‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 37 sur 66 · DE LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

DE LA CIRCONCISION

exemple, rougirons-nous de passer pour ce que nous sommes effectivement, c'est-à-dire pour de misérables pécheurs ? Que nous faut-il davantage pour nous obliger à nous rendre justice, et nous forcer de convenir que les humiliations sont notre partage ?

5^ Jésus-Christ a voulu, dès les premiers jours de sa vie, commencer la rédemption du monde qu'il devait opérer au prix de son sang ; il en verse les premières gouttes sous le couteau de la Circoncision; et il s'engage à répandre un jour le reste. C'est comme le prélude de sa passion et de sa mort ; tant il lui tarde d'expier nos fautes et de nous réconcilier avec son Père ! Sainte impatience ! soif brûlante des souffrances qui, dans ce divin Enfant, nous fait présager l'honmie des douleurs !

En subissant toute la rigueur de la loi, en portant sur son corps la peine du péché dont il était innocent, Jésus- Christ confond notre lâcheté : la moindre pénitence nous alarme ; nous voudrions qu'il ne nous en coûtât rien pour l'expiation de nos crimes, et Jésus-Clirist verse son sang !

6° Enfin, Jésus-Christ s'est soumis aux ordonnances de la loi de Moïse, afin de nous décharger du joug pesant des préceptes cérémoniaux de cette loi, et de les abroger ainsi d'une manière honorable. C'est saint Paul lui-même qui nous l'apprend (1). Nous sommes donc déli\Tés, depuis la venue du Sauveur, de la dure et sanglante servitude de la Circoncision.

Mais il est dans la loi évangélique une nouvelle Circoncision, à laquelle nous sonmies tous assujettis, et sans laquelle nous nous flatterions en vain d'être disciples de Jésus- Christ; Circoncision qui n'est pas seulement extérieure, mais qui pénètre, pour ainsi dire, dans les parties les plus intimes de l'âme; Circoncision, dit saint Paul, qui ne consiste plus dans le retranchement de quelque partie de la chair, mais dans le renoncement aux vices et aux concupis-

(i) Ut eos qui sub lege erani redimeret. Gai., iv, &.

cences de la chair (1); Circoncision enfin, qui n'est pas opérée par la main des hommes, mais qui est TomTage de Jésus-Christ. Cette Circoncision, bien différente de celle des Juifs, s'étend de toutes les puissances de l'âme à toutes les parties du corps; elle n'est pas seulement l'affaire d'un moment, mais de toute la vie.

C'est par la Circoncision du cœur qu'il faut commencer, comme la principale et la plus importante, parce que c'est du cœur que sortent tous les vices (2) . Il faut donc en retrancher ces désirs vains et inquiets qui l'agitent, ces désirs mondains et charnels qui le corrompent, ces affections déréglées qui l'amollissent, ces haines qui l'irritent, cette ambition qui le consume, en un mot, toutes les passions qui le tyrannisent; et nous devons nous faire un cœur nouveau, un cœur chrétien, tout à fait conforme à celui de Jésus-Christ.

Il faut être encore circoncis d'esprit, c'est-à-dire en écarter une foule d'idées vagues et légères qui le dissipent, de projets chimériques et quelquefois criminels qui l'occupent; il faut réprimer la curiosité, régler son imagination, purifier toutes ses pensées et les diriger vers Dieu.

Enfin, nous devons circoncire tout le corps, c'est-à-dire l'homme animal, pour édifier en nous l'homme spirituel. A ppliquez-vous donc à mortifier cette concupiscence, que l'Apôtre appelle le corps du péché ; au lieu de flatter la chair et de suivre toutes ses convoitises, refusez-lui, par une exacte tempérance, tout ce qui n'est pas absolument nécessaire, tout ce qui tient de la volupté et de la mollesse, et vous l'accoutumerez ainsi à porter la m.ortific?.tion de Jésus- Christ. Ce n'est pas tout : cette Circoncision évangélique doit être entière et universelle ; et, pour cela, attaquer toutes les parties du corps : les yeux, en les tenant fermés à ces dan-

(1) Circamcisi estis circumcisione non manu factâ in expoiiatione eorporis carnis, sed in circumcisione Christi. Col., ii, 11.

