VIRGINITÉ DE MARIE
sorti du chaste sein de sa mère, sans rompre le sceau de sa pureté virginale, et cela, par un effet de cette Toute-Puissance qui le fit dans la suite sortir du tombeau, malgré la pierre qui le cou\Tait, et entrer dans le Cénacle, quoique les portes en fussent fermées, car tout est possible à Dieu. Voilà comment Marie, bien différente des autres mères, a enfanté sans éprouver aucune douleur. Ayant été exempte de la concupiscence et du péché, par une conséquence nécessaire, elle a dii être exempte de la malédiction du péché et de ses suites. II est donc constant que sa virginité n'a reçu aucune atteinte par la naissance de son fruit divin. Cette belle fleur, loin d'avoir été fanée par l'enfantement d'un Dieu, n'a fait que briller d'un nouvel éclat.
3° Marie est demeurée toujours vierge après son enfantement. C'est la tradition de tous les siècles et la foi perpétuelle de l'Église, qui a donné constamment à Marie le titre de vierge, aussi bien après qu'avant son divin enfantement, et sans aucune restriction de circonstances ni de temps. Et en effet, pour peu qu'on veuille y réfléchir, peut-on penser sans horreur que ce sein virginal où le Saint-Esprit avait opéré, et dont Jôsus-Christ avait fait son temple, ait pu, dans la suite, être souillé ! Quoi I Marie que nous avons Mie si attachée à sa virginité, n'en aurait fait plus de cas, après avoir donné naissance au Fils de Dieu! Joseph, moins fidèle que l'ancien Joseph, aurait oublié ce qu'il devait à son Seigneiu* ! Il eût cessé de respecter celle qui était devenue le sanctuaire vivant de la Divinité ! Il y a dans ces suppositions quelque chose de révoltant, qui soulève le cœur. Nous concluons donc que Marie et Joseph, toujours fidèles à leur vœu de virginité, ont vécu dans une continence parfaite ; que, s'ils y avaient manqué, ce qui est abominable à penser, c'eût été un sacrilège indigne d'eux, une profanation indigne de Jésus-Christ. C'est donc avec juste raison que l'Eglise a toujours eu en exécration ceux qui ont nié la virginité perpétuelle de Marie.
Que si le titre de premier-né est donné dans l'Évangile à
Jésus-Christ, il ne faut pas nous laisser abuser par ce terme. Car, en effet, Jésus-Christ a été le premier-né de Marie, sans supposer pour cela qu'elle ait eu d'autres enfants. Dans le langage des Li\Tes saints le nom de premier-né se donne à un fils unique, aussi biec qu'à celui qui a eu des trères.
Pareillement, selon la manière de parler des Hébreux, les frères de Jésus, mentionnés dans l'Evangile, n'étaient que ses cousins germains et ses proches parents. Ainsi Abraham et Lot s'appelaient frères, quoiqu'ils ne fussent qu'oncle et neveu. Évidemment, si Jésus avait eu des frères, il n'aurait pas eu besoin, sur la croix, de recommander sa mère à saint Jean.
Honneur donc à cette Vierge incomparable, qui a uni les joies de la maternité avec la gloire de la virginité. Il n'y en a jamais eu, et il n'y en aura jamais qui lui ressemble.
D. Pourquoi le Fils de Dieu s'est-il fait homme? R. Pour nous racheter et nous délivrer du péché et de l'enfer, et nous mériter la vie éternelle.
C'est le malheureux état où nous étions réduits, qui a engagé le Fils de Dieu à descendre sur la terre. Nous étions esclaves du démon, et Jésus-Clirist est venu pour nous faire recouvrer l'heureuse liberté des enfants de Dieu; nous étions esclaves du péché, assujettis à la chair et à sa concupiscence, et Jésus-Christ s'est fait hostie et victime de propitiation pour tous les péchés des hommes (1) ; et, par la vertu de ses mérites et les exemples de sa vie, il nous a donné la force de triompher de nos mauvais penchants et de recouvTer la justice et la sainteté originelles. Enfin, à cause du péché de notre premier père et de nos propres péchés, nous étions condamnés aux supplices de l'enfer, et Jésus- Christ est venu nous fermer cet abîme dévorant, et nous rendre nos droits à la vie éternelle. Voilà les motifs de Tln-
(1) Propiliatio pro peccalis nostris. Joan., i, 3G.
carnation du Fils de Dieu ; il a voulu réparer la nature humaine, il a voulu guérir l'homme ; et, chose étonnante ! il s'est livré pour sa guérison, s'étant fait tout ensemble et le médecin et le remède (I).
D. Les hommes ne pouvaient-ils pas se racheter eux-mêmesT R. Non, parce qu'étant tous pécheurs, ils ne pouvaient rien faire qui fût méritoire devant Dieu.
Jamais l'homme n'aurait pu se relever de sa chute, s'il avait été abandonné à ses seules forces. Le péché avait mis un abîme immense entre lui et la Divinité, sans qu'il eût aucun moyen de le combler. Car Dieu étant la justice et la sainteté mêmes, il lui fallait une victime d'mi mérite et d'un prix infinis. Or, les hommes naissent tous dans le péché^ et ne sont que faiblesse et néant. Un Dieu homme pouvait seul être une hostie pure ; seul il pouvait rendre à Dieu un honneur égal à l'ijutrage qu'il avait reçu.
Bien plus, aveuglés qu'ils étaient par le péché, les hommes eussent-ils connu leur malheur? Auraient-ils songea apaiser leur Créateur justement irrité? Hélas ! ils se seraient complu dans leurs iniquités; et, s'abrutissant de plus en plus, ils auraient roulé de vice en vice, d'excès en excès, jusqu'à ce qu'ils fussent enfin tombés dans l'abîme de la perdition.
D. Dieu était-il obligé d'envoyer son Fils pour racheter les hommes î
R. Non, il nous a accordé cette grâce par un pur efiet de sa bonté.
Quel besoin Dieu avait-il de nous? Aucun. Il pouvait donc laisser tous les hommes dans la masse de perdition. Mais, ô amour infini de Dieu ! il nous a prévenus de ses miséricordes, lorsque nous étions ses ennemis et que nous n'avions que de l'éloignement et de l'aversion pour lui; il nous
(1) Sapientift Dei, hominem curans seipsum exhibuit ad sanandair, ip«e medicus, ipse medicina. D. Aug. de Voctr. Christi, lib. i.
a témoigné le plus grand amour, lorsque nous méritions d'éprouver les plus grands effets de sa haine ; nous ne devions attendre qu'un juge, et il a daigné nous envoyer un Sauveur. Et encore, quel Sauveur ! Ah ! quel excès de bonté ! c'est son propre Fils qu'il nous a donné pour être notre justice, notre rédemption, notre sanctification. Ainsi, Dieu a aimé le monde jusqu'à sacrifier son propre Fils (1) ! Ainsi ce divin Fils a aimé le monde, jusqu'à se livrer lui-même pour nous 2 (2).
Sans doute. Dieu, à qui rien n'est impossible, aurait bien pu racheter l'homme par toute autre voie que par celle de l'Incarnation de son Fils. Mais quel autre moyen plus puissant pouvait-il choisir pour conquérir nos cœurs, et nous rendre tout à fait inexcusables, si nous avions le malheur de les lui refuser ? Il nous a aimés le premier ; et l'Incarnation du Verbe n'est-elle pas le prodige de son amour, et le plus grand effort qu'il ait pu faire pour nous le témoigner? Par là, son amour envers nous est en quelque sorte épuisé. En nous donnant son Fils, il nous a tout donné ; sa bonté et sa tendresse ne pouvaient aller plus loin.
TRAITS HISTORIQUES
1. L'Église applique à Marie plusieurs figures de l'ancienne loi, qui font évidemment allusion à sa virginité perpéiuelle. Une des plus belles est celle de ce buisson ardent, qui brûlait aux yeux de Moïse sans se consumer ; ce qui figurait que la maternité de Marie serait compatible avec sa virginité. En efl"el, Marie a été comme un buisson ardent, sorti de la famille de Jessé, environné de tous côtés des flammts Je la volupté, sans en recevoir la moindre atteinte.
Vers la iin du quatrième siècle, Jovinien, moine de Milan, infecU
(1) Sic Deus dilexit mundum ut Filium suum unigeuitum daret. Joan., III, 16.
(2) Dilexit me el tradidit semetiprum pro me. Gai., ii, 20.
MYSTÈRE DE L'INCARNATIOU. 271
plusieurs monastères de ses erreurs. Il soutenait, entre autres choses, que là mère de Jésus-Christ n'était pas demeurée vierge après l'enfantement ; que les vierges n'avaient pas plus de mérite que les veuves ou les femmes mariées ; que les jeûnes, les œuvres de pénitence n'étaient d'aucun mérite. Après avoir quitté son monastère, où il avait d'abord vécu trés-austérement, on le vit rechercher les commodités et le luxe de la vie. Il se frisait les cheveux, fréquentait les bains et les cabarets, aimait les jeux de hasard, les grands repas, les mets délicats et les vins exquis ; aussi y paraissait-il à son teint frai^^ et vermeil et à son embonpoint. Prêchant une doctrine si commode. il ne manqua pas d'avoir beaucoup de sectateurs. Mais il trouva de la résistance même dans des laïques illustres par leur naissance oi leur piété, entre lesquels on nomme Pammaque. Le pape et les évoques le condamnèrent. Dans un concile qui se tint à Milan, on réfuta par l'Écrilure tontes ses erreurs, et on s'étendit particulièrement à prouver que la sainte mère de Dieu est demeurée toujours vierge. L'hérésiarque fut envoyé en exil, où il mourut dans la crapule. Inter phasides aves et carne» suillas non tàm emisit spiritum quàm eructavit, dit saint Jérôme, paroles que nous n'osons traduire.
