PREMIÈRE PARTIE
€e qu'on entend par Catéchisme. — Son importance et sa nécessité, — Maux qu'enfante l'ignorance. — A qui convient l'étude da Catéchisme. — Difficulté qu'on oppose. — Invitation à le bien étudier.
On entend par Catéchisme (1) une instruction familière sur les principales vérités de la religion, faite par demandes et par réponses. Par là, nous voyons que le Catéchisme diffère
(1) Ce mot vient du grec xa-nix^ioi; instruction, littéralement son répercuté, de Jcarà et ri/o;. En effet, dans le Catéchisme, le maître et le disciple sont en quelque sorte l'écho l'un de l'autre, soit par l'harmonie de foi et de sentiments qui s'établit entre eux, soit parce que dans cette forme d'instruction par demandes et réponses, le disciple est souvent amené à répéter les propres paroles de celui qui l'instruit Dans les premiers temps, on appelait catéchumènes, ceux qui se préparaient à recevoir le baptême , et se faisaient instruire dans c« dessein.
essentiellement du sermon^, et de tout autre genre de prédication^ où le prêtre seul parle, tandis que tout le monde est obligé de Técouter en silence; au lieu que le Catéchisme se fait par forme de dialogue, le prêtre ou catéchiste interrogeant tantôt les uns, tantôt les autres, afin de mieux leur inculquer les vérités qu'il leur enseigne, et ceux-ci répondant selon la mesure de leur savoir : ils peuvent même demander les éclaircissements qui leur sont nécessaires. Cette manière d'instruire est singulièrement propre à exciter l'attention et à piquer la curiosité. Le catéchiste est comme un père de famille au miheu de ses enfants, leur parlant tour à tour le langage de la raison et le langage du cœur, et proportionnant toujours ses leçons à la portée de leur esprit.
Mais si le Catéchisme est si attrayant par sa forme simple, claire, aisée, et par les douces relations qu'il établit entre le pasteur et les brebis confiées à sa garde, et qu'il doit conduire dans les pâturages de la saine doctrine ; il est aussi d'une importance extrême, à cause des grandes et indispensables vérités qu'il renferme. Le Catéchisme, en effet, est le livre élémentaire de la religion, l'exposé précis et substantiel de la foi catholique, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu et d'arriver à la béatitude céleste. Il nous apprend la plus excellente, la plus sublime de toutes les sciences, la science de Dieu, de ses perfections et de ses mystères, la science du salut et des moyens que nous devons prendre pour l'obtenir. Or, qui ne voit qu'il n'y a pas de science plus nécessaire que celle-là ? Il est une infinité de choses qu'on peut ignorer sans danger; ainsi, par exemple, il n'est pas nécessaire de pénétrer les secrets de la nature, d'approfondir toute la perfection des arts, de connaître les ressorts de la politique, les savants théorèmes de la géométrie, les lois mystérieuses en vertu desquelles les astres se meuvent au-dessus de nos têtes. Certes, il n'est pas donné à tout le monde de s'élever jusque-là; ce ne peut être que le partage de quelques intelligences privilégiées. Du reste, qu'est-ce le plus souvent que la science profane? Folie et vanité. Combien, en effet, trouve-tK)n de
NÉCESSITÉ DU CATÉCUISME. 13
ces sages du siècle, infatués de leurs connaissances, qui se piquent de tout savoir , qui dissertent longuement et éloquemment sur tout, même sur les objets sacrés de notre foi, et qui néanmoins ne sont pas encore à l'alphabet de la science des Saints, et auxquels on pourrait appliquer ces paroles que Tapôtre saint Paul adressait aux philosophes de Tantiquité : « Leur cœur insensé est rempli de ténèbres, ils sont devenus fous en s' attribuant le nom de sages, et ils ont mis le mensonge à la place de la vérité de Dieu(l). » Ce qu'il importe surtout de connaître, ce sont les obligations infinies que nous avons à la Majesté divine, la manière de rhonorer et de la senir, les devoirs de notre état, les secours que la religion nous offre, pour nous faire obtenir les récompenses et éviter les châtiments de l'autre vie. Voilà précisément ce que le Catéchisme nous enseigne; n'est-ce donc pas la plus indispensable de toutes les instructions ?
Convenons , cependant , que tous ne sont pas également capables d'arriver au même degré de kimière. Autre est la science des pasteurs obhgés d'instruire leurs ouailles, et autre la science des simples fidèles; et, parmi ceux-ci, les uns ont plus ou moins de connaissances que les autres , à raison de leur âge, de leur état, de leur capacité; et, en bien des choses, la foi de l'Eglise peut suppléer à ce qui manque à leiu- intelligence. Mais aussi, il est des points tellement essentiels, qu'on ne peut les ignorer sous peine de damnation. On est obligé de croire explicitement, et par conséquent de savoir les principaux mystères de notre croyance , qui sont des articles de foi, de la même manière que nous sommes obligés d'avoir la foi elle-même. C'est la décision expresse de saint Thomas (2). Saint Charles Borromée dit aussi que tous ceux qui ont l'usage de raison, doivent connaître tous les articles du symbole, au moins quant à la substance, et savoir de plus les commandements de Dieu et ceux de
(1) Rom., IV, 21.
(2) D. Thom., 2'. 2». q. 2, art. 5.
rÉglise (1). Comment en effet les observer, si Ton n'en est
instruit? ■
Mais gardons-nous de croire qu'il suffise de s'aiTêter à ces premiers rudiments de la foi; c'est une semence féconde qui doit germer et fructifier en nous, à mesure que notre esprit se développe. L'étude de la religion, à cause de son excellence, et des avantages immenses qu'elle nous procure, doit être l'étude de toute notre vie. Aussi rien de plus fortement recommandé dans les saintes Écritures, que de méditer ses oracles et ses préceptes, et de les graver dans notre cœur. Sous l'Ancien Testament, Dieu voulait que son peuple eût continuellement le li\Te de la Loi devant ses yeux. « Écoutez, ô Israël, lui disait-il, mes paroles et mes ordonnances ; vous les méditerez dans l'intérieur de vos maisons et dans vos voyages, la nuit dans les intervalles du sommeil, et le matin à votre réveil ; vous les lierez comme un signe dans votre main; vous les porterez sur votre front; vous les écrirez sur le seuil et sur les portes de votre habitation (2). » Quelles expressions plus fortes pouvait employer le Seigneur, pour faire sentir aux Israélites la nécessité de penser souvent aux vérités de la religion, et de s'appliquer sans relâche à observer toutes les prescriptions de sa Loi ? a Les lèvres du prêtre, leur disait-il ailleurs par la bouche d'un de ses prophètes (3), sont dépositaires de la science; c'est donc à eux que vous devez vous adresser pour la recevoir de leur bouche. » Et il avait réglé que les lévites, chargés de communiquer cette science divine, seraient dispersés dans Israël, afin qu'il fût plus facile à tout le peuple de s'en instruire.