(?) De corde enim exeunt cogitationes malae, homicidia, aduiieria, fornicaliones. Matth., xv, 19.

gcreuses curiosités qui perdent tant d'âmes indiscrètes, et à tout ce qui serait capable de blesser la pudeur; les oreilles, en ne les ouvTant jamais à la médisance, à la flatterie, à aucun de ces mauvais propos qui insinuent le poison dans les cœurs ; la langue, en Tempêchant de se prêter au mensonge, à la calomnie, aux chants dissolus, aux jurements, aux blasphèmes, de telle sorte qu'elle soit toujours un organe de vérité, de charité, et jamais l'instrument de nos passions.

Telle est la Circoncision évangélique, qui consiste à veiller exactement sur soi-même, à conformer sa conduite aux saintes prescriptions de la loi de Dieu, et à retrancher de notre vie tout ce qui pourrait blesser la pureté des regards du Seigneur. Que si elle exige des sacrifices pénibles, notre délicatesse n'a pas le droit de se récrier, depuis que Jésus- Christ nous en a donné l'exemple.

L'Église honore la mémoire de la Circoncision de Notre- Seigneur, le premier jour de chaque année. Dans le monde, on emploie ce jour à faire des visites souvent inutiles, à former des vœux stériles, quelquefois peu sincères. Mais un bon chrétien, sans manquer aux devoirs que les convenances lui imposent, sera encore plus exact à ses devoirs religieux; il ne manquera pas d'aller visiter Jésus-Christ au pied de son tabernacle, et de lui payer le juste tribut de ses hommages, afin d'attirer les bénédictions célestes sur tous les instants de l'année qui commence, comme il est bon de lui demander miséricorde pour toutes les fautes échappées dans Tannée qui a fini.

Le jour que notre divin Sauveur fut circoncis, il reçut le nom de Jésus, nom auguste et divin qui fut apporté du ciel par l'archange Gabriel, avant que Jésus-Christ fût conçu. Mais qui pourrait parfaitement expliquer tout le sens et

toute rétendue de ce nom ? Qui pourrait en parler dignement ? Nul ange, nulle créature, au ciel et sur la terre, n'est capable de comprendre la grandeur et Texcellence des mystères qu'il renferme. Essayons cependant d'en dire quelque chose, et méditons avec respect ce que nous en apprennent les Écritures et les saints Pères.

Le nom de Jésus signifie Sauveur; ce nom convenait au Verbe incarné, et exprimait admirablement son caractère adorable, puisqu'il devait, en effet, sauver son peuple en le délivrant de ses péchés (1).

Pl-usieurs autres l'avaient porté avant lui. Ainsi l'Écriture nou« parle de Jésus ou Josué, qui introduisit le peuple de Dieu dans la terre sainte; de Jésus, fils de Sirach, auteui divin des maximes de la Sagesse (2) ; de Jésus, souverain pontife, fils de Josédech, qui, avec Zorobabel, rebâtit le Temple après la captivité de Babylone (3). Or, qu'étaient-ce que tous ces anciens Jésus ou Sauveurs, en comparaison du véritable Sauveur des hommes? Quelque illustres qu'on les suppose d'ailleurs, ils n'étaient que la figure de Jésus- Christ ; ils n'ont fait, tout au plus, que délivrer les peuples d'un esclavage passager ou de quelque autre calamité temporelle, et le nom glorieux qu'ils portaient n'était qu'une simple qualification extérieure, exprimant mie ombre sans réalité. « Mais mon Jésus, dit saint Bernard, ne porte pas, comme les autres, un nom vide de sens (4). » Seul, il en a rempli toute la signification ; seul, il en a soutenu tout le poids, et il est \Taiment, et par exellence, notre unique Sauveur, puisque seul, il nous a procuré une rédemption spirituelle et éternelle, en détruisant le règne de l'iniquité.

L convenait parfaitement que Jésus-Christ reçût ce nom

(1) Ipse enim salvum faciet populum suum à peccatis eorum. Matth., 1,2.

(i, Ecdi., xLvi, I. — (3) Agg., i. 12.

