‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 30 sur 66 · INCARNATION DU VERBE · texte numérisé non relu

INCARNATION DU VERBE

tiens, consultez votre raison, consultez voire cœur : votre chair étant la chair d'un Dieu, oserez-vous la déshonorer, la souiller par vos impuretés et vos dérèglements ? Chrétiens, membres de Jésus-Christ, ne devez-vous pas vivre de la vie de votre chef? Frères de Jésus-Clu'ist, ne devez-vous pas lui ressembler ? Enfants de Dieu, ne devez-vous pas soutenir une si noble qualité ? Mais quoi ! si vous vous laissez aller à vos penchants vicieux, ne voyez-vous pas que vous vous dégradez, que vous dégénérez de votre divine origine? Par vos prévarications, par vos habitudes corrompues, vous vous faites les enfants de ce siècle pervers, les enfants du démon ! Quelle honte ! quelle infamie ! Ah ! plutôt, montrons-nous dignes de notre sublime vocation, en produisant des œuvres saintes, des fruits de salut et de vie.

TRAITS HISTORIQUES

1. Michel Servel, en niant le mystère de la sainte Trinité, renversait, par là même, l'Incarnation du Verbe et la divinité de Notre- Seigneur. Il fut arrêté à Genève, où il s'était réfugié ; et Calvin le fit condamner au feu, parce qu'il ne voulait pas reconnaître, comme lui, que Jésus Christ fût réellement le Fils de Dieu, Conduite étrange de la part d'un réformateur qui avait proclamé le libre examen, c'està-dire la liberté pour chacun d'interpréter les Écritures à sa fantaisie ; disons mieux, action atroce qui l'a voué, lui et sa réforme, à un opprobre éternel. Or, voici que maintenant les ministres de Genève n'enseignent plus la divinité de Jésus-Christ, rejetant ainsi la doctrine de leur patriarche. Si Calvin revenait au monde, il faudrait donc qu'il les fît tous brûler! ! !

Un des plus grands ennemis de la divinité de Jésus-Christ a été Arius, prêtre de l'Église d'Alexandrie. Cet homme turbulent et factieux aspirait à devenir évêque de cette grande ville; mais ayant été frustré de ses espérances par l'élection de saint Alexandre, et n'écoutant plus que sa jalousie et son ressentiment, il se mita décrier la doctrine de ce saint prélat, tt à lui opposer une doctrine nouvelle. Il osa avancer que le Fils de Dieu n'est pas égal à son Père en toutes choses ; de touies parts on cria à l'impiété, au blasphème. Cet hérésiarque fut condamné au concile général de Nicée, qui déclara

que Jésus-Chrisl est vrai Fils de Dieu, égal à son Père, et vrai Dieu comme lui, et un même Dieu avec lui ; el, pour mieux exprimer celle unité indivisible de nature, le concile ne trouva pas de terme plus propre que le mot de consubstantiel, qui fut inséré au symbole. Arius, opiîiiâtre dans son erreur, fut condamné à l'exil. Plus tard, il eut l'adresse de surprendre la bonne foi de l'empereur, qui voulut le faire rétablir dans son église. Mais le peuple catholique ne put l'y souffrir ; et, à cette occasion, il y eut à Alexandrie de grands troubles, qui obligèrent l'empereur à donner ordre à Arius d'en sortir et de venir à Constantinople. Pour le dédommager de ce qu'il n'avait pas été reçu dans l'église d'Alexandrie, ses partisans résolurent de le faire recevoir d'une manière éclatante dans celle de Constantinople, et ils choisirent un dimanche pour rendre la cérémonie plus solennelle. Le samedi, sur le soir, l'orgueil impatient des hérétiques leur fit conduire Arius par la ville, comme en triomphe ; et lui-même, enchérissant sur leur ostentation, se répandit en discours insolents. La foule était innombrable, et grossissait de rue en rue. Comme on approchait de la place dite Constantinienne, el qu'on apercevait au fond de cette place le temple où l'hérésiarque devait être rétabli, il pâlit à la vue de tout le monde ; il éprouva une soudaine frayeur et de violents remords; il sentit en même temps un besoin naturel qui l'obligea de quitter son cortège et de se retirer dans un lieu secret ; et, comme il tardait à revenir, on y entra et on le trouva étendu par terre, nageant dans son sang, el les entrailles hors de son corps. Digne fin d'un impie, trop semblable pendant sa vie au perfide Judas, pour ne pas lui ressembler dans les circonstances de sa mort. Le li'^u où il expira fut longtemps montré au doigt, comme un monument de la vengeance divine.