Pareillement sous l'Évangile, Dieu a établi des prêtres, des pasteurs, des docteurs, avec la sublime mission de guider les esprits, d'éclairer les consciences, et de faire briller par-
(1) Inst. Confess., pars \.
(2) Deut., vil, 8.
(3} iîal., II, 7.
tout la lumière céleste, a Allez, leur a dit îe divin Sauveur, enseignez les nations, apprenez-leur à croire et à pratiquer tout ce que je vous ai ordonné (i ) . »Et comment les pasteurs et les ministres de l'Eglise doivent-ils accomplir cet ordre divin? Est-ce par des phrases harmonieuses , par des discours emphatiques? Mais ce n'est pas ainsi qu'ont prêché Jésus-Christ et ses apôtres (2); ils ont parlé sans prétention, sans aucun art, annonçant les vérités les plus sublimes dans les termes les plus simples, et ne se proposant d'autre but que la gloire de Dieu et le bien des âmes. Des instructions familières, des Catéchismes surtout, des Catéchismes, voilà le \Tai moyen de faire fructifier la parole de Dieu dans le cceur des fidèles. Mais les mêmes raisons, qui imposent aux pasteurs l'obligation de catéchiser les peuples, imposent aussi aux peuples l'obligation d'assister habituellement aux Catéchismes que leur font leurs pasteurs, car c'est uniquement pour eux qu'est établi le ministère pastoral.
Que s'ils se montrent assidus et dociles h écouter la voix de ceux qui sont chargés de leur conduite , quel fruit n'en retireront-ils pas! Le goût de la piété, l'horreur du vice, mille préservatifs contre la contagion du siècle, la force de réprimer la fougue des penchants déréglés, une sainte hardiesse à braver le respect humain, le mépris des vanités mondaines, la lumière de l'esprit, la pureté du cœur, le désir du Ciel, tels sont les salutaires effets de l'instruction religieuse. Heureuses donc les âmes saintement avides de l'acquérir, et empressées à profiter pour cela de tous les moyens que leur offre l'Eglise ! On peut dire de cette science sacrée, qu'on puise dans les livres élémentaires de la religion et dans les explications familières qu'en donnent les pasteurs, ce que le roi David disait de la sagesse, qu'elle est préférable à l'or le plus pur, aux pierres les plus précieuses.
(1) Euntes docete omnes gentes.... docentes eos servare omnia qu»eumque mandavi vobis. Math., xviii, 20.
(2) Non in sublimitate sermoois. i, Cor., ii, 1.
qu'elle est plus douce à la bouche que le miel le plus excellent. S'y affectionner est une marque de prédestination; et celui qui s'y attache de tout son cœur, est semblable à un arbre planté sur le bord des eaux, qui conserve toujours la verdure de ses feuilles , c'est-à-dire la force et la vigueur dans la foi, et qui porte du fruit en son temps, c'est-à-dire qui produit des œuvTCs de piété, de justice et de sanctification.
Au contraire, quels maux affreux n'engendre pas l'ignorance ! Une funeste expérience prouve qu'elle est la source d'une infinité de désordres déplorables. L'oubli de Dieu, le mépris et la profanation des choses saintes, le dégoût de la prière et des exercices spirituels, l'impiété, le libertinage, proviennent presque toujours de ce qu'on n'est pas assez instruit sur les vérités même les plus essentielles. On se fait de fausses idées sur Dieu, sur la religion, sur les devoirs qu'elle nous impose; on a l'esprit imbu de mille préjugés absurdes, ridicules, injurieux à l'Église et à son divin auteur; et on se livre à toutes les illusions de son esprit, à toutes les mauvaises inclinations de la nature corrompue; et, de précipice en précipice, on roule jusque dans l'abîme de la damnation éternelle. Hélas! si l'enfer s'élargit tous les jours et s'étend sans aucune borne, c'est qu'on oublie Dieu; c'est qu'on ne fait aucun cas de ses mystères, et qu'on s'aveugle volontairement, pour ne pas discerner la voie qui mène au vrai bonheur.
Outre les ravages affreux, que l'ignorance des vérités éternelles fait dans les âmes, elle est encore un des fléaux les plus terribles de la société civile. D'où viennent, en effet, ces crimes affreux qui effraient presque journellement le monde ? D'où vient cette progression incessante de vols audacieux, de vengeances atroces, de sacrilèges, de suicides, d'assassinats? D'où vient que la terre est dans la désolation de se voir souillée de tant d'abominations, dont mie bouche honnête n'ose parler? D'où vient que nos tribunaux retentissent des faits les plus hideux et les plus révoltants? Ah î
nous devons le proclamer liautement^ si Ton se joue des lois les plus sacrées, si l'on semble ne plus craindre et braver les jugements des hommes, c'est qu'on ne craint pas les jugements de Dieu, faute d'avoir appris à les connaître. Aussi entend-on quelquefois certains de ces malheui-eux, arrivés au comble de la dépravation, au moment d'expier leurs forfaits sous le glaive de la justice , s'excuser sur la mauvaise éducation de leur jeunesse. «Ah! disait, il n'y a pas longa temps un d'entre eux, si on avait veillé sur moi, dès mon ence fance; si mes parents m'avaient appris à servir le Seigneur, « à fuir les mauvaises compagnies, à faire mes prières, à fré- « quenter les églises, je ne serais pas maintenant ici. » Et, du haut de l'échafaud, il lança contre les auteurs de ses jours ce terrible anathème, capable de faire trembler tous les chefs de famille : Maudit soit mon père! Maudite soit ma mère! Mais que instruction religieuse se propage, qu'elle pénètre dans toutes les veines du corps social, que les saintes croyances de nos pères s'affermissent dans tous les esprits; et alors, à la place de ces vices honteux dont le débordement épouvante, on verra s'établir le règne de la pureté, de la justice, de la charité , des plus aimables vertus. 0 vous donc qui désirez de plaire à Dieu , qui ne voulez pas être enveloppés dans la masse de perdition , ayez soin de vous instruire; lisez, étudiez, méditez votre Catéchisme.
A qui convient cette étude? Elle convient à tous, car tout le monde est appelé au salut; et il est impossible d'y arriver sans la connaissance des vérités que nous devons croire, des préceptes que nous devons garder , et des sacrements que nous sommes obligés de recevoir. Le Catéchisme, qui nous donne cette connaissance, est donc le livTe de tous les âges et de toutes les conditions , le livTC des petits et des grands, des riches comme des pauvTes, des savants aussi bien que des ignorants.
