‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 29 sur 66 · INCARNATION DU VERBE · texte numérisé non relu

INCARNATION DU VERBE

et sujette aux mêmes affections de joie^ de tristesse, de pîaisir, de douleur, de compassion, qu'éprouvent tous les hommes; mais avec cette différence essentielle, que cette âme toute pure était exempte d'ignorance, de péché, de toute inclination au mal, en un mot, de tout ce qui serait indigne de la grandeur et de la sainteté de Dieu.

Par là, nous voyons encore qu'il y avait en Jésus-Christ deux entendements, aussi bien que deux natures et deux volontés, l'un divin et l'autre humain. Celui-ci n'avait que la science que Dieu lui communiquait ; mais par son union intime avec la Divinité, l'âme de Notre-Seigneur avait été, dès le commencement, inondée de toutes sortes de lumières et Dieu lui avait donné la connaissance des mystères les plus relevés.

C'est donc avec raison que Jésus-Christ, tout en étant Fils de Dieu, se disait Fils de l'Homme, puisqu'il avait tout ce qui est essentiel à notre nature, a II a fallu, dit saint Paul, « que le Fils de Dieu fût semblable à nous en toutes choses, a afin qu'il fut victime de propitiation pour nos péchés (1). »

Mais ici, arrctons-nous un instant et méditons sur l'excessive bonté de Notre-Seigneur. Quelle humiliation pour un Dieu de se taire homme ! Quoi ! un Dieu infiniment élevé au-dessus des cieux, descendre, en s'incarnant, dans les parties les plus basses de la terre (2) ! Un Dieu se charger de nos faiblesses, se réduire jusqu'à la forme d'un esclave, jusqu'à l'apparence d'un pécheur 1 Peut-on concevoir rien de plus extraordinaire?

Le Verbe s'est fait chair. Que de merveilles renfermées dans ce peu de mots ! Le Verbe, c'est-à-dire le Fils de l'Eternel, le Tout-Puissant s'est uni à cette vile boue dont nous sommes formés ; la majesté suprême est descendue dans un abîme de bassesse ; l'immensité s'est rétrécie et renfermée dans ie corps d'un petit enfant; la force est de-

(1) Debuit per omnia fratribus similari. Heb., u, IT.

(2) Descendit in inferiores partes terrae. Eph., iv, 9.

venue faiblesse ; celui qui est la lumière même s'est obscurci; l'impassible, l'immortel, s'est assujetti aux souffrances et à la mort ! Jamais l'esprit de l'homme aurait-il pu imaginer rien de pareil! Aussi saint Bonaventure, en méditant sur ce mystère, s'écriait, avec l'accent de la plus vive admiration : a 0 condescendance admirable ! ô humilité a profonde ! ô charité surprenante 1 ô bonté incompréhen- « sible ! Le limon de la nature s'est uni à la Divinité, le souci verain Seigneur est dans l'abjection, et le Tout-Puissant a est devenu faible (1) l »

Ce qui doit surtout nous étonner et nous confondre, c'est que ces abaissements incompréhensibles du Fils de Dieu sont devenus le principe de notre élévation et de notre gloire. 0 homme, apprenez à connaître ici votre • véritable noblesse : le Fils de Dieu, en s'associant notre nature, n'a pris que nos misères, et il nous a communiqué ses grandeurs. En effet, par le mystère de Tlncarnation, ce qu'il y a de plus vil en l'homme, c'est-à-dire la chair de l'homme a été élevée dans Jésus-Clirist jusqu'à la souveraineté de l'être de Dieu; elle est devenue véritablement la chair d'un Dieu. De là, quelle gloire immense, infinie, pour l'humanité tout entière ! Car, bien que le Verbe ne se soit pas uni hypostatiquement à tous les hommes, c'est assez que l'un d'entre eux ait reçu cet honneur, pour que tous les hommes y participent, de même qu'un prince ne saurait s'allier à une maison obscure sans honorer, avec son épouse, toute la famille dont elle est sortie. Voilà donc la nature humaine infiniment élevée au-dessus des Anges et des Archanges, assise sur le trône de Dieu. Voilà l'humanité en quelque sorte déifiée. le n'exagère rien, et cette expression, tout extraordinaire qu'elle est, je la trouve autorisée par le langage des saints Pères. Saint Augustin, parlant du mystère d'un Dieu fait

(1) 0 dignalio mirai ô hurailitas surama! ô charitas inexpeclata! 6 pietas slupenda! quandô Deo unitur limus, summus fit imus, forlissimus fil infirmas. D. Bonav. Serm. 6. de Adv.