Son hérésie ne mourut pas avec lui ; pendant longtemps, elle fît de grands ravages dans l'Église de Dieu ; et elle se montrait avec d'autant plus d'audace, qu'elle était soutenue par la puissance impériale. Saint Amphiloque, voyant que l'empereur Théodore écoulait trop favorablement ces ennemis de la divinité de Jésus-Christ, s'y prit d'une manière fort adroite pour lui faire sentir sa faute. Étant un jour entré au palais, au mooient où Théodose et son fils Arcadius, nouvellement proclamé Auguste et associé à l'empire^ recevaient les félicitations de toute sa cour, il salua profondément l'empereur, et puis, s'approchant du jeune ArcaJius, assis sur le trône à côté de son père, il lui passa familièrement la main sur le visage, lui faisant quelques caresse» "vomme à un enfant ordinaire, el affectant de ne pas lai rendre le respect qui lui était dû. foute l'assemblée rougit; cl Théodose, piqué comme d'une insulte au'on lui faisait, en la personne de ion fils, commanda qu'on chassât ce vieillard impudent. « Eh quoi! « lui dit Amphiloque avec une respectueuse liberté, vous ne pouvez

INCARNATION DU VERBE. 2.j3

« souffrir une injure faite à votre fils, et vous souffrez ceux qui c déshonorent le Fils de Dieu? » Théodose, comprenant alors la sa gesse du saint évêque, le traita avec honneur, et porta des édits sévères contre les Ariens. Théodoret, lib. v, 16.

2. Les Eutychéens confondaient les deux natures en Jésus-Christ, prétendant qu'il n'y avait en lui que la nature divine sous l'apparence du corps humain, d'où il suivait que la nature divine avait souffert ev était morte sur la croix. — Alamundar, roi des Sarrasins, se servit d'un trait ingénieux pour rendre leur erreur sensible. Ce prince, touché des miracles qu'il avait vu opérer par les chrétiens, demandait à recevoir le baptême, et les Eutychéens lui avaient envoyé des évêques de leur parti pour l'attirer à leur secte ; mais il méprisa leurs sollicitations, et voici le stratagème dont il usa pour leur faire sentir l'absurdité de leur hérésie. Il feignit d'avoir reçu des lettres par lesquelles on lui apprenait la mort de l'archange Michel, et leur envoya des gens pour savoir d'eux ce qu'ils pensaient de cette nouvelle. Comme elle leur parut autant impossible qu'elle semblait ridicule, il leur dit : c S'il est donc vrai qu'un ange ne saurait ni souf- « frir, ni mourir, comment voudriez-vous que Jésus-Christ fiit mort « sur la croix, puisque, selon vous, il n'a qu'une nature, qui, étant « divine, est impassible?» Dict. hist.

3. Un enfant fit très-bien comprendre à un Eutychéen qu'en Jésus- Christ la distinction des natures ne nuisait pas à l'Loité de personne. L'hérétique, pour l'entraîner dans son erreur, avait fait rougir au feu deux morceaux de fer, qu'il joignit ensuite l'un à l'autre, pour n'en faire qu'un morceau. « C'est ainsi, lui disait-il, que la nature divine € et la nature humaine, unies et confondues en Jésus-Christ, ne font « qu'une personne. > — « Mais, reprit l'enfant, si à un morceau de € fer vous ajoutez un petit lingot d'or, et que vous les fassiez rougir c au feu, pour n'en faire qu'un morceau, ce morceau sera-t-il tout or € ou tout fer? N'est-il pas évident que chacun conservera sa nature € et que, tout distingués qu'ils seront l'un de l'autre, ils ne feront « néanmoins qu'un morceau? C'est ainsi, conclut l'enfant, que la na- € ture divine et la nature humaine, quoique distinguées l'une de « l'autre, ne font néanmoins qu'une seule personne en Jésus-Christ. > L'hérétique, qui ne s'attendait pas à une telle réponse, demeura interdit.

Lettres édifiantes Missions du Leva.nt.

TROISIÈME INSTRUCTION

Suite du mystère de l'Incarnation. — Jésus-Christ se choisit pour mère une vierge. — Il est conçu par l'opération du Saint-Esprit. — Annonciation. -— Saint Joseph, père putatif du Sauveur.