Il convient d'abord et surtout à l'enfance. N'est-il pas en effet d'une importance extrême d'inspirer de bonne heure à ces âmes pures et innocentes, que le souffle de Satan n'a
pas encore souillées, raniour de Dieu et la haine du péché? Les premières impressions qu'on reçoit, s'effacent difficilement; et les premières habitudes sont les plus fortes. Or, le cerveau, dans les enfants, étairt semblable à une cire molle sur laquelle on peut graver tout ce qu'on veut sans la moindre peine, il faut, dit Fénelon , se hâter d'écrire dans leur tête, pendant que les caractères s'y forment aisément. Si, dans l'âge orageux des passions, entraînés par les scandales du siècle, ou par les préoccupations de la cupidité, ils oublient les leçons de sagesse qu'on leur a données, ils en conservent toujours, même au fort de leurs égarements, quelques vestiges ; et, tôt ou tard, les semences de vertu, répandues dans leur âme, se raniment et les font rentrer dans le devoir ^ Que peuvent devenir, au contraire, les enfants qui n'entendent jamais ou presque jamais parler de Dieu ? Après avoir grandi dans l'ignorance, ils croupissent dans le désordre et l'abrutissement. « Les vices de leur adolescence, dit l'Esprit-Saint, s'imprègnent jusque dans la moelle de leurs os, et s'y enracinent tellement qu'on ne peut plus les extirper, et qu'ils les emportent avec eux dans la poussière du tombeau (1). »
Il convient aux jeunes gens, et aux personnes avancées en âge, comme aux petits enfants. Car plus on l'étudié, plus on y trouve à profiter. Combien d'ailleurs qui croient le savoir parce qu'ils l'ont appris dans leur enfance, et qui ne s'aper- <;îOivent pas qu'ils l'ont complètement oublié! Combien d'autres qui ne l'ont jamais bien compris! Ce n'est pas savoir son Catéchisme, que de réciter du bout des lèvres des mots auxquels on n'attache aucun sens ; la lettre ne suffit pas; il faut de plus en avoir l'intelligence. De là, la nécessité des explications que les prêtres en donnent, soit dans les prônes, soit dans les Catéchismes ou autres instructions. Combien enfin, dont l'enfance a été tellement négligée, qu'ils n'ont jamais connu, même ce qu'il y a de plus nécessaire au
(1) Ossa ejus replebunlur viliis adolescenliae ejus, etcum eo in pulvere dormient. Joh, xx, 11.
salut ! On a trouvé, en quelques endroits, des vieillards qui n'avaient jamais appris de leur vie le Pater ni le Credo, qui ne savaient pas répondre aux questions les plus faciles, dont la foi par conséquent était nulle, et qui n'étaient chrétiens que de nom 2.
Les pères et mères, maîtres et maîtresses, sont très-coupables devant Dieu , s'ils négligent d'envoyer au Catéchisme leurs enfants et leurs domestiques. Ils se rendent responsables de toutes les fautes auxquelles l'ignorance les porte, et de toutes les mauvaises habitudes qu'ils les laissent contracter, en ne leur donnant pas une éducation chrétienne.
Il convient aux hautes classes de la société, comme aux hommes du peuple. En effet, on voit quelquefois des personnes d'une basse extraction , des ouvriers , des domestiques, des agriculteurs sans esprit, sans éducation , parfaitement mstruits des vérités de la foi ; tandis que des gens du monde, polis d'ailleurs et éclairés sur tout le reste, souvent même des littérateurs et des savants, sont d'une ignorance extrême sur les mystères de notre religion et les règles de la morale (1).
Il convient, il est indispensable aux pères et mères de famille, qui, étant de droit naturel les premiers et les principaux catéchistes de leurs enfants, doivent, aussitôt que leur intelligence commence à paraître, leur en imprimer la lettre dans la mémoire, la leur faire répéter plusieurs fois, et leur en faire comprendre le sens, par une comte explication. S'ils se contentaient de les envoyer de loin en loin à l'église, comment les pasteurs pourraient-ils les instruire suffîsam-
(1) Il s'est trouvé des hommes, placés dans les plus hautes régions de la philosophie, qui ne savaient pas même où est né Jésus-Christ. Il naquit à Nazareth, a dit M. Lherminier {Revue, 1. 111, 278; Bon gens, 9 août 1831). — Il naquit à Jérusalem, a dit M. Roux-Ferrand. {Cours d'histoire, t. XIV). — 0 philosophes, allezdonc au Catéchisme, ou tout au moins, lisez les deux premiers chapitres de l'Évangile, et vous y trouverez cinq fois le nom de la ville qui donna naissance à Jésus-Christ.
ment ? A cause de la légèreté de leur âge, n'oublieraient-ils pas, d'une instruction à l'autre, ce qu'on leur aurait appris d'abord ? Aussi est-ce un usage très-louable, établi dans certaines familles, et qu'on voudrait voir s'introduire dans toutes, que. le soir, siutout pendant les longues veillées de l'hiver, au lieu de se livrer à des conversations inutiles et peut-être dangereuses, on repasse quelques chapitres du Catéchisme. Le père ou la mère interrogent ; les enfants et les serviteurs répondent, et on s'édifie mutuellement. Mais le père et la mère de famille seraient-ils en état d'instruire les autres, s'ils n'étaient eux-mêmes instruits? Qu'ils s'appliquent donc à l'étude de la doctrine chrétienne.
Ainsi le Catéchisme est fait pour tous; il est la meilleure nourriture de notre esprit, et il n'y a personne qui ne doive le lire et le relire attentivement, afin de le posséder de mieux en mieux.
La grande difficulté qu'on oppose à cette obligation si étroite et si indispensable d'étudier la religion, c'est qu'on n'a pas le temps; on est, dit-on, surchargé par la multitude des occupations, écrasé d'affaires; on n'a pas un moment de libre. Prétexte futile ! Que de bons catholiques fort exacts à la prière, aux offices de l'Église, aux exercices de piété, à des lectures édifiantes, et qui ne négligent pas pour cela les travaux de leur profession ! N'est-ce pas une chose digne de pitié, qu'on trouve du temps pour tout, pour ses affaires temporelles, pour ses plaisirs et ses amusements, et qu'on regarde comme un temps perdu, celui qui serait employé à acquérir la science sacrée de la religion ? a 0 horreur des a horreurs ! s'écrie ici un pieux et savant personnage (1), les « pères et mères, les maîtres et maîtresses auront un soin « particulier de toutes les affaires de leur famille, à l'exa ception de ce qui regarde le salut ! Y a-t-il un paysan, « quelque malheureux qu'il soit, qui n'apprenne à parler a à son enfant, qui ne lui apprenne à gagner sa vie, au
(1) 5J. Uoudon.
