por.vezme sauver. L'ange m'a répondu : C'est la dernière miséricorde de Dieu à ton égard ; Dieu te laisse, par la protection de notre Reine, encore quelque temps sur la terre, pour expier tes pt'chés. » le père Acosta consola ce malheureux, qui fit la plus rude péni'ence jusqu'à la mort. Tiré de Bovius, d'après saint Liglorj.
Le père Seignery rapporte un trait bien remarquable dans son livre iulitulé le Chrétien instruit. « Un jeune homme, dit-il, alla se confes-
ser à Rome ; il élait plongé dans les habitudes les plus boDleuses. L« confesseur l'accueilHi avec beaucoup de chariié; el, touché de sa misère, il lui du que la dévotion à Marie pourrait le délivrer de ses vices. 11 lui donna pour pénitence de réciter matin el soir, en se levaoïelen 86 couclidui, un Aie,Haria,}\iBqu'k]ai prochaine confession; il l'engagea à lui faire l'offrande de ses yeux, de ses mains et de tout son Curps, en la priant de le regarder comme lui appartenant, et de baiser iro** fois la terre. Le jeune homme accomplit cette* pénitence; mais, au commencement, ce fui avec peu d'amendement. Cependant le confesseur continua de l'exhurler vivement à ne point cesser, el l'anima à la confiance en Marie. Le pénitent alla voyager en divers lieux, pendant quelques années ; de retour à Rome, il se présenta au même confesseur, qui fut lout étonné et plein de joie de le voir entièrement changé et corrigé. « Mon fils, lui dit-il, comment avezvous obtenu de Dieu une aussi grande grâce? » — « Mon père, répondit le jeune homme, je n'ai point cessé de pratiquer en l'honneur de la sainte Vierge la dévotion que vous m'avez indiquée. >> Il persévéra dans cet état, et mourut saintement.
6. On rupiiorte que, dans les Indes, un insulaire se trouvant au lit de la mort, délaissé de tout le monde, recourut à Marie, dont il avait entendu célébrer la puissance par des chrétiens. La sainte Vierge lui apparut et lui dit : >< Me voici, je suis celle que lu invoques; va, faistoi chrétien. • Tout à coup, il se sentit guéri, alla trouver un missionnaire, qui l'instruisit elle baptisa. Beaucoup d'autres Indiens se convertirent, à cause de ce miracle. Hisl. Édifiantes.
A Reisbcrg, vivait un chanoine régulier, nommé Arnauld, extrêmement dévot à la mainte Vierge. Se voyant près de mourir, il reyul les tacremenis, fit appeler ses religieux, et les pria de ne le point abandonner dans ses d< rniers moments. A peine leur avait-il fait celte recommandaiion, comme par un pressentiment secret de ce qui devait lui arriver, qu'en leur présence il commença à trembler de tous ses membres. Une sueur froide, des yeux hagards indiquaient assez l'état dâ son âme; mais '1 le manifesla bien davantage quand, d'une voix altérée, il leur dit : « Ne voyez-vous pas ces démons qui m'entourent, et veulent emporter mon âme dans les enfers ? Mes frères, implorez pour moi le secours de Marie, c'est en elle que j'espère. » Aussitôt les religieux commencèrent les litanies de la Vierge; et, quand ils en vinrent à ces mots : Sancta ilaria, ora pro eo, le monbotid les interrompant : a Répétez, leur dit-il, le nom de Marie, car je suis déjà au tribunal de Dieu. » Et, après une courte pause, il reprit comme s'il répondait à son accusateur : « Oui, j'ai fait cela, mais j'e« ai fait pénitence, e Puis, s'adressant à la sainte Vierge : « 0 Marie, s'écria-l-il, je les vaincrai, mes ennemis, si vous venez à mon aide. * La nuit se passa crans ces terribles assauts, auxquels il ne cessait d'appeler le crucifix et le saint nom de Marie ; mais, avec le jour, le calme reparut,
et Arnauld, d*uo visage serein, fil éclater sa joie, de ce que Marie, son refuge, lui avait obtenu le salul éternel. Ensuite, se tournant du côté de la Vierge qui l'itiviiait à la suivre : « Je viens, ma princesse, je viens, «dit-il, et, dans l'effort qu'il fil pour se soulever, il expira doucencient ; mais, au défaut de son corps, son âme, comme nous l'espérons, suivit Marie dans le royaume de la gloire éternelle.
Saint LiGUORi.
Une pauvre bergère, qui avait une tendre dévotion pour la sainte Vierge, mettait tout son bonheur à se retirer dans une petite chapelle de Notre-Dame, située sur la montagne, et, tandis que ses troupeaux paissaient tout à l'eniour. elle demeurait là des heures entières, dans de doux entretiens avec sa bonne Mère. L'image de la sainte Vierge était en relief, et sans aucun ornement ; la bergère lui fit un manteau d'un morceau d'étofle la plus propre qu'elle put trouver. Une autre fois, elle cueillit des fleurs des champs dont elle forma une guirlande; pwis, montant sur l'auiél de la chapelle, elle posa la guirlande sur la tête de la staïue : « Ma Mère, dit-elle ensuite à Marie, je voudrais « placer sur votre front une couronne d'or et de pierres précieuses; « mais, parce que je ne suis qu'une pauvre bergère, je ne puis vons « donner qu'une couronne de fleurs ; acceptez-la du moins comme un « gage dtt mon amour.» C'est par de semblables hommages que cetie jeune fille s'efforçait d'honorer sa maîtresse. La bienheureuse Vierge sut la récompenser de ses visites et de son affection. La bergère tomba malade, et elle était à toute extrémité, lorsqu'il arriva que deux religieux, passant par cel endroit et fatigués du voyage, s'assirent sous un arbre pour se reposer. L'un s'endormit, et l'autre demuura éveillé ; mais tous deux eurent la même vision. Us virent une troupe de jeisfne* vierges, toutes parfaitement belles, dunt l'une, qui était au mifieu des autres, surpassait toutes ses compagnes en beauté el en majesté Un des re'igii-ux, s'adressant à celle-ci, lui demanda qui elle était et où elle allait. =* « Je suis, lui répondit-elle, la Mère de Dieu, « et je vais, avec ces vierges de ma suite, visiter une [)auvre bergère « moribonde, qui pendant sa vie me visitait souvent. » Cela dit, la ▼ision disparut. Allons aussi voir la bergère, dirent les religieux. Ils 16 mirent en chemin, et Dieu les guida vers son habitation. Ils la irou- ▼èrent gisante sur un pou de paille; ils la saluèrent, elle letjr rendit le salut et leur dit : « Mes frères, priez Dieu qu'il vous fasse- voir dans « quelle société je suis. » Sur quoi, ils se mirent à genou\, et, lo Seigneur ayant ouvert leurs yeux, ils virent Marie, une couronne à la main, ^i") était au chevet du lit de la mourante. Tout à coup la Mère de Dieu H les vierges de sa suite entonnèrent un hynme. A ce chant céleste, l'àme de la btrt;èr;.- rompt ses liens; Mûrie la reçoit dans ses bras, lui pose la couronne sur la tête et i'emijone dans le ciel.
Le Père Auriemm.\.
DEUXIÈME INSTRUCTION
De la dévotion à Marie. — Diverses raisons sur lesquelles elle est fondée.
D. Devons-nous avoir une grande dévotion à la sainte Vierge?
R. Oui, parce qu'elle est la Mère de Dieu, et qu'elle peut
"^ous aider beaucoup par ses prières.
La dévotion à Marie est aussi ancienne que le christianisme. Des monuments de la plus haute antiquité nous montrent que les premiers fidèles se firent un devoir de célébrer des fêtes en son honneur, et lui rendirent un culte au-dessus de celui de tous les autres saints. En effet, cette Vierge auguste, n'ayant au-dessus d'elle que Dieu et voyant à ses pieds tout ce qui n'est pas Dieu, a droit aux plus grands hommages de notre part, et nous ne saurions jamais trop l'honorer, pourvu que nous ne lui rendions pas le culte suprême de latrie, qui n'appartient qu'à la Divinité.
Cette dévotion à Marie se fonde :
1° Sur son éminente dignité. — Elle est la Mère de Dieu, dignité incomparable qui surpasse infiniment toutes les dignités des anges et des hommes, comme le soleil eff'ace, par sa splendeur, les plus vives clartés des étoiles ; dignité qu'aucune bouche humaine ne pourra jamais bien exprimer, qu'aucun esprit créé ne pourra jamais bien comprendre. Le-3 plus sublimes intelligences elles-mêmes osent à peine l'envisager, et sont aussitôt frappées d'étonnement et saisies de frayeur. Or, si nous aimons réellement le Fils, n'est-il pas bien juste que nous ayons aussi une tendre dévotion envers sa sainte Mère? Et, lorsque nous voyons que Jésus-Christ a eu pour elle tant de res-
DE LA DÉVOTION A MAPvlE. 467
pect, tant de déférence, tant d'amour, pourrions-nous être ses vrais disciples, ses fidèles imitateurs, si nous n'éprouvions que de l'indifférence pour cette sublime créature, qu'il a lui-même distinguée et glorifiée par-dessus toutes les autres ? Voyez ce qui se passe dans le monde : quels hommages ne rend-on pas aux grandes princesses, aux mères des rois ! Et îes chrétiens pourraient-ils oublier ia mère de Jésus-Christ, la mère de Dieu ! Soyons donc pénétrés des plus vifs sentiments de respect, de confiance, d'amour pour Marie. Plus sa dignité est grande, plus nous devons nous attacher à elle et l'invoquer avec ferveur.