L'imposteur de la Mecque, au milieu de tant d'extravagances qu'il a débitées, a retenu cependant quelques vérités qu'il avait puisées dans la doctrine chrétienne. Ainsi il est le plus ancien écrivain qui ait parlé clairement de l'Immaculée Conception de la siinte Vierge. Il reconnaissait aussi que Jésus, Fils de Marie, était né d'elle quoiqu vierge, et il assurait que la perfidie des Juifs avait été punie, pour avoir nié la Virginité de Marie. Ce qui ne l'empêchait pas de professer le plus profond mépris et la haine la plus aveugle pour les chrétiens, aussi bien que pour les Juifs ; et ces sentiments ont passé dans l'âme de tous ses seclateuri, comme on le voit par les avanies et vexations sans nombre qu'ils font subir, partout où ils sont les plus forts, à ceux qui sont d'une autre religion que la leur. Mais les chrétiens, qui ont une véritable foi, ne peuvent souffrir patiemment qu'on insulte à leur croyance, surtout en ce qui touche à l'honneur de Marie. C'est ainsi que saint Ignace de Loyola, ayant entendj nn mahométan parler de la sainte Vierge d'une manière injurieuse, délibéra si, étant officier, il n'avait pas le droit de le tuer. Il fart convenir qu'il poussait le zèle trop loin ; mais c'était aux premiers jours de sa conversion; et il ne savait alors que tr'^s-imparfaitement quels devoirs lui imposait la qualité de chrétien. Bientôt l'Espril- Saint lui apprit qu'il faut imiter en toutes choses la bonté et la douceur du Père céleste, qui fait également luire son soleil sur les bons et sur les méchants, et qu'on ne doit jamais user de l'épée, sous peine de périr soi-même par l'épée. Mais, tout en gardant de justes bornes, ou aime à voir cette vivacité d'un jeune homme sai.<;i d'un
saint courroux, quand on outrage l'auguste Reine du ciel, notre proleclrice et notre mère à tous.
2. C'est le sang de Jésus-Christ qui nous a ouvert les portes de la vie éternelle, et ses mérites seuls font notre assurance. On rapporte de saint Bernard que, dans une grande maladie, il fut comme ravi en esprit, et qu'il lui sembla qu'on le menait devant le tribunal de Dieu, et que là, le démon l'accusait et soutenait qu'il ne méritait pas de posséder la gloire éternelle. * J'avoue, répondit le saint, « que j'en suis indigne, et je n'y ai nul droit de moi-même ; mais
< Jésus-Christ, mon Sauveur, y a droit pour deux raisons : la pre-
< miére, parce qu'il est le Fils unique du Père éternel et héritier du
< royaume céleste; et la seconde, parce qu'il m'a racheté de son
< sang. » L'accusateur infernal demeura confus de cette réponse, et aussitôt cet appareil de jugement et de tribunal disparut; le saint revint à lui, et fut rempli de consolation.
SUITE DU MYSTÈRE DE L'INCARNATION ET DE LA REDEMPTIOil
PREMIÈRE INSTRUCTION
Naissance de Jésus-Christ. — Il naît dans une étable pour gnérir notre sensualité, notre avarice, notre orgueil. — Fôte de Noël.
D. OÙ naquit Jésus-Christ ?
R. A Bethléem, ville de la tribti de Juda^ dans une étable.
Depuis quatre mille ans le genre humain, assis dans les ténèbres et dans la région des ombres de la mort, attendait son Rédempteur. Les saints d'Israël ne cessaient de solliciter sa venue par leurs soupirs et leurs larmes, a Envoyez, « s'écriaient-ils, envoyez, Seigneur, celui que vous devei « envoyer; venez, ô Orient, ô Splendeur de la lumière éter-
« nelle, ô Soleil de justice; venez et le tardez pas (1). » Par la vivacité de leur ferveur ils accéléraient, autant qu'il était en eux, Teffet des miséricordes de Dieu ; et ils se disposaient, eux-mêmes, à recevoir le fruit de la Rédemption.
Enfin, il arrive ce moment mille fois béni, ce moment sur lequel tous les Patriarches, tous les Prophètes, ious les justes de T Ancien Testament avaient arrêté leurs regards, fixé leurs désirs et leurs espérances, ce moment digne de tous nos respects et de tout notre amour. L'Éternel, le Fils de Dieu, celui que les Ecritures appellent l'Admirable, le Conseiller, le Dieu fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix, en un mot, le Verbe fait chair, depuis neuf mois enfermé dans le sem de Marie, en sort comme une fleur sort de sa tige, il se rend visible aux hommes, et vient habiter parmi nous * !
Il avait été prédit qu'il naîtrait à Bethléem, petite ville de la tribu de Juda (2). Or, la sainte Vierge demeurait à Nazareth en Galilée ; comment donc la prophétie a-t-elle pu s'accomplir? Dieu conduit tout à ses fins par une providence invisible, mais souveraine ; et ce qui ne semble à nos vues faibles et bornées qu'un pur effet du hasard ou bien des passions des hommes, est souvent l'ouvrage de la sagesse suprême. C'est un empereur païen qui, sans le savoir, va exécuter les desseins de Dieu, et remuer tout l'univers, en apparence pour satisfaire une pensée d'orgueil, mais en réalité afin que le Sauveur naisse au lieu indiqué par les oracles des Prophètes.
L'e mpereur Auguste veut connaître les forces et les richesses de chaque province de son empire ; et, en conséquence, il ordonne un dénombrement général de tous ses sujets, et oblige chacui: d'aller se faire inscrire dans le lieu d'où il tire s^n origine. Pour obéir à cet édit, la s?'nte Vierge et saint Joseph, qui étaient de la race de David, se rendirent
(1) Ve>.i et noli lardare. Antiphon. Adv* il) Mich., V, 2. — Matth., n, 16.
27 4 HDITIEME LEÇON.
à Bethléem, patrie de ce prince, et lieu spécialement désigné pour l'enregistrement de tous ses descendants. Ce fut là que, le temps de l'enfantement étant arrivé, Marie mit au monde son divin Fils; et voilà comment Tédit de l'empereur, qui ne semblait dicté que par la politique, avait été ménagé, dans les conseils éternels, pour montrer à tout Tunivers que Jésus-Christ était de la maison de David et de la tribu de Juda, et, en même temps, pour le faire naître dans le lieu qui était le berceau de sa royale famille. Bethléem n'est donc plus une petite bourgade inconnue ; mais, comme le lui avait annoncé le Prophète tant de siècles auparavant, sa gloire est grande, et son nom ne passera jamais de la mémoire des hommes, parce que c'est d'elle qu'est sorti le chef d'Israël, et qu'elle a vu naître, dans le temps, celui dont la naissance est éternelle dans le sein de Dieu (i). Aussi, dans tous les âges et de tous les coins de l'univers, on a vu, et on \ erra iusqu'à la fin des siècles, des pèlerins animés de l'esprit de foi, aller, avec un pieux zèle et un saint empressement, visiter cette ville célèbre et se prosterner avec dévotion à l'endroit où est né le Sauveur du monde 2.
Mais étudions en détail toutes les circonstances de la naissance du Filis de Dieu. Elles ont un attrait puissant, un charme irrésistible pour toute âme chrétienne, et nous fournissent un ample sujet d'édification.
Où trouverons-nous cet enfant nouveau-né? où est son palais? où est son trône? où sont les officiers qui forment sa cour? Car, puisque c'est le Fils de Dieu qui vient au monde, il semble qu'il doit s'y montrer dans un appai-eil plus magnifique que toute la gloire de Salomon, et que la terre et la mer vont ouvrir leur sein pour lui offrir leurs beautés et leurs trésors. Mais il y a un abîme entre les pensées de Dieu et les pensées des hommes. Que vois-je, en eff'et? Celui qui, selon l'expression de l'Écriture, a placé son trône dans le soleil, celui qui est assis sur les Chérubins et
(I) Mich., V. 2.
servi par des milliers d'anges, celui à qui tout appartient, est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas reçu (1) ; il ne s'est point trouvé de place pour lui (2); et i' est né dans une étable ! Quel est l'enfant si pau\Te dont le-' parents n'aient au moins quelque chétive demeure, où ili puissent le mettre à l'abri des injures de l'air, au moment où il vient au monde ? Et Jésus n'a pour tout couvei-t qu'une misérable retraite destinée à de vils animaux !
En effet, lorsque Marie et Joseph arrivèrent à Bethléem, après un long et pénible voyage, l'affluence des étrangers était si grande, qu'ils ne trouvèrent plus de place dans les hôtelleries publiques ; leur pauvreté les fit mépriser et rebuter de tout le monde, et ils : e purent se procurer d'autre asile qu'une caverne creusée dans un rocher, laquelle servait d'étable, pour l'usage de ceux qui logeaient dans l'hôtellerie. La tradition porte qu'il s'y trouvait alors un bœuf et un âne. A la vérité, l'Évangile ne tait point mention de cette circonstance ; mais elle est donnée pour certaine par plusieurs saints Pères. Ce fut dans cette caverne que le Fils de Dieu vint au monde. Marie, après l'avoir enfanté, sans ressentir les douleurs qu'éprouvent les autres mères, l'enveloppa de langes et le coucha dans la crèche 3.