« moins à garder un petit troupeau ? Les laboureurs appren- « nent à leurs enfants à labourer, les vignerons à cultiver « leurs vignes, les artisans leurs métiers; un maître, une a maîtresse voudront que leurs valets, leurs servantes sa- « chent bien apprêter à manger; on chassera un pauvre a cuisinier, s'il ne fait pas bien la cuisine; mais se met-on « également en peine d'apprendre ou de faire apprendre « à servir Dieu en vérité, à le faire connaître, à le faire «aimer? Répétons-le, 6 horreur des horreurs! les plus « ignorants des campagnes savent des fables ; ils les content « les soirs, en hiver, pour se divertir; ils savent des chana sons et souvent peu honnêtes : Dieu seul est ignoré ! »
C'est parce qu'ils étaient intimement convaincus de la nécessité du Catéchisme, qu'on a vu les hommes les plus marquants se livrer, avec le plus grand zèle, à cette belle fonction du ministère pastoral. Dès l'origine de l'Église, plusieurs saints Pères se sont illustrés par leurs fameuses catéchèses, faites pour ceux qui voulaient embrasser le christianisme et recevoir le baptême; et, depuis Origène et saint Augustin jusqu'à Bossuet et Fénelon, que de grands noms ne pourrait-on pas citer ! Le célèbre Gerson, chancelier de l'université de Paris, employa les dernières années de sa vie à exercer les humbles fonctions de catéchiste, dans l'église Saint-Paul, à Lyon. Saint Ignace de Loyola s'engagea par vœu, lui et ses premiers compagnons, à ce genre de ministère. Saint François de Borgia allait dans les villages, une clochette à la main, pour appeler les enfants et les pauvres gens de la campagne, et, sans jamais se rebuter ni de la légèreté des uns, ni de la grossièreté des autres, il leur inculquait avec une patience et une douceur inaltérables les vérités de la doctrine chrétienne. Voilà les grands modèles que nous nous proposons de suivre, en ouvrant ce coms d'irstructijon, auquel nous vous invitons de toute la tendresse de notre âme, et au nom de vos plus chers intérêts. Soyez donc fidèles à y assister, vous tous qui voulez vous rendre dignes d'avoir un jour part au sort des Saints. Que votre plus
douce occupation soit de méditer et d'étudier les vérités célestes, afin de croître toujours dans la grâce et la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ notre Sauveur. Si vous aimez réellement le Seigneur, vous vous plairez à penser souvent à lui, à étudier ce qu'il a fait pour vous, et ce que vous devez faire pour lui être agréable et mériter ses faveurs. L'amour divin, pour peu qu'il vive en vous, vous fera trouver sans cesse de nouveaux charmes à l'étude de ses mystères; et, d'un autre côté, les nouvelles connaissances que vous acquerrez, enflammeront de plus en plus votre amour. Apprenez donc tous les jours, ô chrétiens, à connaître votre Père céleste, sa grande bonté, ses miséricordes infinies; appn^nez à connaître vos destinées futures, la gloire immense qui vous est préparée. Et, pour cela, ne perdez jamais de vue votre Catéchisme; ayez-le souvent entre vos mains; aimez à parcourir ces pages sacrées, qui ne sont autre chose qu'un court sommaire de l'Évangile, et vous montrent en peu de mots toute l'économie de notre sainte religion. Suivez aussi attentivement les explications que nous vous en donnerons ; et, afin que vous y preniez plus de goiit, rappelezvous souvent ces paroles que saint François de Sales faisait crier par un héraut dans les rues : « A la doctrine chrétienne ! A la doctrine chrétienne ! on vous y enseignera le chemin du paradis ! (i) »
Nous terminerons cette instruction par les réflexions suivantes. Les enfants doivent :
1° Apprendre avec le plus grand soin la lettre du Catéchisme. L'admirable secret de cette lettre d'une simplicité si savante, c'est que, sans jamais avoir rien ni de vague, ni d'ii.certain, ni d'indéfini, elle renferme les vérités les phis hautes, et les règles de conduite les plus parfaites et les plus sûres. Les demandes du Catéchisme, une fois bien gravées dans la mémoire, à quelque âge de la vie qu'elles se présentent ensuite à l'esprit, y réveillent aussitôt
(1) Vie de saint François de Sales, par Auguste de Salet-.
de prompfes et doctes réponses, et présentent elles-mêmes une exposition claire et soudaine des dogmes catholiques.
2° Assister avec exactitude aux réunions du Catéchisme qui se font à l'église,, n'y manquant jamais sans de graves motifs, et sans la permission de leurs parents. Il est facile de voir que de fréquentes absences leur seraient extrêmement préjudiciables.
3° Écouter, pendant le Catéchisme, avec une attention soutenue l'explication qu'on leur en donne, et, pour cela, ne se permettre jamais ni paroles inutiles, ni rires, ni badinages, ni regards distraits ; mais, tout au contraire, fixer les yeux sur celui qui parle, et garder une tenue qui porte une empreinte de haute convenance et de respect.
4° Remercier Dieu, après le Catéchisme, de l'instruction qu'ils ont reçue, et, de peur d'en perdre le fruit, la repasser dans leur mémoire, s'en entretenir avec leurs condisciples, et surtout en faire la règle de leur conduite. On ne saurait trop conseiller à ceux qui en sont capables, de mettre par écrit les principaux points qu'on leur a développés. Ces rédactions, ces analyses sont d'un merveilleux secours pour se bien graver dans l'esprit et le cœur les vérités de la religion; elles forment comme un monument de piété, un trésor précieux, un heureux souvenir d'enfance, qu'on retrouve plus tard avec bonlieur, souvent même avec fruit.
TRAITS HISTORIQUES
1. On a vu des enfants monlrer un courage vraimetit admirable pour se rendre assidûment au Catéchisme.
Dans une province de la Pologne, le froid qui était extrême, eemblait devoir arrêter dans leurs maisons les enfants en bas âge ; cela n'empêcha pas plusieurs petits enfants mal habillés d'aller au Catéchisme, nu-pieds, par les neiges. Comme le plus petit d'entre eux paraissait transi de froid, on voulait le renvoyer chez lui ; mais il répondit : Quand mes pieds gèleraient, je l'endurerais volontiers pour apprendre le chemin du Ciel
Voici un autre exemple arrivé en Allemagne. Lorsque les Pères de la compagnie de Jésus y faisaient le Calécliisrae, un pciil garçon, qui n'avait pas encore six ans, se mêla avec d'autres enfants qui allaient au Catéchisme ; on lui apprit à faire le signe de la croix, et on lui donna une image pour récompense. Cet enfant tout joyeux s'empressa de montrer son image à tout le monde; mais son père, qui était protestant, ne partagea pas sa satisfaction; il le menaça de le battre cruellement, pour l'obliger à déchirer cette image en mille pièces, et à lui promettre de ne plus retourner au Catéchisme. Ce courageux enfant aima mieux souffrir les mauvais traitements de soc père, que de lui faire celte promesse et de déchirer son image. Huit jours se passèrent ensuite sans qu'il parlât de rien; le dimanche suivant, dés qu'il entendit la cloche qui annonçait le Catéchisme, il s'empressa de sortir pour s'y rendre. Le père, s'en apercevant, fit fermer la porte, et lui dit des injures pour l'obligera demeurer; mais l'enfant ne cessa point de pleurer et de prier jusqu'à ce qu'on lui eût ouvert la porte; et aussitôt il courut au Catéchisme et ne cessa jamais de le fréquenter. Son père le laissa faire, parce qu'il s'aperçut que son fils était plus sage et plus obéissant, depuis qu'il allait au Catéchisme.
Il ne faut quelquefois qu'une parole d'un enfant pieux et instruit, pour faire rentrer en eux-mêmes des parents, qui vivent dans l'oubli de Dieu et la négligence de leur salut. A ce sujet, voici un exemple bien édifiant.
