‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 3)Chapitre 7 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

roi d'Angleterre, fut le premier qui osa se détacher de sa communion ; et, pour ce crime, comme pour ses vices, li mérite les anathèmes de Tunivers'.

D. Pourquoi dites-vous que Notre Saint-Père le Pape est le cnef visible de TÉglise?

R. Parce qu'il est le successeur de saint Pierre que Jésus- Christ avait établi le prince des apôtres, le premier pasteur de lÉglise.

Nous Tavons déjà suffisamment expliqué; comme héritier de saint Pierre, le Pape a tous ses droits et ses privilèges; il gouverne l'Église visiblement, comme saint Pierre la gouvernait quand il était sur la terre, et comme Jésus- Christ la gouverne invisiblement du haut du ciel.

On lui donne le nom de Pape, qui veut dire père, parce qu'il est le père commun des fidèles. Autrefois ce nom se donnait indistinctement à tous les évêques, qui sont nos pères dans la foi ; mais depuis longtemps il est réservé à l'évêque de Rome *. Nous devons avoir pour lui la plus haute vénération, parce qu'étant le représentant de Jésus-Christ sur la terre, il a la plus haute dignité qu'on puisse imaginer. Prions le Seigneur qu'il augmente toujours en lui cet esprit de zèle, de force et de sagesse, qui doit caractériser le successeur du prince des apôtres ; et tenons-nous attachés inviolablement à son autorité suprême. Enfin, adressons au Ciel les vœux les plus ardents poiu" que le Seigneur multiplie le nombre des enfants de l'Église notre mère, par l'extinction des schismes, l'extirpation des hérésies et la conversion des infidèles.

TRAITS HISTORIQUES

ï. Entre les apôtres, on distingue les quatre évangélisles.On ne voit nulle part que Jésus-Christ leur ait donné l'ordre d'écrirv l'Évangiie ; ils y ont été déterminés par diverses circonstances et par l'inipiralioD du Saint-Esprit. — Les saiuis Pères trouvent une figure des

DES l'ASiLDRS DE L'EGLÏSE. 7 S

évangélistes dans les quatre animaux mystérieux, représentés dans Ézéchiel et dans l'Apocaiypse ; el l'on a coutume de peindre, à coté de chaque évangélisie, un de ces animaux figuratifs, comme on a pu souvent le remarquer. Ainsi, saint Mathieu est représenté par l'animal qui avait comme la figure de l'homme, parce que son but est de nous faire connaître la sainte humanité du Sauveur, et qu'il commence, en effet, par nous raconter sa génération temporelle. — Le lion est la figure de saint Marc, parce que cet évangélisie commence par la retraite du Sauveur au désert, habitation ordinaire du lion, el qu'il nous explique la dignité royale de Jésus-Christ, véritable lion de la tribu de Juda. — Saint Luc esl accompagné d'un taureau, parce qu'il commence à faire mention du sacerdoce de l'Homme-Dieu el du sacrifice de Zacharie ; or, le taureau était une des princi[)ales victimes qu'on immolait dans les sacrifices. — Enfin, l'aigle est le symbole de saint Jean, parce que cel apôtre, dés le commencement de son Évangile, In principio erat verbum, semljle fendre la nue el s'élève jusqu'au sein de la Divinité, pour y contempler la géiiéralion éternelle du Verbe. Ces quatre apôtres ont scellé do leur sang les vérités qu'ils ont consignées dans leurs écrits. Saint Jean, il esl vrai, mourut dune mort paisible, à Éphése ; mais i\ n'en est pas moins regardé comme martyr, parce qu'à Itome il fut plongé dans une chaudière d'huile bouillante , d'où il sortit sain el sauf, par un miracle de la Providence.