D. Où le Fils de Dieu a-t-il pris ce corps et celte âme? R. Dans le sein de la bienheureuse vierge Marie, sa mère.

Si un Dieu se faisait homme, dit saint Bernard, il ne pouvait avoir pour mère qu'une Vierge ; il ne pouvait être autrement conçu que par la voie miraculeuse de la virginité, parce que toute autre conception eût été indigne de lui.

Ce fut Marie que Dieu honora de la plus éminente de toutes les grâces, en l'élevant à l'honneur de la maternité divine. Pourquoi fut-elle choisie préférablement à tant d'autres ? C'est à cause des vertus héroïques que le Seigneur avait remarquées en elle; c'est surtout parce qu'elle était, sans contestation et sans exception, la plus pure des Vierges, et la plus humble des servantes du Seigneur. Elle a plu à Dieu par sa virginité, et elle a conçu par son humilité, a dit saint Bernard (1).

Comme Dieu est la pureté même, il se plaît merveilleusement là où elle règne. Voilà pom-quoi ce vœu de virginité qu'avait fait Marie, sans en avoir eu ni commandement, ni conseil, ni exemple, la rendit agréable aux yeux du Seigneur. Mais Dieu eut encore égard à son humilité, et saint Bernard ne craint pas de dire que, sans cette vertu, la virginité n'aurait pas suffi pour attirer le Fils de Dieu dans son sein (2). Mais la vierge Marie réunissait toutes lc-3 vertus au suprême degré; elle était le chef-d'œu\Te de tous les siècles ; et, par là, elle se trouvait non-seulement digne, mais la plus digne, mais la seule digne d'être la

(1) Virginitate placuit ; humililate concepit. D. Bern.

(2) Sine humililate autem, audeo dicere, virginitas Mari» non placuisset. D. Bern. Hon). 1. Super Missus,

mère du Rédempteur. Ce n'est pas toutefois^ comme le remarquent les saints Pères, qu'une simple créature pût absolument mériter que le Verbe divin s'incarnât en elle ; c'est un privilège si singulier, une grâce si sublime, qu'on ne peut imaginer rien qui puisse y donner même une ombre de droit ; mais enfin, puisque Dieu, par un effet de sa miséricorde, avait résolu d'honorer ainsi une créatui^e, nous ae craignons pas de dire que Marie, par ses sentiments intérieurs, par les grâces dont elle était embellie, se trouvait seule préparée pour servir à l'accomplissement des desseins éternels. Elle était comme une urne d'or, pour porter la manne du ciel (l). Cependant, remarquons-le bien, quelque pure, quelque sainte que fût Marie, il y a toujours une telle disproportion entre la créature et le Créateur, que l'Église s'étonne avec juste raison que Dieu ait voulu habiter dans son sein virginal * (2).

D. Comment cela s'est-il fait ?

R. Par Topération du Saint-Esprit.

Ici tout est mystérieux, tout est divin. Si on pouvait Bxpliquer ce mystère, dit saint Augustin, il ne serait plus, par excellence, l'œuvre de Dieu ; et, si on en pouvait trouver quelque exemple dans l'ordre de la nature ou de la grâce, il n'aurait plus l'avantage de se distinguer par sa singularité (3). Demander donc comment, c'est-à-dire par quelle vertu et de quelle manière le Verbe s'est fait chair, c'est détruire tout ce mystère, en voulant le connaître.

N'oublions pas que nous devons captiver nos esprits sous le joug de la foi, car, si nous pouvons être sauvés sans avoir pénétré dans ces ineffables secrets de l'Incarnation divine.

(1) Maria, nrna ex auro ducla. Chrislum cœleste illud manna porlang. D. Andr. Cret. Orat. 2, de Nativ. B. V.

(2) Non horruisli virginis ulerum. Ex Ilym. Te Deum.

(3) Hic si ralio quaeriiur, non erit mirabile ; si exemplum, non erit lingulare. D. Aug.

566 SEPllÈME LEÇON.

nous ne pouvons Têtre sans la foi de Tlncarnation. Et certes, quand nous voyons le Fils de Dieu anéantir pournous^ dans ce mystère, sa souveraine majesté, de notre côté, oserionsnous refuser de lui soumettre notre raison, et de Tanéantir en face de ces abîmes incommensurables ?