Les Pères et les docteurs de l'Ëglise nous donnent plusieurs raisons mystiques de cette naissance de Jésus-Christ dans une étable. Ils nous disent :
1" Que l'homme, par le péché, s'étant dégradé jusqu'à se rendre semblable aux bêtes, c'était dans la demeure des bêtes que le Sauveur devait aller le chercher, pour l'en faire sortir et lui rendre sa dignité première.
2° Que Jésus-Christ, l'Agneau divin, destiné à l'expiation des péchés des hommes, devait naître où naissent les agneaux et les autres animaux, qui servaient autrefois de victimes, et à la place desquels il venait se substituer.
(1) Elsaieum non receperunt. Joan., i, il.
ft) Quia non erat ei locui in diversorio. Luc, ii, 7.
3° Et c'est la grande, la véritable raison, ils nous disent, que Jésus-Christ, venant sur la terre pour être tout à la fois le médecin et le Sauveur de nos âmes, voulut réformer nos faux jugements, guérir nos vices, et non-seulement nous indiquer le remède propre à nous délivrer de nos maux, mais encore le prendre lui-même, afin que nous fussions moins effrayés de son amertume. Méditons ici un instant sur les grandes et touchantes leçons que le Sauveur du monde nous donne du fond de sa crèche.
La sensualité, l'avarice, l'orgueil, voilà les trois sources empoisonnées d'où viennent nos désordres. Saint Jean les désigne sous le nom de concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie (1). Or, comment Jésus-Christ s'y prend-il pour extirper de nos cœurs ces maladies spirituelles, qui paraissent incurables? De la manière la plus admirable, et en même temps la plus efficace.
Et d'abord, pour nous encourager à mortifier ce penchant (iésordonné, qui nous porte à satisfaire nos sens, il commence a souffrir, dès son entrée dans le monde. Voyez sa crèche, entendez ses cris : il naît dans la saison la plus rigoureuse, il est couché sur un peu de paille, il manque des choses les plus nécessaires à la vie. Après cela, oserons-nous rechercher les plaisirs, vivre dans la mollesse, nous plaindre à la moindre incommodité? Mais alors quel rapport y am-at-il entre le maître et les disciples ? Et pouvoas-nous espérer de nous sauver, en nous livTant aux folles joies de la terre, lorsque Jésus-Christ nous dit encore plus par ses exemples que par ses paroles : «Bienheureux ceux qui pleurent? »
En second lieu, à cette avidité insatiable, qui nous rend si âpres au gain, si sensibles aux pertes que nous éprouvons, qui nous fait négliger les choses du ciel pour rechercher avec tant d'ardeur les biens de ce monde, Jésus-Christ oppose sa pauvreté. Qui doute qu'il n'eût pu naître, s'il l'avait
(1) Omne qnod est io mnndo, concnpisceniia camii est, et eoncapueeDlia ocuiorum, et saperbia Titœ. I, Joan., ii, 16.
voulu^ dans Topulence et au sein de» grandeurs? Il ne dépendait que de lui de choisir pour mère une reine et pour demeure un palais. Mais alors il aurait nourri notre corruption, au lieu de la guérir; son exemple eût irrité notre convoitise ; et ce venin, que ie désir des richesses répand dans nos cœurs, n'eût été que plus brûlant et plus terrible ; l'oubli de la céleste patrie, Toubli de Dieu qui est le seul véritable trésor de Thomme, serait devenu plus universel. Ce n'était donc pas, comme l'avaient imaginé les Juifs, un Messie riche, un Messie puissant, un Messie couronné de gloire et de magnificence qu'il fallait aux hommes; mais un Messie pauvre, dont l'exemple nous fit sentir le danger des richesses, le crime de ceux qui se font un dieu de l'argent, et qui pût ainsi nous désabuser de ces biens trompeurs et imaginaires, incapables de remplir le vide de notre cœur.
0 vous donc, aveugles courtisans de la fortune, venez vous instruire à l'élable du Sauveur. Voyez le Fils de Dieu qui est né d'une mère pauvre, qui n'a pour protecteur de son enfance qu'un pauvre artisan, qui est enveloppé de pau\Tes haillons et couché sur un peu de foin. N'est-ce pas cependant celui qui revêt la nature de si belles couleurs, qui donne aux oiseaux un si brillant plumage, et aux lis des champs un éclat que Salomon n'eut jamais dans toute sa gloire? Mais il a voulu embrasser la plus austère pauvTcté, et sa première démarche, en entrant dans le monde, est de fouler aux pieds les richesses. La crèche du Sauveur a un langage qui, tout muet qu'il paraît, nous montre, de la manière la plus éloquente, que c'est folie de s'attacher aux biens de ce monde ; que le désir immodéré des richesses est une fièvre spirituelle qui ôte le goût de la piété; que ces biens si convoités rendent le salut fort difficile, parce qu'il est rare, quand on les possède, de n'en pas abuser, et que leur eflét ordinaire est de nous enfler d'orgueil, d'enflammer nos'passions, et de nous fournir les moyens de satisfaire les penchants les plus honteux. Nous ne voulons pas dire cependant que les richesses soient un obstacle insurmontable
pour arriver à la vie éternelle, car, après tout, le royaume du ciel est promis indistinctement aux grands et aux petits, aux riches et aux pauvres; mais néanmoins, pour y parvenir, il faut être pauvre de cœur, c'est-à-dire se défaire de toute attache excessive à ces biens passagers, et savoir en faire des instruments de salut, en les employant, non au luxe et à la vanité, mais à de bonnes œuvres; ce qui, vu Tégoïsme qui nous domine, n'est pas fort aisé.
Dans la pauvTeté, au contraire, il est plus facile de pratiquer la vertu ; et voilà pourquoi Jésus-Christ l'a choisie ei l'a sanctifiée par une bénédiction particulière. Heureux donc les pauvres! car Jésus-Christ s'est fait le roi des pauwes, comme pour leur réserver les plus abondantes faveurs. Mais, s'ils se plaignent, s'ils murmurent, s'ils se li\Tent à l'impatience, au désespoir, ils perdent tout le mérite de leur position; ils ne sont plus les pauvres de Jésus-Christ; ils sont riches de cœur, riches d'envie, riches d'ambition, et ne sont plus, par conséquent, du nombre de ceux que l'Evangile appelle bienheureux.
Troisièmement enfin, à notre orgueil Jésus-Christ oppose son humilité. Ne cherchez pas à sa naissance ces cris de joie, ces feux, ces acclamations qui accompagnent la naissance des princes de la terre. Le Sauveur, le Roi du monde descend ici-bas sans qu'on le connaisse ; nul ne fait attention à lui; que dis-je? il est le rebut du mond-e ; quel prodige d'humilité ! Il a voilé sa majesté sous la petitesse d'un enfant, et l'éclat de sa gloire sous l'obscurité de la crèche et de quelques misérables langes. C'est ainsi qu'il a voulu confondre le faste ridicule des enfants d'Adam. Homme superbe, vous qui ne cherchez qu'à vous montrer, qu'à produire votre prétendu mérite, vos prétendus talents, qu'à briller par votre extérieui', comment justifierez-vous votre orgueil en présence de ce Dieu qui se cache, de ce Dieu humilié, anéanti? Vous qui brûlez de paraître ce que vous n'êtes pas, que direz-vous en face de ce Dieu qui ne laisse rien paraître de ce qu'il est? Vous ne parlez que de vous-même; vous voudriez
que tout le monde exaltât vos belles qualités; et le Verbe éternel s'est réduit au silence ! Quand nous voyons un Dieu dénué de tout et dans une extrême abjection^ oserons-nous affecter des airs dédaigneux et hautains envers nos frères? Aurons-nous de la peine à nous humilier? Et nous laisserons nous éblouir par la vaine gloire de ce monde? Voilà comment Jésus-Christ nous instruit dans sa naissance; il commence à pratiquer ce qu'il enseignera un jour. Quelle leçon^ à la fois, plus touchante et plus persuasive pour nous faire comprendre la vanité des joies et des pompes du siècle, que de voir un Dieu pauvre, un Dieu humilié ! La crèche du Sauveur est le triomphe de riiumilité, de la pauvreté, de la mortification, et la condamnation la plus manifeste des richesses, des honneurs et des plaisirs, ces trois idoles que le monde adore, et qui enfantent tant de crimes *.
Une dernière rétlexion que nous fournit saint Pierre Chrysologue, c'est que le Seigneur a voulu naître dans la bassesse et l'obscurité , afin de gagner le cœur des hommes (1). En effet, s'il s'était montré tel qu'il est dans le ciel, dans tout l'éclat de sa majesté, ou seulement avec cette magnificence mondaine qui entoure les grands de la terre, il am-ait pu étonner les hommes et les ravir d'admiration ; mais il n'aïu'ait été qu'honoré, que respecté, que redouté ; personne n'eût osé approcher de lui ; et il voulait être aimé ; il s'est donc dépouillé des rayons de sa gloire pour nous \isiter ; il s'est abaissé jusqu'à devenir notre frère, jusqu'à se faire petit enfant, pour nous attirer à lui Entendez-le qui, du fond de sa crèche, nous appelle et nous demande notre cœur. Qui pourrait contempler ce divin entant, sans être transporté d'amour ? Les saints trouvaient une douceur inexprimable à prononcer ces paroles : a Un petit enfant nous est né; un fils, nous a été donné.... il nous est né un Sauveur (2). »
(1) Sic nasci voluit, quia voluit amari. D. Ckrysol. Serm. 150, (3) Luc, II, 11.