2. O'Connell, l'homme le plus extraordinaire de ces derniers temps, s'est montré, pendant toute sa vie, le chrétien le plus fidèle aux lois de Dieu et de l'Église. Loin de rougir de sa religion, alors même que, privée de tous ses droits, elle n'obtenait que lindifTérence el le mépris, comme une malheureuse proscrite, il s'^^n fil toujours un titre de gloire. Jamais il ne se présenta à la cour, sans avoir prés de lui un prêtre catholique ; pariout et toujours, il le voulait à ses côtés. Jamais il ne s'assit à un banquet politique, o*:, mêlés aux catholiques, se trouvaient les hérétiques de toutes les sectes el de toutes les opiniuns, sans que son prêtre, auquel il céda toujours et partout ia première place, eût béni la salle du feslin. Dans les réunions publiques, il se faisait une gloire particulière de professer, par ses actes et ses paroles, son attachement à la fui romaine. Et, en etfet, cacher les sentiments de la vraie foi, rougir d'en accomplir publiquement les préceptes, n'est qu'une faiblesse el la plus grande de toutes les faiblesses ; c'est pourquoi elle se trouve le plus communément dans les petites âmes, dans les esprits bornés. Le vrai génie fut toujours vraiment religieux et aima à le paraître; jamais il ne connut la vile a^ieinte du respect humain.

Que dirai-je maintenant des sentiments de ce grand chrétien pour le clergé, de sa patrie? ftoi de fait de l'Irlande, arbitre du cœur et des bras de huit millions d'hommes qui, comme des enfants, alten*

7 6 OrîZIÈME LEÇON.

daient en signe pour obéir, vrai champion et soutien de l'Église catholique, qui lui dut sa plus grande gloire et sa llLerlè, il ne sortit jamais des limites d'une humble dépendance de son évêque el de son curé. A la tête de tous comme personnage politique, comme homme religieux, il s'estimait le dernier de tous; et, nouveau Constantin, à peine osait-il accepter pour lur-même la dernière place dans les assemblées du clergé, quand il y était appelé , pour manifester ses desseins et donner ses conseils pour la défense de la religion et de la liberté. Prêt à s'élancer comme un lion contre quiconque eût osé, dans ses paroles, manquer de respect aux prêtres, il donnait luimême les preuves du plus grand respect pour ce corps vénérable. Il en parlait toujours avec la plus grande estime et la plus grande affection. Veut-il donner au peuple un motif pour fuir les sociétés secrètes: « Notre clergé, dit-il, nous les a défendues ; y aurait-il parmi nous quelqu'un qui osât désobéir à ce clergé si sage, si bon , si généreux, si édifiant? » Le Père Ventdra, Oraison funèbre d'O'Connell.

Oh ! si ces idées prévalaient dans notre patrie , quelle heureuse transformation nous verrions bientôt s'opérer dans les mœurs du peuple !

3. La France, justement appelée le royaume très-chrétien, s'est toujours distinguée par son attachement au saint-siége, el l'on a vu les rois les plus illustres rendre au souverain pontife les plus grands honneurs. Quand le pape Etienne III fut contraint de passer en France, pour se délivrer de l'oppression des Lombards, Pépin le Bref n'eut pas plutôt appris qu'il allait entrer dans ses États, qu'il envoya au-devant de lui le prince Charles, son fils, pour l'accompagner jusqu'à Pont-sur-Yonne, en Champagne ; et, lorsque le pape ne fut plus qu'à une lieue de cette ville, le roi vint lui-même pour le recevoir. En l'abordant, il descendit de cheval, et se prosterna devant lui avec sa famille et les seigneurs de la cour, et marcha même quelque temps à pied, à côté de son cheval, faisant auprès de lui la fonction de simple écuyer. Henrion, Ilist. de la Papauté,

C'est à ce même Pépin et à Charlemagne, son fils, que les papes sont redevables de leur puissance temporelle , qu'on leur a tant de fois reprochée, et qui est cependant, au jugement de Fleury, du président Hénaalt et de tous ceax qui ne se laissent pas aveugler par ôc folles préventions, indispensable pour le bon gouvernement de l'Église. « Les Français ont eu l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celui d'avoir constitué (humainement) l'Église catholique dans le monde, en élevant son auguste chef au rang indispensablement dû à ses fonctions divines et sans lequel il n'eût été qu'un patriarche de Constantinople, déplorable jouet des sultans chrétiens et des autocrates musulmans. Charlemagne, le trismégiste moderne, éleva ou fit reconnaître ce trône, fait pour ennoblir et consolider tous les autres Comme il n'y a pas eu de plus

grande inslilulion dans l'univers, il n'y en a pas, sans le moindre doute, où la main de la Providence se soit montrée d'une manière plus sensible ; mais il est beau d'avoir été choisi par elle, pour être l'ii>»truraent éclairé de celte merveille uniaue,«

De .Maistre, du Pape.