Un père était très-dangereusement malade. Il avait une petite filkâgée de huit ans; cette jeune enfant allait au Catéchisme ; elle écoutait bien attentivement les instructions, et tâchait de bien mettre en pratique ce qu'elle avait retenu. Son père tomba dangereusement malade. Voyant qu'on n'osait pas l'avertir de recevoir les sacrements, elle crut qu'elle devait le faire elle-même, afin de pouvoir le retrouver dans le Ciel. < J\Ion cher papa, lui dit-elle dans un moment où elle était seule avec lui, tu es bien malade ; j'ai entendu dire au Catéchisme que c'est un très-grand péché de mourir sans confession, et qu'alors on ne va pas au Ciel. J'aurais bien du chagrin, si tu mourais comme cela, et personne n'ose te dire qu'il faut te confesser. » — c Je te remercie, mon enfant, lui dit le père; va tout de suite chercher M. le Curé ; que le Seigneur te bénisse, je te devrai mon salut. » M. le Curé vint et administra le malade qui mourut le lendemain. Avant de mourir, il avait dit plusieurs fois : « Sans ma chère enfant, qu'allais-je devenir pendant toute l'éternité ? »
Oh ! combien cette petite fille fut heureuse d'avoir bien écouté le Catéchisme, et d'a\oir rapporté à son père ce qu'elle y avait entendu! Peut-être que sans elle ce père ne serait jamais entré dans le Ciel.
Méthode de Belle%
NÉCESSITÉ DU CATÉCHISME. 2o
5. Bellarmin, étant archevêque de Capoue, rassemblait les enfantt dans sa cathédrale, leur faisait lui-nriôine le Catéchisme, et distribuait de» récompenses à ceux qui avaient le mieux répondu. Ayant uiie fois rencontré un vieillard de près de cent ans, parmi les douze pauvres à qui il devait laver les pieds le jeudi saint, il l'invita à réciter le Symbole des apôtres. «Je ne l'ai jamais su, lui répondit le vieillard, et personne ne me l'a jamais enseigrné. > A ces mots, le saint archevêque changea de couleur, et perdit durant quelques moments la parole. Laissant échapper bientôt un torrent de Icrmes, il s'écria, en jetant un profond soupir : « Quoi ! dans Capoue, il ne s'est pas trouvé un seul homme, dans l'espace de cent ans, qui enseignât à ce pauvre chrétien les articles de la foi ! » Cet événement le flt redoubler de zélé pour l'exercice du Catéchisme. On rapporte qu'il l'expliquait d'une manière si paternelle, que tous en étaient touchés et attei.dris.
Bibliothèque du Catéchiste.
X)ans une maison ecclé.«iastique, où l'on donnait chaque année des retraites aux séculiers, on leur prêtait des livres de piélé pour les aider à bien faire les saints exercices. Parmi les livres qu'on distribuait à c!)acun, on ne manquait jamais d'y mettre un Catéchisme. Un grand .«eigneur, qui était au nombre de ceux qui étaient venus pour faire la retraite, voyant que le supérieur lui présentait un Catéchism.', en fut fort surpris. 11 dit en riant : « Quoi! un Catéchisme î vous me mettez à l'A B G D ! Dès l'âge de dix ans, je savais mon Catéchisme tout entier par cœur. » — « \'oyons, lui repartit le supérieur, si vous ne l'avez pas oublié. » Il lui Ql aussitôt plusieurs questions qui l'embarrassèrent fort, et le retraitant avança des propositions contre la foi. « Apprenez, mon cher colonel , dit ensuite le supérieur, que, parmi les gens du monde, et môme parmi ceux qui sont habiles dans le.sciences- humaines, il en est peu qui soient suffisamment instruits de leur religion. En voulez-vous une preuve ? La voici : la plupart df ceux d'entre eux qui s'ingèrent d'écrire sur la religion, mettent dans leurs ouvrages, sans le savoir, des propositions inexactes et très-condamnables. Ils ne diraienî rien contre la foi, s'il savaient bien leur Catéchisme. Ce petit livre est l'abrégn, le précis de toute la théologie. Tous les chrétiens devraient en avoir un; et ceux qui l'ont bien étudié, devraient le relire de temps en temps, pour ne point oublier ce qu'il renferme.
Monseigneur de Cheverus, étant évêque de Montauban, se chaige.i de faire lui-même le prône, tous les dimanches, à la messe paroissiale de la cathédrale; et là, sans en prévenir ses auditeurs, il leur expliqua le Catéchisme, en suivant l'ordre même des leçons contenues dans ce livre élémentaire. Mais ii le Gt avec tant de grâce et d'intérêt, qu:toutes les classes de la société se faisaient une jouissance de venir l'entendre; savants et ignorants, orotestants et catholiques, tous c; I. 2
pressaient autour de sa chaire. Quand il se vit une fois maître de ion auditoire, il leur révéla son innocent secret : « Si je vous avaù annoncé au commencement, leur dit-il, que je vous ferais le Catéciiisme tous les dimanches, vous auriez regardé somme au-dessous le vous d'y assister, pensant que cela n'était bon que pour les enfants ; cependant, voilà six mois que je ne fais pas autre chose, et ces instructions vous ont intéressés. Apprenez donc que le Catéchisme est ie livre des vieillards comme des enfants, des savants comme des irjnoranis ; tous y trouvent à s'instruire, à admirer, à méditer, et il n'y i qu'un absurde préjugé qui regarde le Catéchisme avec dédain. > 1/évêque de Montauban continua le Catéchisme, et tous y assistèrent -ivec la môme avidité, le même empressement.
Vie du cardinal de Cheverus, par M. Hamon.
PREMIERE INSTRUCTION
Fin de l'homme : connaître, aimer et servir Dieu. — Le servir dés la jeunesse. — L'homme créé pour le bonheur. — Le bonheur parfait n'est pas de ce monde. — Saintes joies qu'on goûte au service du Seigneur.
La plus essentielle de toutes les connaissances^ celle qui est la base nécessaire, fixe et invariable de la religion, de la vertu, de la probité, celle qu'il nous importe par conséquent le plus de méditer et d'approfondir, c'est la connaissance du souverain maître de l'univers, principe et fin de toutes choses. Avant tout, l'homme doit savoir ce qu'il est, d'où il vient, où il va, en un mot connaître son créateur et se con-
naître lui-même ; voilà pourquoi la première demande du catéchisme est :
D. Qui nous a créés et mis au monde ?
R. C'est Dieu qui nous a créés et mis au monde.
L'homme n'a pas toujours existé sur la terre ; d'un autre côté, il est évident qu'il n'a pu se donner l'existence à luimême. Il faut donc admettre une cause première de laquelle il vient, un être supérieur, existant par lui-même, qui a tout produit et que rien n'a pu produire ; et cet être suprême, nous l'appelons Dieu.
D. Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ?