INCARNATION DU VERBii. Î49

homme^ et relevant les avantages infinis que nous en retirons, n'a pas craint de dire : a Dieu s'est fait homme, afin que l'homme devînt Dieu (1). » Et saint Clément d'Alexandrie se sert à peu près des mêmes termes : a Dieu, en se faisant homme, a fait des hommes comme autant de Dieux. » L'ambition humaine pouvait-elle porter plus loin ses désirs? et Dieu, tout Dieu qu'il est, pouvait-il nous élever plus haut ? • '

Le Verbe divin, en se revêtant de notre chair, nous a donc fait contracter avec la Divinité la plus étroite affinité. Par l'Incarnation, nous sommes devenus les frères de Jésus- Christ, et il ne rougit pas de nous en donner le nom (2). Que dis-je ? les frères de Jésus-Christ ? Nous sommes ses membres et l'os de ses os, la chair de sa chair, un même corps avec lui (3). Nous avons part à ses droits, à ses ineffables privilèges, à ses grâces, à ses mérites, et même à sa divine filiation. Il est Fils de Dieu par nature, et nous le sommes par adoption; il est l'héritier légitime, et nous sommes ses cohéritiers. Et ce pouvoir d'être enfants de Dieu, ce n'est pas seulement aux puissants, aux princes, aux rois qu'il a été donné, mais à tous indistinctement, riches et pauvres, grands et petits.

C'est encore, en vertu de cette alliance du Verbe avec notre chair, que nous sommes devenus capables d'offrir à Dieu un culte vraiment digne de lui, et qui est d'une proportion exacte avec sa grandeur suprême. Car, dès l'instant que Jésus-Christ s'est fait l'un de nous, et que, nous adoptant pour ses membres, il a voulu que nous ne fissions plus qu'un avec lui, ses prières, ses adorations, les hommages qu'il rend à son Père, sont aussi les nôtres ; c'est lui qui prie, qui adore en nous et avec nous, et nous prions et nous

(!) Deus homo faclus est ut homo iieretDeus. D. Aug, Serm, 9l< Denativ,

(2) Ipse primogenitus in mullis fratribus. Rom., viii, 29*

(3) Corpora vestra membra sunl Christi. I, Cor., vi, IS

adorons en lui et par lui; et^ parce qu'il est égal à son Père, le cuire qu'u lui i-cird^ et qae nous lui rendons avec lui^ est d'un mérite infini; et c'est ainsi que, depuis rincarnation. Dieu, cet être infini et infiniment adorable, est et sera toujo'irs infiniment adoré par un Homme-Dieu.

En considérant cette sublime destinée, à laquelle l'homme a été élevé par Jésus-Christ, je ne m'étonne pas de cette exclamation de l'Église, qui dit du péché de notre premier père : « Heureuse faute qui nous a valu de si étonnantes prérogatives (1) ! » Heureuse, en effet, la disgrâce de l'iiomme coupable, puisque notre gloire dépendait, en quelque sorte, de cette disgrâce. Car, si l'homme n'eût jamais péché, jamais l'homme ne fût devenu Dieu. Ainsi, quelque bas que nous soyons tombés par le péché d'Adam, réjouissonsnous et rendons grâces à Dieu, puisque Jésus-Christ, le second Adam, nous a donné infiniment plus que nous n'avions perdu, en nous élevant jusqu'à nous rendre, en quelque sorte, participants de la nature divine.

Telles sont les suites admirables du grand mystère de l'Incarnation ; voilà comment il est à la fois si avantageux et si glorieux pour l'homme. Mais, avant tout, songeons à quoi nous obligent ces titres magnifiques de frères de Jésus- Christ, d'enfants de Dieu, et ces bienfaits sans nombre que le Sauveur est venu nous apporter dans son Incarnation. Ah ! qui pourrait se lasser d'admirer et de remercier Tinfinie bonté de notre Dieu ? Car, si nous sommes montés à ce haut point de grandeur, est-ce par nos propres mérites? Est-ce par le sang, ou par le ministère de quelque homme? Non, non; toute la gloire de cette naissance spirituelle nous vient de la volonté de Dieu, de la prédestination de Dieu, du choix et de la grâce de Dieu (2). Et maintenant, chré-

(1) 0 felix culpa, quae lalem ac tanlum meruil habere Redemplorem! Offic. sahb. sancti.

(2) Qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, sed ei Deo nati sunt. Joan., i, 13.

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