Après la célèbre bataille de Marignan, le roi François I«r rendit /es plus grands hommages au pape Léon X, qui jugea àpropos d'aller à la /encontre du vainqueur, pour avoir une conférence avec lui. A leur première entrevue, qui eut lieu à Bologne, le roi dit au souverain Pontife, d'un air de gaieté ; « Saint-Père, je suis charmé de « voir ainsi face à face le Vicaire de Jésus-Christ. Je suis le fils et le c serviteur de Votre Sainteté; elle me voit prêt à suivre tous ses orc dres. » Léon répondit de la manière la plus propre à flatter le ro^ et ils furent également satisfaits l'un de lautre. Le lendemain, dans la célébration solennelle des saints mystères, le monarque français ne se contenta pas de rendre au souverain Pontife les honneurs accoutumés ; mais le Pape allant à son trône pour y prendre les ornements pontificaux, le roi voulut absolument lui servir de caudalaire, quoi que Léon pût dire pour l'en empêcher. François répondit qu'il se tenait honoré de rendre les moindres services au Vicaire de Jésus-Christ. On lui avait préparé un fauteuil, il ne voulut point s'en servir ; il se tint debout jusqu'à la consécration ; et de là jusqu'à la communion du célébrant, il demeura prosterné, les mains jointes devant le visage. Il y eut tant de personnes qui voulurent communier de la main du Pape, qu'on fut obligé d'écarter la foule, pour ne laisser approcher que les plus considérables. François l" conserva toujours, pour le chef de l'Église, les sentiments de respectqui sont dus au Vicaire de celin que l'Écriture appelle le Roi des rois.

Quand le pape Pie VI vint en France, prisonnier du Directoire, malgré la terreur qu'inspirait le gouvernement d'alors et les ravages affreux que l'impiété avait faits dans notre malheureuse patrie, il reçut partout, sur son passage, les témoignages les plus empressés d amour et de vénération, qui le dédommagèrent des outrages que lui prodiguaient ses satellites. A Gap, à Grenoble surtout, un même sentiment avait électrisé tous les cœurs. Des personnes de tout âge et de toute condition, des calvinistes mêmes, exprimaient tout haut leur admiration et leur religieuse piété. Des dames se déguisèrent en servantes et achetèrent, à prix d'or, la permission d'exercer les plus humbles emplois auprès du Pontife octogénaire. Cent jeunes filles, vêtues de blanc, se réunirent pour lui jeter des couronnes de fleurs; et Pie VI, souriant malgré ses souffrances à ces hommages si purs et si naïfs, bénissait avec bonté cette innocente jeunesse.

Cinq années plus tard, un autre pape. Pie Vil. franchit les Alpes pour se rendre aussi en France, et cette fois-ci, non pas captif, inaisj pour sacrer l'empereur Napoléon. Les grands avantages, que le sou-

