UNITE DE L EGLISE. =.T
crussent les mêmes vérités^ et qu'ils les crussent toutes, sans exception aucune. Aussi saint Paul faisait profession d^enseigner lamême chose partout et dans toutes leséfjlises{\). Et saint Irénée dit que TÉglise, semblable à une seule famille qui n'a qu'un cœur, qu'une âme^ qu'une même voix, croit^ enseigne et prêche partout de môme, d'un consentement unanime (2).
Qui oserait donc croire, qui oserait dire que Jésus-Christ, en donnant sa révélation aux hommes, leur a laissé la liberté d'admettre tels articles et d'en rejet^^ tels autres, selon leur caprice? Toutes les vérités, que Dieu a daigné nous manifester, sont également dignes de foi. Et, de même que ce serait outrager Dieu dans sa souveraineté que de résister à un seul de ses commandements, de même ce serait l'outrager dans sa véracité que de refuser sa croyance à une seule de ses paroles. Que deviendrait d'ailleurs 1 Église, s'il était permis à chacun de clioisir entre les articles de foi, de prendre ceux-ci, de mépriser ceux-là, de s'en forger de contraires ou de nouveaux ? Elle ne serait bientôt plus qu'un ramassis d'erreurs et de contradictions et d'absurdités, qu'une véritable tour de Babel, où il serait impossible de s'entendre. Et une pareille Église serait l'ouvrage d'un Dieu infiniment sage! Et Dieu regarderait d'un œil indifférent la vérité et l'erreur ! et il permettrait qu'on se jouât ainsi de sa parole! Le penser, ce serait un crime; le dire, ce serait blasphémer. Il n'y a donc dans l'Église qu'une foi, Una fidcs ; et cette foi ne varie jamais, « parce que la vérité, venue de Dieu, a d'abord sa perfection; l'hérésie, au contraire, comme un faible produit de l'esprit humain, ne peut se faire que par pièces mal assorties et par de continuelles innovations (3). »
Les sacrements faisant partie de la foi, il s'ensuit qu'il
(1) Sicut ubique in omni ecclesiâ docebo sicut in omnibus
ecclesiis doceo. \. Cor., iv, I?. — vu, 17.
(2) D. iren. adu. Hœres.. l. L \,%) BossueL
doit aussi y avoir dans TÉglise unité de sacremenls, c'està-dire que les ^Tais fidèles sont tous obligés d'admettre les mêmes et en égal nombre. Aussi la participation aux mêmes sacrements a-t-elle été toujours regardée comme un lien extérieur, qui attache entre eux les membres de TÉglise. De tout temps,, on a été régénéré dans le même baotême, pour ne faire qu'un corps avec Jésus-Christ, i/nu7n oaptisma; on :'i reçu le même Esprit à la confirmation, Unus Spiritus; on a cherché le même remède à ses maux dans le bain salu- {<iire de la pénitence ; et, on s'est assis à la même table, pour y manger le même pain céleste, la sainte Eucharistie. Ce sacrement est lui-même le symbole de l'union la plus parfaite : Jésus-Christ s'y cache sous les apparences du pain, qui, de plusieurs grains moulus et pétris ensemble, forme une seule masse; et sous les apparences du vin, qui, de plusieurs grains de raisin écrasés sous le pressoir, forme une seule liqueur ; et, pour consommer cette unité, Jésus- Christ s'y donne à nous pour être la nourriture de nos âmes ; il veut que nous mangions le même pain, que nous buvions le même calice, pour n'être tous qu'un même corps (1). Les autres sacrements concourent à la même union, chacun selon la grâce particulière qui y est attachée.
Or, dès l'instant que Jésus-Christ a établi un nombre déterminé de sacrements, on ne peut en retrancher mi seul, ni en créer de nouveaux, sans résister à l'ordre de Jésus- Christ, et sans perdre la foi, qui nous oblige à croire, sans aucun alliage d'erreur, tout ce que Jésus-Christ a révélé, comme on doit pratiquer tout ce qu'il a commmandé.
