HUITIÈME ARTICLE DU SYMBOLE
PREMIÈRE INSTRUCTION
Le Saint-Esprit. — Son existence. — Sa divinité. — Procession du Saint-Esprit. — Effets qu'il produit dans nos âmes.
D. Qu'est-ce que le Saint-Esprit?
R. Le Saint-Esprit est la troisième personne de la très-sainte Trinité.
Nous devons connaître le Saint-Esprit aussi bien que le Père et le Fils; car, de même que ces trois adorables personnes ne font qu'un seul et même Dieu, de même notre foi et notre piété à leur égard doit être une et indivisible. Ne pas savoir ce que c'est que Tune d'entre elles, c'est ignorer le mystère de la sainte Trinité, dont la connaissance est indispensable pour le salut. Cependant, combien de chrétiens, avouons-le à la honte du christianisme qu'ils professent, vivent dans la même insouciance que ces disciples d'Ephèse auxquels saint Paul demandait s'ils avaient reçu le Saint-Esprit, et qui, surpris et confus d'une telle question, répondirent qu'ils ne savaient pas même s'il y avait un Saint-Esprit (1) ! Pour nous, il est vrai, au milieu de tant de lumières et de tous les secours de la religion, nous avons appris, dès la plus tendre enfance, qu'il y a un Saint-
(I) Sed neque si Spirilua sanctus est audivimus. Act., xix, 2.
Esprit; mais il ne suffit pas d'en être vaguement instruit, il nous faut savoir d'abord ce que le Saint-Esprit est en Uii-même ; en second lieu, ce qu'il est par rapport à nous; troisièmement, ce que nous devons faire pour l'attirer et ie conserver dans nos âmes ; matière importante que nous expliquerons dans le cours de cette leçon.
Toutefois, dit saint Cyrille (1), comment parler dignement du Saint-Esprit, si lui-même ne nous éclaire? Il doit être la lumière et le guide à la fois de celui qui parle et de ceux qui écoutent. Prions-le donc d'ouvTir notre entendement, afin que nous puissions bien comprendre, du moins autant qu'il convient à notre faiblesse, ce qu'il lui a plu de nous révéler sur lui-même. Car, s'il n'avait pas daigné se décou\Tir à nous par la bouche des patriai'ches et des prophètes, et en dernier lieu, par la bouche de Jésus- Christ et de ses apôtres, nous n'aurions jamais pu savoir ce qu'il était, ni même s'il était, il nous parle encore, tous les jours, par la bouche de l'Église, et ce n'est qu'en puisant à ces som'ces sacrées que nous pourrons apprendre ce qu'il faut croire sur son adorable persoime.
Et d'abord, qu'il y ait un Saint-Esprit, l'Ancien et le Nouveau Testament en font foi en mille endroits divers. Nous lisons dans les livTes de Moïse que ce divin Esprit, aux premiers jours de la création, était porté sur les eaux, et qu'il les couvait, en quelque sorte, de son ombre pour leur donner la fécondité. C'est lui qui animait les anciens patriarches Enoch, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, et qui les dirigeait dans le pèlerinage de cette vie ; c'est lui qui inspirait Moïse pour la conduite du peuple de Dieu. C'est par son secours et sa vertu que tous ces grands hommes qui sont venus après Moïse, ont gouverné avec autant de fidélité que de sagesse, qu'Othoniel a jugé, que Gédéon a été rempli de courage et de force, que Jephté a remporté des victoires que Débora a triomphé des (3nne-
(1) D. Cyril., Calech., xvi, n. i.
mis de Dieu, malgré la faiblesse de son sexe, que Samson a fait des prodiges et qu'il a été invincible, tant qu'il a suivi l'impulsion de ce divin Esprits
Et puis, nous voyons que ce même Esprit dirigeait les premiers rois du peuple de Dieu, qu'il quitta Saul pour remplir David. Les psaumes nous parlent presque partout de l'Esprit de Dieu (i). Les Prophètes nous disent que c'est lui qui les a inspirés, et qui leur a révélé les choses futures (2). C'est lui qui, par la bouche d'Isaïe, reprochait au peuple juif ses infidélités et ses prévarications (3) ; c'est lui qui, par la bouche de Daniel, confondit les infâmes vieillards qui avaient attenté à l'honneur de Susanne (4) ; et c'est encore lui que le prophète Joël nous annonce comme devant un jour se répandre sur toute chair (5).
Lisez encore le Nouveau Testament; il y est question du Saint-Esprit, presque à chaque page. Vous y voyez qu'il a formé le corps de Jésus-Christ dans le sein de Marie, qu'il est descendu sur la tête de ce divin Sauveur à son baptême, et sm* les apôtres le jour de la Pentecôte, et qu'il est communiqué aux fidèles par l'imposition des mains. Le Fils de Dieu en parle souvent, et promet de l'envoyer sur la terre, quand il l'aura lui-même quittée.
L'existence du Saint-Esprit est donc une vérité hors de tout doute ; et les apôtres l'ont insérée dans le symbole, comme un des points capitaux de la religion.
Mais gardons-nous de croire que ce mot5amN^s/)n7,qui se trouve si souvent dans les saintes Écritures, ne soit qu'une expression figurée pour désigner une opération passagère de la Divinité, ainsi que l'ont dit certains hérétiques (6). Le Saint-Esprit est une personne véritablement subsistante et réellement distincte du Père et du Fils. En effet, qu'est-ce qu'une personne? C'est une substance individuelle qui veut,
(1) Psal. L, XIII, cxLii. — (2) Exech., i, 5; xxxv, 1. — (3) It., mil, tO. — (4) Dan., xm 22. — (5) Joël, ii, 28. — (6) Les Soci- Diens.
parle^ agit, pense, raisonne. Or, lisez les ii\Tes saints; n'y voyez-vous pas, en mille endroits, que le Saint-Esprit est doué d'intelligence et de volonté, qu'il parle, qu'il vient, qu'il est envoyé, qu'il choisit, qu'il éclaire, qu'il dirige, qu'il enseigne, etc., et enfin qu'il règle tout avec une sagesse et une autorité souveraines. Ces seules paroles de Notre-Seigneur à ses disciples, sur le point de les quitter : « Mon Père vous enverra un autre consolateur, d ne marquent-elles pas une personne, un consolateur réellement distinct du Fils qui l'annonce et du Père qui doit l'envoyer? Nous concluons donc, avec saint G\Tille (1), qu'il n'en est pas du souftle de Dieu, c'est-à-dire de son Esprit, comme du souffle de l'homme qui passe et se dissipe, de même que nous avons vu qu'il n'en était pas de la parole de Dieu qui est son Verbe, comme de la parole de l'homme qui s'évanouit en même temps qu'on la prononce. La parole de Dieu est son Verbe, son Fils qu'il engendre, et qui est de même nature que lui-même; pareillement, son Elsprit est substantiel comme sa parole ; c'est une troisième personne di\ine qui sort du Père et du Fils comme leur amour mutuel, et qui, en étant parfaitement distinguée, ne fait pourtant avec eux qu'un seul et même Dieu, car, dans l'adorable Trinité, la distinction des personnes ne nuit pas à l'unité de nature.
Il y a donc un Saint-Esprit; ce Saint-Esprit est une personne véritablement subsistante, intelligente, parlante, agissante, et j'ajoute que cette personne est Dieu. En effet, tout ce qu'a le Père, est commun, sauf les relations individuelles, au Fils et au Saint-Esprit ; et, par conséquent, le Saint-Esprit est Dieu aussi bien que le Père et le Fils. L'Éi:lise a constamment professé cette vérité, et elle rejeta impitoyablement de son sein l'hérétique Macédonius qui, le premier, osa la combattre. Ce dogme de notre foi est fondé sur les saintes Écritures qui nous disent, en divers
(1) D. Cyril, Catech., xviii, n. I.
endroits^ que mentir au Saint-Esprit c'est mentir à Dieu (1); que les dons du Saint-Esprit sont les dons mêmes de Dieu ; que c'est Dieu qui les accorde à qui il lui plaît et comme il lui plaît (2) ; que blasphémer contre le Saint-Esprit, c'est blasphémer contre Dieu (3). De plus, Jésus-Christ a ordonné à ses apôtres de baptiser toutes les nations, conjointement, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (4). Voilà donc les trois personnes placées sur la même ligne. Or, rien d'inégal ni d'étranger au Père et au Fils ne doit être nommé avec eux en égalité, a Je ne veux pas, dit saint Grégoire de Nazianze, être consacré au nom d'un serviteur comme moi, ni en aucun autre nom qu'en celui de Dieu. » Il est encore dit que«ous sommes les temples du Saint-Esprit; or, ajoute le même saint, un chrétien, un membre de Jésus-Christ, ne doit pas être le temple d'une créature.