verain Pontife espérait en retirer pour la religion , avaient pa seuls !e déterminer à ce pénible et dangereux voyage. A son entrée dans Paris, la secle philosophique essaya vainement d'attirer le mépris sur le caractère el sur la personne du Vicaire de Jésus-Christ; la foi triompha, et Pie VII reçut, au milieu même de la capitale, des respects et des hommages, qui furent une réparation authentique des excès que l'impiété révolutionnaire avait commis dans ces mêmes lieux. On cite de lui un trait qui trouve naturellement sa place ici. Un jour qu'il donnait sa bénédiction, selon l'usage des chefs de l'Église, à la foule qui se pressait sur ses pas et tombait aussitôt à genoux devant sa main levée pour attirer les grâces célestes , un jeune homme se tint debout, ayant l'air de tourner en ridicule ceux qui ne suivaient pas son exemple. Le Saint-Père, avec autant de sang-froid que de majesté, se tournant vers le jeune philosophe , lui dit: «J'ignore, Monsieur, de quelle religion vous êtes ; mais, comme la bénédiction d'un vieillard n'a jamais fait de mal à personne, trouvez bon que je vous donne la mienne, en vous témoignant le désir qu'elle ait pour vous d'heureux résultats. > Le jeune homme, touché des paroles du Saint-Pére, se jeta à genoux; il reçut, comme il devait, cette leçon aussi touchante que paternelle, en témoignant ses regrets de n'avoir pas rempli ce devoir, dés le premier moment. Étrennes relig.de 1805.

Quand ce môme Pontife revint en France, pour y porter les fers que lui avait préparés une déplorable politique, il y fut entouré, tout captif qu'il était, des mêmes sentiments de vénération qui l'avaient accueilli, lors de son premier voyage. Voici ce que nous a raconté à ce sujet notre illustre prélat : « J'ai moi-même été frappé de l'empressement avec lequel on se rendait de loin, dans la chapelle de Fontainebleau, pour communier, s'il se pouvait, de la main du Saint- Pére, ou pour entendre au moins sa messe. Avant une de ces messes où je remplis l'office de céroféraire, n'étant que simple tonsuré, et où j'eus le bonheur de recevoir la communion de ses vénérables mains, monsignor Berlazzoli, son aumônier, annonça que Sa Sainteté assez souffrante ne pouvait donner la sainte communion qu'à un premier rang de fidèles, et qu'il y suppléerait à la messe d'actions de grâces, qu'il dirait lui-même. Une dame qui était venue de vingt lieues pour jouir du bonheur de cette communion donnée par le Pape, et qui oe put atteindre à la sainte table qu'après le premier rang épuisé, s écria tout haut, avec un accent de foi et d'ardeur qui me semble le cri de la Cananéenne : « Oh! Seigneur, donnez-lamoi. 3» Le Saint-Père l'entendit, et revint tout de suite sur ses pas, pour donner celte communion si désirée. »

De nos /ours, on a vu 0'Conn.ell, le héros de l'Irlande, plein de respect el d'amour pour la foi catholique, laisser tout, sacrifier tout, quand il s'agissail de la servir el de se mettre à l'œuvre pour elle. La défense des dogmes , des cérémonies et de la discipline de l'is-

IMTE DE L EGLISE. 7 9

glise catholique, était le thème favori de ses harangues publiques ei de ses discours privés. Quelqu'un s'avisail-il de lui jeter l'insulte, a voix basse et sur le ton sacrilège des anciens jours, en l'appelant papiste, il se retournait aussitôt et lui répliquait hardiment.' < Mit sérable ! lu crois, en ra'appelant papiste, me faire injure, et lu

< m'honores ; oui, je suis papiste et je m'en glorifie ; je suis papiste, « et cela veut dire que ma foi , par une suite non interrompue de t Papes, remonte jusqu'à Jésus-Christ, tandis que la tienne ne \a c pas au delà de Luther, de Cahin, d'Henri VIII et d Llisaleth. Eii K bien, oui, papiste ! Si tu avais une étincelle de bon sens, imbécile, « ne comprendrais-tu pas qu'en matière de religion, il vaut mieux Jé- « pendre du Pape que du roi, de la tiare que de la couronne, de

< la crosse que de l'épée, de la soutane que de la jupe, des con- « elles que des parlements? Rougis donc loi-même de n'avoir ni c vraie foi, ni intelligence, et tais-toi. >