R. Dieu nous a créés pour le connaîti e, raimer, le servir dans cette vie et le glorifier dans l'autre.
Ce n'est certainement pas pour ramper ici-bas sur cette misérable terre, et en faire le terme de nos espérances, que Dieu nous adonné l'être et la vie. 0 hommes! connaissez votre dignité : vous êtes faits pour connaître Dieu, pour l'aimer, pour le servir en cette vie, le glorifier dans l'autre, et être heureux en le glorifiant.
Remarquons d'abord que si Dieu nous a créés, ce n'est pas qu'il eût besoin de nous; être infiniment parfait, il se suffit à lui-même, et trouve, dans la contemplation de sa propre nature, la plénitude de son bonheur. Il s'était bien passé de nous pendant toute une éternité; supposé même que ce monde et toutes les créatures qu'il renferme n'exis tassent pas, il n'en serait ni moins parfait, ni moins heureux Il nous a créés librement, par un eff'et de sa divine bonté; il a voulu manifester sa puissance et ses miséricordes infinies, en donnant l'existence à des créatures intelligentes qui pussent le connaître, publier sa gloire et ses bienfaits, et mériter d'être admises un jour à la paiticipation de son bonheur.
Dieu nous a donc créés
1® Pour le connaître. C'est pour cela qu'il nous a donné
un esprit capable de s'élever aux plus hautes pensées, et doué d'une activité si prodigieuse. N'est-il pas bien jaste que cetesprit s'applique spécialement à connaître celui qui est à la fois son premier principe et sa dernière fin ? Comment d'ailleurs pourrait-il arriver jusqu'à lui, s'il ne le connaissait pas? Le Ciel lui serait irrévocablement fermé. « Pour aller à Dieu, dit l'Apôtre, il faut croire qu'il existe, et qu'il récompense ceux qui le cherchent. (1) »
Or, comment connaissons-nous Dieu? Ici réprimons une vaine curiosité. Impossible à notre esprit si faible, à notre raison si bornée, de comprendre l'Être suprême avec ses ineffables perfections. Les anges eux-mêmes et les plus sublimes intelligences, qui se tiennent près de son sanctuaire, et dont la nature est si fort au-dessus de la nôtre, ont sans doute des idées plus claires, plus belles, plus grandes de 'a Divinité, et cependant ne peuvent la connaître entièrement. La raison en est bien simple : c'est que pour embrasser une nature infinie, il faudrait un esprit d'une capacité infinie, il n'y a donc, et il ne peut y avoir que Dieu, qui se connaisse parfaitement lui-même.
Cependant, quoique placés à une distance incommensurable de son trône éternel, nous connaissons Dieu de la manière qu'il lui a plu de se révéler à nous, c'est-à-dire par sa parole et par ses œuvres.
Par sa parole. Il s'est manifesté au premier homme dans le paradis terrestre ; il s'est nommé à lui, et voilà pourquoi ce grand nom de Dieu a été répété de génération en génération, et se trouve dans la langue de tous les peuples. Plus tard, il a parlé à Moïse dans le désert, et lui a fait entendre ces paroles qui, dans leur sublime précision, expriment si bien l'essence de son être : o Je suis celui qui suis (2). » Il a parlé encore aux patriarches et aux pro-
(1) Credere oporlet accedcnlem ad Deura quia est et quôd inquirentibus se remunerator sit. Heb., xi, 6.
(2) Ego sum qui sum. Exod., m, 14.
phètes. Enfin il a parlé par Jésus-Christ, son fils; et tous les jours il parle par son divin Esprit à l'Église, qui est chargée de conserver le dépôt de la parole divine et de l'interpréter aux hommes.
Par ses œuvres. Dieu a pris plaisir à se dépeindre dans ses créatures, comme dans un miroir. Il a mis un rayon de sa gloire dans le soleil ; la mer nous donne une idée de son immensité; le tonnerre est le son de sa voix. Partout, dans Tordre physique comme dans l'ordre moral, se révèlent à nos yeux la puissance, la bonté, la sagesse, l'intelligence de celui qui a tout créé, et qui gouverne tout par des lois invariables; et la création entière est une image finie où se reflètent les infinies perfections du Créateur *.
Il ne suffit pas de connaître Dieu; il nous faut encore connaître ses commandements, ses promesses, ses menaces, ce qu'il a fait pour nous, ce que nous devons faire pour lui. Nous sommes surtout obligés de connaître Jésus-Christ et son Évangile, comme le seul moyen d'arriver a la vie (1).
Voilà la véritable science de l'homme, la science des sciences ; voilà le plus noble usage que nous puissions faire de nos facultés intellectuelles ; et cependant, dans ce siècle qui s'appelle si orgueilleusement le siècle des lumières, combien d'hommes qui restent dans une ignorance complète de la religion, et vivent com.me s'il n'y avait pas de Dieu ! C'est ce désordre que le prophète déplore en termes si véhéments, quand il s'écrie : « Cieux, écoutez; terre, prête l'oreille... » Qu'y a-t-il donc qui soit digne de l'étonnement de la terre et du Ciel? Le voici : « J'ai nourri des enfants, je les ai élevés, et après cela ils m'ont méprisé, dit le Seigneur. » Quel mépris plus injurieux que de refuser de connaître celui à qui on doit la vie ! « Le bœuf connaît celui à qui il appartient; l'âne, tout stupide qu'il est, connaît rétable de son maître ; Israël, l'ingrat Israël ne m'a point
(1) Haec esl vita acterna ut cognoscant te, et qqem misisii Jesam Cbristum Joan.t xvii. 3.
connuj et mon peuple a été sans entendement (1). » Malheureux ceux qui^ par leur insouciance et leur ingratitude, méritent des reproches si humiliants! Et même encore, parmi ceux qui se disent savants, combien qui connaissent tout, excepté Dieu et le culte qu'ils doivent lui rendre. Ils ont pénétré, je le veux bien, tous les mystères du monde matériel ; ils savent le nombre des constellations, les variétés des plantes ; ils fouillent dans le centre de la terre, et en explorent toutes les parties. Mais, dit le Sage (2), vains et mallieureux tous ceux qui n'ont point la science de Dieu, et qui, assez liabiles pour estimer les ouwages selon leur prix, en méconnaissent l'ouvrier! Etudiez la nature, leur dirai-je ; mais n'oubliez pas son auteur, et que la connaissance des merveilles de l'univers vous élève jusqu'au grand architecte qui l'a construit.
Dieu nous a faits
2^ Pour l'aimer. De même qu'il nous a donné un esprit pom' le connaître, il nous a donné aussi un cœur pour l'aimer; et, comme l'œil a besoin de lumière, comme l'air est nécessaire à la respiration , ainsi le cœur a besoin d'amour. L'amour est sa vie, dit saint Augustin (3). 0 enfants des hommes! pourquoi donc aimez-vous la vanité et le mensonge? Insensés que nous sommes, nous prostituons nos hommages et nos affections à de viles créatures, absolument incapables de remplir la vaste capacité de nos cœurs. Tout ce que nous voyons ici-bas d'agréable, de brillant, de magnifique nous éblouit et nous enchante. Et ces beautés de la terre, ces merveilles que nous admirons tant, sont-elles autre cb.ose qu'un écoulement imparfait de cet assemblage de perfections infinies, qui fait l'apanage et l'essence du Créateur. Elles passent comme une ombre, et, au premier
(2) Sap., XII!, 5.