2" Sur les rapports intimes qu'elle a avec la divinité. — Fille bien-aimée du Père éternel, et, après Jésus- Christ, le plus doux objet de ses complaisances, elie a été ornée de tous les dons célestes. Le trésor de richesses spirituelles, que le Seigneur a répandues en elle, a été si abondant, que les saints Pères ne trouvent pas de termes pour nous en donner une assez haute idée. Son âme, disent-ils, a été le centre de toutes sortes de bénédictions, et ils l'appellent le miroir des lumières de Dieu, le diadème de la beauté, la couronne des grâces (l). Elle est donc, après Jésus-Christ, la plus parfaite ressemblance du Père, plus accompHe à ses yeux et plus aimable que toutes les créatures ensemble. Mère du Fils, comme nous l'avons déjà dit, et aussi véritablement sa mère que les mères ordinaires sont mères de leurs enfants, parce qu'elle a enfanté dans le temps celui que le Père engendre de toute éternité , elle a été aussi l'épouse du Saint-Esprit, non pas seulement comme les autres vierges, qui méritent à peine d'être alliées à ce divin époux quant à l'âme ; Marie lui a été unie quant au corps, de la manière- îa plus noble et la plus pure, et cela, non pour produire seulement des
(î) Inlcllecluale paierai luminis spéculum,... diadema pulchritudinis,... corona gratiarum. Andr. Cret., Serm. 1, de Assumpt. — Serm. 2. de Nativ.
actions de vertu^ mais le Seigneur lui-même des vertus. On peut donc dire avec un saint Père que Marie a été comme le complément et le couronnement de la sainte Trinité (i).
Or, celte triple alliance avec le Père, le Fils, et le Saint- Esprit ne nous donne-t-elle pas la plus haute, la plus sublime idée de Marie, en nous inspirant pour elle la plus grande vénération? Peut-on concevoir rien de plus beau que d'avoir été initié, pour ainsi dire, aux conseils de l'éternelle Sagesse, que d'avoir contribué de sa personne à l'accomplissement de ses magnifiques desseins pour le salut du genre humain t Or, telle a été la gloire de Marie. Que si le respect, la confiance, Famour doivent se proportionner à la grandeur, à l'élévation, aux belles qualités de ceux qui en sont l'objet, quelle dévotion ne devonsnous pas avoir pour la Vierge, qui seule, dans l'ordre de la création, forme un rang à part, qui n'aura jamais et ne pe^t pas même avoir d'égale ! Aussi, tout ce qu'il y a de plus grand dans le ciel n'approche d'elle qu'en tremblant; les plus hauts Séraphins se prosternent à ses pieds. Et nous, qui ne sommes que poussière, ne devons-nous pas nous estimer heureux qu'elle daigne nous admettre au nombre de ses serviteurs, qu'elle nous permette de chanter ses louanges et de lui exposer nos humbles requêtes ?
3° Sur le puissant crédit qu'elle a dans le ciel. — Elle en est la reine et la reine toute-puissante, parce que son Fils, qui lui a été si parfaitement soumis pondant tout le temps de sa vie mortelle, ne saurait lui rien refuser, maintenant qu'elle est dans la gloire. Demandez, ma mère, lui dit-il, et tout vous sera accordé. Demandez, ou plutôt commandez tout ce qu'il vous plaira. Comment pourraisje, en eiïet, détourner de vous ma face, lorsque vous élevez vers mon trône ces mains si pures, qui m'ont porté
ft) Maria universum sanctae Trinitalis compleraenluiû. Isych. Eorh. 2, de B. V.
dans mon enfance (i) ! Telle est la kaute faveur aont Marie jouit auprès de son divin Fiis^ qu'un seul mot de sa bouche^ qu'un seul de ses soupirs vaut plus, à ses yeux, que les plus ardentes supplications de tous les saints ensemble, et qu'elle peut, par ses prières, ce que Dieu peut par sa puissance, comme Ta dit un Père de TÉglise (2). Bien que sa toute-puissance dans le ciel ne soit pas absolue et indépendante, comme celle de Dieu, et que ce ne soit qu'une toute-puissance d'intercession (3), elle n'en est pas moins efficace, parce que si, comme on le dit ordinairement, les prières d'une mère sont des ordres, quelle ne doit pas être la force des prières d'une mère telle que Marie, auprès dun fils tel que Jésus ! Aussi, saint Pierre Damien ne craint pas de dire que, lorsqu'elle demande quelque chose en notre faveur, elle semble moins supplier que dicter des lois, et qu'elle a plutôt l'air d'une reine que d'une sujette (4).
Bien plus, au jugement des plus célèbres docteurs de l'Eglise, Dieu ne nous accorde jamais aucune grâce que par l'entremise de Marie, de telle sorte qu'il faut nécessairement nous adresser à elle, si nous voulons obtenir quelque faveur céleste. Le divin Sauveur , pour honorer sa sainte Mère, a vmilu qu'elle fut médiatrice entre lui et nous, et que, de même que nous n'avons accès auprès du Père éternel que par son Fils, de même aussi, nous n'eussions accès auprès du Fils que par sa Mère. J'aurais ici à copier une multitude de passages des saints Pères, qui attestent cette vérité. En voici seulement quelques-uns des plus expressifs : a 0 Vierge Marie, s'écrie saint Ildefonse, tous les biens que la souveraine Majesté a résolu de nous
(J ) Pete, mater mea, neque enim fas est ut avertam faciem tuam. III. Reg., II. 20.
(2) Quod Deus imperio, tu prece, Virgo, potes.
(3) Oniiiipoienlia supplex.
(4) Non rogans, sed imperans ; Domina, non ancilla. Pet. Datn, S&rm., deNaiiv. B. M.V.
accorder passent par vos mains, car c'est à vous qu'ont été confiés tous les trésors et tous les ornements de la grâce (1). » — « Vous êtes la dispensatrice de toutes les grâces, et notre salut est en vos mains, dit encore saint Bernardin de Sienne (2). » Mais c'est surtout saint Bernard, ce serviteur si zélé de Marie, que je me plais à citer. « Dieu, nous dit-il, a mis en Marie la plénitude de tout bien, et par conséquent, si nous avons quelque espérance de salut, si nous obtenons quelques grâces, c'est d'elle que nous les tenons; elle est comme le jardin de ses délices d'où s'exhalent tous ses parfums, c'est-à-dire tous les dons de sa grâce ; » et il conclut par ces paroles remarquables : « Telle est la volonté de celui qui a réglé que nous obtenions tout par Marie (3). » L'Église ne nous insinue-t-elle pas la même chose, lorsque, dans les antiennes qu'elle adresse à Marie, elle l'appelle notre vie, notre consolation, notre espérance (4) ? Donc, comme le dit encore saint Antoine, aspirer aux faveurs célestes, sans l'intercession de Marie, c'est prétendre voler sans ailes. Nous avons donc recours à vous, ô Vierge sainte, intercédez pour nous, ô sainte dame, maîtresse, Reine du ciel et de la terre (5). Avec le secours de votre puissante protection, nous ne risquons jamais de nous perdre.
4» Sur son ineffable bonté. — Reine toute-puissante, la Vierge est aussi une reine de bonté et de miséricorde. J-a loi de clémence et de douceur est toujours sur ses lèvres, et jamais elle ne repousse ceux qui s'adressent à elle avec
(1) Omnia bona quae illis summa Majestas decrevit facere , tuis manibus. ô Maria, decrevit commendare ; commissi quippe sunt tibi thesauri et ornamenta graliarum. D. Ildef.
(2) Tu dispensairix omnium gratiarura ; salus nostra in manu tuâ t&t. D. Bernard., Sin.
(3) Sic est voluntasejns qui totum nos habere voluit per Mariam. D. Bern. Serm., de Aquaeduc».
(4) Vila, dulcedo, et spes nostra, salve. Antiph.
(5) Intercède, hera, Domina, et regina, et mater Dei pro nobi«. D. Athan.
confiance. Lorsqu'elle vivait sur la terre, sa pensée la plus 5hère,laplu3 habituelle, était de venir au secours des malleureux; et maintenant qu'elle puise à la source des tréors célestes, combien cette volonté , qu'elle a de nous faire lubieh, /l'a-t-elle pas dû recevoir de nouveaux accroissenents ? La miséricorde, c'est son apanage, c'est son esence, en quelque sorte. Le royaume de Dieu, selon la omarque du célèbre chancelier Gerson , se compose de ;es dejx choses : la justice et la miséricorde. Jésus-Christ m a fait comme deux parts ; il s'est réservé le domaine de a justice, et il a cédé celui de la miséricorde à Marie. Pour nieux nous représenter cette tendresse de la Vierge envers ous ceux qui l'invoquent, le Saint-Esprit nous la dépeint ous l'emblème d'une belle olive (l). L'olive est le symbole le la paix, de la clémence, de la douceur. Or, Marie est >leine d'indulgence pour ses dévoués amis^ et elle ouvre 8 trésor de sa miséricorde à quiconque se recommande à A protection. Jamais personne n'a imploré son assistance 5n vain. Et saint Bernard, dans la ferveur de son zèle pour ilarie, intimement convaincu que jamais aucune prière l'est montée jusqu'à elle sans qu'elle ne l'ait exaucée, et jue jamais elle n'a délaissé ceux qui ont eu recours à elle lans leurs besoins , ne craint pas de dire : a Je consens, \ Vierge Marie, qu'on ne parle plus de votre miséricorde, ;'il se trouve quelqu'un qui, après vous avoir invoquée, ait louvenance qu'il n'a pas été secouru (2). »
Quelle que soit donc la grandeur et la sainteté de cette )uissante Reine, et quel que soit le nombre des iniquités !ont nous nous sommes rendus coupables, ne craignons )as de nous présenter devant elle, car plus elle est sainte ît élevée, plus elle se montre douce et atïable au pécheur ; ît plus elle nous voit pauvres et enfoncés dans le vice, plus es entrailles de sa miséricorde sont émues en notre faveur.
