LA CIRCONCISION
La religion judaïque n'avait rien de plus solennel, ni de plus vénérable que la Circoncision. Cette cérémonie avait commencé par Abraham, à qui le Seigneur l'avait prescrite comme le sceau de l'alliance qu'il daignait contracter avec lui, et comme le signe qui devait distinguer le peuple de Dieu des autres peuples de la terre. Plusieiu-s célèbres docteurs ont attribué à la Circoncision une vertu plus étendue, et ont enseigné, d'après saint Augustin, qu'elle était un sacrement de l'ancienne loi, et qu'elle effaçait le péché originel comme notre baptême (2). Quiconque était circoncis prenait, par là même, l'engagement formel de suivre les préceptes de la religion mosaïque, de croire au Messie à venir, de réprimer la concupiscence, se reconnaissait coupable du péché de notre premier père, et en portait même la marque sur sa chah*. Sous ce dernier rapport, la Circoncision était extrêmement humiliante ; et, de plus, c'était une opération fort douloureuse, SOI tout dans un corps faible et délicat, tel que celui des enfants qui viennent de naître.
Bien évidemment Jésus-Christ n'était pas obligé de s'y soumettre, puisque, au lieu d'être impur comme nous tous par son origine, par son origine, au contraire, il était saint, conçu du Saint-Esprit qui sanctifie tout, et véritablement Fils de Dieu, et par conséquent, le Saint des saints par
(1) Lac, 11,21.
(2) Circumcisio fuit illius temporis sacramentum quod fîgurabat noslri temporis baplismum. D. Âug. de Animd et ejus orig.. lib. IL
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essence ; il a voulu néanmoins subir toute la rigueur de cette loi, et cela, pour plusieurs raisons que nous allons détailler.
lo II convenait que cet Homme-Dieu, qui était né sous la loi, s'y soumît pour accomplir toute justice. Et, par son obéissance volontaire à une cérémonie qui ne pouvait Tobliger, il nous donne Texemple de la fidélité et de Texactitude, avec laquelle nous devons garder les lois de l'Église, sans avoir recours à des dispenses, hors le cas de nécessité, et sans chercher de vains prétextes pour les obtenir.
2° Il a voulu prouver, par cette douloureuse cérémonie, qu'il avait un corps, qu'il était vraiment homme, et confondre ainsi par avance certains hérétiques qui, malgré la preuve évidente tirée des souffrances et des autres actions de sa vie mortelle, devaient un jour nier son humanité.
3° S'il n'eût été circoncis, les Juifs l'auraient regardé comme un étranger ; et, bien loin de reconnaître en lui sa divine qualité de Messie, ils l'eussent tous fui et évité comme un faux Prophète.
4" Il voulait guérir et expier cet orgueil, qui nous pousse à déguiser nos fautes et à vouloir être toujours regardés comme justes et bons, en se résignant lui-même à passer pour pécheur, et à porter sur son corps le caractère du péché. Quelle humiliation pour Jésus-Christ ! En se soumettant à la Circoncision, il prend en quelque sorte sur lui la flétrissure d'un criminel (i), la cicatrice d'une peine infamante, le remède d'une maladie honteuse. Et cependant, il est le Saint des saints, le Fils de Dieu, la splendeur de sa gloire, et il voile ses titres augustes sous la forme d'un esclave ; l'opprobre et l'ignominie de notre dégradation retombent sur lui ; sa chair, dit saint Paul, paraît semblable à une chair de péché (2). Le voilà donc en apparence Fils d'Adam comme les autres; et lui qui vient sauver les hommes, semble avoir besoin lui-même d'un Sauveur. Après un tel
(1) Cauierium latronis. D. Bern., Serm. de Circumc. (2; In sirailitudinem carnis oeccali. Rom. vm. 3,