Touteiois, après avoir réprimé tout sentiment de vaine curiosité . apprenons, avec un esprit humble et soumis, ce qu'il nous- est permis de savoir sur les merveilles de la conception temporelle du Verbe incarné. Loin d'ici toute pensée terrestre et charnelle. Le Fils de Dieu, s'il se faisait homme, ne pouvait naître par la voie commmie d'une génération ordinaire. Pour une œu\Te si divine, il fallait une opération divine, il fallait un miracle pour accomplir ce mystère qui, lui-même, est un si grand miracle. L'Esprit sanctificateur pouvait seul consommer celle œuvre si sainte, et qui est la source de toute sanctification poiu" les hommes. Or, voici l'admirable histoire de llncarnation du Verbe.

Il y avait, dans la petite ville de Nazareth, une vierge nommée Marie, ignorée du monde, mais aimée du Ciel ; i pauvre, quoique issue d'une longue suite de rois et de patriarches, mais riche en trésors de grâce et en bénédictions spirituelles. Elle vivait dans le secret de sa retraite, entretenant sans cesse, par la prière et la méditation, de saintes communications avec son Dieu.

Les temps marqués pour Taccomplissement des décrets divins étant arrivés, un ange lui fut envoyé de la part du Très-Haut. C'était un des princes les plus éminents de la cour céleste, l'archange Gabriel 2, l'un des sept qui sont toujours devant le trône de Dieu, le même qui, autrefois, avait consolé Daniel , en lui annonçant l'arrivée prochaine du Messie. Le messager céleste adresse à la Vierge privilégiée ces douces et belles paroles, qui renfci/nent les plus touchants mystères : a Je vous salue, pleine de grâces, vous êtes bénie ,>nti c toutes les femmes. » Le propre des vierges, c'est d'être craintives parce que, se défiant de leur faiblesse, elles doivent toujours trembler pour le précieux tré-

sor de leur pureté. Aussi, à Téclat de cette apparition imprévue, et surtout en s'entendant donner des éloges dont son humilité lui persuadait qu'elle était indigne, Marie se trouble , et se sent intérieurement agitée de mille pensées (1). Est-ce un esprit de ténèbres qui vient pour la tromper? Est-ce un ange de lumière qui vient lui apporter les ordres de Dieu ? Elle n'ose en décider , et suspend son jugement , jusqu'à ce que la vérité se montre clairement à ses yeux. Trouble prudent, qui est le véritable caractère d'une âme chaste, et qui nous fait voir que Marie se tenait continuellement en garde contre les pièges du démon. Mais l'ange la rassure, et lui annonce les desseins de Dieu sur elle, et l'œuvre singulière à laquelle elle doit si admirablement contribuer. « Ne craignez point , Marie , lui dit-il, car a vous avez trouvé grâce devant le Seigneur, et voilà que <x vous concevrez dans votre sein, et que vous enfanterez le <( Fils du Très-Haut, le roi, le libérateur d'Israël ; il sera le « Sauveur de son peuple, et le Seigneur Dieu lui donnera le G trône de David, son père, et il régnera éternellement dans a la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Quelles promesses magnifiques pour cette humble fille de Juda ! quelle espérance plus glorieuse pouvait-on lui donner ! Mais aussi quelle nouvelle surprenante pour une vierge si chaste ! Elle ne doute point de la puissance de Dieu; mais, comme elle ne pénètre pas ses secrets, elle demande comment se fera cette merveille, car elle veut demeurer vierge, et la parole même d'un ange, qui lui promet un Dieu pour fils, n'est pas capable d'ébranler sa généreuse résolution ; elle aime mieux renoncer à la maternité divine que de perdre sa virginité (2). L'ange lui répond que Dieu est au-dessus des lois de la nature, qu'il les change quand il lui plaît, que de même qu'il tira la lumière du sein des ténèbres, et que du sein d'une terre sèche et aride il fait germer des

(1) Cogitabat i|ualis esset ista salulalio. Luc, i, 29.