Saint Bernard était comme hors de lui-même, et sentait son âme se fondre en quelque sorte d'amour, quand il méditait sur ce mystère. Lorsque Dieu, disait-il, est sur le trône de sa grandeur et de sa majesté, Texcellence de ses perfections m'éblouit et me commande la crainte et le respect; mais lorsqu'il se montre sous la forme d'un enfant, tout mon respect se change en tendresse, et toute ma rehgion n'est qu'amour (i).
Ainsi, plus le Fils de Dieu s'abaisse pour l'amour de nous, plus nous devons le glorifier et l'aim.er. Allons donc en esprit à l'élable de Bethléem, pour faire hommage de nos cœurs à ce divin Enfant, né pour notre salut. Cette étable, depuis que le Seigneur l'a choisie pour demeure, est devenue comme un ciel, où nous trouverons une source abondante de grâces et de consolations. Au premier abord, tout nous y paraît pau\Te et triste ; mais ouvTez les yeux de la foi, quel admirable spectacle ! Vous y verrez les chœurs des anges descendus du ciel pour accompagner leur roi ; ils l'adorent et le glorifient dans ce nouvel état, où l'a réduit sa miséricorde, et vous invitent à vous unir à leurs saintes ardeurs. Vous y verrez la sainte Vierge, pénétrée de joie à la vue de son fils ; elle veille sur lui avec des yeux pleins de tendresse, et enveloppe avec vénération ses membres délicats. Joseph partage les soins et les sentiments de Marie, et tous deux ils prodiguent à Jésus toutes les caresses que peut inspirer un cœur embrasé d'amour. Oh ! prions, prions la Vierge-Mère de nous permettre un instant de prendre le divin Entant entre nos bras, de le serrer contre notre cœur, d'appliquer avec un saint tremblement nos lè\Tes sur ses lèvres qui distillent le miel de la sagesse, de baiser ses petites mains qui dirigent dans l'espace les corps célestes, et soutiennent l'univers, ces pieds adorables qui doivent essuyer tant de fatigues pour nous, ces yeux où brille une
(1) Magnus Dominns e< laudabilis nimit; parvolos Dominus el amabilis nimis. D. Bern. in Psal. xlvii.
lumière céleste. Aimer Jésus, qui veut bien converser familièrement avec nous, n'est-ce pas la plus grande gloire où une créature puisse aspirer ? Aimer Jésus, n'est-ce pas le bonheur suprême ? Ne cessons donc jamais de bénir, de louer, d'adorer le Dieu fait enfant pour notre salut.
D. Quel jour est-il néî
R. Le vingt-cinquième jour de décembre, que nous appelons le jour de Noël.
Jour le plus beau et le plus glorieux des jours, jour où le soleil de justice vient enfin éclairer le monde, jour de salut attendu depuis si longtemps, jour à jamais mémorable où les cieux ont répandu leur rosée, où la terre a ouvert son sein et enfanté le Sauveur !
a Tout reposait dans un tranquille silence, et la nuit était au milieu de sa course, lorsque le Verbe tout-puissant vint du ciel, du trône royal de sa gloire (i). » Dès lors, la terre eut le bonheur de posséder celui qui fait dans le ciel les délices des anges *.
Le jour de la naissance de Jésus-Christ porte le nom de A^o<?/, qui lui convient parfaitement, car c'est un diminutif &' Emmanuel, qui signifie Dieu avec nous. \ Cette bienheureuse naissance ayant été la régénération du monde et le commencement d'une nouvelle vie, il a été sagement établi qu'on compterait les années à dater de ce glorieux événement, qui est devenu la grande époque de l'histoire. Lors donc que nous disons que nous sommes en l'an 1854, cela signifie qu'il y a 1854 ans que Jésus-Christ est né.
Pour célébrer la ménioire de l'avènement de Jésus-Chiist au milieu de nous, l'Église a institué une solennité, belle entre toutes les solennités : elle invite les fidèles à passer une partie de la nuit dans le saint temple, afin de révérer les moments fortunés où le Sauveur vint au monde. L'autel est Daré des plus belles couleurs ; de brillantes lumières étincel-
(1) Sap.,xyiii, 14.
lent dans Tenceinte sacrée. Cette nuit lumineuse, cet appareil extraordinaire, le chant des psaumes, le concours du peuple, la majesté des cérémonies, la pompe du sacrifice, tout frappe les sens, élève l'âme ; et des sentiments de piété se réveillent même dans le cœur des plus indifférents. Ce que cette fête offre de plus remarquable, c'est qu'en ce jour-là, d'après un usage immémorial, chaque prêtre peut monter trois fois à l'autel, et offrir trois fois le saint sacrifice. Ces trois messes ont pour objet d'honorer la triple naissance du Sauveur : 1° celle par laquelle il procède de son Père de toute éternité ; 2° celle par laquelle il est né, dans le temps, de la bienheureuse vierge Marie ; 3° celle qui le fait naître spirituellement dans nos âmes par la foi et la charité.
Les vrais chrétiens trouvent un attrait singulier dans cette auguste solennité ; et ils ne manquent pas d'assister aux saints offices, spécialement aux trois messes, quoiqu'il n'y en ait qu'une d'obligation; et, par la ferveur de leurs prières, ils s'efforcent d attirer Jésus dans leurs cœurs, et de se pénétrer de son esprit, afin de participer aux grâces qu'il nous a méritées.
Quand donc viendra l'anniversaire de la naissance du Messie, au lieu de nous livrer à un lâche sommeil, sachons nous faire un peu de violence, pour aller présenter nos hommages au divin Enfant. On passe tant de nuits dans de frivoles amusements, sans crainte de se fatiguer; et une nuit consacrée à Dieu, à la prière, à la piété, pourrait-elle nous effrayer ? Que si des motifs légitimes nous retiennent à la maison, unissonb-nous du moins d'esprit à la troupe fidèle des adorateurs de Jésus-Christ. Smtout ayons soin, aux approches de cette belle fête, de purifier nos âmes, afin que le Seigneur nous juge dignes de venir prendre, au dedans de nous, une nouvelle naissance, par la sainte communion.
TRAITS HISTORIQUES
1. Le prophète Elisée nous oJBfre une figure parfaite de te qu'a fait Jésus-Cliris{ pour nous. On vint le prier de ressusciter le fils d'une femme de la ville de Sunam, qui venait de mourir. Le prophète se contenta d'abord d'envoyer son serviteur, auquel il ordonna de prendre son bâton, et de le placer sur le corps du défunt ; mais ni le serviteur, ni le bâton ne produisirent aucun effet. Elisée vint donc lui-même ; il monta sur le lit de l'enfant, et se rétrécit, autant qu'il put, pour ajuster tous ses membres à ceux de cet enfant, appliquant ses yeux sur ses yeux, sa bouche sur sa bouche, ses mains sur ses mains, et l'enfant ressuscita. Voilà la figure, voici la réalité. Ce fils de la Sunamite représentait le genre humain mort par le péché. Dieu envoya d'abord Moïse avec une verge ou un bâton, c'est-à-dire avec la loi ancienne, qui était dure et pénible; mais cette loi ne pouvait, par elle-même, délivrer l'homme du péché. 11 fallut donc que Dieu vînt lui-même; et, comme nous étions morts et couchés par terre, il fut obligé de s abaisser jusqu'à nous pour nous relever; il se rappetissa, lui qui est l'immense, le Très-Haut, jusqu'à prendre des mains comme nous, des yeux comme nous, des pieds comme nous, une âme comme nous; et, en se proportionnant à la faiblesse de notre nature, il la retira de ses misères et la ranima par le feu de sa charité.
2. Bethléem, la ville natale du Prince du salut, du Dieu fait homme, l'emporte sur toutes les capitales, sur ioutes les métropoles du monde en noblesse et en honneur. Les premiers chrétiens s'étaient empressés de faire bâtir un oratoire sur la crèche du Sauveur. Mais l'impie Adrien, voulant soustraire l'élable de Bethléem au culte religieux des fidèles, y fit placer une statue d'Adonis, qui resta debout, sur son piédestal, cent quatre-vingts ans. Enfin, sous le règne de Constantin, Hélène, sa mère, renversa l'idole impure, et fit bâtir en ce lieu un temple magnifique, qu'elle orna avec tant d'art et de magnificence, que la grotte de Bethléem devint la merveille de l'univers. Cette église a subi de bien grandes altérations ; mais on y montre toujours avec vénération la place où la Vierge enfanta le Rédempteur des hommes. L'endroit est éclairé par plusieurs lampes, d'une grande richesse, dont la plus belle a été donnée par un roi de France, Louis XIII. — C'est dan la grotte même où naquit le Sauveur, que saint Jérôme voulut passer la plus grande partie de sa vie, en s'y livrant à def austérités incroyables; et c'est là qu'il composa ce» ouvrages admirables qui lui ont valu le titre de Père de l'Église. — Là aussi, vinrent se réfugier deux grandes dames romaines, sainte Paule et saintt
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Eastochie, sa fiiïe, de la famille des Gracques et des Scipions, qni re noDcèrent à tontes les délices du siècle, pour s'ensevelir vivante dan? la solitnde, et s'exercer à toutes les pratiques de la plus haut perfection. — Le berceau de Notre-Seigneur est gardé par de saint religieux, qui exercent la plus généreuse hospitalité envers tousceu: que leur piété ou tout autre motif portent à faire le voyage de Terr Sainte. L'illustre Chateaubriand a visité, avec foi et amour, ces lieu consacrés par les grands mystères de notre religion, et sa plume s'eî complu à nous en faire la description. Tout récemment encore, le baroi de Géramb, abbé de ia Trappe, nous a fait part des vives et délicieuse émotions qu'il a éprouvées auprès delà crèche de l'Agneau sans tache Nous ne pouvons résister au plaisir de le citer. Étant sur le poir d'arriver a Bethléem, < Dans quelques instants, s'écrie-t-il, mes yeu € la verront, celle Bethléem, dont le nom m'est si doux ! Ils la ver c ronl ! Ils verront celle étable où naquit le plus beau des enfant c des hommes, le maître de l'univers, l'admirable, le Verbe de vie e mon Sauveur, où il naquit de la plus belle, de la plus sainte de < Vierges ! Ils verront celle crèche où il fut couché, enveloppé d € langes ; cette crèche, seul berceau qu'une telle mère eût à donne « à un tel fils! » Au moment de pénétrer dans la grotte sacrée, il vei la solitude, la nuit, le silence; il renvoie son guide. « El moi, ajoute î t-il, l'âme tout émue de crainte, de respect et d'amour, j'entre, j
* me prosterne, je prie, je contemple, j'adore »
Il n'est pas donné à tout le monde d'entreprendre ce lointain « périlleux voyage ; mais le divin Enfant réside continuellement dar nos églises ; allons exactement l'y visiter, et nous sentirons les effel de sa douce présence.