1" Unité de ministère ou de gouvernement. Elle consiste dans la soumission aux pasteurs légitimes, et spécialement au Pontife romain, qui occupe le premier rang dans la hiérai'chie.
Si le troupeau de Jésus-Christ eut été abandonné à lui-
(1/ Quoniam unus panis, tinurn .crpus multi sumus, omnes qui de anc pane participamus. I. Cor., s, i7.
UNITÉ DE l'Église. 89
même, il se fût bientôt dispersé, et on l'aurait va errant el vagabond dans toutes les voies du vice et de Terreur: mais Jésus-Christ a établi des pasteurs pour le rassembler. A fin de maintenir, entre tant de peuples séparés par de grandes distances et différents de mœurs, de langage et de gouvernement, cette unité si précieuse et si indispensable à l'Église, il fallait un ministère divisé en plusieurs ordres, qui se correspondissent les uns aux autres, et qui tous allassent aboutir à un centre commun. Telle est, en effet, la constitution de TÉglise. Les évéques, successeurs des apôtres, ont à leurs ordres des pasteurs secondaires, sur lesquels ils se déchargent d'une partie de leur sollicitude; mais ils conservent la haute intendance sur toute la portion du troupeau de Jésus-Christ qui leur est confiée ; et ils doivent, avec le plus grand soin, en éloigner les loups, c'est-à-dire les faux prophètes, et y maintenir l'union dans la foi, et ne jamais laisser mêler l'ivraie avec le bon grain. Ces pasteurs, étant eux-mêmes très-multipliés et répandus en des contrées fort distantes, auraient pu se diviser entre eux, ici enseigner des doctrines fausses ou dangereuses, là former des sectes particulières; et voilà pourquoi Jésus-Christ, pour cimenter en quelque sorte et resserrer encore davantage l'unité de son Église, a donné un chef au ministère ecclésiastique, en établissant un pasteur suprême dont les regards vigilants s'étendissent sur toute la chrétienté. L'Église étant ainsi constituée, il est impossible que l'esprit de division puisse j amais s'y introduire ( l ) • P^^r là, nous voyons que le fidèle qui obéit à son curé, est en communion, avec son évêque, et par son évêque avec Notre Saint-Père le Pape. Ainsi l'Éi^lise n'est qu'un même troupeau conduit par les mêmes pasteurs, dont Jésus-Christ, le grand évêque de nos âmes (2), est le pasteur souverain. Maintenant, entre les diverses sociétés chrétiennes, qui
(1) Ut, capile consliluto, schismalis tolleretur occasio. D. Hier. adv. Jov., 1. I.
(2) Episcopum animarum vestrarum. I. Pet., ii, 25.
toutes se glorifient d'être la véritable Église de Jésus-Christ, quelle est celle qui possède cette double unité de foi et de ministère ? Examinez d'abord les sectes séparées de l'Eglise catholique : vous y trouverez une discordance complète^ une diversité infinie de croyances. L'un croit ce que l'autre nie, l'un abhorre ce que l'autre vénère. La réforme a enfanté mille sectes bizarres, qui toutes s'excluent et s'anathématisent mutuellement. Les luthériens, les calvinistes, les anglicans, les sociniens, qui sont les quatre branches principales du protestantisme, n'ont jamais pu convenir entre eux de la même confession de foi, ni former ensemble une seule Église. On les a vu? admettre tantôt un symbole, tantôt un autre ; les protestants d'aujourd'hui sont bien loin de penser comme leurs prédécesseurs ; et Luther et Calvin, s'ils revenaient au monde, seraient bien étonnés de voir comme on a retouché et réformé leur réforme.