Le Saint-Esprit est donc de même rang, de même ordre et de même autorité que les deux autres personnes; et c'est avec raison que, dans le symbole, nous disons : Je crois au Saint-Esprit j de même que nous disons : Je crois en Dieu le Père... et en Jésus-Christ son Fils unique, c'est-à-dire que nous avons envers ces trois adorables personnes même foi, même confiance, même amour.
L'Église, pour mieux attester l'égalité parfaite des trois personnes divines et rendre à toutes trois un honneur égal, a consacré plusieurs formules de chants ou de prières dont les principales sont : V la doxologie Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto, qu'elle répète à la fm de tous les psaumes, et dont l'origine est si ancienne qu'elle se perd dans la nuit des temps; 2» le Kyrie eleison, répété trois fois pour chacune des trois personnes ; 3° le trisagion ou le trois fois saint, Sanctus, Sanctus, Sanctus, qu'elle chante pendant l'auguste sacrifice. Quand ces chants sacrés se présentent dans le cours des offices, et même en notre particulier, di-
(1) Act., V, 31. — (2) 1. Cor., XII, 3. — (3) tue. m. 10. — (4) i/a//i., XVIII, 19.
sons-Jes avec le sentiment d'une profonde adoration, et soyons bien persuadés que nul ne peut dignement glorifier le Père, s'il ne glorifie le Fils et le Saint-Esprit *.
Le Saint-Esprit, étant Dieu, est par conséquent un esprit invisible, immatériel, qu'on ne peut ni voir ni toucher, quoiqu'on le représente quelquefois sous des figures sensibles. Le symbole, dont on se sert le plus souvent, est celui d'une colombe, parce qu'il emprunta cette forme, lorsqu'il descendit sur la tête de Jésus-Christ, au moment de son baptême. On le dépeint aussi sous la figure de langues de feu, parcequ'il apparut de cette manière le jour de la Pentecôte, lorsqu'il vint enflammer le cœur des apôtres de célestes ardeurs. Mais je n'ai pas besoin de dire que le Saint-Esprit n'est ni une colombe, ni un feu matériel; il est une substance purement spirituelle, il porte même plus particulièrement le nom à' Esprit, quoique cependant, remarquons-le bien, cette dénomination de Saint-Esprit convienne également au Père et au Fils, qui sont également Esprits et également Saints; mais les deux premières personnes de la sainte Trinité ayant chacune un nom propre et s' appelant Père et Fils, on attribue plus particulièrement à la troisième le nom de Saint-Esprit, pour la distinguer des deux autres.
Remarquons encore que le Saint-Esprit n'est pas saint à la manière des créatures, et qu'ainsi on ne doit pas entendre ce mot appliqué à cette adorable personne, comme, par exemple, quand on dit saint Pierre, saint Paul, saint Philippe, etc. Les créatures ne sont saintes que parce qu'elles tirent leur sainteté de Dieu; mais le Saint-Esprit est saint par lui-même, par sa propre nature ; il est la source de toute sainteté et la sainteté même, puisqu'il est Dieu.
Que s'il est Dieu comme le Père et le Fils, me dira-t-on peut-être, s'il leur est égal en toutes choses, pourquoi dire qu'il est la troisième personne de la sainte Trinité?— Si nous le nommons le troisième, ce n'est pas qu'il soit en troisième degré et inférieur aux deux autres; car nous avons dit que les trois personnes avaient la même nature et la
m^me divinité ; le Saint-Esprit est placé le troisième uniquement à cause de son origine, comme nous allons l'expliquer.
D. De qui procède le Saint-Esprit?
R. Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme d'un même principe dont il tire son origine. Jésus-Christ nous dit expressément que TEsprit de vertu procède du Père (1), et ailleurs nous voyons que le Saint-Esprit prend du Fils (2). Il est donc l'Esprit commun du Père et du Fils, et, par conséquent, il procède de Tim et de l'autre. Aussi estil appelé tantôt TEsprit du Père et tantôt l'Esprit du Fils (3) ; tantôt il est envoyé par le Père, et tantôt par le Fils ; et il reçoit tout du Père et du Fils, qui le produisent comme le lien et le fruit de leur amour mutuel. Et voilà ce qui nous explique cet ordre admirable des trois personnes divines. Le Père est nommé le premier, parce qu'il est le principe des deux autres personnes; le Fils est nommé après le Père, parce qu'il en vient ; et le Saint-Esprit vient aussi du Père et du Fils, et c'est pour cela qu'il est nommé après eux. Cet ordre ne peut être renversé, et le Saint-Esprit ne doit pas plus être nommé le second, que le Fils le premier.
Mais qu'est-ce que cette procession du Saint-Esprit? En quoi diffère-t-elle de la génération du Verbe ? Qu'ici la raison s'humilie; Dieu a bien voulu nous révéler que la procession de son Verbe était une véritable et parfaite génération ; mais ce que c'était que la procession du Saint-Esprit, il n'a pas voulu nous le dire, et nous ne connaissons rien dans la nature qui puisse nous représenter mie action si singulière. Ce que nous savons, c'est que cette génération éternelle du Fils, et cette procession ineffable du Saint- Esprit sont tout-à-fait différentes^ et que par là les trois au-
(0 Joan., XV, 26. — (2) Joan., xv, 14. — (3) 3Iath , x, 20. — I.Cof., XI, 12.
4 94 DIXIÈME LEÇOS.
gustes personnes sont réellement distinguées entre elles. Car celle qui engendre, qui produit, n'est pas la même que celle qui est engendrée, que celle qui est produite. Le Père seul engendre, le Père et le Fils produisent, le Saint-Esprit seul est produit et ne produit point. Il possède en luimême l'être divin, sans pouvoir le communiquer à aucune autre personne, parce qu'il est le terme de la Trinité même; et c'est là le caractère qui le distingue essentiellement. Mais il faudrait être dans le sein même de Dieu pour bien connaître ces merveilles. Ici-bas, quelle témérité de vouloir mesurer la grandeur de Dieu sur notre petitesse, et juger de sa fécondité par la stérilité de nos pensées! Croyons humblement ce qu'il a daigné nous révéler; sa parole est la preuve et la règle de toute vérité.
Voilà donc ce que le Saint-Esprit est en lui-même ; la suite va nous montrer ce qu'il est par rapport à nous.
D. Que fait en nous le Saint-Esprit?
R. Le Saint-Esprit nous sanctifie et nous fait vivre de la vie spirituelle.
Deux effets bien remarquables qu'il produit dans nos âmes. 1° Il nous sanctifie, c'est-à-dire qu'il nous rend saints, et voilà pourquoi il est appelé, par une propriété même personnelle, non-seulement Esprit- Saint, mais encore .£'5prit sanctificateur, parce qu'il est le principe et la source de toute sainteté. Ce n'est pas que le Père et le Fils ne contribuent également à nous sanctifier, car les opérations divines sont communes aux trois personnes; mais l'ouvrage de la sanctification des hommes est spécialement attribué au Saint-Esprit, parce qu'il est un Esprit d'amour et de charité, et qu'étant le Hen commun du Père et du Fils, il doit aussi attacher nos cœurs à Dieu. — 2" Il nous fait vivre de la vie spirituelle, c'csl-à-dire qu'après avoir détruit en nous le vieil homme, l'homme de péché, toutes nos mauvaises habitudes, il nous fait goûter les choses de Dieu, et employer les moyens qui peuvent conduire une âme à Dieu
et à la perfection chrétienne. Mais ceci demande un plus ample détail. Voyons donc
D. Comment est-ce que le Saint-Esprit nous sanctifie? R. En nous purifiant de nos péchés, et en répandant dans nos cœurs la charité qui nou5 rend agréables à Dieu.