3. Une crèche, quel lit pour le Roi da ciel ! Mais celte crèche, qu'ei vironnenl les chœurs des anges, l'emporte mille fois sur le trône d Salomon. Elle a inspiré aux saints les sentiments de la plus tendi dévotion.
La mère de saint Ignace de Loyola, Marine de Balde, femme d nn naissance illustre, sur le point de mettre au monde cet enfant, doi l'Église devait un jour nous proposer les vertus pour modèle, se f porter dans une étable. Elle ne se crut point digne d'avoir, dans h douleurs de l'enfantement, une couche plus douce que celle de J mère de Dieu.
L'empereur Othon ue se contenta pas de visiter la cellule d safnt Romuald, il voulut encore se coucher dans son lit pauvj et dur. C'est un grand spectacle qu'un César élendu sur un gra bat ; mais quel spectacle plus grand encore qu'un Dieu dans t crèche !
4. Le Père céleste a fait ce qu'un habile professeur de géométrj
essaie quelquefois. Telui-ci, quand il s'aperçoit que ses élèves ne comprennent pas ce qu'il leur dit, descend de la chaire, et décrit avec un compas la figure qu'il explique, afin que les yeux reçoivent les notions que les oreilles n'ont pu admettre. Les écrits des Prophètes nous avaient enseigné depuis longtemps l'humilité, la patience, l'amoui de la pauvreté. Mais, hélas ! indociles disciples, à peine y comprenions-nous quelque chose. Enfin, le maître de l'humilité est descendu du ciel pour tracer ses lignes sur la terre, et nous imprinner par les yeux ce qui avait glissé par les oreilles. Écoutons donc cet admirable docteur, qui nous donne les leçons les plus fortè.^ et les plus éloquentes.
Urie, soldat intrépide du roi David, ne voulant point rentrer dans sa maison, selon l'ordre qu'il en avait reçu, passa la nuit couché devant la porte du palais, c L'arche de Dieu, disait-il, Israël et Juda « sont sous des tentes ; Joab, mon maître, et tous ses serviteurs cou- € chent sur la terre nue ; et moi, j'irais en ma maison manger et « boire? Par la vie et par le salut de mon roi, certes, je ne le ferai •« pas. » — Faibles et indignes soldats de Jésus-Christ, oserionsnous tenir un autre langage que celui du vaillant Urie? Pourquoi ne dirions-nous pas avec lui : « Mon maître Jésus, ma souveraine la « vierge Marie, sont logés dans une grotte, au sein de la plus pro- « fonde misère ; et moi, je vivrais au sein de la mollesse et des dé- € lices! Non, non, par le salut de mon âme, je ne le ferai point. » — Hélas ! hélas ! jamais de si belles pensées ont-elles pénétré dans notre esprit? ou si elles y sont entrées, c'était pour s'évanouir aussitôt comme une ombre vaine.
Saint François d'Assise, étant un jour à table, entendit ce passage de l'Évangile : Et elle le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait point de place pour lui dans l'hôtellerie. Aussitôt il se leva, et s'a»seyant par terre: « Oserai-je donc, s'écria-t-il, rester à table comme « un serviteur inutile, moi le dernier des hommes, moi couvert de « péchés, lorsque la Mère de Dieu, en se logeant dans une étable, et € le Seigneur du monde, en naissant dans une crèche, nous en- « seignent la patience et la pauvreté I » Ainsi étendu sur la terre, il mangea, non sans gémissements, le pain de l'aumône.
Et nous, mortels insensés, entassons des trésors, donnons-nous des vêtements toujours plus magnifiques , recherchons les premières places, les sièges les plus honorables ; une étable, une crèche, voilà le trône, voilà le siège que le Fils de Dieu s'est choisi.
Drexelius.
5. Plusieurs sainis ont demandé comme une grâce de mourir le jour même de la naissance du Seigneur. C'est ce que raconic Pierre, abbé de Cluny, d'un évêque d'Albe, nommé Matthieu. Ce saini prélat, entendant sonner les cloches à minuit, se dressa sur sgn lit de mort,
elprit part à la joie céleste, autant qu'il le put, du geste et de la voix. < Le Christ, dit-il, vient de naître pour nous; gloire à Dieu au plus € haut des cieux ! » Et il récita l'hymne tout entière. Auy approches de l'aurore, ;e tournant vers un crucifix, et, comme s'il eû> vu le Christ présent : « 0 mon bien-aimé Jésus, dit-il, faites-moi la grâce f de mourir dans cette même nuit, où vous avez daigné naître. » Telles furentles dernières paroles du mourant, et, aux premiers rayons du jour, son âme s'envola de son corps, pour aller se revêtir de la I"mière éternelle.
Pbt. Cluniac, lib. ii, Mirae. c, 22
DEUXIÈME INSTRUCTION
Adoration des Bergers. — Cantique des Anges. — Adoration des Mages. — Hypocrisie d'Hérode. — Dureté des Juifs. — Présents offerts au divin Enfant. — Fête de l'Epiphanie.
D. Comment Jésus-Christ fit-il connaître sa naissance aux hommes?
R. Les Anges l'annoncèrent en Judée à de pauvres bergers, et une étoile nouvelle la fit connaître en Orient aux Mages qui étaient Gentils.
Quoique le Sauveur ait voulu naître dans l'état de Thumiliation la plus profonde, il n'a pas cependant oublié sa grandeiu*; sa gloire n'est pas tellement obscurcie qu'on n'en puisse apercevoir plusieurs rayons, et, à travers les faiblesses de son enfance, mille traits laissent entrevoir la majesté du Très-Haut. A peine est-il né qu'une étoile mystérieuse brille dans Jacob, les cieux s'ouvrent, une cohorte d'Esprits bienheureux fait retentir les airs de chants d'allégresse, et sa crèche devient comme un trône auguste, devant lequel s'inchnent les Anges et les hommes, les rois comme les bergers; le ciel et la terre s'empressent de rendre hommage à son indigence même. C'est ainsi que Jésus naissant
ADORATION DES BERGEBS. 337
triomphe avec sa pauvreté, et nous montre par là qu'il n'est pas un enfant ordinaire, mais un Dieu fait homme!
L'adoration des Bergers et celle des Mages, ces deux mystères si intéressants, demandent chacun une explication particulière.
n y avait, dans les environs de Bethléem, des bergers qui passaient la nuit à garder leurs troupeaux. Tout à coup l'Ange du Seigneur se présente à eux, une lumière céleste les environne, et ils sont saisis d'une grande crainte. Mais l'Ange les rassure, en leur disant : a Je viens vous apporter une a nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande «joie ; c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous « est né un Sauveur, qui est le Christ. Et voici le signe aua quel vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enve- « loppé de langes, couché dans une crèche. » Au même instant, il se joignit à l'Ange ime multitude d'Esprits célestes qui louaient Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix aux hommes de bonne volonté. » Et les échos d'alentour répétèrent à l'envi ce cantique harmonieux : Gloria in excehis Deo.
Lorsque les Anges se furent retirés, les bergers frappés d'étonnement, se dirent l'un à l'autre : a Passons jusqu'à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent de partir, et arrivés à retable indiquée, ils trouvèrent Marie et Joseph avec l'enfant couché dans une crèche. Ils reconnaissent en lui le Messie promis; et, après lui avoir rendu leur pieux hommage, ils retournent à leurs troupeaux en publiant les merveilles de Dieu; et leur récit simple et naïf ravit tous ceux qui les écoutent.
Qui n'envierait le sort de ces bergers? Humbles et pauvres, ils ont eu le bonheur de connaître les premiers un
Dieu humble et pau\Te, et d'être les confidents du Trèa- Haut ; ils ont cru avec une vive foi le mystère que fes Anges leur ont révélé, et, l'amour leur donnant des ailes, ils ont volé à la crèche, ils ont adoré le Sauveur des nations^ sans être ni troublés, ni scandalisés de sa bassesse apparente. Heureuse simplicité ! heureuse innocence qui leur a mérité d'être les élus de Dieu!