[\) Quasi oliva speciosa in campis. Eccli., xxiv, 19. (2) Sileat misericorcliam tuam, Virgo beata, qui in necessitalibus le invocatam meminerit defuisse. D. Bern. Serm.. de Assumpt.
Que notre confiance en Marie soit donc sans bornes, puisque nous savons que sa bonté égale sa puissance. Elle peut tout ce qu'elle veut, et elle ne veut que notre bien, que notre salut. Quel gage admirable de tendresse ne nous a-t-elle pas donné, lorsque, malgré les déchirements de son cœur maternel, elle a consenti, comme le Père éternel, à rimmolation de son divin Fils pour la rédemption du genre humain ! Ainsi elle a aimé le monde (1) ! Que ne ferat-elle pas pour ne pas voir périr ceux qu'elle a, en quelque sorte, aimés plus que la vie de son Fils? Malheur donc et malheur pour une éternité entière à celui qui, dans cette vie, pouvant se prévaloir de sa miséricorde, ne le fait pas et se perd ainsi par sa faute ^ !
5° Sur les fruits inappréciables qu'on retire de cette dévotion. — Nous pouvons lui appliquer ces paroles de la Sagesse, que tous les biens nous viennent avec elle (2). Et ici, quel long et magnifique tableau n'aurions-nous pas à dérouler, des grâces et des faveurs les plus signalées obtenues par la dévotion à Marie! a Comptez, dit un pieux auteur (3), comptez, si vous le pouvez, combien la dévotion à Marie, a consolidé de royaumes! combien elle a conservé d'empires! à combien d'armées elle adonné la victoire! à combien d'hérésies elle a mis fin ! Comptez, si vous le pouvez, de combien de périls la dévotion à Marie a délivré ceux qui l'ont pratiquée ! Combien de malades elle a guéris! combien dhommes elle a délivrés des llammes,
des horreurs de la guerre, de la famine, de la peste!
Que de tribulations, que d'angoisses, que de maux de toul genre cette dévotion bienfaisante a fait cesser ! » Voilà pour les biens du corps. Et pour ceux de l'âme, qui sont infiniment plus précieux, que de grâces, que de vertus n'a-t-on pas obtenues par la dévotion à Marie ! C'est à elle que tant
(!) Sic Deus dilexil raundum ut Filium suum unigenilum darel. Joan.y m. 10.
(2) Veneiunt niihi omnia bona pariler cum illâ. Sap., vu, 11.
(3) Arvisenet, Memoriale vita r.acer(Jt!tal>.<i.
de pécheurs doivent leur conversion , et tant de justes rheureux don de la persévérance finale ; c'est par elle que tant d'orgueilleux ont appris Thumilité, tant d'avares le détachement des richesses,, tant de libertins l'amour de la pureté. C'est par elle que tant d'aveugles ont trouvé la lumière, que tant d'endurcis ont senti se fondre la dureté de leur cœur ; c'est par elle, enfin, que tant d'ânies sont entrées dans le ciel. Adressez-vous donc à Marie, priez, servez fidèlement cette auguste Vierge, notre unique refuge, notre asile , notre appui , le rempart des chrétiens, le salut du monde, comme l'appelle saint Épiphane. « Venez à moi, vous dit-elle , vous qui m'aimez , et soyez comblés des biens dont je suis la source; mon esprit est plus doux que le miel; l'héritage que je prépare à mes enfants surpasse en délices le rayon du miel le plus excellent (1). » — a J'aime ceux qui m'aiment, nous dit-elle ailleurs, et ceux qui sont diligents à me chercher me trouveront. J'ai en mon pouvoir les richesses , la gloire , l'abondance , pour enrichir ceux qui s'attachent à moi et les combler de biens (2). o Ohl si cette dévotion à Marie était fortement enracinée dans le cœur de tous les fidèles, quel heureux changement nous verrions s'opérer partout ! Le vice disparaîtrait bientôt de la terre, pour faire place à l'aimable règne de la piété et de la vertu.
6° Enfin, la dévotion à Marie est une des marques les plus solides de prédestination, et la véritable clef du paradis. — L'Église elle-même nous l'indique assez clairement, lorsqu'en invoquant cette auguste Reine, elle l'appelle la porte du ciel (3). Les saints Pères nous assurent qu'il est impossible qu'un vrai serviteur de Marie se perde. Que chacun de nous s'efforce donc de mériter ses bonnes grâces. Honorons cette bonne Mère, aimons-la avec teu-
(1) Spiritus enim meus super mel dulcis, et haereditas mea super mel et favum. Eccli., xxiv, 27.
(2) Ego Ailigentes me diligo. Prov., vui, 17.
(3) Jaîjua cœli. Litan.
dresse, imitons ses vertus, vivons selon les sentiments que cette dévotion nous inspire; et nous pouvons avoir la douce confiance, après l'avoir aimée, bénie, honorée sur la terre, de la voir, de la bénir et de la louer éternellement dans le ciel 2.
Quant aux abus à éviter dans la dévotion à Marie, nous n'avons qu'un mot à en dire. Ce serait : V de l'invoquer comme on invoque Dieu lui-même. Cela dénoterait une grande ig^iorance de la religion et de ses mystères; car, tout en exaltant les grandeurs et les privilèges de Marie, nous avons toujours soin de faire remarquer qu'elle n'est qu'une pure créature; vouloir donc l'égaler à Dieu, lui rendre de plus grands honneurs qu'à Dieu, compter plus sur elle que sur Dieu, mettre à célébrer ses fêles plus de zèle qu'à celles de Dieu, ce serait un travers d'esprit tout à fait inexcusable, et même une véritable idolâtrie. 2" Un autre grand abus que nous devons signaler, c'est de se faire de la dévotion à Marie, un encouragement à persévérer dans le péché. J'aime Marie, je ne manque jamais de réciter telle prière, de faire telle pratique de piété en son honneur; donc, je ne crains pas d'être surpris par la mort; donc, j'aurai toujours le temps de me convertir ; donc, je puis vivre encore dans mes mauvaises habitudes ; quel raisonnement, ou plutôt quelle folie ! Mais est-ce aimer véritablement Marie, est-ce l'honorer convenablement que d'outrager son divin Fils, que de ne faire aucun cas des vertus qu'elle a pratiquées? Le premier et le principal culte que nous devons rendre à cette Reine des vierges, c'est de marcher sur ses traces, de purifier notre conscience, et d'aimer le Seigneur comme elle Ta aimé. Alors, et seulement alors, nos prières et nos hommages lui seront agréables ^.
Chrétiens, enfants de Marie , je ne cesserai jamais de vous le dire, jetez-vous avec confiance entre ses bras maternels; pourvu que vous détestiez le péché, vous serez à l'abri de tout danger sous sa puissante protection. Rani-
mons tous aujourd'hui notre piété envers cette Reine de clémence et de miséricorde^ et ne passons aucun jour de notre vie sans lui offrir nos vœux, sans faire quelque pratique de dévotion en son honneur.
TRAITS HISTORIQUES
1 . La divine Marie a pour nous tous les sentiments de la plus tendre des mères. Sainte Mtchlilde, liaant un jour ces paroles du Sauveur mourant à la sainte Vierge : « Femme, voilà voire Fils, » se sentit inspirée de demander au Fils de Dieu de vouloir bien lui faire part de la même grâce qui fut accordée à saint Jean, pour qui ces paroles furent prononcées sur le Calvaire, et qu'il lui plûi de dire encore en •a faveur à la sainte Vierge : Femme, voilà votre fille! Elle n'eut pas plutôt fait celle prière, qu'elle entendit l'adorable Sauveur la recommander lui-même spécialement aux soins de sa sainte Mère. Illechtilde, comblée de joie et de confiance après une telle recommandation, fut portée à faire la même demande à Noire-Seigneur, en faveur de ceux qui l'en prieraient ; ei le divin Sauveur daigna lui faire entendre qu'il ne la refuserait jamais à quiconque la demanderait avec ferveur.
Vie de la Sainte.
Sainte Thérèse perdit Béairix sa mère, à l'âge de douze ans. Celte pieuse mère avait inspiré à sa fille, dès sa plus tendre enfance, une grande dévotion pour Marie. Thérèse avait proQié de ses leçons, et en donna une bonne marque. Dès qu'on lui eût dit : Votre mère est morte; vivement afiligée, elle courut se prosterner devant une image de Notre-Dame, et elle dit à la sainte Vierge, les larmes aux yeux : « Vierge sainte, je vous supplie de vouloir bien me tenir lieu de mère.» Elle eut bien sujet dans la suite de se féliciter de s'être consacrée alors à la Mère de Dieu, par cette prière qui partit du fond de son cœur. «« Dans toutes les circonstances où je me suis recommandée à t Marie, disait-elle, j'ai éprouvé les effets de sa puissante protection. »
Baillet.