V En nous purifiant de nos péchés. D'abord, il fait comprendre au pécheur rhorreur de son état, par les lumières dont il réclaire; il trouble sa funeste tranquillité, par de salutaires remords; il lui inspire le désir de revenir à Dieu, et puis il Paide à réformer ses inclinations perverses, à extirper du fond de son cœur l'avarice, la sensualité, l'orgueil, cette triple concupiscence qui est la racine de tout mal, et à se dégager entièrement de la rouille des affections terrestres. Voilà pourquoi un Prophète (1) le compare à un raffineur de métaux qui en sépare, par le feu, tout ce qu'il y a d'alliage et de particules hétérogènes. C'est encore parce que le Saint-Esprit nous lave et nous purifie que Notre-Seigneur, dans l'Evangile, nous le représente comme une eau vive qu'il promet de donner à tous ceux qui croiront en lui, et qui doit rejaillir jusque dans la vie éternelle. Eau admirable, s'écrie saint Cyrille (2), eau céleste et vraiment divme ! Elle coule et se communique par les sacrements, comme par autant de canaux ; elle arrose, embellit et féconde le nouveau paradis terrestre qui est l'Église. Continuant toujours la même figure, le divin Sauveur annonçait à ses disciples la descente du Saint-Esprit comme un second baptême, a Vous serez baptisés, leur disait-il, par le Saint-Esprit dans peu de jours (3). » Expression mystérieuse, mais très-naturelle, qui nous montre que, de même que le baptême efface les souillures du péché, de même aussi le Saint-Esprit nous purifie et de la manière
J) Mal., m, 3. — (2) D. Cyril. Calech., xvi. (3) Vos autem baptizabimini Spirilu sancto non post mullos hoi dies. Act., I, 15.
la plus parfaite. Son opération est si efficace que, si profondes que soient nos blessures, si grandes que soient nos misères, il peut en un instant nous rendre la vie et la santé.
D y a plus, en réformant notre intérieur, en réprimant les penchants de la nature corrompue, pour nous élever à Dieu et nous faire concentrer nos affections dans un seul objet qui est la gloire de Dieu, il change, pour ainsi dire, rhomme tout entier et en fait une nouvelle créature. De chai'nel qu'il était, il le rend spirituel ; c'est une espèce de création, encore plus miraculeuse que la création du monde. Car, lorsque Dieu créa le monde, il travaillait sur le néant; mais ce néant ne lui résistait pas; ici c'est le néant du péché qui ose s'opposer à lui, se révolter contre lui; et c'est cependant du milieu de ce néant qu'il sait tirer Tordre, la beauté, la lumière, lorsqu'aux désirs criminels il fait succéder les saintes habitudes de la vertu, et les œuvTCs de la foi aux œmTCs de Tiniquité. Oh! qu'il vienne donc en nous, cet Esprit créateur, qu'il forme en nous un cœur pur, chaste et entièrement soumis à la loi divme (1). Oui, ô mon Dieu, nous vous le demandons instamment, envoyez-nous votre Saint-Esprit, et, par le changement qui s'opérera dans toute notre conduite, il se fera \Taiment au dedans de nous une nouvelle création (2).
2° En répandant la charité dans nos cœurs. Quand une fois le cœur est dégagé des liens du péché et de toute atr tache perverse, alors le Saint-Esprit répand en nous son plus beau, son plus magnifique don, je veux dire la grâce sanctifiante, qu'on obtient par le baptême ou qu'on recouvre par la pénitence, et qui s'augmente tous les jours par les divers exercices de la piété chrétienne. Cette grâce revêt, pour ainsi dire, nos âmes d'une beauté ravissante qui les rend agréables à Dieu, et leur donne droit à l'héritage céleste. C'est par elle que le Saint-Esprit vient résider en
(1) Cor mundum crca in me, Dcus. Psal. l, 22
(î) EmiUe Spirilum luum et creabunlur. Fiai. cm. 30.
iious; c'est par elle qu'il vient établir son règne dans ie cœur qu'il visite, et le remplir de ses dons les plus précieux. Heureux Thomme en qui habite le Saint-Esprit ! C'est Tamour lui-même qu'il possède,, le pur, le saint amour, car le Saint-Esprit est tout amour. Il est ce feu divin que Jésus- Christ est venu apporter sur la terre; et que désire-t-il, sinon qu'il y soit toujours allumé (1)? C'est donc, comme l'enseigne le gi^and Apôtre, par le Saint-Esprit que la charité est répandue dans nos cœurs (2). Et, comme il est en lui-même la charité substantielle par laquelle le Père et le Fils s'aiment d'un amour réciproque et éternel, il est aussi, dans le fond de nos cœurs, la charité radicale par laquelle nous aimons Dieu, et d'où procèdent tous les saints désirs que nous formons pour Dieu.
Voilà comment le Saint-Esprit fait les saints et les conserve dans la sainteté. Et qui ne reconnaîtrait la puissance de ce divin Esprit, et l'efficacité de sa grâce dans les merveilles qu'il a opérées? Il a sanctifié saint Jean-Baptiste dans le sein de sa mère, et il l'a poussé dans le désert pour préparer les voies au Sauveur; il a sanctifié la bienheureuse vierge Marie dès le premier instant de sa conception, pour la rendre digne d'être la mère de l'Homme-Dieu; il a sanctifié les apôtres, en se communiquant à eux de la manière la plus ineffable ; il a sanctifié les premiers chrétiens, et fait briller les plus héroïques vertus dans l'Église naissante. C'est lui qui a renouvelé le monde par un déluge bien différent de l'ancien, par un déluge de bénédictions et de grâces. Divine colombe, figurée par celle de Noé, il a donné la paix et le bonheur à la terre, en lui faisant goûter la loi évangélique, et surtout ce grand précepte de la charité, qui a poU la rudesse des nations les plus sauvages, et n'a fait
(1) Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendalur? Lue., xu, 49.
(2) Charitas Dei diffusa est in cordibiis nosiris per Spirilum saneluœ, qui datus est nobis. Rom., v, b.
de tant de peuples divers réunis dans le bercail de l'Eglise qu'un peuple d'amis, qu'une société de frères.
Considérez encore tout ce qu'il y a eu de sainteté dans l'Églisej depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, le zèle des apôtres, le courage des martyrs, la fermeté des confesseurs, la pureté des vierges, la mortification des pénitents, la pauvreté des solitaires, en un mot, toutes les bonnes pensées, tous les saints désirs, tous les actes de vertu sortis des cœurs chrétiens : à quoi faut-il les attribuer ? A la grâce du Saint-Esprit. Point d'autre principe, en effet, de tout ce qu'il y a de bon, d'utile, d'avantageux, de nécessaire au salut. Et, de nos jours encore, s'il reste quelque vertu, quelque sainteté sur la terre, n'est-ce pas le Saint-Esprit qui l'opère? N'est-ce pas lui qui tourne, plie et façonne le cœur de l'homme à toute bonne habitude, et lui donne l'impulsion qu'il veut? Grâce donc et doire à ce divin Esprit, de qui procède tout le bien qui se fait dans le monde ^.
D. Comment nous fait-il vivre de la vie spirituelle? R. Il nous fait vivre de la vie spirituelle par les grâces qu'il nous accorde.
D y a une vie animale qui consiste à marcher selon la chair, c'est-à-dire à suiwe les penchants déréglés de la nature, et à satisfaire tous ses appétits. Ainsi vivaient autrefois les païens; ainsi vivent encore aujourd'hui tant cte mauvais chrétiens, dont les affections basses et charnelles rampent continuellement à terre, et dont le cœur ne s'élève presque jamais à Dieu. Une telle vie est une véritable mort aux yeux de la foi, et conduit directement à la damnation étemelle.