(r Neque enim ad instar priorum meus iste Jésus nomen vacuum et inane purtui; non est in eo manrni nominis umbra, sed veritas. D. Bern.. de Circumc. Serm. i.

dans sa Circoncision^ puisque ce fut dans ce mystère qu'il Tacheta^ pour ainsi dire^ de son sang^ et qu'il commença d'exercei' plus particulièrement la fonction de Sauveur des hommes. Et que ne lui en a-t-il pas coûté pour mériter le nom de Sauveur ? Que de rudes travaux il a embrassés ! que de peines, que de douleurs il lui a fallu souffrir ! a II s'est abaissé lui-même, dit saint Paul, non-seulement jusqu'à la mort, mais encore jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers (1). »

Ce beau nom de Jésus nous rappelle toutes les merveilles opérées dans l'ordre de la grâce, tout ce que Jésus-Christ a dit, a fait, a souffert pour notre salut, ces admirables instructions, ces beaux exemples qu'il nous a donnés; en un mot, toute la vie de notre Sauveur est dans le nom de Jésus. Car, demande saint Bernard en s'adressant à Jésus-Christ avec les plus vifs transports d'amour, pourquoi, ô mon Dieu, avez-vous voulu naître? Et il n'en donne point d'autre raison, sinon qu'il a voulu être Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Pourquoi, quittant le séjour de la gloire, avez-vous choisi une étable et une pauvreté extrême ? Parce que vous vouliez être Jésus. Pourquoi avez-vous été circoncis conune un pécheur? Pourquoi persécuté, injurié, accablé de coups, crucifié comme un vil scélérat? Toujours parce que vous vouliez être Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Ainsi, dans le nom de Jésus, on trouve le principe de ses humiliations et de ses souffrances.

Mais c'est encore un nom de triomphe et de gloire, qui marque sa victoire sur le péché et sur l'enfer. Autrefois, on donnait aux généraux romains un surnom tiré des pays qu'ils avaient conquis, des peuples qu'ils avaient subjugués : flatterie puérile, vaine pâture à leur orgueil, achetée par le pil-

(1) In nomine Jesu omne genu flectatur coelestium, tetrestrinm te infernorum. Philip., ii, 10.

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lage et l'incendie des villes, par la dévastation des champs, par le carnage des batailles, par le malheur de plusieurs milliers d'hommes. Jésus-Clirist est le conquérant des âmes; il a subjugué la mort et terrassé les puissances infernales; et, en nous déli\Tant du plus cruel esclavage, il nous a mérité à tous mie gloire immortelle et un bonheur ineffable. Il fallait donc qu'il prît un nom qui nous rappelât le bienfait de notre rédemption, afin de nous exciter sans cesse à la reconnaissance; et voilà ce que nous représente le nom de Jésus. A ce nom divin, je vois l'homme purifié, sanctifié, le monde régénéré, le ciel ouvert au-dessus de nos têtes, l'Église établie sur les ruines de l'idolâtrie, et la foi triomphante dans tout l'univers. Et, tandis que ces grands noms dont se parent les héros du siècle, tandis que ces titres ambitionnés d'invincible, de conquérant, de vainqueur des nations, de maître de la terre, ne m'annoncent que deuil, que larmes et désastres, et sont écrits dans l'histoire en caractères sanglants, l'aimable nom de Jésus m'inspire une douce joie, et ne me montre que d'innocents combats, que d'agréables triomphes, parce que ce nom sacré désigne la source de toutes les grâces et de tout bonheur.

Les Prophètes avaient bien donné d'autres noms magnifiques au Sauveur ; ils lui appliquaient les attributs glorieux d'Admirable, de Dieu Fort, de Conseiller, de Très-Haut, de Père du siècle à venir, de Docteur, de Législateur, de Grand Pontife, de Roi des rois, de Seigneur des seigneurs, de Souverain de nos âmes, de Médiateur, de Prince de la paix; mais tous ces titres illustres que les Prophètes donnaient au Messie, et tant d'autres que l'Evangile reconnaît en Jésus- Christ, n'expriment, pour ainsi dire, que les divers apanages de son caractère de Sauveur, et ne font qu'expliquer les grandeurs renfermées dans le nom de Jésus, qui les surpasse tous, et qui comprend tout ce que l'esprit humain peut imaginer de plus sublime et de plus noble, de plus touchant et de plus gracieux.

Ce nom est la ressource unique et l'espérance des pé-

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cneurs, la rédemption et le salut du monde (1). Ce n'est que par la vertu de ce nom, que nous pouvons recevoir les grâces que Jésus-Christ nous a méritées et la vie éternelle qu'il nous a promise.