2. La dévotion à Marie a été illustrée par toutes les dignités ecclésiastiques et séculières. Dans toutes les classes de la société, depuis les plus élevées jusqu'aux plus humbles, nous trouvons les hommes les plus recommandables se faire honneur de leur tendre piété envers Marie. A côté des princes de l'Église, on a vu des empereurs, des rois, se faire un devoir d'assister à toutes les processions en l'honneur de la Vierge, et honorer de leur estime et de leur bienveillance tous les ghands serviteurs de Marie ; on cite des monarques, dont l'univert
entier à admiré le tendre dévouement pour la reine de« Cieux; et une foule de guerriers, plus illustres par la dévotion à la sainte Vierge que par les victoires remportées sur leurs ennemis.
Qu'on parcoure les diverses contrées du monde chrétien, on verra que tous les peuples ont, à l'envia honoré la sainte Vierge d'an culte particulier.
En France, le grand nombre d'églises qui portent le nom de la sainte Vierge, prouve assez combien elle y a été de tout iem[)s révérée. On remarque d'abord qu'elle est !a patronne spéciale de la nation entière, et qu'ensuite la plupart des diocèses et la plupart des paroisses la reconnaissent pour leur titulaire principale; les plus beaux temples lui sont consacrés, et les sanctuaires les plus célèbres sont sous son vocable.
En Espagne, on ne voit presque partout qu'emblèmes, qu'inscriptions, que statues et que monuments en l'honneur de Marie. On peut dire qu'il y a peu d'Espagnols qui n'en portent la livrée par quelque marque distinciive.
En Pologne, il existe un grand nombre d'églises célèbres consacrées à la Mère de Dieu, et particulièrement Notre-Dame de la Trinité, k Cracovie; le peuple y a toujours révéré l'image de Marie, qu'y porta saint Hyacinthe, et n'a cessé de la regarder comme un asile assuré dans les temps malheureux.
Pour prouver conjbien la dévotion à la sainte Vierge est grande en Italie, il suffit de dire que, dans la seule ville de Rome, il y a quarantesix églises qui lui sont dédiées, et qu'il n'y a, dans ce piys religieux, aucun état, aucun peuple qui n'ait multiplié, comme à l'envi, les monuments de sa piéié envers la Mère de Dieu.
Il faudrait des volumes entiers, si on voulait citer les merveilles que la dévotion à Marie a opérées dans les diverses parties de la chrétienté. En voici quelques-unes des plus signalées.
L'an 1683, les Turcs, fiers des succès qu'ils avaient remportés sur l'empire d'Allemagne, formèrent le dessein de pousser leurs conquêtes jusqu'au delà du Danube et du Rhin jet, menaçant toute la chrétienté, ils vinrent, avt c une armée de deux cent mille hommes, mettre le siège devant Vienne. L'épouvante fut générale; les peuples abandonnaient tout et fuyaient de toutes parts. L'empereur Léopold I, n'ayant pas assez de troupes pour résister à l'armée ottomane, fut contraint de se sauver avec précipitation de Vienne. Il en sortit d'un côté avec toute sa famille, au moment où l'ennemi y arrivait de l'autre, pour en former le siège. La veille de l'Assomption, .'es Turcs ouvrirent la tranchée et la poussèrent avec une rapidité effrayante. Poui surcroît de malheur, le feu prUà l'église des Ecossais, et il allait gagner l'arsenal. Mais, par une proi' clion bien visible de la sainte Vierge, le jour même de l'Assomption, le feu s'arrêia tout à coup, pour donner le loisir de tirer de là les munitions et les poudres. Une
faveur si marquée de la Mère de Dieu ranima le courage presque abattu des ass^^'gés. Le fou conlinuel des assiégeants et les bombes qui renversaient les maisons, n'empêchèrent pas les habitants d'implorer jour et nuit le secours du Ciel dans les églises, ni les prédicateurs de lej» exhorter à mettre toute leur confiance en leur puissante protectRicc. Le 31 août, les Turcs avaient poussé leurs ouvrages si avant, que les soldats des deux partis se battaient souvent dans les fossés avec les pieux des palissades. Vienne, le boulevard de la chrétienté, était presque réduite en cendres, lorsque, le jour de la Nativité de la sainte Vierge, les chrétiens, ayant redoublé leurs prières et leurs dévotions, reçurent, comme par miracle, un avis certain d'un prompt secours qu'ils attendaient, sans oser l'espérer. En effet, le lendemain, second jour de l'octave de la Nativité de la sainte Vierge on vit toute la montagne de Kalemberg couverte de troupes alliées. C'était le grand Subie ki, roi de Pologne, à la tète d'une armée peu nombreuse il est vrai, mais forte du secours de Dieu. Il vint, le 1 2, à la chapelle de Saint-Léopold, avec le prince '"harles de Lorraine ; ils y enlendiieru la messe, et le roi voulut lui-même la servir, agenouillé au pied de l'autel, et les bras toujours en croix, excepté aux moments où le ()rêire avait besoin de son ministère. Il y communia, et, après s'être mis, lui et toute son armée, sous la protection de la sainte Vierge, après avoir reçu, avec toutes ses troupes, la bénédiction donnée au nom du Saint-Père, le religieux prince se leva, et, plein d'une sainte confiance, il s'écria ; Marchons maintenant sous la protection toute-puissante de la Mère de Dieu. Quand la petite armée des chrétiens eut aperçu du haut des montagnes les troupes innombrables des Infidèles , on sentit bien que la victoire ne pouvait venir que du Ciel. En effet, elle fut toute miraculeuse. Après un premier choc un peu rude, le khan des Tanares s'enfuit le premier, et le torrent entraîna malgré lui le grand -vizir, frémissant de rage, qui laissa sur la place tous les bagages, toutes les munitions de guerre et de bouche, toute son artillerie montant à cent quatre-vingts pièces de canon, près de dix mille morts, et le grand étendard de Mahomet.
Jean Sobieski entra dan? Vienne délivrée, avec l'empereur Léopold, et il entonna lui-môme le Te Deum. Depuis ce temps-là, il faisait toujours porter avec lui une image de Notre-Dame-de-Lorette, trouvée miraculeusement; deux anges qui soutiennent une couronne au dessus de la tête de la sainte Vierge, ont à la main chacun un rouleau avec ces paroles en latin : Cette image de Marie sera pour moi le gage de la victoire. Hist. Eccl.
Du temps que Léon l'Isaurien troublait l'Église par son édit contre le culte des reliques et des saintes images, Jean, gouverneur de Damas, glorieusement connu dans les annales ecclésiastiques sous le non de Jean Damascène, écrivit contre cet empereur iconoclaste, e* démontra victorieusement, dans plusieurs lettres, que le culte dei
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images remonte aux apôlres, et qu'il s'appuie sur la iradilion et fauioriié des Pères. Il prouvait en6n qu'on ne devait pas observer l'édii de l'empereur, o Le fiouvernemeni de l'Étal appartient aux princes, disaii-il; mais la doctrine de rÉylise est indépendante de leur autorité. ■
Léon risaurien, furieux contre ce généreux défenseur de la vérité catholique, trama contre lui une machination infernale; il le fit accuser de haute trahison, et, en punition de ce crime prétendu, on lui coupa la main diuiie. Aussitôt après celte inique exécution, Jean alla s'agenouiller dans son oratoire, devant l'image de la sainte Vierge, son refuge, offrani à Dieu, par l'intercession de Marie, sa douleur ardente. Bietiiôi, animé de la plus vive confiance, il approcha son bras droit mutilé de sa main coupée. «Vous savei, Vierge sainte, « dit-il, pourquoi on a coupé celte main. Elle vous étaii pourtant « consacr«='e ; elle eûi fait mieux encore avec votre aide. 0 Reine, si « la volonté de Dieu n'y est pas contraire, voire puissance peut me a rendre celte main dont on m'a privé. Plus que jamais elle serait à « vous...» Comme il priait ainsi, il sentait ses douleurs se calmer, s'effacer, disparaître, s'éteindre; et, en peu d'instants, il tomba doucement, sans l'avoir prévu, dans un sommeil calme et suave. Un songe gracieux lui présenta bientôt , dans des flots de lumière, Marie radieuse, qui lui souriait d'un sourire de mèie et lui disait: « Tenei c votre promesse, mon Dis; écrivez désormais non plus pour les vai- « nés préoccupations de ce monde, mais pour la seule gloire de « Dieu et de sou l^glise dlèle ; car votre prière est couronnée, et vous o voilà guéri! »> Le saint se réveilla; et il trouva avec bonheur sa main si parfaitement r<^unie à son bras, qu'il ne paraissait pas qu'elle en eût jainais été séparée, sinon qu'une petite ligne rouge l'entourait, en forme de bracelet, comme marque et témoignage perpétuel da miracle. Baillet, vie du Saint, n. 4.