Mais il est aussi une vie spirituelle, par laquelle on s'applique à se vaincre soi-même, et à réprimer ses inclinations vicieuses. Alors on jouit de ce monde, comme si on n'y était pas, parce qu'on n'a de désirs que pour les biens célestes, et on s'efforce de s'unir de plus en plus à Dieu pai
la méditation de sa loi sainte et la participation aux sacrements. Alors râme^ planant au-dessus de toutes les choses terrestres et triomphant des faiblesses humaines, ne se nourrit que d'espérances immortelles. Or, cette vie de détachement du monde, de méditation, de prière, de foi et d'amour, cette vie cachée en Dieu, c'est le Saint-Esprit qui la produit en nous, quand il nous lave de nos péchés par le baptême et la pénitence, quand il nous fortifie ensuite par la confirmation, par les divers exercices de piété, et en nous communiquant ses dons inestimables, qui font la richesse de notre âme et lui donnent un empressement, une vigueur extraordinaires, pour voler au-devant de tout ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu et à son avancement dans les voies de la perfection.
Qu'il vienne donc en nous cet Esprit vivificateur, comme l'appelle le concile de Nicée, qu'il vienne ranimer et entretenir dans nos âmes la plus précieuse de toutes les vies, la seule vie véritable, la vie de la grâce ; qu'il embrase nos cœurs de cette divine charité, sans laquelle rien ne profite, qui seule peut nous introduire au ciel, où la moindre de ses étincelles se changera en une fiamme séraphique, qui ne s'éteindra jamais.
TRAITS HISTORIQUES
1. Moïse représentant un jour à Dieu que le gouvernement du peuple hébreu lui était devenu une charge accablante, et qu'il ne pouvait plus la porter, le Seigneur lui répondit de choisir soixante et dix Israélites des plus avancés en âge et en sagesse, afin qu'ils soutinssent avec lui le fardeau des affaires. Moïse exécuta cet ordre ; et, ayant choisi parmi les anciens d'Israël ceux qui devaient composer le conseil du peuple, il les plaça près du Tabernacle. Alors le Seigneur descendit dans une nuée, et, comme nous le dit le texte sacré, il prit du l'esprit qui était en Moïse et le donna à ces soixante et dix hommes, c'est-à-dire que chacun de ces soixante et dix hommes reçut, j»eIon la mesure ordonnée de Dieu, la grâce du même esprit dont
SGO DIXIEME LEÇON.
Moïse avait été rempli, sans que la plénitude de la grâce de Moï*»t en diminuât en aucune manière. L'Esprit- Saint s'étant donc repose sur eux, ils commencèrent à prophétiser, en chantant les louanges de Dieu, par un mouvement divin, et ils continuèrent toujours depuis. Ces soixante et dix hommes représentaient les soixante et douze disciples que Jésus-Christ choisit pour les adjoindre aux apôtres, chefs de son Église, afin qu'ils eussent part avec eux aux sollicitudes du ministère pastoral, et sur lesquels aussi Jésus-Christ répandit son Esprit, afin qu' ils pussent^ prophétiser, c'est-à-dire annoncer avec fruit les merveilles de son Évangile. A'um., xi, 11, et seq.
2. Macédonius, patriarche de Constantinople, fameux hérésiarque, osa soutenir que le Saint-Esprit n'était pas Dieu, qu'il n'était qu'une simple créature semblahle aux anges, mais d'un rang plus élevé. 11 fit endurer toute sorte d'affreux supplices à un très grand nombre de catholiques, qui ne voulurent pas embrasser et professer son hérésie. Cette hérésie fui condamnée par l'Église, dans le concile œcuménique de Constantinople, qui déclara que le Saint-Esprit procédait du Père et du Fils. Nous faisons profession de cette vérité, en récitant pendant la sainte messe le symbole fait dans ce concile : « Je « crois au Saint-Esprit, qui est aussi Seigneur, et qui donne la vie; c qui procède du Père et du Fils; qui est adoré et glorifié conjoin- « tement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les prophètes. > Macédonius mourut misérablement,
3. C'est parce ce qu'ils étaient animés par le Saint-Esprit que les martyrs méprisaient les promesses et les menaces des tyrans, pour demeurer invinciblement attaches à Jésus-Christ. Comme exemple de ce que peut la force du Saint-Esprit dans une âme qu'elle soutient, entre mille autres faits pareils que nous fournissent les annales de l'Église, nous citerons la constance héroïque de l'illustre martyre sainte Foi, au milieu des plus cruelles tortures. Cette jeune vierge, née à Agen, d'une famille distinguée, s'appliqua, dès sa plus tendre enfance, à servir le Seigneur avec fidélité. Quoique d'une rare beauté, elle fut insensible aux charmes du monde. Sommée de comparaître devant le cruel gouverneur des Gaules, Dacien, pour abjurer sa religion, elle forma le signe de la croix sur les diverses parties de son corps; et aussitôt, fortifiée par la grâce du Saint-Esprit, elle se présenta d'un air intrépide devant ses persécuteurs. Dacien, la voyant en sa présence, prit d'abord un ton plein de bonté, et lui dit: c Quel est votre nom? » — «Je me nomme Foi, et je tâche d'être dans la réalité ce que signifie ce nom.> — ^« Quelle est votre religion.^ » — « Je sers le Seigneur Jésus en lui consacrant toute mon âme. » — « Croyez-moi, ma fille, ayez égard à votre jeunesse et à votre beauté. Abandonnez la religion que vous professez, et sacrifiez aux dieux.» — « Les dieux des nations sont des démons. » — « Et vous osez appeler nos dieux des
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démons ? Il faut vous déterminer ou à leur oflfrir des sacrifices ou à périr dans les tourments. » — mc Non-seulement, s'écria la jeune épouse de Jésus-Christ, je suis prêle à souffrir toute sorte de tortures pour mon Die4, mais je brûle de mourir pour lui. » Alors Dacien furieux fil apporter un lit d'airain, sur lequel on lia le corps de la sainte avec des chaînes de fer; ensuite on alluma dessous un grand feu, dont on augmentait encore l'ardeur en y jetant de l'huile et d'autres matières grasses. Les spectateurs furent saisis de compassion et d'horreur. < Comment, disaient quelques-uns d'entre eux , peut-on traiter de la sorte une jeune vierge, qui est innocente et dont le seul crime est d'adorer Dieu? » Du temps que sainte Foi souffrait ainsi pour le nom de Jésus-Christ, saint Caprais, évêque d'Agen, qui s'était caché dans une grotte, non loin de la ville, pour éviter la persécution, vit une colombe, plus blanche que la neige, qui portait à son bec une couronne enrichie de pierreries, pour la déposer sur la tête de la vierge martyre. Les reliques de sainte Foi sont vénérées depuis le ix» siècle dans la célèbre église de Conques, où elles attirent tous les ans, le jour de la fête, un grand concours de fidèles qui s'y rendent non-seulement du diocèse de Rodez, mais encore des diocèses voisins et de pays fort éloignés.
DEUXIÈME INSTRUCTION
Descente du Saint-Esprit sur les apôtres. — Symboles sons lesquels il parut. — Que faire pour l'attirer dans nos cœurs. — Marques auxquelles on peut reconnaître qu'on l'a reçu. — Effets qu'il produisit dans les apôtres. — Il opère toujours dans l'Église. — Fête de la Pentecôte.
D. Quel jour le Saint-Esprit est-il descendu sur les apôtres?
R. Le jour de la Pentecôte, cinquante jours après la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, dix jours après son ascension.
Ce mot Pentecôte signifie cinquante, parce qu'en effet le Saint-Esprit descendit sur les apôtres cinquante jours après la résurrection de Notre-Seigneur; voici cette admirable histoire.
Fidèles à Tordre qu'ils avaient reça de leur divin Maître^ les apôtres, après la résurrection du Sauveur, étaient retournés à Jérusalem, pour se préparer à recevoir l'Esprit consolateur. Ils se renfermèrent dans le cénacle, qui était une espèce de chambre haute, dans la partie la plus retirée de la maison, destinée chez les Juifs à la prière et aux exercices de piété. Là, réunis dans un même esprit de foi, d'espérance et d'amour, avec les autres disciples, les saintes temmes et la vierge Marie, ils composaient une assemblée d'environ cent vingt personnes, et attendaient avec confiance l'accomplissement des promesses du Sauveur.