4. Depuis le saint pape Grégoire !««•, les souverains Ponlifes prennent le titre de serviteur des serviteurs de Dieu, qui leur rappelle sans cesse les charges de leur sollicitude pastorale, se devant tout entiers au bien de I Kglise, à l'exemple du di\in Maître qui était venu, ainsi qu'il l'a dit lui-même, non pour être servi, mais pour servir. Pour confondre toule distinction mondaine, tout orgueil qu! viendrait d'une illustre origine, il doit encore être donné au Pape nouvellement élu un nouveau nom; il ne se glorifie plus de la noblesse de ses ancêtres; et le seul titre d'élévation qui le distingue, comme chef visible de l'Église, exprime uniquement la perfection a laquelle il doit sans cesse aspirer, pour être digne de représenter sur la terre le Chef adorable et invisible ; les nations et les rois appelleni le souverain Pontife, Sa Sainteté. De Joux, Lettres sur l'Italie.

SIXIEME INSTRUCTION

Hors de l'Église point de salut. — Église milil:inle , souffrante, triomphante. — Double unité de foi et de ministère, nécessaire à l'Église. — Cette unité n'appartient qu'à l'Église catholique.

D. Peut-on être sauvé hors de rÉglise?

R. Non. Hors de TÉglise, poitit de salut. On ne peut pas avoir Dieu pour pète, quand on ne veut pas reconnaître rtiglise pour mère.

Hors de l'Église, point de véritable vie, car on ne peut vivre de la vie de Jésus-Christ, quand on n'appartient plus

8 0 OiNZIÉSlE LEÇON.

à son corps; on est comme un sarment retranché de la ' i^ne^ qui n'est plus bon qu'à mettre au feu. — Hors de rglise, point de rémission des péchés, car seule elle a le pouvoir de les remettre. — Hors de TÉglise, point de grâce sanctifiimte, car on ne peut trouver ailleurs l'Esprit sanctificateur. — Hors de l'Église enfin, point de salut, car seule elle aies clefs du royaume du ciel. Quand même on serait doué des plus excellentes qualités, on n'est plus enfant de Dieu, et, par conséquent, on n'a aucun droit à l'héritage éternel, dès qu'on cesse d'appartenir à l'Église. L'Église est donc cette véritable et unique arche de salut, hors de laquelle on est englouti par les eaux du déluge. Ce fut là le malheur de TertuUien: c'était un prodige de science, l'oracle de son siècle; il menait la vie la plus austère; il avait un zèle extrême pour la réformation des mœurs; c( mais qu'on ne me parle plus de lui, disait saint Jérôme avec douleur; il n'est plus membre de l'Église (1).»

Jésus-Christ lui-même a déclaré expressément que celui qui n'écoute pas l'Église, doit être regardé comme un païen et un pul)Iicain. Et, d'après les saints Pères, on n'est plus qu'un étranger, un profane, un exilé, un ennemi, quand on n'est pas uni à cette sainte société *.

Or, quels sont ceux qui sont hors de l'Église ?

1° Ceux qui n'ont pas reçu le baptême, comme les Païens, les Turcs, les Juifs, et généralement tous les Infidèles.

2^ Les apostats, qui abjurent lechiistianisme et sont pires que les infidèles.

3^ Les hérétiques, qui résistent à l'enseignement de cette sainte mère, et ne veulent pas se soumettre à ses déci' sions.

4^ Les schismatiques, qui refusent de reconnaître l'au* torité des pasteurs légitimes, font bande àpart, et déchirent

(1) De Torlaliano nihil amplius dico nisi Ecclesiœ hominem non fuisse. D. Hier on.

LNiTÉ DE l'Église. 81

ainsi l'Église^, qui est le corps mystique de Jésus-Christ, aussi coupables que les Juifs, qui déchirèrent son corps passible et mortel.

5^ Les excommuniés, que TÉglise elle-même retranche de son sein, à cause de leur obstination et de leiu's crimes, pour leur en inspirer une plus vive horreur et les faire rentrer plus promptement en eux-mêmes.

Voilà ceux qui, étant hors du bercail de Jésus-Christ, n'écoutent pas sa voix et ne peuvent, par conséquent, arriver à la vie éternelle, qu'il a promise à ses fidèles disciples.