En 1602, la peste ravageait plusieurs provinces voisines du Rouergue. L'alarme était ooniinuelle dans la ville de Roiiei, parce que tous les jours s'approchait le terrible fléau. Enfin, le 28 novembre, on annonce que la maladie s'est déclarée dans le couvent des Cordeliers, qui étaii coniigu à la ville. Elle y avait été portée, en effet, par un (rère quêteur, qui avait reçu, en faisant la ronde, des denrées infectées. Les magistrats ûreni aussitôt fermer les portes de la maison, afin qu'elle n'eût aucune communication avec la ville, et l'épouvaiite fut si granile que la foule immense qui était venue à Rodez pour la foiie de la Saint-André, el une grande partie de la population s'empressèrent de prendre la fuite. Mais les magistrats ne se aonlentirent pasde prendre les moyens naturclsde sûreté, ils voulurent encore avoir recours aux moyens siii naturels. Le (i décembre, ils se réunirent à l'hôiel de ville avec les notables de la ville, el tous furent unanimement d'avis qu'il fallait se mettre sous la protection de Marie,
cnni^ue sans péché, d'une manière publique et soleunelle. En conséquence, ils invoquèrent son secoti/s au nom de toute la ville de Rodez, dont ils étaient les représentants, et ils promirent déjeunera» perpéuiiié la veille de la Conception, de se rendre en corps à Notre- Dame de Ceignac avec la châsse de saint Amans, et de donner la goriniede deux cents livres pour l'ornement de cette égifse.
A peine le vœu fut-il prononcé, que la proiection de Notre-Dame se flt sentir d'une manière extraordinaire. Le fléau s'arrêta aux portes de Rodez. H fit un grand nombre de victimes dans tous les environs; mais il n'alieignii personne dans la ville, qnoicju'on eût eu beaucoup de rapports ^vec les religieux depuis l'arrivée du frère quêteur et avant que la maladie s'aimonçàt. Il y a plus : c'est que les habitants de Rodez jouissaient en cette occasion d'un privilège tout à fait extraordinaire. Le mal était en eux et ne pouvait leur nuire. Quelques-uns le communiquèrent à des étrangers, qui en furent viciidies hors de la ville, tandis qu'eux-mêmes et toute leur famille n'en éprouvèrent aucun dommage.
Après que le vœu eut été fait, il y eut qtielques habitans de Rodei qui, par une crainte excessive, demandèrent qu'on empêchât toute sorte de réunions, et tnême que les églises fussent fermées ; mais on pensa qu'il fallait laisser la liberté de se rendre dans les églises , et que les prières elles communions des fidèles seraient plus puissantea que toutes les précautions pour sauver la ville. En effi-t, l'afQuence du peuple fut extraordinaire. Pendant une quarantaine de jours, les tribunaux de la pénitence furent encombrés, et le Seigneur, ayant égard à tant de voix qui demandaient giàce et miséricord'^ et surtout aux prières de Notre-Dame conçue sans péché, la ville de Rodez fui entièrement sauvée de la peste.
Histoire du Bienheureux Fbançois d'Estaimg.
3. ]1 ne convient pas que les saintes paroles de l'Avr, Maria passent par des lèvres impures. C'est avec un cœur exempt de péché que nous devons prier Marie. — Saint Pierre Célesiin rapporte qu'un soldat vicieux avait cependant l'habitude d'adresser tous les jours quelques prières à la sainte Vierge. C'était une pratique qu'il tenait de sa mère, et dont il ne s'était jamais départi. Un jour, après une bataille, ayant été obligé de prendre la fuite, il se trouva dans un désert, sans secours et sur le point de mourir de faim. Il eut la pensée de s'adresser à Marie, pour qu'elle vînt l'asisster dans son extrême misère. La Vierge lui apparut et lui présenta un mets exquis, dan» un vase si sale qu'il n'osa y toucher. •< Prends donc cette nourriture, Inidit la Reine des saints.» — « Ah ! dans ce vase, nous je ne puis en goiiter.> — « Quoi 1 reprit la Vierge, il te répugne de prendre ce met* dans le \ase que je te présente, et tu veux que je reçoive les prières qui parient d'un cœur impur, souillé d'iniquités, d'une bouche p.eioe de mensonges, de blasphèmes, d'obàcénités. Va, malheureux, corn-
480 QUATIUÈIUE LEÇON.
mence à te purifier de les crimes par une confession sincère, et puis lu viendras m'offrir tes prières. » Le soldat se convemit et fit péniteoce jusqu'à la mort.
TROISIÈME INSTRUCTION
De certaines pratiques de dévoiion en l'honneur de IVUrie. — L'Ave, Maria, — L'Ângelus. — Le Rosaire. — Le Cliapeicl. — Le Scapulaire. — Les Confréries ou Congrégations. — Du Conftteor.
Honorons Marie, dit saint Bernard, de toute Tardeur de nos sentiments, de toutes les affections de notre âme (1). Pourvu que nous ne l'honorions pas à Tégal de Dieu, ce qui serait une impiété, ne craignons pas d'excéder en ses louanges et dans les hommages que nous lui rendons. Et, puisque cette Mère de miséricorde pense incessamment à ses fidèles serviteurs, puisqu'elle les aime, qu'elle prie pour eux et leur distribue les dons célestes , il est bien juste qu'à notre tour, nous employions aussi à son culte notre esprit, notre cœur, notre langue et nos mains.
1° Notre esprit, en nous appliquant à méditer souvent ses ineffables grandeurs et ses prérogatives incomparables, afin de concevoir la plus haute idée qu'il nous sera possible de cette auguste Reine du ciel, et en portant l'attention la plus vive et la plus soutenue aux prières que nous lui adressons.
2» Notre cœur. C'est principalement dans les sentiments d'amour ei, de respect que consiste la dévotion à Marie. Nous devons donc l'aimer et la révérer au-dessus de toutes les pures créatures , nous réjouir de son bonheur et en rendre grâces à Dieu, désirer avec ardeur raccroissement
(1) Totis medullis cordiam, totis praecordiorum affectibus Mariam teneremur. D. JJern. Serm., de Naiiv.
ûe son culte^ et conserver toujours une confiance filiale en sa bonté maternelle.
30 Notre langue. Si nous Faimons réellement, nous nous ferons un plaisir et un devoir de lui adresser des prières vocales, de chanter des cantiques à sa louange, de parler souvent d'elle et de ses grandeurs; car la bouche parle de la plénitude du cœur. Nous voudrons aussi que les autres l'aiment et Thonorent, et nous ferons tout ce qui dépendra de nous, pour lui gagner de fidèles serviteurs.
4° Nos mains, en produisant des œuvres qui puissent lui être agréables. Les plus excellentes sont celles qui tendent à Textirpation de nos vices et à la pratique des vertus, dont elle offre le plus pur et le plus parfait modèle.
A part ces considérations générales sur la dévotion à Marie, il est snssi certaines pratiques particulières que nous devons embrasser , chacun selon Tattrait de notre cœur, comme preuve de notre attachement à cette Reine auguste des anges et des hommes. La piété chrétienne s'est plu à les multiplier; et toutes celles qui sont approuvées par l'Église, méritent également nos respects , quelque petites qu'elles paraissent à l'orgueil humain ; et nous pouvons en retirer les plus grands avantages soit pour la réforme do nos mœurs, soit pour notre progrès dans la piété. En voici quelques-unes des plus usuelles :
!• La récitation de l'Ave, Maria. Que peut-il y avoir de plus agréable pour Marie que d'entendre ses enfants la saluer comme l'ang'^ , et lui renouveler ainsi la joie qu'elle ressentit, lorsqu'on lui annonça qu'elle serait mère de Dieu ? Cette prière pénètre ceux qui la disent avec ferveur d'une douce suavité, et plus les âmes pieuses la répètent, plus elles aiment à la répéter. Elle a un pouvoir merveilleux pour nous protéger dans les périls , pour nous attirer les secours dont nous avons besoin, et pour chasser les démons. Satan fuit et tout l'enfer tremble, dit le bienheureux Alain, lorsque je prononce Ave, Maria (1). Aussi, cette Sa-
(1) Satan fugit, infernns intremiscit, quùm dico Ave, Maria. Alan, II. 21
^*î QUATRIÈME LEÇON.
lutation Angélique est-elle appelée, avec juste raison, le bouclier des chrétiens et un antidote céleste. Ayez donc soin de la réciter à votre prière du matin et du soir, dans vos peines, dans vos tentations, toutes les fois que vous voyez une image de la sainte Vierge. Ne craignez pas de la dire trop souvent, parce que Marie ne se lassera jamais de Tentendire, et que plus elle vous verra fidèle à Thonorer, plus elle vous ouvrira son cœur maternel. Quiconque ne saurait pas cette prière, serait regardé comme sans foi et sans religion *.
2" L' Angélus, Trois fois le jour l'Église nous avertit par le son de la cloche d'élever notre esprit à Dieu, et elle rappelle à notre mémoire le bienfait immense de Tlncarnation du Verbe et la part que la sainte Vierge a eue à ce grand mystère, en nous invitant à réciter V Angélus. Cette prière n'est pas, il est vrai, d'obligation ; nrnis elle nous est fortement conseillée, et ce serait avoir peu de foi que de refuser de s'assujettir à ce pieux usage. Que le respect humain ne vous empêche donc jamais de rendre vos hommages à Jésus et à Marie; et, en quelque lieu que vous soyez, avec quelques personnes que vous vous trouviez, gardez-vous de rougir de paraître chrétiens et catholiques ; mais suivez l'impulsion de votre cœur en toute simplicité, sans crainte comme sans affectation *.