Il y avait dix jours qu'ils persévéraient dans la prière, à laquelle ils joignaient la fraction du pain, c'est-à-dire la sainte communion, quand tout à coup, un dimanche, vers les neuf heures du matin, il se fit un grind bruit, comme celui d'un vent impétueux, qui venait du ciel et qui ébranla toute la maison où ils étaient rassemblés. En même temps ils virent paraître comme des langues de feu, qui se partagèrent et s'arrêtèrent sur chacun d'eux. Aussitôt ils furent tous rempHs du Saint-Esprit, et ils commencèrent à pai'ler diverses langues. Au grand bruit qu'on avait entendu, les Juifs accoururent en foule. Or, il y avait parmi eux une multitude d'étrangers, qui étaient venus à Jérusalem de toutes les parties du monde, poursolenniser la Pentecôte. Ils trouvèrent les apôtres qui célébraient les merveilles de Dieu, et ils les entendirent parler chacun leur propre langue; et, dans l'étonnement où ils étaient, ils se disaient les uns aux autres : « Tous ces gens-là ne sont-ils pas Galia léens ? Et nous, Parthes, Mèdes, Élamites, nous qui som- « mes venus de tant de pays divers, de la iMésopotamie, de «la Judée, de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, de la c Phrygie, de la Pamphilie, de l'Egypte et le la Lybie, de «Home même, de l'ile de Crète et de l'Arabie, comment a se fait-il que nous les enUindions parler chacun en notre <t langue? » Ils étaient donc comme hors d'eux-mêmes, et
sfî demandaient les uns aux autres : « Qu'est-ce que tout ceci ? Qu'est-ce que cela peut être ? »
Reprenons avec attention toutes les circonstances de ce prodige, car il n'en est aucune qui ne soit digne d'être étudiée, et qui ne renferme pour nous les plus salutaires instructions.
Remarquons d'abord que le Saint-Esprit descendit tout à coup, comme pour nous apprendre qu'il nous visite quand il plaît à sa miséricorde ; avec un grand bruit et d'une manière violente, pour exciter l'attention des apôtres et leur rendre plus sensible l'impression de sa présence, et aussi pour nous marquer que, lorsqu'il veut prendre possession d'une âme, il renverse auparavant tout ce qui s'oppose à son entrée et à ses divines inspirations.
Voici maintenant l'explication des divers symboles que le Saint-Esprit employa dans ce mystère, pour nous faire connaître ses admirables opérations.
Le premier signe qui pai'ut, fut un vent impétueux. Ce vent était comme le précurseur de la pluie de grâces et de bénédictions qui allait tomber sur les apôtres. Aussi est-il dit qu'il venait directement du ciel. Il nous représente de plus le souffle de la grâce, qui n'est pas moins nécessaire à la vie spirituelle de nos âmes, que l'air atmosphérique à notre existence physique. Heureuse l'âme qui est poussée par ce souffie divin ! Elle vogue en sûreté au milieu de la mer orageuse et semée d'écueils de ce monde, et s'avance, sans s'égarer, vers le port de la bienheureuse éternité.
Le second symbole, sous lequel le Saint-Esprit annonça sa présence, est le feu. Or, cet élément, qui est le plus noble de tous, a trois propriétés principales : il éclaire, il purifie, iléchautïe. Pareils effets sont produits dans nos âmes par la présence du Saint-Esprit. —Feu lumineux, il éclaire notre entendement et en dissipe les ténèbres, en nous détrompant de fios erreurs. — Feu ardent, il dégage notre âme de ses souillures; il consume la rouille de nos péchés, ue nos imperlections, et tout ce qu'il peut y avoir en nous
d'impur et de terrestre. Aussi, quand on reçoit ce baptême de feu. on est purifié d'une manière bien plus parfaite que par le baptême de l'eau. Celui-ci efface sans doute tous les péchés ; mais celui-là a une vertu beaucoup plus agissante, beaucoup plus pénétrante : il renouvelle en quelque sorte l'homme tout entier, et lui communique une pm*eté toute céleste, toute divine, de manière qu'il n'est plus cet or grossier et informe tel que la terre le produit, mais cet or purifié, éprouvé, qui a passé par le feu (i). — Feu doux et pacifique, il s'insinue dans les cœurs, les échauffe et les pénètre des saintes ardeurs de la charité. En paraissant sous ce signe, le Saint-Esprit nous montrait qu'il venait embraser le monde du feu de son amoiu*. Telle est la vertu du feu terrestre qu'il durcit certaines matières et les rend plus fermes, tandis qu'il en amollit d'autres ; et voilà le double effet que le Saint-Esprit, feu spirituel, produit, non pas sur des sujets différents, mais dans le cœur des mêmes fidèles. Il les rend en quelque sorte de fer et d'airain, en leur communiquant une fermeté invincible; et, en même temps, il les amollit et les rend de chair par la charité fraternelle ; il les fond, pour ainsi dire, et les fait couler les uns dans les autres, de manière qu'ils composent cette merveilleuse unité dont il est parlé dans les Actes des apôtres (2) ; ou plutôt, il les élève jusqu'à lui et s'identifie avec eux, de manière qu'ils ne fassent plus qu'us avec lui, comme il ne fait lui-même qu'un avec le Père et le Fils.
En troisième lieu, ce feu se montra sous la forme de langues pour marquer : 1° Que le Saint-Esprit serait le principe de toutes les paroles des apôtres, car, selon la promesse de Jésus-Christ, ce n'étaient pas eux qui devaient parler devant les rois et les juges, mais l'Esprit-Saint qui
(1) Igne examinatum, probatum terr», purgatum septuplum. Psal. XI. 7.
(2) Multitudinis aulem credenlium erat cor unum et anima uaa. àet., IV, 33.
pflHerait en eux et par eux. — 2" Que les apôtres étaient établis comme autant de hérauts de la loi nouvelle^ et quils allaient convertir les peuples, non par des forces matérielles, mais par la force de Vinstruction et de la prédication. Et, en effet, pour conquérir le monde et l'assujettir à Jésus- Christ, il no leur fallut point d'autres armes que le don des langues. — 3° Que l'Evangile serait prêché en toutes langues; point d'idiome si dur ni si irrégulier, dans lequel on n'annonce le Sauveur Jésus et ses divins mystères ; les nations mêmes les plus sauvages entendront ia loi nouvelle, et, tandis qu'autrefois il n'y avait que la seule langue hébraïque qui servit d'interprète aux secrets de Dieu, maintenant, par la gi'âce de l'Evangile, toutes les langues serviront au Seigneur, selon la prophétie de Daniel (1). Toutefois, malgré cette différence d'idiomes et cette multiplicité de sons et de voix, il n'y aura, à proprement parler, qu'un même langage dans l'Église, parce que les fidèles n'auront tous qu'une même foi à la bouche et qu'une même vérité dans le cœur ; et c'est ainsi que les langues, autrefois divisées par l'orgueil des hommes à la tour de Babel, ont été réunies par l'humble doctrine de l'Evangile.
Quatrièmement enfm, ces langues étaient de feu, pour signifier que la prédication de l'Evangile serait pleine de lumière et de ferveiu", qu'elle devait éclairer et embraser l'univers. Le Saint-Esprit, dit saint Bernard, remplit les apôtres sous ce symbole, afin qu'ils parlassent les langues de toutes les nations, qu'ils proférassent des paroles toutes de feu, et qu'une loi toute de feu fût publiée par des langues de feu (2).
Ce n'est pas seulement dans la personne des apôtres et des premiers disciples que ce mystère s'est accompli. Dans la primitive Église, il se renouvelait presque tous les jom*s. Saint Luc nous dit, en termes exprès que le Samt-Es-
'1) Omnes linguae servient ei. Dan., vu, 14.