Il ne pouvait en être autrement, car toutes les sociétés séparées de lÉglise romaine sont fondées sur un principe subversif de l'unité, sur le principe de l'examen privé, soui'ce nécessaire de divisions interminables. D'après leur système, chacun est juge de sa foi, et peut interpréter les Écritures à sa fantaisie, sans qu'on puisse l'en blâmer. Car de quel droit voudrait-on le forcer à voir dans les Livres Saints ce qu'il n'y voit pas? Ainsi il n'y aura, si vous le voulez, qu'un seul texte des Écritures; mais il y aura autant de manières de les expliquer, et par conséquent autant de religions que de têtes. Saint Vincent de Lérins avait prévu, onze siècles d'avance, les inconvénients du prmcipe protestant. «Une fois admise, disait-il, cette licence impie de tout soumettre à sa raison et à son sens privé, il ne restera plus dans l'Église rien d'intact, rien de sain, rien d'immaculé; mais on verra désormais un infâme repaire de honteuses erreurs, là où était auparavant le sanctuaire de la chaste et incorruptible vérité (1). » N'ayant pas l'unité de la
(1) D. Vinc. Lir. Commonit., c. xxjii.
LKITE DE L EGLISE. 9V
foi, ces sectes ne peuvent pas avoir non plus l'unité du gouvernennent. Chacun suit le chef qu'il lui plaît de reconnaître ; et, ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que les pasteurs eux-mêmes ne sont pas d'accord entre eux sur ce qu'il faut admettre ou rejeter. En un mot, c'est un spectacle de la plus hideuse anarchie. Le seul point commun aux hérétiques, c'est leur haine contre l'Église romaine 2.
Tandis que les sectes dissidentes se laissent emporter à tout vent de doctrine, et courent d'erreurs en erreurs sans pouvoir s'arrêter, l'Église catholique est invariable, et sor. enseignement est le même en tout temps. Elle enseigne aujourd'hui ce qu'elle a toujours enseigné, et jamais elle n'a rétracté ni modifié aucune de ses décisions en matière de foi. Elle prêche en tous lieux la même doctrine. Les catholiques d'Afrique et d'Amérique pensent absolument comme ceux d'Europe et d'Asie. C'est comme une terre de paix où l'on n'entend qu'une voix, de même qu'il n'y a qu'un cœur et qu'une âme. Elle a toujours conservé, avec le plus grand soin, la rèijle de foi ou méthode d'enseignement qu'elle a reçue de Jésus-Christ, et qui consiste dans la soumission à l'autorité. C'est en vertu de ce principe qu'elle condamne et proscrit toutes les hérésies sans exception, parce qu'elle ne peut aucunement pactiser avec l'erreur. Elle laisse bien à ses enfants la liberté de disputer sur des points non décidés ou non encore suffisamment éclaircis; mais elle a toujours voulu que, sur les articles de foi, ils n'eussent tous qu'un même sentiment et un même langage. En ce sens, elle est, com.me la vérité, ou plutôt parce qu'elle est elle-même la vérité, intolérante de l'erreur.
Une dans la foi, elle est encore une dans le régime pastoral, ayant toujours pour la gouverner les minislres que Jésus-Christ a établis, et avec lesquels il a promis d'être jusqu'à la consommation des siècles. A sa tête est l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre et héritier de sa puissance ; immédiatement après lui viennent les évêques, qui ont au-dessous d'eux les prêtres, les diacres et les autres
ministres; sa hiérarchie est la même qu'aux premiers siècles. Telle est l'admirable économie de l'Église, et par là elle forme un seul corps, dont toutes les parties sont étroitement liées ensemble, n'ont qu'une même vie, se meuvent par les mêmes ressorts, et ne font point de mouvement qui ne tende à la même fin.
Puissent tous les catholiques, de même qu'ils ne font qu'un par la foi, ne faire aussi qu'un par la charité ! Alort l'Église de la terre nous offrirait une image de l'Éghse di ciel, et nous commencerions, dès ici-bas, à en goûter les délices.