3° Le Rosaire. C'est une dévotion qui a pour objet d'honorer les quinze principaux mystères de la vie de Notre- Seigneur et de sa sainte Mère. On récite à cet effet quinze fois l'Oraison Dominicale, et cent cinquante fois la Salutation Angélique. Ces cent cinquante Ave, Maria représentent et suppléent, pour ceux qui ne savent pas ou qui ne peuvent pas les Ibe, les cent cinquante psaumes de David, et voilà pourquoi des papes ont appelé le Rosaire le psau^ tier de la Vierge. Étant composé des prières les plus augustes de notre religion, il est comme une guirlande de fleurs qu'on présente à celle que l'Église invoque sous le ^m de rose mystique. Cette dévotion fut inspirée à saint
Dominique, par la Vierge elle-même, qui lui déclara que ce serait là comme une pluie céleste, qui produirait dans les âmes de grands fimits.
On entend quelquefois les esprits forts, les hérétiques, et d'indignes et lâches chrétiens mépriser cette dévotion et la tourner en ridicule, ou bien la regarder tout au plus comme le partage exclusif des ignorants et des dévotes. On peut bien leur accorder que cette pratique n'est pas du goût d'une dévotion recherchée et argumentante; mais elle n'en est que plus chère aux âmes humbles et modestement religieuses, parce qu'elles y trouvent l'expression naïve de leur tendresse filiale pour Marie; et elles ne se fatiguent jamais de la saluer, de l'honorer, de l'Invoquer, de l'aimer.
Le Rosaire est connu par toute la terre, et il n'y a ni vilîe ni village, quelque petits qu'on les suppose, où cette excellente dévotion ne soit en usage ^.
4° Le Chapelet. C'est la troisième partie du Rosaire ; on l'appelle ainsi parce qu'anciennement les hommes et les enfants en ornaient leur coiffure et le portaient sur la tête comme un petit chapel. On le nomme aussi couronne de la sainte Vierge. Cette auguste Reine porte dans le ciel une couronne de douze étoiles (J); c'est une marque distinctive que le Tout-Puissant lui a donnée, en l'élevant au-dessus de tous les princes de la cour céleste. Pour nous, n'ayant rien de mieux à lui offrir, présentons-lui une couronne de prières, îa coiu'onne composée du salut de l'ange et de la belle oraison enseignée par son divin Fils. On n'a pas toujours le temps de réciter le Rosaire entier; mais la récitation du Chapelet est courte, facile, à la portée de tout le monde. Prenons donc la résolution d'être fidèles à cette pieuse et sainte pratique *.
On peut aussi s'associer au Rosaire vivant, lequel ge compose de quinze personnes qui récitent, tous les jours^
(1) la capite ejus corona stellarum daodecim. Apoc, xii, 1.
chacune, une dizaine du Chapelet; et par là, elles disent, chaque jour, tout le Rosaire. Leur prière, par son union avec celles des autres membres, est beaucoup plus agréable à Dieu et à la sainte Vierge ; elle est aussi beaucoup plus efficace.
5» Le Scapulaire. C'est un précieux et saint habit qu'on porte en l'honneur de la Vierge ; il est comme la livrée spéciale des enfants de Marie. Cette dévotion a été révélée par la Vierge elle-même au bienheureux Simon Stock, général des Carmes. Un jour cette Reine du ciel lui apparut, accompagnée d'une troupe d'esprits célestes et tenant en main un Scapulaire qu'elle lui présentait ; elle lui dit : a Voici pour vous et pour les vôtres, mon cher fils, ce signe privilégié que vous demandez ; il distinguera ma confrérie ; il sera un gage de paix et d'éternelle alliance, un symbole de salut, une sauvegarde dans les périls, et ceux qui mourront après l'avoir dignement porté, ne subiront pas le feu éternel. » Des grâces et des miracles sans nombre ont glorifié cette dévotion *.
6° Le mois de Marie. Une tendre et ingénieuse piété a voulu consacrer à la plus belle des vierges le plus beau des mois de l'année, le mois de mai qui, par le renouvellement de la nature et l'agréable variété de fleurs dont la terre se couvre, semble inviter l'âme à renaître aussi à la grâce et à se parer des plus beaux actes de vertu, pour en former comme un bouquet d'agréable odeur à la Reine de l'univers. Pendant tout ce mois, on se propose d'honorer Marie avec un zèle particulier; et on va chaque jour réciter des prières et chanter des cantiques devant quelqu'une de ses images, qu'on a soin d'orner le mieux que l'on peut. On se réunit en aussi grand nombre que possible, afin de rendre plus solennellement ses hommages à l'auguste Mère de Dieu, et on termine ce mois par une communion fervente et une consécration à la sainte Vierge.
7" Les Confréries ou Congrégations. C'est un des plus •ûrs moyens de plaire à cette bonne et divine Mère et d'at-
tirer ses faveurs. Elle aime à voir ses enfants, unis par les liens de la charité, se ranger sous sa bannière, chanter ensemble ses louanges et lui faire en commun l'hommage de leurs cœurs. Dans ces douces réunions, on Sb sent à chaque fois animé d'une nouvelle ardeur pour le service de Dieu et pour la gloire de la Reine du ciel ; et, partout où elles se tiennent régulièrement, elles produisent les fruits les plus abondants de sanctification. Il en est de plusieurs sortes; mais la plus célèbre, sans contredit, de nos jours, c'est TArchiconfrérie du très-saint et immaculé cœur de Marie, établie d*abord dans l'église de Notre-Dame-des- Victoires, à Paris. Elle a renouvelé cette paroisse, où l'esprit de piété semblait s'être presque entièrement éteint; et, de là, elle s'est répandue avec la plus grande rapidité dans toutes les villes de France, dans la plus grande partie de l'Europe, et jusque dans les pays les plus lointains, opérant en tous lieux les plus merveilleuses conversions.
Toutes ces pratiques ont été enrichies par les souverains pontifes de beaucoup d'indulgences. Pécheurs, comme nous le sommes, tâchons d'en gagner le plus que nous pourrons.
Il est beaucoup d'autres manières d'honorer Marie, comme par exemple, porter des médailles à son effigie, réciter les litanies, le Salve, Regina, et autres antiennes, le Memorare, visiter les oratoires et chapelles qui lui sont dédiés, avoir quelqu'une de ses images exposée dans sa chambre, la saluer par un Ave quand on entre ou que l'on sort, ou quand on entend l'heure sonner; jeûner4e samedi et les veilles de ses fêtes, faire des vœux et des pèlerinages à ses sanctuaires les plus vénérés, orner ses autels, se faire un plaisir d'y apporter les fleurs de la saison, lui consacrer quelque chose de ce qu'on emploie peut-être à de vaines parures. Toutes ces dévotions sont bonnes; aucune n'est de précepte; chacun peut suivre celle qui est le plus à son goût s.
Quelque excellents que soient ces exercices extérieurs
de piété, ne perdons jamais de vue qu'ils ne serviraient de rien, s'ils n'étaient soutenus par une vie solidement chrétienne. Le véritable caractère de la dévotion ? Marie, c'est l'imitation de ses vertus. Nous en avons déjà dit un mot à l'instruction précédente; mais qu'on nous permette d'insister sur ce point, qui est de la plus grande importance. Ne serait-ce pas, en effet, la plus grossière illusion de s'imaginer que, parce qu'on récitera quelques prières en l'honneur de Marie, on pourra se livrer impunément à toute sorte de vices ? que par quelques Ave et quelques chapelets, on se mettra à l'abri des coups de la justice divine, sans avoir besoin de réformer son cœur, sans quitter ses mauvaises habitudes? Est-ce être véritablement dévot à Marie, que de mener une vie en opposition constante avec la sienne? Quelle apparence que la Vierge immaculée veuille reconnaître pour ses serviteurs, des libertins, des vindicatifs, des jureurs, des débauchés, qu'îine personne de médiocre vertu ne voudrait pas recevoir à son service? Quelle apparence qu'elle s'intéresse pour le salut de ces pécheurs endurcis qui, sous prétexte qu'elle sera leur avocate, ne craignent pas d'outrager tous les jours, et de la manière la plus cruelle, son divin Fils ! Voulez-vous, dit saint Bonaventure, faire agréer à la Reine du ciel le culte que vous lui rendez, faites tous vos efforts pour imiter sa pureté, par l'innocence et l'intégrité de vos mœurs (1). Par là, vous vous montrerez le digne fils d'une si bonne mère, et vous mériterez qu'elle vous reconnaisse et vous traite comme un de ses véritables enfants.
D. Est-ce prier que de réciter le Con/îteor? R. Oui, car en le récitant nous confessons que nous avons péché, et nous en demandons pardon à Dieu.
