PROPHÉTIES SUR LE MESSIE
Et comme les Juifs, de retour de leur captivité de Babylone, travaillaient nonchalamment à la reconstruction du temple, et que ceux qui avaient vu la magnificence du premier, s'attristaient de la petitesse et de la pauvTcté du second, le prophète les console et les anime, en leur disant que le Désiré des nations doit venir dans ce temple, et le remplir de sa gloire, a Oui, elle sera grande, s'écrie-t-il, la gloire de « cette maison, plus grande que celle de la première (1). » Et pourquoi ? « Parce que Dieu lui-même viendra 1 honorer « de sa présence, et y annoncer ses volontés à son peu- « pie (2). » Le Messie devait donc venir du temps que subsistait encore le temple bâti après la captivité de Babylone. Or, depuis des siècles, il est visible que l'abomination de la désolation s'est appesantie sur ce temple, et qu'on n'en retrouve plus aucun vestige. Donc le Messie est venu.
Et les Juifs l'attendent encore ! Aveugles, qui ont fermé les yeux à la lumière ! insensés, qui n'ont pas connu le temps de leur visite !
Mais eux-mêmes, vers le temps où parut Notre-Seigneur Jésus-Christ, étaient parfaitement convaincus de la prochaine arrivée du Messie. Quand ils furent tombés sous la tyrannie d'un roi étranger, d'IIérode, qui s'était emparé du pouvoir par la faveur des Romains, ils reconnurent les jours du Messie, que Jacob avait marqués dans leur décadence; ils ne doutèrent plus que le Cluûst ne dut bientôt venir, et, à chaque instant, ils s'attendaient à voir paraître ce nouveau roi, dont l'empire s'étendrait sur toute la terre.
Cette persuasion était répandue, non-seulement dans la Judée, mais encore dans l'Orient, a Le Messie vient, disait la samaritaine et il nous enseignera toutes choses (3). » Des historiens profanes rapportent que c'était aloiS une opinion constante que, d'après un ancien oracle consigné dans les
(1) Magna erit gloria domûs islius novissim*. àgg., i, 10.
(2) Statim véniel ad templum suum Dominator qudm vos quaerilis Ecce venit, dicil Dominos exercituum. Mal.j \u, 1.
(3) Scio quia Messias venit. Joan., iv, 25.
IhTCs sacrés des Juifs, l'Orient allait bientôt reprendre sa supériorité, et que des conquérants^ sortis de la Judée, deviendraient les maîtres du monde.
L'univers se trouvait donc alors dans une solennelle et religieuse attente. Les Juifs surtout, pressés par l'évidence de leurs prophéties, s'accordaient à dire que le temps était venu où d'augusîes promesses devaient s'accomplir. Aussi, frappés des admirables vertus de Jean Baptiste, ils doutèrent un instant s'il n'était pas le Messie promis. — a Etesvous celui qui doit venir, lui demandèrent-ils un jour, ou faut-il que nous en attendions un autre (1) ?» — a Je ne suis que la voix qui l'annonce, » leur répondit saint Jean; et plus tard,, quand il leur montra leur Libérateur, l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, poussés par un fatal aveuglement, ils ne voulurent pas le reconnaître. Mais, de leur propre aveu, il est toujours certain que la venue de ce roi promis par Jacob convenait parfaitement au temps d'Hérode. Aussi vit-on paraître, en ce temps-là, et pendant près de cent ans, une foule d'im.posteurs, qui se donnaient pour Messies ; et les Juifs, qui avaient renié le vrai Messie, se laissaient séduire par ces faux prophètes. Plusieurs même, éblouis de la grandeur et de la magnificence d'Hérode, s'étaient follement imaginés qu'il était ce roi annoncé par tant d'oracles, ce roi, le salut et la gloire d'Israël ; et c'est ainsi qu'ils transportaient à un prince étranger, à un roi cruel, l'espérance de Jacob et de Juda. Mais, ces faux Clirists ne remplissant pas l'idée qu'on en avait, la fraude ne tardait pas à être reconnue.
Maintenant que les temps marqués par la venue du Messie sont évidemment passés, qu'on fait les Juifs? Frustrés dans leur attente, ils ont cru se tirer d'embarras, en prononçant, d'un commun accord, cet anathème : Maudits soient ceux qui supputent les temps du Messie. Ainsi ils s'aveuglent euxmêmes, s'endurcissent de plus en plus, et renoncent à ces
(1) Tu es qui venturus es, an alium eispeciamo^? Math., \i, $