De là, l'usage constant de l'Église, dans tous les temps et dans tous les lieux, de ne jamais rien demander à Dieu que par le nom de Jésus, de conclure toutes ses oraisons en invoquant le nom de Jésus, de faire intervenir le nom de Jésus, non une fois, mais plusieurs fois, dans le saint sacrifice, dans les saints offices, dans l'administration des sacrements, enfin dans toutes les prières. Ce nom seul fait toute sa force et toute sa confiance. Voyez le pontife et les autres ministres de l'Église, lorsqu'ils veulent attirer les bénédictions du Ciel sur les peuples en général, sur quelque enfant de Dieu en particulier, sur les diverses productions de la terre; lorsqu'ils veulent consacrer à Dieu quelque personne ou quelque chose, leur première pensée se porte vers le nom de Jésus : a Notre secours, disent-ils, et notre appui n'est que dans le Seigneur notre Dieu, et dans son nom admirable. »

Maintenant quels sont les hommages que nous devons rendre au nom de Jésus? L'excellence de ce nom commande nos respects et nos adorations ; la vertu de ce nom, qui opère tant de choses en nous et pour nous, demande toute notre confiance et tout notre amour.

1" Respect au nom de Jésus. C'est un nom saint et terrible (2), et à ce nom sacré, dit l'Apôtre, tout genou doit fléchir (3). Les anges l'adorent dans le ciel avec une religieuse terreur, tempérée par un saint et ravissant amour ; la terre le révère : de la Judée il s'est répandu dans toutes les nations, et, d'un pôle à l'autre, l'univers est olein de sa ma-

lt) Neqae enim est aliud nomen datum hominibus, in qao ojporteat nos salvos fieri. Act., iv, 12.

(2) Sanclum et ttrribile nomen ejus. Psal. ex, 9.

(3) la Domine Jesu omne genu ûectatur. Philip., ii, lOi

jesté. A ce nom redoutable, les démons frémissent et Tenfer tremble ; Satan sent redoubler ses tourments, et rugit comme un lion, en entendant prononcer le nom d'un Dieu sauveur et victorieux, qui lui a arraché et qui lui arrache encore tous les jours tant de victimes.

Et cependant, qui le croirait ? on ose profaner ce nom si grand, si vénérable; que dis-je? on ose le blasphémer ! on le mêle, d'une manière indigne, à des conversations oiseuses, aux emportements de la colère, à de frivoles plaisanteries. Que de fois, nous-mêmes, nous l'avons peut-être prononcé sans attention, sans respect, sans aucun sentiment de religion ! Souvenons-nous bien que Dieu nous défend de prendre en vain son saint nom (1). Quand on a le véritable esprit de foi, on sent son cœur se briser de douleur toutes les fois qu'on entend blasphémer le nom de Jésus. Alors tout homme qui a un cœur chrétien doit s'efforcer aussitôt de réparer, autant qu'il est en lui, l'injure faite à Dieu, et dire, en s'unissant aux Esprits bienlieureux qui sont dans le ciel : a Que votre nom soit sanctifié, ô mon Dieu, que votre nom soit loué dès maintenant et dans tous les siècles, depuis le lever du soleil jusqu'aux lieux où il se couche ! »

2° Confiance au nom de Jésus. Que les enfants du siècle se confient en un bras de chair, que les princes de la terre comptent sur le courage et le nombre de leurs soldats, sur leurs chariots, sur leurs machines de guerre; toute la force de l'Eglise est dans le nom de Jésus, et avec ce nom, elle est inexpugnable (2). Ce nom, pour tout chrétien animé d'une vive foi, est une arme terrible, par laquelle il repousse l'ennemi du salut, avec autant de facilité que le vent dissipe la fumée; la seule invocation du nom de Jésus suffit pour mettre en luite les légions infernales. En vain les passions soulèvent des tempêtes au fond de notre cœur, en vain le

(1) Non assumes nomen Domini Dei lui in vannm. Exod., xvi, 7.

(2) Hi in curribug et hi in equis ; nos autem in nomine Domini. P». XIX, 8

DO SAINT NOM DE JÉSUS. Stl

démon hérisse de mille difficultés la route du salut^ le noni de Jésus nous fera triompher de tous les obstacles. D'où les apôtres et tant d'autres saints tiraient-ils leur courage invincible au milieu des plus affreux tourments? Du saint nom de Jésus. Et nous aussi, par ce saint nom, nous sommes sûrs (le surmonter toutes les tribulations.