Outre la confession secrète et détaillée de nos fautes
li) Ul lua dovotii sit ci accepta et reverentia grata, Ipsius pilntatem et mundilionem mentis et corporis tolo corde salage imilari D. Bonav.
que nous faisons au prêtre pour obtenir l'absolution, îl en est une autre plus générale et publique que nous faisons à Dieu, non qu'il ignore nos péchés, mais pour nous humilier ^levant sa Majesté suprême et apaiser sa colère. La formule de cette confession, c'est le Confiteor, Il se divise en deux parties. La première est un aveu de nos faiblesses et de nos misères, que nous exposons, humblement et avec un vif sentiment de rcpontir, d'abord devant Dieu, parce qu'il est à la fois notre père et notre juge. Sa qualité de père nous excite à la confiance; sa qualité déjuge doit nous inspirer la plus vive crainte, car, s'il veut nous juger dans sa rigueur, qui pourra subsister devant sa face (i)î Nous nous confessons ensuite à la vierge Marie, parce qu'elle est la mère de miséricorde et le refuj^e des pécheurs; à l'archange saint Michel, parce qu'il tient les balances de la justice divine et qu'il pèsera toutes nos œmTCs au poids du sanctuaire éternel; à saint Jean-Baptiste, parce qu'il a été le grand prédicateur de la pénitence et le précurseur de la grùce qui a régénéré le monde; aux apôtres saint Pierre et saint Paul, parce qu'ils tiennent les clefs du royaume céleste et que Dieu leur a donné le pouvoir de l'ouvrir ou de le fermer, selon qu'ils nous en jugeront dignes; enfin à tous les saints, parce que nous avons besoin de leur puissante intercession, pour rentrer en grâce avec Dieu. Dans cette première partie, nous confessons que nous avons péché beaucoup, et beaucoup trop, et de toutes sortes de manières. Hélas! un seul péché de pensée a suffi pour perdre les anges rebelles; et nous, nous en avons commis un si grand nombre et de tant d'espèces! Que la miséricorde de Dieu est grande de nous avoir épargnés! Nous confessons, enfin, que c'est par pure malice que nous avons péché, que nous ne voulons chercher aucune excuse, que c'est réellement par notre faute et notre très-grande faute;
(I) Si iniquilates observaveris, Domine, Domine, quiisustinebil? Ptal. cxxix. 3.
et, en disant ces mots, nous nous frappons la poitrine, pour nous exciter à un plus vif sentiment de douleur. La seconde partie du Confiteor renferme une prière; elle se compose à peu près des mêmes mots que la première. Nous y conjurons le Seigneur et les mêmes saints, devant qui nous nous sommes humiliés par Taveu de nos misères, de vouloir bien s'intéresser pour nous auprès du Dieu toutpuissant, et nous obtenir la rémission de nos iniquités. Le Confiteor, bien récité, est un véritable acte de contrition^ oui désarme Injustice de Dieu et provoque sa misérîcortle.
TRAITS HISTORIQUES
1. En Allemagne, un homme qu'oD venait de condamner à mort, ûe voulait absolument pas se confesser. Un prêtre fil tout son possible pour le convenir ; il le pria, il pleura, il se jeta à ses pieds ; à la fin, voyant qu'il perdait son temps, il lui dit : a Récitons ensemble un Ave, Maria.» Le pécheur le fit et fut tout à coup changé en un autre homme : il commença à pleurer amèrement ; il se confessa avec beaucoup de douleur, et voulut mourir en tenant entre ses bras l'image de Marie. Ann. Marian.
Dans une ville d'Espagne, un impie s'était liv'''é au démon, et il ne s'était jamais confessé ; le seul bien qu'il fit était de dire un Ave, ilaria, chaque jour. Le père Eusèbe Niéremberg rapporte qu'aux approches de ea mort, la sainte Vierge lui apparut en songe et le regarda : ses regards le changèrent au point qu'il envoya de suite appeler un confesseur. Il se confessa en versant un torrent de larmes, et il fil vœu de se faire religieux, s'il relevait de cette maladie. Il mourut dans ces belles dispositions, Aubiem.,T. l., c. VII.
L9 bienheureux François Patriii avait une très-grande dévotion à l'Àvt, Maria, et le récitait très-souvent. Marie lui prédit l'heure de •a mort, et il mourut en saint. Quarante ans après, il sortit de sa bouche un très-beau lis, qui fut transporté en France. On voyait sur «es feuilles VAve, liaria^ écrit en letires d'or. Rolland, 15 viai.
2. Jamais personne ne montra plus d'exactitude que saint Cbarlet Borroméeà saluer Marie, quand la cloche avertissait de dire V Angélus. 11 le récitait toujours à genoux et têie découverie. Dans ses voyagea, il descendait do cheval et se prosternait quelquefois dans la boue, pour donner à la M^rr-de Dieu celte marque de son respect et de son amour.
En quelque compagnie que se trouvât saint Vincent de Paul, fûl-il même dans une rue, il se melttit à genoux pour dire V Angélus, lorsqu'il l'emendaii sonner, ei il se serait reproché le plus léger péché de respect humain comme une apoiasie. 11 disait souvent qu'un soldat ne craint pas de porter les décorations qu'il a reçues de son prince, ni de faire l'exercice en son honneur, et qu'il serait indigne d'un chrétien de rougir de faire un acte de religion pour la gloire du Roi des rois.
3. La journée de Lépanlesera un monument éternel du pouvoir de la Mère de Dieu, puisque c'est à elle que lachréiienté est redevable de cette fameuse victoire que les chrétiens renjporfèrent sur les Turcs, l*an 1671. Le saint pape Pie V, Philippe I!, roi d'Espagne et les Vénitiens s'étaient joints ensemble, pour r» pousser les efforts de cet ennemi commun. Quoique la partie ne fût pas égale, les chrétiens, qui s'appuyaient sur la protection de la sainte Vierge, ne doutèrent pas du succès de leur entreprise. Toute l'Europe était en prières. Les fidèles couraient en foule à Noire-Dame-de-Lorelle, pour y implorer l'assistance du Ciel par l'intercession de la Mère de Dieu. Don Juan d'Autriche, général de l'armée, fil vœu d'aller en personne visiter ce sanctuaire. Les chrétiens obtinrent ce qu'ils demandaient ; car, les deux flottes en étant venues aux mains, le T octobre, les ennemis perdirent, dans ce combat, qui dura depuis six heures du matin jusqu'au soir, 40,0i 0 hommes, llG pièces de gros canon, i80 galères, et 70 furent coulées à fond. Pour ce qui est de don Juan, de? que ses affaires le lui permirent, il se mit eu chemin, au plus fort de l'hiver, pour accomplir son vœu, sans que la rigueur de la saison put l'en empêcher.
C'est à l'occasion de cette journée que fut établie, par le pape Pie V» la fête solennelle du Rosaire, transportée par Grégoire Xlll, au premier dimanche d'octobre. Ilist. Ecclés.
La naissance de saint Louis, roi de France, est due à la Mère de Dieu et à la dévotion du saint Rosaire. La pieuse reine, Blanche de Càslille, qui fut la m; re de ce saint roi, gémissait depuis longtemps de sa stérilité. Saint Don)inique, qui vivait de son temps, lui conseilla de recourir à ia très-sainte Vierge et à la dévotion du Rosaire, de le réciter souvent et d'engager les personnes les plus dévotes qu'elle connaissait dans son royaume, à lui rendre fré-inemment eu son nom le mêuie liommase; il lui fit ainsi espérer d'ol)ieiiir le fruit de bénédiction qu'elle désirait, par la iirotection de la mère de miséricorde. Blanche suivit ce conseil avec autant de bonheur qu'' de fidélité. La vertu du sacré Rosaire et la piété de la princesse obtinrent bientôt l'efrcl tant désiré. Elle eut un fils, et, dans son liis, jn roi qui mit la sainteté sur le trône, qui consacra sa couronne par toutes les vertus chrétiennes, qui illustra sa vie par les actions les plus l.éroïques, en un mot, qui porta au tombeau la robe de l'innocence bap-
tismale, enrichie de tous les mérites qui font les saints et les grands saints. Vie de saint Lodis.
Une femme, appelée Hélène, qui avait vécu dans des habitudes criminelles, étant allée à l'église, le hasard fit qu'elle entendit un ftermon sur la dévotion du Rosaire ; ce qui lui donna envie d'en acheter UD, mais elle le tenait caché pour que personne ne le vît; elle commença ensuite, à le réciter ; et, bien que ce fût sans dévotion, la sainte Vierge lui fit trouver tant de goûi dans celte prière qu'elle ne pouvait se lasser de la dire. Par l'habitude de cette sainte pratique, elle mérita de concevoir une telle horreur de sa vie passée, que sa conscience ne lui donnait plus de repos. Forcée, en quelque sorte, de recourir au sacrement de Pénitence, elle se confessa avec tant de contrition, que le confesseur en était dans l'étonnemeni. La confession faite, elle alla se jeter au pied d'un autel de Marie, et récita le Rosaire en son honneur. Elle embrassa un genre de vie irès-auslère; et le Seigneur la favorisa de plusieurs grâces surnaturelles, ccmme visions, révélations, et même du don de prophétie. Enfin, quelques jours avant sa mort, la Mère de Dieu vint la visiter, en compagnie de son Fils, et 1 on vit l'àme de ceite pécheresse, sous la forme d'une blanche colombe, prendre son vol vers le ciel. Bovios.
4. Anne-Caiherme Gonzague fut mariée à Ferdinand I, archiduc d'Autriche. Après la mon de son mari, elle entra «ians un couvent de Servîtes, se fit faiie un chapelet sur les grains duquel étaient gravées les douleurs de la Vierge, et elle disait que, pour ce chapelet, elle renonçait à toutes les couronnes de la terre. En effet, (;lle refusa la main de Rodolphe 11. Lorsqu'on vint lui dire que sa sœur cadette avait été couronnée impératrice, elle répondit : « Je n'envie pas à ma sœur sa couronne impériale ; j'aime mille fois mieux cet habit, dont il a plu à Marie, ma reine, de me couronner. » Mai ie lui apparut plusieurs fois, et celle bonne religieuse fil une sainte mort.