(2) Quomodô fiel istud? Lue., i, 34.

plantes eî des fruits, de même il peut donner la fécondité k la vierge la plus séparée du commerce des hommes (1). Dès que le mystère de Dieu lui est expliqué, Marie croit, adore et donne son humble consentement. « Je suis, dit-elle, la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole (2). » Elle ne s'est pas plutôt déclarée la servante du Seigneur, qu'elle en devient la mère. Aussitôt les cieux s'ou\Tent, la vertu du Très-Haut la cou\Te de son ombre; le Saint-Esprit descend en elle avec mi épanchement de dons et de grâces sans mesure, et il forme dans son sein, de son sang virginal et de sa propre substance, un corps humain, pour lequel Dieu crée une âme très-parfaite, dont il anime ce corps. Au même instant, le Fils de Dieu pai'tit du sein de son Père, sans toutefois s'en séparer, comme le rayon descend sur la terre sans se détacher du soleil (3) ; il s'unit personnellement à ce corps et à cette âme ; et le sein de Marie devint le temple vivant de la Divinité. Ainsi s'accomplit sur la terre, et tandis que la terre l'ignore, ce glorieux mystère de l'Incarnation, union ineffable de la nature divine avec la nature humaine, dans la seule personne du Verbe. Il y a dixhuit cent cinquante-quatre ans que cette merveille s'est opérée, et nous en honorons la mémoire le 25 mars, que nous appelons le jour de l'Incarnation ou de l'Annonciation. Remarquons bien que, tout en disant que le Fils de Dieu a été conçu par l'opération du Saint-Esprit, nous ne voulons pas faire entendre qu'il n'y a que le Saint-Esprit qui ait opéré ce mystère. Il est \Tai que le Fils seul a pris la nature humaine ; mais il est vTai aussi que les trois personnes divines ont également contribué à former l'humanité de Jésus- Christ, parce que la foi nous apprend que tout ce que Dieu fait hors de lui est commun aux trois personnes, et que l'une

(1) Quia non erit impossibile apud Deum omne verbum. Luc, i, 37.

(2) Ecce ancilla Domini, fiât mihi secundùm verbum tuum<. lue», 1,38.

(8) Exiil à Pâtre, non recessit. D.Pet. Chrysol

n'y concourt pas plus que l'autre. Cependant, comme c'est Tusage de TÉcriture d'attribuer souvent à une seule personne ce qui convient également à toutes les trois, l'Incarnation, qui est l'ouvrage le plus éclatant de la bonté de Dieu, est attribuée d'une manière toute particulière à l'Esprit d'amour et de miséricorde^ quoiqu'elle soit, en effet, l'ouvrage de toute la Trinité.

D. Oui est le père de notre Seigneur Jésus-Chiist?

ï\. C'est le Père éternel, la première personne de la saint< Trinité.

Jésus-Christ est le véritable Melchisédech. Comme Dieu, il a un père et n'a point de mère ; comme homme, il a une mère et n'a point de père ; sa double génération éternelle et temporelle est également inexplicable. Ainsi, quoique le Saint-Esprit ait formé le corps de Jésus-Christ dans le sein de Marie, n'allons pas nous imaginer qu'il en soit le père; car il ne l'a pas produit de sa propre substance, mais de la substance seule de Marie, ce qui éloigne de lui toute idée de paternité. Un architecte qui bâtit une maison, un sculpteur qui forme une statue, n'en sont pas pour cela les pères. Jésus-Christ n'a donc point d'autre père que le Père éternel, qui le produit éternellement de son sein.

D. Saint Joseph n'a-t-il pas été le père de notre Seigneur Jésus-Christ selon la chair ?

R. Non, il était seulement Tépoux de la sainte Vierge et le gardien de sa virginité.

Dans l'Incarnation du Verbe, toutes les lois de la nature ont été renversées. Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, n'a qu'un père qui est au ciel; mais il n'a point de père, selon la chair, parce qu'il n'a pas été engendré par la voie commune. Lors donc que, dans l'Évangile, Jésus-Christ se nomme Fils de l'homme, c'est pour témoigner qu'il est aussi véritablement homme que s'il était né à la manière des autres hommes, et non pour donner à entendre qu'il a un homme pour père. Penser autrement, ce serait une impiété

que rÉglise a toujours détestée et que TÉvangile condamne par les oracles les plus formels. Saint Joseph a toujours été répoux vierge d'une épouse toujours vierge. Sans doute, il était uni avec Marie par le plus sacré des liens, parce qu'il avait plu au Père éternel de cacher, sous le voile du mariage, la virginité de celle qu'il destinait à être la mère de son Fils. Mais cette alliance formée par TEsprit-SaiLej cette union des cœurs ne devait porter aucune atteinte à Tinviolable pureté de Marie. Le nom même de Joseph, qui rappelle cet ancien patriarche de la chasteté, nous indique l'amour qu'il avait pour cette vertu et le respect inviolable qu'il eut pour son épouse, avec laquelle il vécut toujours dans une sainte société de désirs chastes et pudiques. Il n'est donc point le père de Jésus-Christ, puisqu'il n'a eu aucune parla sa bienheureuse naissance.