(21 Ut linguis omnium gentium vcrba ignea loquerentur, et legera gneain linguà igneâ praedicarent. D. Bern. Serm. 2, in Peni,, n. 2. f. 2'^
a06 DIXIÈME LEÇON.
prit descendait sur les fidèles, tantôt quand on leur conférait le baptême, tantôt quand on leur imposait les mains, tantôt quand on leur annonçait la parole du salut (1). Il descendit sur les Samaritains et sur les Gentils comme sur les Juifs. Ils ont reçu comme nous le Saint-Esprit, dit le prince des apôtres (2). Et, ce qui fait ici notre consolation et notre bonheur, c'est que ce divin Esprit nous a été promis à nous aussi bien qu'aux premiers chrétiens.- Jésus- Christ nous Ta mérité par sa mort, et il Ta demandé pour nous à son Père, en le demandant pour ses apôtres. Sans doute, il ne descend plus d'une manière sensible, avec cet éclat extérieur et ces prodiges qui étaient alors nécessaires pour l'établissement de l'Église ; mais il n'en est pas moins vTai qu'il descend véritablement en nous, que, par les sacrements, nous pouvons le recevoir, et qu'il produit toujours, comme aux premiers temps, les mêmes effets de conversion et de sanctification. Toutefois, ce n'est que dans la véritable Église qu'il se répand ; il n'y a que ceux qui appartiennent à cette sainte société qui puissent avoir part à ses grâces. Aussi voyons-nous que, le jour de la Pentecôte, il ne descendit que sur les six vingts disciples qui composaient alors l'Eglise naissante, pour nous faire entendre que, dans la suite des siècles, il ne se communiquerait qu'à l'Église et aux membres qui en feraient partie. Il;n'y a, dit saint Augustin, que le corps de Jésus-Christ qui puisse vi\Te de l'Esprit de Jésus-Christ * (3).
Que devons-nous faire pour attirer dans nos âmes le Saint-Esprit î
Transportons-nous par la pensée au milieu du cénacle, et, nous mêlant aux apôtres et aux disciples, nous apprendrons de cette sainte compagnie comment on doit se disposer à recevoir le divin consolateur.
1" Nous voyons que les apôtres, pour se préparer à la ?enue du Saint-Esprit, se retirèrent loin du tumulte du
(I) Act., X, 4i. — XI, 14. — (2) Âct., x, 47. (8) û. Aug. Tract, xvi, in Joan.
monde^ et qu'ils passèrent dix jours entiers dans la retraite. En effets comment le Saint-Esprit pourrait-il se répandre dans le inonde, puisque le monde, bien loin de le désirer, ne le connaît même pas, comme Notre-Seigneur a eu soin de nous en avertir (l) ? D'ailleurs, le mouvement continuel du monde, ses amusements, ses fêtes font un bruit étourdissant, qui nous empêcherait d'entendre la voix de l'Esprit-Saint et de reconnaître le moment de sa venue. Ayez donc soin, si vous voulez le recevoir, de vous recueillir dans la retraite, de vous séparer des erreurs et des désordres du siècle. Que si vos engagements vous empêchent de rompre entièrement avec le monde et de mener mie vie tout à fait retirée, faites-vous une solitude d'esprit, au milieu du monde même où la divine Providence vous a placé, en méprisant ses vanités et ses fausses joies ; et, à certaines heures marquées, dérobez-vous à ce siècle corrompu et corrupteur, pour aller à l'église ou dans votre oratoire, vous entretenir seul à seul avec votre Dieu. Encore peutêtre me direz-vous que vos affaires, que les devoirs de la société s'y opposent ; alors du moins, au milieu de vos occupations et de vos travaux, ayez soin d'élever votre âme à Dieu et d'invoquer mentalement l'Esprit sanctificateur. Ce genre de retraite est à la portée de tous ; mais, c'est surtout des maximes du monde et de toute affection terrestre qu'il faut vider votre cœur ; car l'eau et le feu ne sont pas plus opposés que l'esprit de Dieu et l'esprit du monde.
2*^ L'occupation principale des apôtres, dans le cénacle, était de prier avec ardeur, de prier sans relâche (2) ; et leurs Boupirs embrasés s'élevaient, portés sur les ailes des Séraphins, jusqu'au trône de Dieu. La prière est, en effet, la condition la plus nécessaire pour faire descendre le Saint- Esprit dans nos cœurs. Elle est comme la respiration de l'àme, par laquelle elle attire au dedans d'elle-même l'Es-
(1) Joan., XVI, 3.
(2) Eranl persévérantes uoanimiter in oralione. Aci.. n, 43.
o08 DIXIEME LEÇON.
prit divin, comme un air salutaire et rafraîchissant (1). MaiSj hélas! nos prières sont si imparfaites; auront-elles la force d'attirer un J)ieu au dedans de nous ? Loin de nous décourager, adressons-nous avec confiance au Saint-Esprit; c'est lui qui nous apprendra, qui nous aidera à bien prier, ou plutôt c'est lui qui priera en nous avec des gémissements ineffables, qui formera dans nos cœurs de saints désirs, et nous mettra, dans la bouche et sur les lè^Tes, les paroles que le Seigneur écoute avec le plus de plaisir. Il ne tardera pas à nous honorer de sa visite, si nous récitons avec ferveur les prières qu'il a lui-même inspirées à son Église, le Venij Creator Spiritus, le Veni, sancte, etc.
3° L'assemblée, sur laquelle le Saint-Esprit daigna descendre, était la plus sainte qui fut jamais. C'étaient d'abord les apôtres et les disciples, ces élus de Jésus-Christ, qui avaient tout abandonné pour le sui\Te, et qui, depuis l'ascension de leur divin Maître, n'avaient plus de pensées et (le désirs que pour le ciel; et puis la sainte Vierge, la mère de Jésus, qui occupait sans contredit, piirmi eux, le premier rang de grâce et de sainteté. Voulons-nous participer à leur bonheur et mériter que le Saint-Esprit se répande en nous; ayons soin de lui préparer une demeure digne de lui, en purifiant nos cœurs. Car, étant la pureté même, il ne se plaît d'habiter que dans les âmes pures. Chaste colombe , il n'ira point se reposer sur la boue, ni dans des âmes charnelles et remplies de corruption. La sagesse, nous dit-il lui-même, ne peut pas entrer dans un cœur plein de malice, ni habiter dans un corps sujet au péché. La vertu et le vice sont incompatibles, et, par conséquent, il est absolument impossible que l'iniquité et le Saint-Esprit, qui est le principe de toute sainteté, se trouvent ensemble. Que chacun donc rentre en soi-même et s'applique à effacer, par le repentir et les larmes de la componction, jusqu'à ses moindres souillures. C'est cet Esprit de pénitence
(1) Apertti os meum et aitraxi Spiritum. Ps. cxviu, 131.
que le Roi-Prophète demandait à Dieu, quand il disait, avec une ferveur admirable ; a Seigneur, vous m'arroserez avec rhysope et je serai purifié ; vous me laverez et je deviendrai blanc comme la neige (1). » Ainsi, la fuite du monde, la prière, la piu'eté, voilà ce qui nous rend dignes de la visite du Saint-Esprit 3.
Voulez-vous maintenant savoir si vous l'avez reçu, écoutez saint Bernard : a Je connaîtrai, dit cet illustre docteur, que le Saint-Esprit demeure en moi par le changement de mon cœur, lorsque de terrestre qu'il était, il sera devenu céleste, et de charnel spirituel.» D'après cette règle, examinez vos désirs, vos pensées, vos paroles, vos actions, vos affections. N'avez-vous d'autres pensées, d'autres vues que de vous conformer en tout à la volonté de Dieu ; étesvous patients, humbles, résignés, pleins de courage dans les dangers, fermes dans les tentations; vous voit-on faire vos délices de la prière et de la méditation ; en un mot, vivezvous selon la loi de Dieu ; ah ! n'en doutez pas, vous avez reçu le Saint-Esprit. Mais si, au contraire, vous ne suivez que l'impulsion de la chair ; si vous continuez d'être les esclaves du monde, toujours insensibles aux choses spirituelles, toujours tièdes et lâches pour le service du Seigneur ; si vous ne voulez rien souffrir pour l'amour de Dieu ; si la moindre gêne, la moindre peine vous rebute et vous irrite; si vous trouvez tout difficile, tout impossible, quand il s'agit de témoigner au Seignem' votre zèle pour sa gloire, ah ! non, vous n'avez pas le Saint-Esprit au dedans de vous. Et, en effet, qu'il y en a peu qui le reçoivent, même parmi ceux qui se disent les disciples de Jésus- Christ ! On ne trouve partout que des hommes pleins de désirs terrestres, livrés à leurs passions et entièrement dominés par l'esprit du monde, qui est l'ennemi déclaré da l'Esprit de Dieu. Et, à les voir se conduire en toutes choses d'après les maximes d'une prudence toute mondaine, mener une vie molle et sensuelle, et ne songer qu'aux biens
(1) Lavabis me, et super nivem dealbabur. Psai. l. 9.
présents, on dirait qu'ils ne connaissent ni le Saint-Esprif ni ses dons ; ou, s'ils sont plus instruits que ces disciples d'Éphèse qui n'avaient pas même entendu dire qu'il y eût un Saint-Esprit (l),ils sont aussi plus coupables et entièrement inexcusables, puisque, le connaissant, ils se mettent peu en peine de l'attirer dans leurs cœurs et de mérite? ses grâces.