Mais ce nom, invoqué avec ferveur, n'est pas seulement un puissant bouclier dans les combats, il est encore une source de grâces; il pénètre les cieux, ouvre les portes éternelles et fait descendre sur nous les bénédictions les plus abondantes. Rien de ce que nous demanderons au nom de Jésus, ne peut nous être refusé, et nous en avons comme un gage assuré dans la parole même de Dieu : a Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, nous dit le divin Sauveur, il vous l'accordera (i) ; » et il se plaint de notre peu de foi, si nous n'avons pas recours à son nom pour obtenir tout ce qui nous est nécessaire (2). a Demandez et vous recevrez; demandez ce que vous voudrez, car je veux que vous soyez pleinement heureux (3). » Quelle que soit notre misère, le nom de Jésus est un trésor inépuisable, oii nous trouverons toute sorte de biens, a Si vous craignez la mort, il est la vie, a dit saint Ambroise ; si vous tendez au ciel, il est la voie ; a êtes-vous dans l'ardeur de la fièvre, il est la santé; avezff vous besoin de nourriture, il est l'aliment ; êtes-vous acc câblé de travail, il est le repos; combattez-vous, il est la a couronne (4). »

Que le nom de Jésus devienne donc l'objet le plus noble et le plus cher de nos pensées, qu'il soit gravé en caractères ineffaçables dans notre cœur ! Qu'il s'échappe souvent de nos lèvres! Invoquons-le fréquemment dans la journée, afin qu'il sanctifie toutes nos paroles et toutes nos actions. Et avec quel

(1) Si puid petierilis Palrcm in nomine meo, dabit vobis. Jean. XVI. 23.

(2) Usquè modo non petislis ijuidquam. Joan., xvi, 2t

(3) Ut gaudium veslrum sit plénum. /oan. . xvi, 2*,.

(4) D. Ambr. Lib. de Yirg,

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plaisir, avec quel amour ne devons-nous pas le prononcer ce nom plein de douceurs et de charmes, ce beau nom qui fait les délices des anges ! Ce nom aimable est comme une huile répandue, qui fait couler la grâce et Fonction dans les cœurs (1). Ce nom aimable, selon saint Bernard, est, pour la langue qui le prononce, le miel le plus exquis ; pour Foreille qui Tentend, la plus harmonieuse mélodie; pour le cœur qui Taime, la plus pure et la plus innocente joie (2). A ce beau nom, continue ce Père, il me semble que mon âme se fond de joie et d'amour (3). En lisant, en entendant prononcer le nom de Jésus, tous les saints étaient saisis de la plus tendre dévotion, et ne pouvaient se lasser de lui rendre hommage. Et nous, resterions-nous toujours dans une mortelle indifférence ? Ah ! qu'un saint zèle aujourd'hui nous anime, et pour embraser notre cœur de Famour de Jésus, écrions-nous avec un pieux serviteur de Dieu : « 0 bel astre, ô saint nom de Jésus, ô étoile favorable (4) ! » De vous dépend mon bonheur, ma vie et ma mort ; tout ce que je ferai, sera fait sous vos auspices.

Béni soit à jamais ce nom sacré, que sa gloire éclate parmi toutes les nations, que toutes les langues soient employées à célébrer ses louanges, à proclamer hautement sa douceur, son pouvoir, son excellence !

Pour honorer le nom de Jésus, l'Église nous conseille certaines pratiques pieuses, auxquelles elle a attaché diverses indulgences. C'est d'abord d'incliner respectueusement la tête, toutes les fois que nous prononçons ou que nous entendons prononcer ce saint nom. Cette coutume est trèsancienne, et les chrétiens fidèles ne manquent pas de l'observer. C'est de se saluer, en s'adressanl ces paroles : Loué

(1) Oleum effusum nomen luum. Cantic, i, 2. /?) Jésus, mel in ore, in aure melos, in corde jubilus. D. Bern., Serm. 1, in Cantic.

(3) Anima niea liquefacla est in sermone isto. D. Bern.. Serm, 1, de Circumcis.

(4) 0 sidus, ô Jesu nomen, ô felix Stella 1

goit le nom du Seigneur, ou, Loué soit Jcsus! auxquelles on répond : Ainsi soit-il, ou, Dans tous les siècles des siècles. C'est enfin de réciter dévotement les litanies du saint nom de Jésus.

Pour exciter de plus en plus la piété de ses enfants envers ce nom sacré, l'Église lui a consacré une fête spéciale, qui se célèbre le second dimanche après TÉpiphanie.