Mais, parce que nous enseignons que hors de TÉglise point de salut, est-ce à dire pour cela que nous damnons, comme nous en accusent les philosophes impies, tous ceux qui ne pensent pas comme nous ? C'est une atroce calomnie ; nous ne danmons personne, nous plaignons de grand cœur tous ceux qui s'égarent, nous déplorons leiu* aveuglement, et nous prions Dieu de les éclairer. En disant qu'ils ne sont pas dans la voie du salut, nous ne faisons qu'annoncer les oracles de la vérité suprême; et c'est Jésus-Christ, qui prononce l'arrêt de condamnation conire ceux qui refusent de croire et de se soumettre à la vérité. On peut encore dire qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur orgueil, leur mauvaise foi, et l'opiniâtre entêtement avec lequel ils ferment les yeux à la lumière.

Du reste, et c'est ici une remarque importante à faire, on n'encouii, les anathèmes de Notre-Seigneur que lorsqu'on est réfractaire à l'Église, et qu'on foule aux pieds son autorité. Quant à ceux qui tiennent aux communions hétérodoxes de bonne foi, et par une ignorance invincible. Dieu, qui est la justice même, ne leur demandera pas compte d'une erreur qu'ils n'ont pu éviter. S'ils observent la loi de Dieu, sur tous les points qui leur sont connus, ils appartiennent indubitablement à l'Église, bien qu'ils ne soient pas de sa communion extérieure ; ils tiennent à la véritable Église par la foi aux vérités salutaires que les sectes

hérétiques oni conservées, par la charité, et par le baptême qu'ils ont reçu. Quant aux infidèles qui n'ont jamais entendu parler de Jésus-Christ, ils sont précisément dans le même éta^ où se trouvaientles peuples avant la prédication de l'Évangile. S'ils mènent une vie pure et innocente, Dieu a, dans les trésors de sa miséricorde, mille moyens de les appeler à la connaissance de la vérité; mais qu'il est difficile de se préserver du péché, au milieu des ténèbres de l'infidélité ! Enfants privilégiés du Seigneur, ne cessons jamais de lui rendre grâces pour le don précieux de la foi, qu'il nous a si libéralement départi, et prions-le de faire briller la lumière de son Évangile, jusqu'aux extrémités de l'univers, afin que toute langue confesse et bénisse son nom. Nous pouvons nous-mêmes contribuer à étendre le règne de Jésus-Christ sur la terre, et à retirer les peuples de l'idolâtrie, en nous associant à l'œuvre la plus excellente des temps modernes, l'œmTe de la Propagation de la foi. Une courte prière et l'aumône d'un sou par semaine, c'est assez pour avoir part aux travaux et à la ejloire des missionnaires, dans les pays les plus lointains

D. Y a-t-il plusieurs Églises ?

R. Non, les Églises particulières ne font toutes ensemble qu'une seule et même Église.

Le ^Tai Salomon n'a qu'une seule épouse, qu'il appelle sa colombe et sa parfaite (i). De même qu'il n'a qu'un seul corps natiu-el, qu'il a pris dans le sein de la Vierge Marie, de même aussi, il n'a qu'un seul corps mystique, qui est la véritable Église.

Ainsi, quoique l'Église soit répandue dans tout l'univers, et qu'clb renferme dans son sein une infinité de nations différentes, elle ne forme pourtant qu'un troupeau, dont Jésus-Christ est le pasteur, qu'une société à laquelle Jésus- Christ communique ses dons, son esprit et sa vie; et, mal-

(1) Una est columba mea, perfecla mea. Cant., vi, 8.