TRAITS HISTORIQUES
1. De l'avivi des protestants eux-mêmes, les catholiques appartiennent à la véritable Église de Jésus-Christ, et c'est ce qui détermina Henri IV à renoncer au calvinisme. Un historien rapporte que ce grand roi, faisant faire devant lui une conférence entre les docteurs de l'une et de l'autre Église, et voyant qu'un ministre tombait d'accord qu'on se pouvait sauver dans la religion des catholiques, prit aussitôt la parole et dit a ce ministre : « Quoi 1 tombez-vous d'accord qu'on puisse se sauver dans la religion de ces messieurs-là? » Le ministre répondant qu'il n'en doutait pas, pourvu qu'on y vécût bien, le roi répartit très-judicieusement: c La prudence veut donc que je sois de leur religion et non pas de la vôtre, parce qu'étant de la leur, je me sauve selon eux et selon vous, et, étant de la vôtre, je me sauve bien selon vous, mais non pas selon eux. Or, la prudence veut que je «uive le parti le plus sûr. > Aussi, après de longues instructions dans lesquelles il voulut amplement être éclairci de tous ses doutes, il abjura son erreur et fît profession de la foi catholique,
Hardodin de Pkrkpixe.
On raconte la même chose de la princesse Elisabeth-Christine de Wolflfenhultel. Avant d'épouser Charles d'Autriche, qui fut depuis l'empereur Charles VI, elle crut devoir, pour la tranquillité de sa conscience, consulter les luthériens, dont elle avait jusqu'alors professé la foi. Les docteurs protestants, assemblés à Ilehnstard, répondirent que les catholiques ne sont point dans l'erreur pour le fond de la doctrine, et qu'on peut se sauver dans leur rdiginn. — Dès que cela est ainsi, dit la princet^e. il n'y a plus lieu à hésiter, et, dès demain, j embrasse la foi de l'Eglise romaine, car le parti le plug sûr, dans une matière si importante, est toujours le parti le plus sage. Le
UNITÉ DE l'Église. 93
père de la princesse tint le même langage, et s'attacha comme elle é la religion catholique. Discussion amicale.
2. Pour achever de faire connaître l'absurdité du principe prolestant, montrons-le à l'œuvre, c'est-à-dire, citons quelques-unes des folies qu'il a enfantées. Nous les trouvons parmi les sectes qui divisent la Grande-Bretagne, car nul pays au monde, sauf peut-être les États-Unis, n'est plus riche en bizarreries religieuses. C'est une bigarrure de croyances et de pratiques à étonner et à confondre l'esprit humain. Et voilà pourtant la nation, qui se montre si fiére de sa supériorité intellectuelle et de sa position avancée dans la carrière de la perfectibilité humaine! Hélas! elle est sortie de la barque de Pierre, et elle flotte à tout vent d'erreur. Pour preuve de cette ferveur facile avec laquelle elle accueille les plus excentriques doctrines, nous allons parler des quakers ou trembleurs, des méthodistes, des jumpers ou sauteurs.
Quakers ou Trembleurs. Le père de cette singulière secte a été un cordonnie»", nommé Fox, fanatique, ignorant et atrabilaire, qui s'érigea en apôtre, destiné à réformer toutes les églises chrétiennes. Sa mission, disait-il, lui venait immédiatement de l'Esprit de Dieu, qui se manifestait par des visions, des apparitions, des extases, et lui révélait intérieurement les réformes à introduire darïs le monde. Parlant de Cj principe, que l'homme doit tendre uniquement à Dieu comme au seul être digne de notre crainte et de nos respects. Fox el ses disciples en concluaient qu'il est défendu : l» de donner à qui que ce soit les litres honorifiques de majesté, d'altesse, de seigneurie, etc. ; 20 de s'incliner ou de se découvrir devant aucun homme, et de lui parler autrement qu'en le tutoyant; 3° d'admettre aucune parure, aucun ornement, ni aucune espèce de jeu ou de délassement même en famille ; 4° de prêter aucun serment soit au prince, soit en justice; 50 de faire aucune guerre même défensive, et de plaider pour des intérêts temporels, etc. Selon les disciples de Fox, c'était l'Esprit de Dieu qui lui avait montré toutes ces choses dans la Bible. Insensiblement les Quakers se multiplièrent, et, avec le temps, ils formèrent une espèce de société religieuse, qui tenait ses réunions dans une salle immense, divisée, dans toute sa longueur, en deux parties, occupées l'une par les hommes en grands chapeaux à large bord, l'autre par les femmes en petits bonnets. Dansées assemblées, leur silence est si profond, leur immobilité si parfaite, qu'on douterail si ce sont des créatures vivantes ou des statues. Dans cet état, ils allendent l'inspiration du Saint-Esprit. Tout à coup l'un d'eux, homme ou femme, n'importe, dont la tête est plus exaltée, se sent inspiré; il se lève, il prend la parole et insiste, mais gravement, sur la nécessité de faire pénilence, d'être sobre, juste, bienfaisant, etc. Peu à peu les auditeurs s'émeuvent, s'échauffent, se mettent à trembler de tous leurs membres, comme s'ils étaient pris d'un accès de fièvre,