Quant à vous, âmes fidèles que le Saint-Esprit anime et qui brûlez de ses flammes, ah ! quelles actions de grâces ne devez-vous pas rendre à cet hôte divin, qui a daigné choisir votre cœur pour son sanctuaire, et avec quelle ardeur ne devez-vous pas vous appliquer à le conserver ! Est-il en effet de plus grand malheur que de le perdre? Ne contristez point l'Esprit-Saint, dit l'Apôtre (2); gardez-vous bien de l'éteindre (3). On le contriste par le péché véniel, qui refroidit sa bienveillance pour nous et arrête l'effusion de ses grâces; mais le péché mortel le bannit de nos âmes, et C'est l'éteindre entièrement en nous que d'éteindre sa charité dans nos cœurs ou dans ceux des autres.
Enfm, dans quelque situation que nous nous trouvions à l'égard de ce divin Esprit, soit que nous Payons conservé depuis notre baptême, soit que nous l'ayons perdu, soit que nous l'ayons recouvré, invoquons-le toujours comme notre refuge, comme le seul bien de notre âme et notre nnique consolateur. Si nous avons eu le bonheur de le conserver, ah ! loin d'en être fiers, tremblons au souvenir de notre faiblesse, et disons à Dieu comme le roi David : a 0 mon Dieu, ne m'ôtez point votre Esprit (4). » Ahl plutôt perdre l'honneur, la fortune, la vie que de nous laisser enlever ce précieux trésor. Si nous avons été assez malheureux que de le perdre, disons dans l'amertume de notre tœur, avec ce roi repentant : « Seigneur, redonnez-moi
(1; Sed neque si Spiritus sanctus est, audivimus. Act. xi? ^ 2.
(2) Nolite conlristare Spirilum sanclum. EpJi., iv, 30.
(3) Nolite extinguere Spiritum. 1. Thess.,\, i9.
(4) Spirilum sanclum tuum ne auferas à me. Psal. l. 13
votre Esprit (1); » sans lui je sens que je ne puis vivre. Si nous Favons recouvTé par la pénitence^ conservons-le avec une espèce de jalousie, et^ pleins de reconnaissance, disons encore avec ce roi converti : « 0 mon Dieu, confirmezmoi dans la possession de votre Esprit, dans laquelle vous m'avez rétabli (2). »
D. Quel effet produisit le Saint-Esprit dans les apôtres ?
R. Il leur donna le don des langues, et les remplit de sagesse et de force pour annoncer TÉvangile à toutes les nations de la terre.
!• // leur donna le don des langues, c'est-à-dire la faculté surnaturelle de s'énoncer en toute sorte d'idiomes, et d'être entendus de personnes d'un langage différent, tout en ne parlant qu'une seule langue. Nous avons vu que ce prodige, le jour de la Pentecôte, excita l'admiration dans toute la ville de Jérusalem , et que ceux qui en furent témoins, tant Juifs qu'étrangers, ne pouvaient revenir de leur surprise, ni comprendre ce qu'ils voyaient. Ce don des langues, ainsi que celui de prophétie, les apôtres le communiquaient à ceux à qui ils faisaient recevoir le Saint-Esprit par l'imposition de leurs mains. Mais ce miracle a cessé, dès quel'Église s'est trouvée répandue parmi toutes les nations, et qu'elle a commencé elle-même à parler toutes les langues *.
A ce don des langues, il faut joindre encore d'autres grâces extraordinaires , telles que le don de prophétie, le don de chasser les démons, de ressusciter les morts, et de faire au nom de Dieu des choses hors du cours de la nature. Car le Saint-Esprit se répandit en eux sans réserve et sans mesure, et les inonda , pour ainsi dire, de ses faveurs. Aussi voyons-nous que, dès les premiers jours de la prédication évangélique, saint I*ierre guérit miraculeusement un boiteux connu de toute la ville. En même temps qu/Di
(1) Spiritum rectum innova in visceribus meis. Psal. l, i^
(2) Spiritu principaii confirma me. TsaL l, 14.
hli DIXIÈME LEÇOIS
annonçaient la parole de Dieu, tous les apôtres la confirmaient par des prodiges éclatants, qu'ils opéraient à la vue de tout le peuple.
^^ Il les remplit de sagesse. Qu'étaient les apôtres, avant d'avoir reçu le Saint-Esprit ? De pauvres pêcheurs, sans instruction, sans lettres, qui ignoraient jusqu'aux premiers éléments des sciences humaines, et dont Tintelligence paraissait trop bornée pour saisir les grandes vérités de la religion. Jésus-Christ les avait instruits, pendant quelques années; mais le plus souvent ses divins enseignements étaient pour eux ou des secrets auxquels ils ne concevaient rien, ou des énigmes dont le sens leur était entièrement caché (1), jusque-là que le Sauveur lui-même, en voyant ce pitoyable aveuglement, ne put s'empêcher de leur en témoigner sa surprise : a Eh quoi, leur dit-il, vous êtes toujours sans intelligence et sans discernement (2) ? »
Mais, ô effet prodigieux de la présence et de l'opération du Saint-Esprit ! à peine est-il descendu en eux, qu'aussitôt leurs ténèbres se dissipent ; et ces hommes qui ne connaissaient que leurs barques et leurs filets, ces hommes naguère si lents à saisir les vérités du salut, les voilà tout à coup devenus des maîtres consommés dans la science la plus relevée, les interprètes du Ciel, le prodige des siècles, et les oracles du monde entier. Plus éclairés que Salomon sur les secrets du Très-Haut, ils comprennent ce qu'il y a de plus profond dans les Ecritures, de plus obscur dans les prophéties , de plus relevé dans les mystères. Quelle m<*Tveille de voir ces hommes qui, un instant auparavant, savaient à peine leur langue, tout à coup savants sans études, sages sans expérience, instruits sans travail, féconds sans recherches, réfuter et réduire au silence les princes de la synagogue, les orateurs et les philosophes des Gentils, et confondre tout ce que la sagesse humaine peut opposer
(1) Ipsi autem nihil horum intellexerunt, et eral verbum istud absconditum ab eis. Luc, viii, 34.
(2) Adhuc et vos sine inlelleclu estis ? Luc, xv, 16.
à la simplicité de TÉvangile ! Jamais pareille chose ne s'était vue; et, dans cet admirable changement qui transforma de pauwes ignorants en apôtres , qui ne reconnaîtrait le doigt de Dieu ?
3° // les remplit de force. Autre merveille non moins étonnante. Ces hommes, auparavant faibles et timides, qui avaient lâchement abandonné le Sauveur, à l'époque de sa passion, et qui , depuis son ascension, cachés dans Jérusalem, n'osaient paraître en public, dans la crainte de quelque persécution, voyez-les au sortir du cénacle ; leur ancienne pusillanimité s'est changée en force et en courage; les voilà déterminés à tout faire, à tout entreprendre, à tout souffrir pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Ne pouvant plus retenir le feu sacré qui les anime, ils parlent avec une pleine liberté devant ces scribes , ces pharisiens , ces magistrats, dont les mains sont encore teintes du sang du Sauveur; ils leur reprochent hardiment d'avoir crucifié le Saint, le Juste, d'avoir mis à mort l'Auteur de la vie. Qu'on les traduise devant les tribunaux, qu'on les plonge dans de noirs cachots, rien ne les arrête; il vaut mieux, disent-ils, obéir à Dieu qu'aux hommes, et ils s'élancent avec joie au-devant du glaive, des bûchers, de la roue, de la croix, s'estimant heureux de soufirir pour le nom de Jésus-Christ ; et, s'ils avaient eu mille vies, ils les auraient volontiers sacrifiées pom* la gloire de leur maître. D'où pouvait leur venir tant d'intrépidité ou plutôt tant d'héroïsme ? Ah ! c'est que le Saint-Esprit était en eux.