l'NlTÉ DE l'église. 8 5

gré la distance des lieux que nous habitons, nous sommes tous membres de la même famille, parce que nous avons tous un même père, qui est Dieu, un même chef invisible, qui est Jésus-Christ, un même chef visible, qui est le Pape, vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Lors donc qu'on distingue plusieurs églises particulières, et qu'on dit, par exemple, l'église de France, l'église d'Espagne, les églises d'Amérique, d'Asie, ce ne sont là que des portions plus ou moins grandes de l'Église universelle, et on les désigne ainsi, à cause des pays qu'elles occupent; mais, en réalité, elles appartiennent au même corps, qui est l'Église de Jésus-Christ, hors de laquelle il n'y a point de salut. — Pareillement, lorsqu'on dit l'église de telle ville, de tel village, on n'indique par là que le temple matériel où se réunissent, pour adorer Dieu, les fidèles d'une certaine localité ; et ces diverses sociétés, disséminées sur la surface de la terre, mais unies par la même croyance, composent un seul temple spirituel, où Jésus-Christ est adoré en esprit et en vérité. Car la différence des lieux n'empêche aucunement l'union des cœurs et des sentiments, qui fait que nous ne sommes qu'un corps composé d'une grande multitude (1).

D.Ne dit-on pas qu'il y a TÉglise militante, l'Église souffrante, et l'Église triomphante?

R. Oui, mais c'est la môme Église en trois différents états, on l'appelle militante sur la terre, souffrante dans le purgatoire, triomphante dans le ciel.

L'Église est l'assemblée des enfants de Dieu , le peuple nouveau que Jésus-Christ a conquis à son Père. Prise dans sa plus vaste étendue, elle embrasse le ciel, la terre, le purgatoire. Les saints qui régnent au ciel, les fidèles qui vivent sur la teiTc, les âmes saintes , qui expient leurs péchés dans le feu purifiant, unis par des liens invisibles, quoique divisés en trois états différents, formen» le royaume de Dieu.

(1) Unuaa corpus mulli sumua. I. Cor., \, 17.

8 4 ONZIÈME LEÇO.N.

On api)elle donc l'Église

lo Militante sur la terre, parce que, tant qu*elle sera dans le temps de son voyage ici-bas, elle aura toujours des ennemis à combattre, des épreuves à subir. Aux prises, tantôt avec les puissances infernales qui s'efforcent de la renverser, tantôt avec les passions des hommes, qui voudraient corrompre sa foi ou altérer la pureté de sa morale, elle marche à travers mille écueils, mais toujours guidée par la main de Dieu. Incertaine sur le sort de plusieurs de ses membres, elle gémit sans cesse dans les justes, qui sont sa partie spirituelle, pour les pécheurs qui sont sa partie terrestre et animale. Se regardant comme exilée en ce monde, elle pleure, au souvenir de la céleste Sion, soupirant sans cesse après Theureux moment, où elle ira se mêler et se confondre avec l'Église triomphante.

2° Souffrante dans le purgatoire. Cette partie de FÉglise se compose des saints qui, avant d'entrer dans la gloire, doivent purifier dans le feu les souillures qu'ils ont contractées sur la terre. Plongés dans leur prison brûlante, ils tournent leurs regards et vers le ciel, objet de lews désirs, et vers la terre d'où ils attendent du secours, et nous conjureLi de hâter par nos prières le moment de leur déli- \Tance.

3° Triomphante dans le ciel . C'est la Jérusalem céleste, glorieuse, sans tache et sans ride (i) ; ce sont les saints qui,. après avoir passé par les diverses tribulations de ce monde, maintenant à l'abri des pièges et des vicissitudes de ha terr^j se reposent dans le sein même de Dieu. Ils contemplent ils goûtent, ils savourent avec délices sa beauté incréée, et ne peuvent jamais assez s'étonner que les jours si courts de leur exil aient produit une si abondante moisson de gloire

Ces trois Églises, toutes séparées qu'elles sont, ne lais-

(1) Gloriosam Ecclesiam , non habenlem maculara aul rugam, Ephes., V, 27.