(3) Vita cordis amor est. Auflf. de ruhst. Div., c. lxii.
jour, elles se dissiperont comme une vaine fumée. Dieu seul est une beauté ravissante, toujours ancienne et toujours nouvelle, une bonté inépuisable, une sagesse sans borneS; une force à laquelle rien ne résiste, une majesté infinie ; Dieu seul est le bien véritable, le souverain bien ; et ce grand Dieu veut que nous l'aimions. Admirable condescendance! ne semble-t-il pas que ne voyant en nous que de faibles et misérables créatiu'es, il devTait dédaigner de nous admettre à la familiarité de son amour? Ah ! que les Dieux des nations impriment la crainte et la terreur, qu'on tremble devant leurs simulacres ; le Dieu de l'Évangile veut être aimé. Quel bonheur pour nous d'aimer un être si beau, si aimable, si parfait ! Disons-lui donc avec le prophète : « Mon âme a a soif de vous, ô mon Dieu ! Eh ! qu'y a-t-il en effet dans le « ciel et sur la terre que je puisse désirer, si ce n'est vous, a ô le Dieu de mon cœiu* et mon éternel héritage (1). » Faites donc, ô mon Dieu, que nous vous aimions sans interruption, que notre cœur, comme un trait enflammé, se porte incessamment vers vous, et que toute notre vie ne soit qu'une vie d'amour *.
Dieu nous a faits
3» Pour le servir en cette vie. Quand on aime bien Dieu, il n'en coûte pas beaucoup pour le servir. Que ne faiton pas en eftet pour un objet aimé ! Avec quel soin on évite ce qui peut lui déplaire ; et comme on s'étudie à contenter ses volontés et jusqu'à ses moindres désirs! C'est ainsi que ceux qui aiment vraiment le Seigneur, se portent volontiers à son service.
La reconnaissance toute seule devrait suffire pour nous engager à servir le Seigneur qui nous a faits, et qui nous conserve avec tant de bonté. Mais c'est encore pour nous un devoir de la plus stricte justice. Car nous ne nous appai-
(1) Silivit in te anima mea. Ptal., lxxii, 2S.
tenons pas à nous-mêmes^ dit l'Apôtre (1). C'est à moi que tu appartiens,, 6 Jacob, parce que je t'ai créé, dit le Seigneur ; à moi que tu appartiens, ô Israël, parce que je t'ai formé (2). Ainsi, biens, titres, dignités, corps et âme, tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, tout en nous appartient à Dieu, et, par conséquent, tout doit être consacré à son service. Il peut nous commander ce qu'il voudra, et disposer de nous, comme le potier dispose de son argile A lui donc tous les mouvements de notre corps, à lui toutes les affections de notre âme.
Que si c'est poui' nous une obligation rigoureuse de servir Dieu, d'un autre côté, quel honneur ! Voyez les serviteurs et les officiers des princes et des rois de la terre; ils s'estiment fort honorés de leur emploi. Or, peut-il y avoir de plus grande gloire que d'être attaché au service du R.oi des rois et du Seignem^ des seigneurs! Le servir, ainsi que nous le dit un saint Père, c'est régner, parce qu'alors en effet on triomphe des ennemis de son salut ; on n'est plus esclave m du monde, ni de ses passions; on règne sur son propre cœur, et même sur celui de ses semblables par l'ascendant que donne la vertu, jusqu'à ce qu'enfin on règne avec Dieu dans le Ciel.
Et ne nous imaginons pas qu'au service du Seigneur, on ne trouve que peines, dégoûts et ennuis. C'est une illusion dont le démon se sert pour nous perdre, et à laquelle on se. laisse trop facilement aller. Le Dieu que nous servons, n'est pas un maître cruel et tyrannique, qui nous impose des commandements durs et inexécutables; c'est un bon père qui veut être servi par ses enfants, qui adoucit par la grâce de son amour ce qu'il peut y avoir de difficile dans la pratique de sa loi, et qui promet des joies infinies, un bonheur éternel à ceux qui lui seront fidèles.
Mais autant il est généreux et magnifique dans ses récom-
(1) Non esiis veslri. I, Cor., 19.
(2) Meus es lu. /s., ilui. I.
penses envers ses serviteurs, autant se montrera-t-il rigoureux et inflexible contre ceux qui le négligent et l'abandonnent. Voici ce qu'il disait autrefois à son peuple : a Parce que tu n'as pas voulu servir le Seigneur ton Dieu dans la joie de ton cœur, et que tu t'en es laissé détourner par l'abon dance et les charmes de la prospérité, tu serviras l'ennemi que le Seigneur suscitera contre toi, et tu supporteras la faim, la soif, la nudité, toute sorte de malheurs. Le Seigneur mettra sur ton cou un joug de for (1). » Tel est le malheureux sort des pécheurs. Ils ne secouent le joug du Seigneur, qui est pourtant si doux et si léger, que pour porter le joug lourd et infâme du démon. Terrible alternative, à laquelle nul ne peut se soustraire : il faut être à Dieu ou au démon; il faut être le serviteur de Dieu, ou l'esclave de l'esprit infernal. Notre véritable intérêt, ou plutôt notre seul intérêt n'est-il donc pas de servir le Seigneur? C'est là tout l'homme, nous dit TEsprit-Saint (2). D'où saint Bernard conclut, avec juste raison, que si c'est là tout l'homme, sans cela l'homme n'est rien ^.
Comment devons-nous servir le Seigneur ?
lo En évitant avec le plus grand soin tout ce qui est contraire à la loi divine, car autrement bien loin de le servir, ce serait, au contraire, se révolter contre sa divine majesté; 2° en observant exactement ses commandements, et surtout en assistant assiduement aux offices de l'Église, qui sont appelés pour cela, d'une manière toute spéciale, le service divin; 3" en rapportant à Dieu toutes nos pensées, nos paroles, nos actions, même les plus simples et les plus communes, telles que le boire et le manger, selon le précepte de l'Apôtre (3). En un mot, tout doit être fait Dour Dieu et en vue de lui plaire.
(1) Deut, XXVIII, 47.
(2) Deura time et mandata ejas observa, hoc est enim omnis homo. Ecoles., XII, 24.
(3) Sive manducalis, sive bibitis, sive aliquid aliud facilis, omnia in gloriam Dei facile. I, Cor., x, 81.
De là^ le premier devoir d'un chrétien en s*éveillanl, c'est d'offrir à Dieu toutes les actions de sa journée, et de le prier qu'il veuille bien les agi'éer pour sa gloire. 11 doit ensuite renouveler cette offrande de temps en temps, suiiout au commencement des principales actions, soit en les adressant à Dieu par une simple aspiration du cœur, soit par une compte prière faite à ce sujet.