Mais ne nous est-il pas possible d'avoir part à leurbonlieur ? N'y a-t-il pas de Bethléem où nous puissions trouver le roi qui nous est né? Bethléem signifie maison de pain. Or, voici nos églises, qui sont la \Taie maison du pain de vie. Jésus- Christ y vient prendre tous les jours une nouvelle naissance entre les mains des prêtres. Passons donc jusqu'à Bethléem, les anges nous y invitent encore ; approchons-nous des saints autels, allons y adorer le même Jésus-Christ que les bergers ont adoré dans l'étable; et, plus favorisés qu'eux, allons-y goûter le pain céleste, le pain des anges, devenu la nourriture des hommes *.
Ici une question se présente naturellement à notre esprit. Pourquoi Dieu n'a-t-Q pas fait d'abord connaître sa naissance aux grands du monde, aux principaux d'entre les Juifs, aux docteurs de la loi, plutôt qu'à des hommes obscurs, grossiers, ignorants? C'est que Dieu révèle aux petits et aux humbles ce qu'il cache aux prudents, aux sages du siècle. Les grands de la Judée étaient des orgueilleux, quî ne voulaient d'autre Messie qu'un roi glorieux et triomphant, et, quand les anges leur auraient donné, pour signe de sa venue, des langes, une crèche, une étable, qu'auraient-ils dit? Qu'auraient-ils pensé? Plus tard ils ne voulurent pas le reconnaître, malgré les prodiges qui s'échaph paient incessamment de ses mains; l'yiiraient-ils reconnu aux seules marques de son humilité ? D'ailleurs leur négligence à chercher le Sauveur, lorsque les bergers publiaient ses merveilles, et lorsque ensuite les Mages vinrent l'adorer, est une preuve certaine de leur orgueil, et nous montre sufûsamment qu'ils étaient indignes que Dieu se révélât à eux.
La conduite de la Providence a toujours été la même. De tout temps, Dieu a résisté aux superbes et donné sa grâce aux humbles. Les hommes ne sont rien, et Dieu les abandonne à leur propre néant, dès qu'ils s'estiment quelque chose. A Dieu seul appartient la gloire. Gloria in excelsis Deo. Les anges l'ont proclamé hautement, à la naissance du Sauveur. Réfléchissons un instant sur leur admirable cantique.
Gloire à Dieu ! Paix aux hommes ! Ces deux mots résument la divine mission de Notre-Seigneur en ce monde. 1° Il est venu glorifier son Père, parce qu'il a réparé l'outrage que lui avaient fait nos péchés, en se présentant devant lui comme un prêtre et une victime d'une excellence infinie, et, par conséquent, capable de lui rendre un honneuiproportionné à la Majesté souveraine; parce qu'il a détrui l'empire du démon qui avait usurpé la place du vrai Dieu sur la terre; parce qu'enfin il a peuplé le monde de vrais et sincères adorateurs, en enseignant aux hommes le seul culte digne de Dieu. 2° Jésus-Christ est venu donner la paix aux hommes, non pas cette paix trompeuse et passagère que le monde donne, mais une paix véritable et solide, la paix avec Dieu, la paix avec le prochain, la paix avec nous-mêmes. Il commence, dès les premiers jours de sa vie, à rétablir la paix entre Dieu et les hommes, par la pénitence qu'il fait déjà pour nous dans Tétable de Bethléem ; il nous enseigne un moyen sûr et infaillible d'entretenir une paix éternelle avec le prochain, par la douceur, ou pour mieux dire, par la tendre charité, dont il est lui-même en naissant une leçon si touchante. 11 nous donne le secret de conser^'e^ la paix avec nous-mêmes, en détruisant le principe de nos troubles intérieurs, l'orgueil et la cupidité. Telle est la triple paix que les anges annoncent à l'univers. Mais, remarquonsle bien, cette paix si désirable et si nécessaire n'appartient qu'aux hommes de bonne volonté. Or, quelle est la bonne volonté? C'est celle qui est conforme à la volonté de Dieu; c'est le sincère amour de Dieu, ou, comme parle saint Paui,
r.Vst la charité d'un cœur pur, d'une conscience droite et d'une foi qui n'est pas feinte (l).
Lorsque donc, pendant le saint sacriûce, nous entendrons retentir dans nos églises ce beau cantique : Gloria in \ excelsis, entrons dans les sentiments des anges qui n'ont qu'une même volonté avec Dieu ; et, nous unissant à leurs concerts, invitons toutes les puissances de notre âme à célébrer avec eux les louanges du Très-Haut. Rappelonsnous la naissance de Jésus-Christ, qui a donné lieu à ce chant céleste, et disons avec ferveur les paroles que l'Église ajoute pour l'interpréter (2).
Le divin Enfant, après avoir honoré les bergers de ses plus précieuses faveurs, ne dédaigne pas pour cela les grands et les puissants de la terre ; il veut assujettir à l'empire de sa grâce tous les hommes, de quelque condition qu'ils soient, et voilà pourquoi, en même temps qu'il admet de pauvres pasteurs auprès de son berceau, il y appelle aussi des hommes riches et puissants, des rois, comme le rapporte la tradition.
L'Orient avait conservé le souvenir de l'étoile annoncée par Balaam, laquelle devait être le signe de la naissance d'un grand roi, du Dominateur de toutes les nations (2). Elle parut enfin cette étoile miraculeuse, elle vint éclairer les peuples plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie. C'était dit saint Augustin (3), comme une langue éloquente duCiel qui publiaitla gloire de Dieu, et qui, par sa lumière extraordinaire, annonçait la venue du Rédempteur des hommes.
(1) II, Tim., I, 5.
(2) Orietur Stella ex Jacob De Jacoi) erit qui doininetur.
Num., XXIV, 17, 19.
(3) D. Aiig. Serm. 3 in Eptphan,
Beaucoup la virent sans cloute^ mais la plupart^ contents d'une admiration stérile, furent insensibles à cet avertissement diviii, et refusèrent d'ouvrir leurs cœurs' aux impulsions salutaires de la grâce. C'est ainsi que se vérifiait, par avance, cet effrayant oracle qui devait sortir plus tard de la bouche du Sauveur : et II y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus (1). » Et de nos jours ne voyons-nous pas que le plus grand nombre de chrétiens résiste à la voix de Dieu ?
Parmi les Gentils, il n'y en eut que quelques-uns qui furent fidèles; l'Évangile les désigne sous le titre de Mages, et l'on croit communément qu'ils ne furent que trois. C'étaient des sages, des philosophes fort considérés, et qu'on écoutait comme des oracles, dépositaires des lois, arbitres de la religion, fort riches et même princes, d'où vient qu'on leur donne ordinairement le nom de rois.
Ils voient l'étoile, dont la nouveauté fixe leur attention; et, en même temps que ce signe extérieur frappe les yeux de leur corps. Dieu touche leur cœur par une émotion secrète de sa grâce; une lumière intérieure éclaire leur esprit et leur découvre le mystère de l'enfant qui vient de naître.
Dociles à l'inspiration divine, ils s'empressent d'en suivre les mouvements. Dieu les appelle, c'est assez, aucune considération humaine ne pourra les arrêter; point de tergiversations, pas le moindre délai, ils ont vu l'étoile et ils partent (2). Cependant, s'ils eussent consulté la prudence du siècle, que de motifs étaient capables de les retenir ! La rigueur de la saison, la longueur et les dangers du voyage, les délices de la patrie, l'exemple des autres mages qui restaient, la crainte que leur famille et leurs Etats n'eussent à souffrir de leur absence, que sais-je ? mille autres prétextes également plausibles pouvaient se présenter à leur esprit, ébranler leur courage, étouffer leur foi naissante, et les faire renoncer à leur pieux dessein. Mais les Mages, uniquement
(1) Multi sunt vocali, pauci verô electi. Matth., xi, 16. P) Vidimus..... el venimus. Matth., ii, 2.
JOl HUITIÈME LEÇON. 1
attentifs à Tétoile qui les éclaire, à Tordre de Dieu qui les presse, ne délibèrent point, ne s'arrêtent point à former de vains projet^,- à faire de longs préparatifs; ils partent avec une sainte précipitation, pour aller chercher le Sauveur de leurs âmes. Ils savaient que, dans une affaire aussi importante que celle du salut, il faut profiter de la grâce aussitôt qu'elle se présente; que négliger d'y correspondre, c'est s'exposer à la perdre pour toujours; qu'il faut aller à Dieu aussitôt qu'il nous appelle, sans quoi on risque de ne le trouver jamais. N'est-ce pas, en effet, ce qui serait arrivé aux Mages? Quelques jours plus tard, ils auraient eu beau chercher Jésus-Christ; l'étoile ne luisait plus au firmament; Jésus-Christ n'était plus à Bethléem, ni à Jérusalem; il était en Egypte , où les ordres de son Père exigeaient qu'il demeurât inconnu. Leur promptitude fit donc leur bonheur.
Que la conduite des Mages est bien capable de confondre nos longueurs affectées, ces retardements éternels que nous apportons tous les jours à l'ordre de Dieu. Chrétiens, pécheurs ou justes, qui que vous soyez, aussitôt que vous entendez la voix céleste qui vous appelle, répondez : a Nous voici. Seigneur. » Allez, marchez à l'exemple des Mages, suivez l'étoile qui luit au fond de vos cœurs , suivez l'inspiration de la grâce, suivez le cri de la conscience. A force de différer sa conversion, on la rend impossible.