Ce divin Esprit n'a jamais cessé d'opérer dans l'Église, et il accorde toujours les mêmes secours à ceux qui sont fidèles à lui ouvrir l'entrée de leurs cœurs. C'est lui qui forme les âmes chrétiennes à la véritable sagesse, et qui leur montre le chemin de la vertu ; c'est lui qui les remplit de force pour résister aux tentations du démon et de la chair, et pour les préserver de la contagion du monde. Que s'il ne nous accorde pas, comme aux apôtres, des dons extraordinaires, comme, par exemple, de parler et
d'entendre toute sorte de langues , il nous accordera tou jours de faire un saint usage de notre langue; en un mot il se donne toujours à nous, suivant les besoins particulier de notre âme. Soyons fidèles à ses inspirations, et, quell que soit notre misère, nous sentirons bientôt son influent toute-puissante, par les rapides progrès en vertu, en piété que nous ferons sous sa conduite. Car, lorsqu'on a un Diei pour maître, on ne peut que croître toujours en perfectioi et en mérite. Le Saint-Esprit , dit saint Léon, inspire m enfant, dont le seul talent était de jouer de la harpe, et i en fait un psalmiste ; il inspire un simple berger, et il ei fait un prophète ; un persécuteur de l'Église naissante, e il en fait un docteur des nations ; un publicain, et il en fai un évangéliste. Venez donc en nous, ô divin Esprit, e bientôt d'hommes terrestres et sensuels, nous deviendron de vrais hommes de Dieu.
La Pentecôte est une des trois principales fêtes de Tan née. En ce jour, l'Église célèbre trois grands mystères : 1 descente du Saint-Esprit sur les apôtres, la promulgatio de l'Évangile, et l'anniversaire de sa propre naissance. Ca c'est à pareil jour qu'elle fut fondée par la prédicatio des apôtres et les nombreuses conversions qu'ils opéré rent. Les Juifs avaient aussi leur Pentecôte, consacrée des actions de grâces pour la promulgation de la loi sur 1 mont Sinaï. Elle a été la figure de la Pentecôte des chrétiens et ces deux fctes ont entre elles les plus grands rapports.
1° La Pentecôte des Juifs était fixée au cinquantièm jour après l'immolation de la Pâque ou la sortie d'Egypte et la Pentecôte des chrétiens se célèbre aussi cinquant jours après la mort de Jésus-Christ, qui est le véritabi agneau pascal , et qui nous a délivrés par son sang de l captivité du démon et du péché.
2» La loi ancienne fut publiée au milieu des foudres € des éclairs ; et, quand Dieu donna la loi nouvelle, il se fi aussi un grand bruit comme d'un vent impétueux qui ve nait du ciei.
3° La loi ancienne fut gravée sur des tables de pierre^ par le doigt de Dieu ; et la loi nouvelle a été gravée en nos cœurs par le Saint-Esprit^ que l'Écriture appelle le doigt de Dieu (1).
Mais une différence bien essentielle entre ces deux alliances, c'est que la première était une loi de crainte et de terreur, qui fut promulguée avec un appareil si terrible que tous les Juifs en furent effrayés, au lieu que la seconde est une loi de grâce et d'amour, donnée par le Saint-Esprit, principe de consolation et de douceur.
TRAITS HISTORIQUES
1. Ce sont les prêtres et surtout les évêques, qui font descendre en nos âmes les grâces du Saint-Esprit, par la vertu de l'imposition des mains ; et ce sublime ministère, ils doivent l'exercer uniquement pour le salut des fidèles, et non pour des vues mercenaires, comme se l'imagina follement un impie, dont il est parlé aux Actes des apôtres. On le nommait Simon le magicien, parce qu'il s'adonna de bonne heure à la magie. Ses enchanlements et ses prestigeà firent que le peuple qui le suivait, l'appelait la grande Vertu de Dieu. Mais lorsque saint Pierre et saint Jean se furent rendus à Samarie, pour imposer les mains aux nouveaux baptisés que saint Philippe, un des sept diacres, avait convertis par ses prédications soutenues de beaucoup de miracles, il crut en Jésus-Christ et reçut le baptême. Cependant, témoin des prodiges qui s'opéraient sur ceux qui avaient reçu le Saint-Esprit, il osa aspirer au pouvoir d'imposer les mains, et de tourner à sa propre gloire les miracles qu'il espérait opérer comme les apôtres. Dans cette idée, il leur présenta de l'argent et leur dit : < Donnez-moi le pouvoir que vous avez, afin que ceux à qui j'imposerai les mains reçoivent le Saint-Esprit. » Mais Pierre lui dit : « Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu peut s'acquérir avec de l'argent; fais pénitence. » Bien loin de faire pénitence, Simon donna de nouveau dans la magie, s'abandonna à toute sorte de dérèglements, et devint l'ennemi secret des apôtres. Après avoir infecté Samarie des erreurs les plus extravagantes, il vint à Rome; et, voulant persuader qu'il était Dieu à l'empereur Néron qui le protégeait, il promit de s'élever au ciel, à la vue de t^ut le monde. Tout le peuple s'assembla par la curiosité
(1) Dexirae Dei tu digitus. Ex Uym. Veni, creator. — Digitus Dei hic est. Exod., viii, 19.
d'être témoin d'un tel spectacle ; et, en effet, Simon s'élera, on plutôt il fut élevé en haut par les démons ; mais Pierre se mit en prières, et sa prière fut écoulée de Dieur L'action des malins esprits cessa; le magicien tomba, et son corps fut brisé par sa chute ; il mourut à l'instant même. C'est de Simon qu'est dérivé le nom de Simonie. qui désigne le péché détestable que commettent ceux qui achètent ou vendent les dons et les grâces du Saint-Esprit.
2. Le cœur de l'homme ne peut demeurer vide, et, s'il n'est plein de l'Esprit de Dieu, aussitôt l'esprit de malice s'en empare. C'est ce que nous voyons clairement par l'exemple de Saùl. Ayant été sacré roi des Juifs par le prophète Samuel, qui répandit sur sa télé une petite fiole d'huile, il se sentit tout à coup changé en un autre homme. L'Esprit du Seigneur se saisit de lui, et, ayant rencontré une troupe de prophètes, il se mit à prophétiser au milieu d'eux. Et tous ceux qui l'avaient connu auparavant, s'entre-disaient : € Qu'est-il donc arrivé au fils de Cis ? Saùl est-il aussi prophète ?» Et d'autres répondaient : < Dieu n'est-il pas le maître de ses dons, et ne peutil pas les accorder à qui il veut ?» Ce malheureux roi, ayant ensuite désobéi aux ordres de Dieu, l'Esprit du Seigneur se retira de lui, et il fut tourmenté par le malin esprit, sans pouvoir trouver d'autre soulagement que celui que lui procurait David, en jouant de la harpe. De même, quand nous sommes agités par celte tempête de passions que l'esprit impur soulève quelquefois au dedans de nous, ayons recours à la parole de Dieu, dont la douce harmonie nous rendra la paix et la joie de l'Espril-Saint. l. Reg., cap. x et xvi.
Z, Après les apôtres, on a vu aussi plusieurs hommes de Dieu, animés d'un saint lèle pour la propagation de l'Évangile, doués des plus grandes faveurs, et pleins de ce feu divin qui embrasa les cœurs des premiers fidèles, au jour de la Pentecôte, opérer les plus grands prodiges, et avoir le don des langues. Ainsi on raconte du bienheureux Vincent Ferrier, de l'ordre des Prêcheurs, qui existait au commencement du xv" siècle, qu'il parlait diverses langues, sans avoir eu d'autre maître que le Saint-Esprit. Il parcourut différents royaumes et convertit huit mille sarrasins, vingt mille juifs, et plus de quarante mille pécheurs publics, coupables de tous les genres de crimes; et il en détermina plus de cent mille à se confesser. Tous le comprenaient, de quelque nation qu'ils fussent. — On dit également de saint Antoine de Padoue qu'il parlait toute sorte de langues ; éclairé de la lumière du Saint-Esprit, il connaissait l'état des âmeâ; les miracles étaient pour lui chose aussi facile que les actions les plus ordinaires; les éléments obéissaient à sa voix, comme s'ils ivaient été pourvus d'intelligence.