94 ONZIÈME LEÇOr^.
et l'inspiration ou plutôt le délire devient généra! ; c'est l'Esprliqui arrive : alors c'est à qui parlera le plus haut et le plus longtemps. Après quoi tout s'apaise, tout rentre dans l'état naturel; enfin, au signal donné, tous se lèvent à la fois, et sortent en silence. Persécutés \^ en Angleterre, les Quakers sont allés en grand nombre se fixer en S^ Amérique, dans la Pensj ivanie, où ils se sont partagés en plusieurs ( branches, divisées de doctrines, d'opinions, de pratiques, etc.; et ils
S^ en sont venus à ne plus guère être pour la plupart Trembleurs que de •"^ nom.
pi Méthodistes. Une secte beaucoup plus nombreuse que celle des Qua-
^ kers, et dont les progrés menaçants frappent de terreur l'église an-
«à glicane, c'est celJe|des Méthodistes. Ils parurent vers 1730; et ce fut
^ le ministre anglican Jean Wesley qui en fit un corps à part, sous le
w spécieux prétexte de réforme. Cet homme exalté avait, dés l'enfance,
^ laissé apercevoir un vif désir de dominer. Sou professeur lui en ayant
^ fait des reproches, il répondit par un mot que Milton place dans la
bouche de Satan : J'aime mieux être roi dans les enfers, que sujet
V dans les deux. Ses disciples se divisèrent, même de son vivant, en
\^ trois, puis en cinq branches principales, sans compter un nombre
"^ incalculable de rameaux, séparés les uns des autres par des nuances
^ d'opinions ou des pratiques plus ou moins bizarres ; et tous, à raison
y^ de la vie régulière ou méthodique qu'ils menaient dans les commen-
^ céments, adoptèrent le nom de Méthodistes, qu'on leur avait d'abord
donné par dérision. Un de leurs dogmes favoris, c'est que chacun a
droit de prêcher et d'administrer les sacrements sans autorisation,
pourvu qu'il ait la conviction intérieure d'y être appelé de Dieu. Par
là, ils ont ouvert la porte au fanatisme le plus outré. Chez eux, le
Diable vient à tout propos pour justifier les crimes les plus odieux et
0^ les plus infâmes. Le Diable m'a tenté : à cela, suivant eux, il n'y a
^ point de réplique. Ils observent le repos du dimanche avec une rigi-
-^ dite plus que judaïque ; on en a vu se faire arranger les cheveux le
'n^ samedi soir, et passer la nuit dans un fauteuil pour ne pas se défriser.