TRAITS HISTORIQUES

L'Apôtre «Aint Paul avait la plus grande confidûce et le plus grand amour pour le saint nom de Jésus; il n'est presque pas de page de ses écrits qui ne soit marquée de ce nom augusie ; ce qui fait dire au Docteur angélique qu'il portail le nom de Jésus dans son cœur, en pensant continuellement à lui; sur son front, en «en glorifiant ; dans sa bouche, parce qu'il en parlait toujours ; dans ses mains, parce qu'il faisait toutes ses actions au nom de Jésus; à sa plume, parce qu'il ne se lassait jamais de l'écrire ; et, enfin, sur ton son corps, en souffrant pour sa gloire.

C'est par la vertu du nom de Jésus, que saint Pierre opéra un de ses plus éclatants miracles. Un jour, il montait au temple, accompagné de saint Jean, pour assister à la prière qui s'y faisait ordinairement à l'heure de none, c'est-à-dire vers les trois heures après-midi. Or, il y avait à une des portes du temple nommée la Belle-Porte, un homme boiteux dès le ventre de sa méro, que l'on y portait tous les jours, afin qu'il demandât l'aumône à ceux qui entraient dans le temple. Cet homme, ayant vu Pierre et Jean, les priait de lui donner quelque aumône. Et Pierre, arrêtant avec Jean sa vue sur ce pauvre, lui dit : « Regardez-nous. > Il les regardait donc attentivement, espérant qu'il allait recevoir d'eux quelque chose. Alors Pierre lui dit : t Je n'ai ni c or ni argent; mais ce que j'ai, je vous le donne : Levez-vous, au € nom de Jésus-Christ de Nazareth, et marchez. > El l'ayant pris par ià main droite, il le souleva; et aussitôt les plantes et les os de ses pieds s'affermirent. Il se leva à l'heure môme, se tint ferme sur ses pieds, et commença à marcher, et il entra avec eux dans le temple en sautant et en louant Dieu. Tout le peuple le vit, el reconnaissap» que c'était celui-là même qui avait accoutumé d'être assis à la Belle- Porte du temple pour demander l'aumône, ils furent remplis d'admiration et d'étonnement de ce qui était arrivé. Saint Pierre prit de là occasion de leur annoncer le Sauveur Jésus, et de los engager i se faire baptiser en son nom. Act. , cap. m.

Le saint nom de Jésus est si redoutable aux démons que les ao-

teurs des premiers siècles nous assurent qu'il suffisait de le prononcer, pour mettre aussilôl en fuite toutes les légions infernales et faire taire les oracles du paganisme. àrnob., Contra gentil., lib. ii.

Saint Boisil, prieur de l'abbaye de Merles, en Angleterre, parlait souvent de l'adorable Trinité; et, lorsqu'il prononçait le saint nom de Jésus, il U faisait avec une dévotion si tendre, et quelquefois avec une telle abondance de larmes, que les auditeurs en étaient attendris. GODESCARD.

Saint François de Sales ne prononçait jamais le nom de Jésus qu'avec les sentiments de la plus haute piété et de la plus profonde vénération. « Oh ! que nous serons heureux, s'écrie-t-il, si, à l'heure t de notre mort et pendant notre vie, nous prononçons souvent et « amoureusement ce sacré nom de Jésus ; car il sera comme le mot c de guet, qui fera que nous aurons l'entrée libre dans le ciel, parce « que le nom de Jésus est 2e nom de notre rédemption. Nous de- « vons donc avoir un grand soin de bien prononcer ce nom sacré « pendant notre vie, puisqu'il a été donné du Père éternel à son « Fils, afin qu'il nous sauvât tous ! Oh ! que ce nom est doux et « suave! C'est un baume divin propre à guérir toutes les plaies de « notre âme... C'est ce trés-saint nom qui réjouit les anges, sauve les « hommes et fait trembler les démons. Il nous le faut donc bien f graver dans nos cœurs et dans nos esprits, afin que, le prononçant c fréquemment, le bénissant et honorant en cette vie, nous soyons « dignes de chanter éternellement dans le ciel, avec les bienheureux « Esprits : Vive Jésus ! Vive Jésus ! Amen. »

Saint Franc, de Sal., Serm. pou7' la Ctrconc.

Saint Augustin, dans ses Confessions, dit une chose remarquable, c'est que, même avant sa conversion, les livres, où le nom de Jésus ne se trouvait pas, lui déplaisaient.

Sainte J. F. de Chantai grava sur son cœur, avec un fer, le saint nom de Jésus.

QUATRIÈME INSTRUCTION

Présentation au Temple. — Purification de Marie. — Oblation de ..'isus. — Le saint vieillard Siméon. — La prophétesse Anne.

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