Le grand roi Louis XIV montra toujours beaucoup de dévotion pour Marie. Un jour, les ambassadeurs du roi d'Angleterre l'ayant trouvé disant son chapelet, il leur demanda la permission de l'achever. « C'est une pratique, dit-il, que Je tiens de la reine ma mère, et je serais fàclié d'y manquer un seul jour de ma vie.»
"Le pieux Décalogne, un des plus paifaiis modèles qu'on puisse proposer à la jeunesse des écoles, ne négligeait rien pour mériter la protection deMnrie. H s'était fait une loi, qu'il observa toujours fidèlement, de réciter le chapelet en son honneur, au moins une fois la semaine, et de solenniser ses fêtes par la réception d^^s sacrements; il làchaii aussi d'irispirt-r à ses condisciples une dévotion si salutaire. Quelquefois il leur proposait de le réciter pour eux, à condition que, de leur côté, ils le ré( itéraient pour lui. Personne ne refusait l'otTre, persuadé qu'on n'avait qu'à gagner à l'échanf^e. Mais, comme il n'ignorait pas que la meilleure manière d'honorer les saints, c'est de pratiquer
leurs vertus, il s'étudiait surtout à imiter celles qui ont paru avec plut d'éclal dans Marie, son auguste protectrice, l'humilitt et la pureté
5. Toute la Provence était ravagée du terrible fléau de la peste;!* seule ville de Marseille mil sa cooûance dans le Scapulaire, et celt« ville fut épargnée. Elle consacra la mémoire de celte insigne faveut par un monumeot digne de la grandeur de Marie et de la piété de sâs habitants.
En Espagne, le ciel s'était Terme comme au jour d'Elie ; la stérilité régnait comme au temps de Joseph. Marie est réclamée, son habit est porté processionnellemenl, et le ciel, auparavant d'airain, se fond en eau, et les peuples trouvent des greniers plus abondants que ceux de l'Egypte.
Au siège de l'Ile de Malte, en 1565, et à celui delà ville de Gueldres, en 1597, on voyait des nations armées les unes contre les au 1res, ne respirer que le sang et le carnage ; Marie est invoquée, le Scapulaire est porté en procession. A l'aspect de ce nouvel étendard, les peuples soni désarmés , le flambeau de la guerre s'éteint, et les charmes de la paix renaissent.
Le père Chaix, Excellence du Scapulaire.
Au siège de Montpellier, un soldat qui portait sur lui le Scapulaire» comme un gage de sa dévotion à Marie, reçut un coup de mousquet, comme il montait à l'assaut ; mais la balle, après avoir percé ses habits, s'aplatit sur sou Scapulaire, et s'arrêta, sans lui faire de mal. Louis XII î, qui se trouvait au siège, fut lui-même témoin de ce prodige de protection ; en conséquence, il s'empressa de prendre ce saint habit, dont il venait de voir un effet si surprenant.
Parmi les souverains pontifes qui ont été dévots au Scapulaire, nous ne citerons que Clément Vlll, dont l'histoire remarque qu'après son exaltation au souverain pontifical, l'officier qui le dépouillait de ses habits de cardinal, voulut lui ôter son Scapulaire, en lui représentant que l'habit de pape renferme éminemment la vertu de tous les autres habits; mais ce pieux pontife l'en empêcha, en lui disant: « Laissez-moi Marie, de peur qne Marie ne me laisse (I). »
6o De nos jours, la sainte Vierge a fait sentir les effets de sa protection, de la manière la plus admirable , par le moyen de la médaille dite miraculiuse, qui fut frappée pour la première fois en 1832. Voici quelle en a été l'origine. Vers la fin de l'année 1830, une sœut novice, dans une des communautés qui se consacrent, à Paris, an service des pauvres, vit, dans l'oraison, un tableau représentant U sainte Vierge, lelie qu'elle est ordinaiiemenl représentée sous le titre d'Immaculée-Concepiion, en pied et tendant les bras. Il sortait de ses mains, comme par faisceaux, des rayons d'un éclat ravissant, et parmi ces faisceaux de rayons, elle en distinguait de plus considéra-
(1) Desine Mariam , ne Mariame desinat.
bles, qui tombaient sur un point du globe qu'elle voyait aussi. Au même instant, elle entendit une voix qui lui disait : o Ces rayons »oni le syœboie des grâces que Marie obtient aux bomoies, et ce point du globe, sur lequel elles découlent plus abondamment, c'est la France. » Autour du tableau, elle lisait l'invocaiiou suivante : a 0 Marie, conçue sans pécbé. priez ponr nous qui avons recours à vous ! » Quelques moments après, ce tableau se retourne, et, sur le revers, elle dislingue la lettre M surmontée dune croix, et au bas les saints cœurs de Jésus et de Marie. Après que la sœur eut bien considéré tout cela, la voix lui dit : « Il faut faire frapper une médaille sur ce modèle; et les personnes qui la porteront indulgenciée et qui feront avec piété cette courte prière, jouiront d'une protection toute spéciale de la Mère de Dieu. » Cette vision, qui se présenta plusieurs fois à la religieuse, ayant été communiquée aux supérieurs ecclésiastiques, rarchevêque de Paris déclara qu'il ne voyait aucun inconvénient à la confeciion de cette médaille, vu qu'elle n'offrait rien d'opposé à la foi de l'Église; qu'au contraire, tout y étant conforme à la piété des fidèles envers la sainte Vierge, elle ne pouvait que contribuer à la faire honorer, et qu'il désirait avoir une des premières. La médaille, ayant donc été frappée, se répandit dans la capitale, dans les provinces et bientôt dans tout l'univers chrétien. Elle a préservé ou guéri une infinité de personnes du choléra; elle a opéré et opère encore tous les jours les plus étonnantes merveilles, et en si grand nombre qu'on a pu en faire un volume.
Il n'est pas de province, dans la chrétienté, qui ne se glorifie d'avoir quelque lieu spécialement favorisé du ciel, quelque sanctuaire depuis longtemps vénéré, où la divine Marie se complaît à répandre ses grâces, et où les âmes fidèles trouvent toujours d'abondantes consolations. No'.is ne parlerons donc pas de tant de lieux de pèlerinage, célèbres daus l'univers. Mais nous ne pouvons ici passer soui silence une église aimée de Marie, chère à nos cœurs, où nos pèret ont reçu du ciel, par l'entremise de la Reine des anges, les faveurs les plus signalées, et que nous avons appris à vénérer, dès notre plui tendre enfance: c'est Noire-Dame-de-Ceignac.
La chapelle de Notre-Dame-des-Monts ou de Ceignac, assise sar une colline entourée d'autres collines, entre le Viaur et TAveyron, est sunout célèbre par le pèlerinage d'un paladin Hongrois qui, en 1150, y recouvra miraculeusement la vue, grâce à l'intercession de Notre-Dame. Ce seigneur affligé, à la fleur de son âge, de la plus triste cécité, quitta les bords du Danube, avec ceni hommes d'armee^ pour venir demander à Notre-Dame-des-Monts la fin de ses longues souQ'rances. 11 s'embarqua sur la mer Adri^itique, et, après avoir longé les côtes de l'Italie, il entra dans le golfe de Lyon ; mais là , une tempête horrible, vint disperser les navires de la petite flotte, ei oe fut à grand'peine que son écoyer le sauva dans une chaloupe.
qui parvint à gagner la côte. Triste de cet évéaemeDt désastreux, et déplorant îe sort de ses compagnons d'armes, le prinoe aveugle, accompagné de son fidèle serviteur, s'enfonça dans les moniagnes da Languedoc, en se dirigeant, à petites journées, vers la chapelle de Notre -Dame-de-Ceignac, où il arriva en 1150. Un chasseur, qui tendait ses lacs sur les rives verdoyantes du Viaur, indiqua ie gué de la rivière aux deux pèlerins, et les conduisit sur une éminence d'où l'oa découvrait la petite église. Le paladin, privé depuis quelques années de la douce lumière du ciel, ne put voir dans l'éloignement l'édifice religieux ; mais il entendit le gai carillon de ses cloches matinales, et, te prosternant sur l'herbe encore humide de rosée, il bénit Dieu elNoire- Dame, d'être enfin arrivé au terme d'un si lonj voyage. Il entra plein de foi dans ce modeste sanctuaire, qu'il venait chercher de si loin, et fit dire une messe «tclennelle à l'autel de Marie. La messe terminée, et tandis que ie prince paladin priait avec larmes devant l'image de la Vierge, un bruit d'armes, causé par des pèlerins qui entraient en foule dans l'église, attira son attention. Il lève instinctivement ses yeux sans regard... ; 6 surprise ! il voit sa bannière, et des pèlerins prosternés, dont les pelisses orientales contrastent avec les capes brunes des paysans de la contrée : ce sont ses fidèles Hongrois I Un cri de bonheur et de reconnaissance lui échappe ; il a recouvré la vue, et ses hommes d'armes sont là ! Notre-Dame avait traité son vassal avec une générosité de suzeraine, et n'avait pas fait les choses à demi. Sept lampes d'argent massif furent le don que le seigneur Hongrois offrit à la Vierge ; par ses ordres, une croix fut élevée sur la colhne où il avait prié, et l'on y grava cette histoire en caractères gothiques. Un groupe en relief, placé dans le sanctuaire de Marie, représenta le prince païaain et son écuyer à genoux devant l'image de la Vierge. Au-dessus était une inscription latine, pour perpétuer le souvenir du miracle