11 est vrai que Jésus-Christ passait pour le fils de Joseph, dans l'opinion des Juifs ; mais c'était une erreur de leur part, parce qu'ils ignoraient le mystère de sa conception divine. Il est encore ^Tai que saint Joseph est appelé quelquefois dans l'Écriture père de Jésus-Christ, et que Marie, ellemême, lui a donné ce nom. Mais ce titre auguste lui appartient en une certaine manière, parce qu'il a été le véritable époux de Marie, le père nourricier du Fils de Dieu, et qu'il a eu pour ce divin Fils un cœur et des entrailles de père; de soile que ce qu'il n'était pas par nature, il l'est devenu par affection. Ainsi, l'on peut dire que Jésus l'a véritablement adopté pour son père. Nous voyons, en effet, qu'il s'est toujours conduit à son égard comme un fils tendre et soumis.

Telle est donc l'excellente dignité du bienheureux Joseph : il a été le chef de la plus sainte famille qu'il y ait eu et qu'il puisse y avoir au monde. Dieu l'avait choisi, de toute éternité, pour être le dépositaire des trésors célestes, pour confier à sa vigilance et à ses tendres soins les deux plus chers objets de son amour, je veux dire, la vierge Marie, sa fille de prédilection, et Jésus-Christ, son

divin Fils^ en qui il a mis toutes ses complaisances.

Cependant, malgré les grâces extraordinaires dont le Père éternel Ta comblé, quelle humilité en ce saint personnage! Il ne se vante pas de ses dons, et, au lieu de faire connaître les richesses infinies que Dieu a mises en sa garde, il les cache autant qu'il peut aux yeux des mortels. Il jouit paisiblement des mystères qui lui sont révélés, et n'a d'autre pensée, d'autre désir, que de s'acquitter dignement des devoirs que lui imposent ses titres glorieux de père de Jésus- Christ, de conducteur de son enfance, de protecteur de sa vie, d'époux et de gardien de Marie. Ah! qui pourrait dire les tendres empressements, les douces prévenances, les attentions délicates qu'il eut pour la mère et pour le divin Enfant ! A Jésus, à Marie, il consacre tous ses travaux, toutes ses veiUes; il ne vit que pour Jésus et Marie. Oh ! si nous pouvions marcher sur les traces de cet illustre patriarche ! si notre cœur était tout entier, comme le sien, à Jésus et à Marie !

Mais, pour que saint Joseph nous fasse part de sa gloire, soyons pénétrés du plus vif respect pour ce chasto époux de la Reine du ciel, pour ce fidèle gardien de l'enfance du Sauveur. Soyons-lui reconnaissants des soins qu'il a pris d'une vie qui nous était à tous si précieuse, puisqu'elle devait être tout entière employée à notre salut. Surtout appliquons-nous à imiter sa pui^eté. Dans tous nos besoins, adressons-nous à lui avec confiance, car il est en grand crédit dans le ciel. Sainte Thérèse nous assiu-e qu'elle n'a jamais rien demandé par l'intercession de saint Joseph, sans l'avoir obtenu *.

TRAITS HISTORIQUES

1. Un prêtre des faux dieux, frappé des miracles sans nombre qn'opérait saint Grégoire Thaumaturge, alla le trouver et le pria de lai faire connaître le Dieu qui lai avait donné une si grande puis-

262 SEPTIÈME LEÇO?<.

sance. Grégoire mi expliqua les principes de la religion chrétienne; mais, voyant que le mystère de l'Incarnation le choquait, il lui représenta que cette grande vérité ne devait point être prouvée par le raisonnement humain, mais par les prodiges de la puissance divine. Alors le prêtre, montrant une grande pierre, demanda qu'il lui fût ordonné de changer de place, et de se transporter dans un lieu qu'il désignait. Grégoire donna l'ordre, et la pierre obéit par le pouvoir de celui qui promit à ses disciples que leur foi serait capable de transporter Its montagnes. Ce miracle convertit le prêtre païen; il abandonna sa famille et ses amis, pour devenir un véritable disciple de

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