Dans leurs assemblées, on commence par chanter une espèce d'hymne
*^ ou de cantique ; ensuite on se met à genoux. Alors le premier qui se
^ sent inspiré, improvise, non pas un discours, mais une prière à haute
C^ voix ; après lui un autre, puis un autre, et ainsi de suite pendant deux
'^ heures. Il faudrait y avoir assisté pour se faire une juste idée des
^ extravagances, qui se débitent sous le nom de prières. L'un adresse
1 des injures à Dieu ; un autre lui parle d'un ton radouci et mielleux;
^ un troisième prend une manière impérative; il dit crûment à Dieu
*^ qu'il en aura menti, s'il n'accorde ce qu'il a promis. Ces fanatiques
w se montent ainsi l'imagination, se magnétisent en quelque sorte les
^1^ uns les autres, jusqu à ce qu'ils arrivent à un élat qui ressemble à
^y l'ivresse ou au délire.
Jumpers on Sauteurs. C'est en 17C0, au pays de Galles, qu'un
minislra prêcha pour la première fois l'excellence du saut, comme pratique religieuse et agréable à Dieu. 11 ordonna à ses prosélytes de pousser de grands cris, des gémissements, des hurlements aigus en priant, de répéter jusqu'à trente fois la même stance d'une hymne et souvent le même vers; do crier avec toute la puissance dt ieiXTS poumons leg mots amen et gogoniant, qui, en langue gallique ou welche, signifie gloire; enfin, de se mettre dans une agitation violente, de se mouvoir avec fureur, et, après tout cela, comme complément d'enthousiasme religieux, de sauter en priant, ju&qu'à ce qu'ils fussent entièrement épuisés, au point de tomber harassés et haletants parterre. Ce n'est pas là, en vérité, une religion pour le» infirmes, les vieillards et les podagres. Il faut avoir les reins forts, les jarrets nerveux et la respiration stentorienne, pour être dévot dans celle secte. Mais laissons parler ici un témoin oculaire d'une de leurs réunions, qui eut lieu dans le village deTwikenham, prés de Londres.
« Une chaire portative, nous dit-il, avait élé placée sur le lieu de la «cène. Un jeune ministre y monta ; on lut des passages de la Bible; on chanta des hymnes, en répétant les strophes plus ou moins de fois, selon que leur sens mystique avait plus de passion et d'énergie ; on récita des prières avec une ferveur et une animation brûlantes. Les amen e\.lesg'>goniant furent lancés au ciel, avec un enthousiasme de furieux. Enfin, quand à force de chanter, de prier, de hurler, les esprits des assistants furent jugés assez échauflfés et éleclrisés par le révérend minisire qui présidait l'assemblée, le jeune ministre qui était en chaire, commença sa prédication ; elle fui à l'unisson de la musique. Ce fut une exhortation lervenie, cordiale, passionnée à la saltofion religieuse. J'étais impatient de savoir si la Bible lui fournirait quelques armes en faveur de sa doctrine. Il en avait trouvé dans l'ancien et le nouveau Testament. Après avoir fait l'éloge du saut commeélevant l'âme à Dieu et la mettant dans uneagitation extatique, il cita plusieurs exemples bibliques. Le saint roi David avait dansé et sauté devant l'arche du Seigneur; il avait dansé malgré les railleries de sa femme Michel, sauté malgré la présence de son peuple. David priait et sautait ; imitez le roi David. L'enfant qui fut le prophète saint Jean, le précurseur du Christ, tressaillit et sauta dans le sein de sa mère Elisabeth, lorsque Marie alla la visiter dans sa maison de la montagne ; enfin le boiteux que Jésus avait guéri, sauta devant le Sauveur, en le louant et le remerciant de la grâce qu'il venait de lui faire. Certes, les exemples étaient on ne peut plus adaptés à la circonstance ; les raisons qu'il en distillait, étaient péremptoires. La conclusion fut nécessairement que les bons et véritables chrétiens devaient exprimer, pcr de semblables marques de jubilation et de piété, leur admiration pour les bienfaits du Seigneur. II déclara que ceux qui sautaient en [rriant, étaient prédestinés pour le ciel attendu que. dans le paradis, tous les saints, devenus jeunea.