UNITÉ DE l'Église. 85

sent pas que d'être unies par les plus doux et les plus étroits rapports. Celle qui est sur la terre, voit dans les citoyens du ciel, des frères, des amis, des protecteurs ; celle du ciel, se souvenant de son pèlerinage ici-bas, veille sur nous, et nous obtient du Père des miséricordes les différentes grâces dont nous avons besoin; et toutes deux intercèdent auprès de Dieu pour l'Église du purgatoire, afin que Dieu accorde au plus tôt aux âmes, qui y sont détenues, un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. C'est ce qui constitue la communion des saints, dont nous parlerons bientôt. Voilà comment ces trois Églises n'en font qu'une, parce qu'elles sont unies par les liens de la charité, parce qu'elles n'ont toutes trois qu'un même but, qui est d'adorer Dieu et de lui rendre gloire.

D. Pourquoi dites-vous que l'Éi^lise est Une?

R. Je dis que TÉglise est Une, parce que ceux qui la composent professent la même foi, participent aux mêmes sacrements, et sont soumis aux mêmes pasteurs légitimes, sous la conduite du même chef visible, qui est Notre Saint-Père le Pape.

Que l'Église de Jésus-Christ doive être Une, c'est une vérité dont il ne nous est pas possible de douter. Ou\Tez les saints Évangiles, vous y trouverez ces paroles expresses de Notre-Seigneur : « Il n'y aura qu'une bergerie et qu'un seul pasteur (1). » — a Mon Père, disait-il encore en parlani de ses apôtres, je ne vous prie pas pour eux seulement, mais pour tous ceux qui doivent croire en moi, afin qu'iii soient un tous ensemble...., afin qu'ils soient consommés dans l'unité (2). »

Après le divin Maître, le grand apôtre samt Paul n'est pas moins explicite. « Il n'y a, dit-il, qu'un Seigneur,

(1) Fiel unum ovile et unus paslor. Joan., x, 16.

(2) Ul onines unum sint ut sint unum sioiit et nos unum

aumus. Jean., xvii, 21, 22.

86 ONZIÈME LEÇO>.

qu'une foi, qu'un baptême (1). » Ailleurs, il nous assure que Dieu a établi des apôtres, des pasteurs et des docteurs, pour nous amener à l'unité de la foi (2) ; et il représente l'Église comme le corps mystique de Jésus-Christ. Or, dans le corps humain tout se réduit à l'unité, par le rapport que les membres qui le composent ont entre eux, pour ne faire qu'un même tout parfaitement beau et parfaitement régulier; il en est de même de l'Église, qui est le corps de Jésus-Christ. Aussi le saint concile de Nicée, entre autres caractères distinctifs de la véritable Église, met-il en première ligne l'unité : « Je crois l'Église, qui est une, sainte, catholique et apostolique (3). »

Or, en quoi consiste cette unité si nécessaire à l'Église ? En deux choses : 1° dans la profession extérieure d'une même foi ; 2° dans la subordination aux mêmes pasteurs légitimes. C'est ce que nous appelons unité de loi et unité de ministère ou de gouvernement.

40 Unité de foi. Pour qu'elle existe, il faut qu'on reçoive, avec une parfaite docilité d'esprit et de cœur, tout ce que Dieu a révélé, et qu'on rejette avec horreur toute doctrine contraire à la révélation. En effet, il ne peut y avoir qu'une \Taie foi ; en tout genre, la vérité est une; et Dieu, étant la vérité même, n'a pu révéler le pour et le contre, le oui et le non. Il n'y a qu'une foi, dit saint Paul (4); il ne peut y avoir, par conséquent, qu'une seule et même profession de foi. Jésus-Christ, en envoyant ses apôtres dans toutes les contrées de la terre, leur a donné l'ordre exprès de prêcher partout le même Évangile, d'enseigner la même doctrine, et de s'accorder entièrement dans la foi et dans la morale. Son intention bien manifeste a été que tous les hommes, sans distinction de pays, de climat et de nation.

(1) Unus Dorainus, una fiJes, unum baplisma. Ephes., iv, 5.

(2) Donec occurramus omnes in unitatem fidei. Ephes., iv, 53. (3; El unam, sanclam, catbulicam et aposlolicam Ecclesiam. Symb.

Nxc.

(4) Uaa fides. L/î/ics., iv.5.

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