Comme ils approchaient de Jérusalem, l'étoile qui jusque-là leur avait servi de guide , disparut tout à coup à leurs yeux ; sans doute , ils durent se croire alors au terme de leur course, et naturellement ils devaient s'attendre à trouver Jérusalem dans la joie, et tout le peuple courant en foule au palais du roi nouvellement né. Vain espoir ! Nulle part aucun signe de réjouissance; ils n'aperçoivent que le mouvement ordinaire d'une ville où chacun vaque à ses affaires. En fallait-il davantage pour les déconcerter entièrement? Quoi ! ils sont venus de si loin pour adorer ie Sauveur du monde, et les Juifs, au milieu desquels il vient de naître, sont dans la plus complète indifférence ! Que feront-
ils dans une conjoncture si délicate? Étrangers, sans connaissances dans la ville, ne semble-t-il pas que le meilleur parti qu'ils avaient à prendre, était de s'en retournei le plus secrètement possible dans leur pays, de peur de s'exposer aux railleries de la multitude, et de passer pour dupes d'une sotte crédulité ? De plus, n'avaient-ils pas tou* à craindre de l'ombrageuse jalousie d'Hérode, ce tyran cruel, usurpateur du trône, qui devait entrer en fureur à la première nouvelle de la naissance d'un nouveau roi ? A leur place, nous eussions tremblé, nous chrétiens lâches et pusillanimes, et toutes nos bonnes résolutions se fussent évanouies. Mais c'est ici que la fermeté des Mages se montre dans tout son éclat. S'élevant au-dessus de tout sentiment de crainte et de respect humain, ils s'exposent aux insultes et à la mort même, afin de trouver leur Sauveur. Car ils savent qu'il est né, et ils demandent hardiment à la ville et même à la cour d'Iïérode le lieu de sa naissance, parce que, disent-ils, nous sommes venus pour l'adorer.
Cette question trouble Hérode; un enfant au berceau l'épouvante, parce qu'il ne voit dans le Messie promis aux Juifs qu'un rival qui doit le détrôner ; l'ambition l'agite, la crainte le tourmente, et, dès ce moment, il forme l'exécrable projet de se défaire de l'enfant miraculeux. Cependant, il cache les secrètes alarmes de sa politique, et feignant d'approuver l'empressement des Mages, il convoque les princes du peuple et les chefs de la synagogue, pour s'informer, auprès d'eux, du lieu où devait naître le Christ. Ils lui répondirent que, selon les prophéties, ce devait être à Bethléem. ^
a Alors Hérode, ayant appelé les Mages en secret, s'enquit d'eux avec grand soin du temps auquel l'étoile leur était apparue, et les envoyant à Bethléem, il leur dit : « Allez, informez-vous exactement de cet enfant, et, lorsque vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi moi-même l'adorer. » Le perfide ! il voulait se jouer de leur simplicité, et la faire servir au plus noirde tous les attentats.
Les Mages partirent aussitôt de Jérusalem , et, en même temps, l'étoile qui s'était cachée reparut, et ils furent transportés d'une extrême joie. Mais quelles tristes réflexions ne durent-ils pas faire sur Tinsensibilité des Juifs ? Pas un ne se joignit à eux, pour les accompagner ; les prêtres et les scribes ne furent pas plus zélés que les autres. Le plus grand événement du monde, et la nouvelle qui devait être pour eux la plus intéressante, ne les touche point ; quel étrangt aveuglement! Eh quoi ! peuple ingrat, peuple insensé, ne descendez-vous point de ces anciens Patriarches, qui ont tant importuné le ciel en demandant leur Libérateur ? Et maintenant qu'il est venu et qu'il est à vos portes, maintenant que des étrangers, des païens viennent de si loin pour l'adorer, vous, les enfants de prédilection, vous, les héritiers de la promesse, vous les laissez partir seuls, sans vous mettre en peine d'aller avec eux adorer votre propre roi ! Est-ce la crainte de déplaire à Hérode qui retient les Juifs ? Est-ce le soin de leurs affaires temporelles ? Dans les deux cas, ils sont également inexcusables. Jérusalem tout entière aurait dû se transporter à Bethléem, et faire retentir les rives du Jourdain des plus vives acclamations. Mais nous voyons ici une preuve anticipée de cet oracle que a plusieurs viendront de TOrient et de l'Occident, pour prendre place dans le royaume des cieux, et se reposer avec Abraham, Isaac et Jacob, tandis que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures (i). »
Si nous voulions établir un parallèle entre notre conduite et celle des Juifs, que de traits de ressemblance î Que de fois nous avons imité leur infidélité ! En efifet, comme les Juifs, nous sommes éclairés de la divine lumière, nous avons comme eux la loi, les oracles des Prophètes, nous avons de plus qu'eux l'Evangile; mais en profitons-nous ? Jésus- Christ est au milieu de nous, mais où sont ses adorateurs ! Il est vrai, quelques âmes simples et pieuses le cherchent,
(1) Filii auiem reg^ni ejicienturintenebras exleriores. Matth , viii, \t*
.j.ielques chrétiens, qui ont beaucoup plus d'obstacles que nous à surmonter, marchent dans !a voie du salut ; et nous, combl(^'S de tant de grâces, nous sommes peut-être froids et indifférents ! Les Mages ont tout quitté pour aller adoref Jésus-Christ; et combien de chrétiens ne font pas même un pas pour aller à lui, ne veulent pas interrompre leurs occupations ordinaires, que dis-je? leurs amusements, leurs parties de plaisir, pour venir le visiter et lui présenter leurs vœux dans son saint temple I
Ucprenons l'histoire des Mages. Toujours dociles aux impressions de la grâce, ils continuent leur chemin avec un pieux empressement, jusqu'à ce cju'onfm ils arrivent au lieu où était l'enfant nouveau-né. Là^ l'étoile s'arrêta comme pour leur dire : a C'est ici que vous trouverez votre Seigneur. »
Quelle rude épreuve leur foi eut alors à soutenir ! Au lieu d'un palais, d'un roi^ d'une cour magnifique, comme ils avaient pu le supposer, que voient-ils ? Une pauvre maison, une vieille masure, vile retraite d'animaux, un enfant tout baigné de larmes et enveloppé de pauvres langes, des parents dénués de tout. Eh quoi l est-ce donc là le roi si glorieusement annoncé par le signe céleste? Est-ce là le Sauveur des nations, pour lequel ils ont supporté les fatigues d'un si long voyage? Cet excès d'humiliation, tant de misère aurait du les rebuter ; mais leur foi est inébranlable. L'état d'anéantissement, dans lequel ils trouvent le Sauveur, n'a rien qui les choque ni qui les scandalise ; ils pénètrent le mystère d'un Dieu fait homme, ils reconnaissent le Roi de la nature dans l'infirmité de l'enfance, et comprennent parfaitement que Jésus-Cln-ist, étant assez grand par lui-même, n'a pas besoin de cet appareil imposant, de ces ornements de la pompe mondaine, dont s'entourent les princes de la terre pour cacher leur faiblesse et leur néant. Leur premier mouvement est donc de se prosterner devant lui avec les plus vifs sentiments de respect, d'amour et de reconnaissance, de l'adorer comme le Dieu de Jacob, comme le Sei-
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^eur de toute gloire et de toute majesté, et de se consacrer h lui sans réserve.
Enfin, selon l'usage de leur pays, qui était de n'approcher jamais des grands princes sans leur faire des présents, les Mages offrirent à Jésus-Christ leurs plus riches trésors, de l'or, de l'encens, de la myrrhe; de l'or, comme à leur roi, auquel ils s'empressent de payer le tribut; de l'encens, pour honorer sa divinité ; de la myrrhe, pour rendre témoignage à son humanité et à sa sépulture, parce que c'était le parfum dont on se servait pour embaumer les corps. Cette triple offrande exprimait parfaitement l'idée qu'ils avaient du Sauveur à la fois comme roi. Dieu et homme.
A leur exemple, allons nous prosterner devant la crèche du Sauveur, et faisons-lui nos présents. L'or, qu'il demande de nous, c'est une charité ardente que saint Jean (1) appelle de l'or purifié par le feu ; c'est une charité qui se manifeste par nos bonnes œu\Tes, le seul trésor qui puisse nous sui\Te après le trépas. L'encens que nous devons lui offrir, ce sont de ferventes prières qui s'élèvent jusqu'à son trône, comme un parfum d'agréable odeur. Notre m^Trhe, c'est la mortification ; car de même qu'on employait anciennement la myrrhe pour présener les corps morts de la corruption, de même les saintes austérités de la pénitence préservent les âmes de la irruption du péché. Voilà comment nous pourrons trouver Jésus-Christ aussi bien que les Mages; et, en récompense, nous recevrons comme eux les grâces les plus abondantes, car notre Dieu ne se laisse jamais vaincre en libéralité.
Après avoir satisfait leur piété, les Mages furent avertis, par un oracle du Ciel, de n'aller point retrouver Hérode; ils prirent donc un autre chemin pour retourner dans leur pays. Ainsi fut déjouée la politique de ce cruel tyran. Cette circonstance doit encore servir à notre instruction. Hérode, c'est le monde, ennemi irréconciliable de Jésus-Christ; ce
(1) Aurum ignitam probatum. A'poc, m, 19.
sont nos passions, ce sont les occasions prochaines de péché, les compagnies dangereuses, ces hommes de perdition qui nous entraînent au mal. Or, une fois que nous avons eu le bonheur de trouver Jésus-Christ, gardons-nous de retour ner à Hérode. Les voies du monde ne sont pas les voies de Dieu ; allons par une autre voie, méprisons les folles joies de la terre, combattons nos inclinations vicieuses, afin d'arriver au ciel, notre véritable patrie ^.
Les Mages passèrent saintement le reste de leur vie; on croit que l'apôtre saint Thomas les baptisa dans la Perse, et qu'ils devinrent eux-mêmes de zélés prédicateurs de l'Évangile. La ville de Cologne se glorifie de posséder leurs reliques. D'après une tradition ass^z respectable, on les désigne sous les noms de Gaspar, Melchior et Balthasar.