9 G ONZIE.ME LEÇO^Î.
dispos, ingambes et légers, sautent et dansent en chantant devant le Seigneur, au son de la musique des anges. Quand il eut fini son exhortation, il descendit de la chaire; et, comme il n'est meilleure manière de prêcher que celle qui se fait par l'exemple, il se prit à sauter, danser et gambader comme un démoniaque. Ce fut là sa péroraison et le commencement de la danse générale, à laquelle les pieux congrégants se lancèrent en furieux, sautant, hurlant, se démenant ainsi que des possédés. > Pauvre pensée humaine, dans quels travers ne vas-tu pas t'égarer ! Qui ne voit, par ce que nous venons de dire, que, sans l'autorité divine de l'Église, il n'y a plus de foi, il D'y a plus de religion, ni même souvent de raison?
Mag. Universel, 1836.
SEPTIEME INSTRUCTION
Sainteté de l'Église. — L'Église catholique seule sainte. — Fruits de sainteté qu'elle produit.
D. Pourquoi dites-vous que TÉglise est Sainte?
R. Parce que Jésus-Christ son chef invisible est saint, que sa doctrine et ses sacrements sont saints, que ses membres sont tous appelés à la sainteté, et qu'il y en a toujours un grand nombre qui sont véritablement saints.
La sainteté, voilà un des caractères les plus précieux à l'Église ; voilà un caractère incommunicable à toute autre société; c'est la dot privilégiée de l'épouse de Jésus-Christ, et rien au monde ne pourra la lui enlever.
La sainteté de l'Église peut être considérée sous quatre aspects différents; car l'Église doit être sainte :
jo Dans son chef et ses premiers fondateurs.
Son chef est Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de toute sainteté ; or, ce divin Sauveur s'est hvré pour son Église, dit saint Paul, afin de la sanctifier et de la rendre pure et sans tache (1). Ses premiers fondateurs ont été les
(S) Seipsum tradidit pro eâ, ut illam sanclificaret ut sit sajicla
et immaculata. bphes., v, 26, 27.
SAIMETÉ DE L EGLISE. 97
apôtres^ car nous avons été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, tandis que Jésus-Christ est luimême la pierre angulaire (1). Or, les apôtres n'ont -ils pas été des hommes éminents en sainteté?
2° Dans la fin qu'elle se propose , qui est de purifier les hommes en cette vie, pour les conduire au bonheur éternel, où leur sainteté sera parfaite et inamissible.
3" A raison des moyens sûrs et infaillibles qu'elle possède, pour conduire les hommes à la véritable sainteté. Ces moyens sont la doctrine qu'elle propose à croire, les lois morales qu'elle impose, les sacrements qu'elle confère, et enfin les cérémonies du culte. Or, sa doctrine est précisément celle que Jésus-Christ a puisée dans le sein de son Père (2;, qu'il a enseignée à ses apôtres, que ceux-ci nous ont transmise ; et l'Église, qui en est la dépositaire infaillible, doit l'enseigner à ses enfants jusqu'à la consommation des siècles. Doctrine éminemment sainte, qui nous donne de la Divinité et de la religion les idées les plus pures et les plus sublimes. Que si ses dogmes sont saints, sainte aussi est sa morale. Elle inspire toutes les vertus, réprouve et fiétrit tous les vices; et l'incrédulité elle-même a été forcée de convenir qu'elle est infiniment supérieure à celle des sages les plus vantés de l'antiquité profane. « La sainteté de l'Évangile parle à mon cœiu", dit le fameux citoyen de Genève : ouvrez les livres des philosophes, avec toute leur pompe, qu'ils sont petits près de celui-là!.... Jamais, dit-il encore, la vertu n'a parlé un si doux langage ; on n'en quitte point la lecture sans se sentir meilleur qu'auparavant. » Quant aux sacrements, institués par Jésus- Christ, ils sont nécessairement saints, et, pareillement, les cérémonies du culte, n'étant établies que pour nous donner une haute idée de la religion et nous porter plus effica-
(1) Ipso sumnio angulari lapide Christo Jesu. Ephes., ii, 20.
(2) Joan.,\, 18. — (2) Pml, lxxix, 14.