On les a, de tout temps, regardés comme les prémices de la gentilité convertie : c'est par eux que Jésus-Christ a commencé de vérifier ces anciens oracles, qui annonçaient que la bénédiction se répandrait non sur un peuple, mais sur tous les peuples (1) ; que tous les pays du monde verraient le Juste qui devait venir (2) ; que toutes les nations viendraient lui offrir leurs prières. Dieu a voulu les appeler à son berceau, pour nous marquer qu'il n'y avait plus de distinction entre les Juifs et les Gentils, et qu'il était également le Sauveur de tous les hommes.
C'est pour cela que le jour solennel^ auquel l'Église honore la mémoire de ce grand mystère, porte le nom d'Épipkanie, qui veut dire Manifestation, parce que les secrets de Dieu, dont le peuple d'Israël seul avait été jusque-là dépositaire, commencèrent d'être révélés aux nations dans la personne des Mages. C'est la fête de notre vocation au christianisme. Avec quelle joie ne devons-nous pas la célébrer, nous, les enfants des Gentils ? Quelles actions de grâces n'avons-nous pas à rendre à Dieu de ce qu'il a daigné éclai-
(1) In te benedicentur univers© cognationes terrae. Gen., xii, 3,
(2) Videbunt omnes fines terrae saiutareDei noslri. Is., lu, lO,
ta.
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rer nos pères de sa divine lumière ! Sans ce bienfait inappréciable de la foi clirétienne, qu'eussions-nous été ? Remplis de toute sorte d'injustices ;, envieux, querelleurs, corrompus, idolâtres comme nos ancêtres. Mais, par une bonté toute gratuite, par un effet de sa miséricorde infinie. Dieu nous a arracliés à la puissance du prince des ténèbres, et nous ne sommes plus des étrangers et des enfants de colère ; mais nou^ sommes devenus les enfants de Dieu, et la porte du ciel nous est ouverte.
TRAITS HISTORIQUES
1 . La dévotion à la sainte enfance de Jésus a souvent attiré aux
saints les grâces les plus extraordinaires. — On raconte de saint Cajélan, fondateur de l'ordre des Théatins, qu'une nuit de Noël, étant ravi en extase, il eut le bonleur de recevoir, entre ses bras, l'enfant Jésus des mains de sa divine Mère. — On dit aussi de saint Bernard que, la nuit de la naissance du Sauveur, s'étant assis, en attendant l'heure de l'office divin, il fui gagné par le sommeil ; alors l'Enfant céleste lui apparut, comme s'il venait de naître. Aussi eut-il depuis l'amour le plus vif et le plus doux pour le mystère de la naissance du Christ; et c'est cet amour qui lui inspira le premier, et peut-être aussi le plus beau de ses ouvrages, celui où il développe avec tant de savoir et d'élégance le mystère de l'Annonciation et de l'enfantement divin. — Saint François d'Assise se levait très-souvent à minuit, pour adorer le Dieu fait enfant pour notre amour. Trois ans avant sa mort, pour rendre le souvenir de la naissance du Sauveur plus cher aux ûdèles, il se fit autoriser par le Pape à faire célébrer le saint sacrifice, le jour de Noél, au milieu d'une vaste forêt. 11 fit représenter l'étable de Bethléem au moyen de quelques arbres ; on y construisit une crèche, auprès de laquelle on plaça un âne et un boeuf.Ce spectacle pauvre et grossier, mais pieux, attira une grande foule de peuple. La forêt retentissait de chants d'allégresse, et était éclairée par d'innombrables flambeaux. L'homme de Dieu, se tenant auprès de la crèche, tendrement ému, les yeux baignés de larmes, pénétré dune joie céleste, chantait l'Évangile qui rappelait ce grand jour; et, voulant que le charme de l'ineffable mystère opérât sur le peuple nonseulement par les yeux, mais encore par les oreilles, il fit un discours admirablement pathétique sur la naissance et le dénûment du Chiiit, Roi du ciel. Saint Bo.naventure, de qui nous tenons ce»
délaiia, ajoute que, pendant la cérémonie, plusieurs personnes aperçurent un fort bel enfant qui dormait au milieu de la crèche. Dieu se plut aussi à signaler par plusieurs guérisons miraculeuses le lieu témoin de cette apparition de l'enfant Jésus. Les chrétiens y allèrent longtemps après faire des vœux, qui n'étaient jamais sans effet.
D. BoNAv., in vit. S. Francise, cap. x.
2. On a écrit sur la morsure de la tarentule des choses fort eu» rieuses, Si l'on en croit certains auteurs, ces araignées sont si venimeuses et piquent avec tant de rage que les personnes qui en sont atteintes ne font d'abord que chanter, pleurer, délirer, et puis tombent dans un engourdissement tel que leurs membres pourrissent, et qu'elles ne tardent pas à rendre l'âme. L'huitaine industiie a trouvé pourtant un remède à ce mal terrible ; et ce remède n'est autre que la musique. Sitôt que quelqu'un a été morài et qu'on le voit en danger, on lui fait entendre les sons d'une flûto. et, peu à peu, sortant comme d'un profond sommeil, il entr'ouvre les yeux ; et, ses sens devenant toujours plus libres, à mesure que la musique multiplie et précipite ses accords, il se lève, marche, et recouvre ainsf'a santé. Quoi qu'il en soit de ces tarenhiles, ce que nous pouvons assurer, c'est qu'il y en a de bien plus cruelles, disséminées dans les airs, qui nous environnent de toutes parts, et auxquelles, cependant, les hommes ne pensent guère. Ce sont les esprits chassés du ciel, qui s'échappent, à chaque instant, des cavernes enflammées de l'enfer, lis avaient mordu le genre humain tout entier; aussi était-il plongé dans une léthargie profonde par rapport à ses destinées éternelles. On ne songeait qu'à manger, boire, jouer, se divertir, sans faire attention qu'on courait à la mort éternelle. Mais le Seigneur a fait entendre la musique céleste : « Gloire à Dieu ! Paix aux hommes ! > et les concerts ravissants des anges ont relancé si bien les tarentules infernales dans leurs cavernes, que nul aujourd'hui ne peut en être mordu, s'il ne le veut.
3. Que les larmes et les cris de ce divin Enfant, couché dans sa crèche, ont de puissance pour nous exciter à vaincre tou. les obstacles qui pourraient s'opposer à notre sanctiûcation et à la conquê*-e de notre royaume céleste ! — Écoutez, à ce propos, un trait que nous pouvons fort bien rappeler ici. L'an de notre salut 1144, le Brabant avait pour duc Godefroi III, encore dans sa première enfance, puisqu'il n'avait pas même accompli la première année de sa vie. Cette circonstance ranima les prétentions des Berlutiens, ses ennemis, qui crurent qu'il leur serait facile d'écraser une nation sans chef, oa dont le chef, du moins^ n'était qu'un petit enfant. Les gens de Louvain, qui étaient les plus intéressés à cette gue;^e, songèrent avant tout à placer le nouveau prince, tout petit enfant qu'il était, sur la trône paternel, et lui firent prêter, par le peuple, serment de fidélité.
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Après qooi, ils se disposèrent à combattre. Et qui cboisirent-ils pour chef de leur armée? le petit enfant. Un généreux citoyen eut l'idée de faire apporter le prince dans son berceau, afin que sa vue encourageât les combattants ; on le suspendit aux branches d'un saule. Aucune harangue militaire n'aurait pu avoir tant d'éloquence. La vue de ce berceau, la pensée du petit enfant qu'il enfermait, échauffa tous les cœurs. Quand les soldats étaient sur le point de mollit, les vagissements de leur petit duc relevaient leur courage ; ceux qui auraient pu avoir quelque idée de fuir, étaient retenus par la vue du berceau ; si les ennemis prenaient quelque avantage, la muette allocution du berceau le leur faisait perdre à l'instant. Les Bertutiens furent donc complètement taillés en pièces. Et voilà ce que fit, au milieu d'un combat, l'aspect d'un seul berceau. Regardez, je vous prie, cet autre berceau, cet autre enfant que je vous montre : c'est un Dieu, c'est un enfant, mais c'est le chef de noire milice. Tous tant que nous naissons à la vie, nous naissons pour combattre ; et qui refuse le combat, ne veut point vivre. Que personne donc ne lâche pied, que personne ne s'épouvante ; noire général a les traits de l'enfance, mais il terrasse les géants ; il pleure dans l'étable, mais dans les cieux il tonne ; il dort sur le sein d'une vierge et il veille en même temps pour tous. Écoutez, ô vous qui êtes ses disciples, 6 vous qui êtes ses sujets, vous voulez la victoire, vous voulez le ciel ; mais le ciel ne se donne pas pour rien, combattez souffrez, comme le divin Enfant, la faim, le froid , les humiliations la pauvreté, et ?0U8 serez vainqueurs
Drexelius.
TROISIÈME INSTRUCTION
Circoncision. — Raisons pour lesquelles Jésus-Christ a voulu être circoncis. — Circoncision évangélique. — Le saint Nom de Jésus. — Excellence de ce Nom. Hommages que nous devons lui rendre.
D. Qu'y a-t-il eu de plus remarquable dans Tenfance de JéfUS-Christ ?
R. Sa circoncision, sa présentation au Temple, sa fuite en Egypte et son voyage à Jérusalem à Tâge de douze ans.
Ce sont autant de mystères que nous allons expliquer suo