De plus, nous devons servir le Seigneur en quelque condition que nous soyons placés, parce que nous relevons tous également de sa puissance suprême ; nous devons le servir en tout lieu, parce que nous sommes toujours sous Toeil de sa providence ; en tout temps, parce que toute notre vie lui appartient, et lui en ravir une partie, c'est commettre un espèce de larcin ou plutôt de sacrilège ; c'est imiter l'ouvrier qui, devant travailler toute la journée au profit de son maître, passerait une ou deux heures, une ou deux semaines sans rien faire, ou ne les emploierait qu'à de frivoles amusements.
Quelle n'est donc pas l'erreur de tant d'hommes qui, au lieu de servir Dieu, semblent au contraire ne vivre que pour satisfaire leurs passions, qui ne pensent qu'aux moyens de s'enrichir, de vivre commodément, de devenir puissants. De quoi tout cela servira-t-il, s'ils viennent à perdre leur âmes? Quel n'est pas le crime de tant d'enfants, de tant de jeunes gens, qui renvoient à la fin de leur vie le soin de servir Dieu, et de travailler à leur salut! Les aveugles ! les ingrats ! la meilleure part est donc pour le démon ! ils lui donnent la fleur de l'âge, les plus belles années de leur carrière; et à Dieu, ils réservent les rides de la vieillesse, un corps usé par la débauche, une âme prostituée au démon, en un mot, les rebuts du monde et les restes impurs d'une vie criminelle. Peut-on imaginer une indignité plus révoltante? Plus tard, disent-ils, nous nous convertirons. xMais en attendant, à quel danger ne s'exposent-ils pas ! Dieu peut les frapper à toute heure, et les écraser sous le poids de ses vengeances. Plus tard leur sera-t-il facile d'extirper des vices invétérés, de
vaincre des inclinations perverses,, quand le temps les aura fortifiées^ quand Thabitude sera devenue une seconde nature^ et que la grâce, si longtemps méprisée, ne se fera presque plus sentir. Alors peut-être on voudra revenir à Dieu ; mais l'Écriture nous dit que le désir des pécheui's périra (i). Et, à moins d'une faveur spéciale de la Providence, sur laquelle il serait téméraire de compter, qu'il est à craindre que ces malheureux jeunes gens ne se perdent pour l'éternité (2)!
C'est dès rage le plus tendre qii'il faut porter le joug du Seigneur. L'hommage, qu'on rend alors à Dieu, lui est plus agréable, parce qu'il paît d'un cœur simple et pur, d'une âme innocente *.
Servez donc le Seigneur, jeunes gens et vieillards (3), car à tout âge vous lui appartenez. Dès que nous avons assez de discernement pour connaître ce que nous avons reçu de sa bonté, nous devons nous empresser de lui témoigner notre reconnaissance et notre amour, et continuer ensuite tous les jours de notre vie jusqu'à notre dernier soupir. A la vie et à la mort, dit l'Apotre, nous sommes à Dieu (i).
Dieu nous a faits
4° Pour -LE glorifier en l'autre vie. Dieu a tout fait pour sa gloire; tout autre motit eût été indigne de lui. C'est pour moi, nous dit-il lui-même, c'est pour ma gloire que j'ai formé l'homme (5). Et, comme la gloire n'appartient qu'à lui seul, il en est extrêmement jaloux; et il répète en un autre endroit : « C'est pour moi, uniquement à cause de
(1) Desiderium peccatorum peribil. Ps., cxi, 10.
(2) Adolescens juxtà viam suam, eliam quùm senuerit, non recedst ab eâ. Prov., xxii, 6.
(3) Juvenes et virgines, senes cum junioribus, laudate nomen Domini. Ps.y CXLVIU, 12
(4) Sive vivimus, sive morimur, Domini simus. Rom., xiv, 18.
(5) In gloriara meam c<eavi eum , formavi eum et feci eum.. îs», XLV. 7.
moi que j'ai tout fait^ et je ne donnerai pas ma gloire à un autre (1). »
Nous devons donc travailler à la gloire du Seigneur; et nous commençons en effet à le glorifier en cette vie, en nous appliquant à le connaître, à l'aimer, à le servir. Il se tient honoré de notre bonne volonté, de nos humbles prières, des petits sacrifices que nous nous imposons pour lui plaire. Mais nous le glorifierons surtout dans l'autre vie, avec les anges et les saints, en chantant ses louanges, en publiant ses bienfaits, en célébrant ses merveilles, en l'aimant avec la plus vive ferveur, sans que jamais rien puisse nous détourner de lui ; et c'est aussi en cela que consistera notre éternelle béatitude.
D. Dieu nous a-t-il créés pour nous rendre éternellement heureux?
R. Oui, Dieu nous a créés pour nous rendre éternellement heureux.
Nous naissons tous avec un ardent désir pour le bonheur. C'est là un sentiment impérieux, invincible, constant, universel , qui ne peut venir par conséquent que de l'auteur de la nature. Or, Dieu amait-il imprimé dans notre âme un désir si violent pour ne jamais le satisfaire; et l'homme serait-il ainsi le jouet d'une continuelle déception? Ce serait faire injure à sa divine bonté que de le croire. D'où nous devons concliu-e que nous sommes nés pour le bonheur, et que c'est là en eff'et notre fin dernière.
Mais où la trouverons-nous, cette félicité si enviée? l'.iomme a beau la chercher ici-bas; elle n'est pas de ce r.ionde. Hélas! tristes et malheureux habitants de cette région de mort, rien ne peut nous contenter, ni les avantages du corps, ni les qualités de l'esprit, ni les biens de la fortune; et nous ne trouvons partout qu'affliction et vanité. Vanité dans
(I) Propter me, propter me faciam, et gloriam meam alleri non dabo.
Is , XLVIII, 11.
les richesses : on ne les acquiert qu'à grands efi'orts, on ne peut les conserver qu'avec mille soucis ; et encore, plus on regorge de biens, plus on en est avide. Vanité dans les honneurs, qui sont presque toujours, pour ceux qui les possèdent, un embarras, une servitude plus ou moins brillante, une source d'inquiétudes et de chagrins dévorants , qui laissent dans Tâme un vide affreux, et finissent par s'évanouir comme un songe. Vanité dans les plaisirs : ils sont assaisonnés de fiel et d'amertume , car les poignants remords de la conscience en font perdre toute la douceur ; ils affaiblissent les plus robustes tempéraments, ils émoussent la vigueur de l'âme, et ravalent l'homme au niveau de la brute. Vanité pour le corps : le moindre accident ruine sa santé, chaque instant use ses forces, et tôt ou tard le tombeau le réclame. Vanité pour l'esprit : sujet à mille erreurs, enveloppé d'épaisses ténèbres, il cherche à les dissiper, et, après de pénibles labeurs et de longues veilles, il est forcé de reconnaître qu'il ne sait rien. Vanité pour l'âme, enchaînée qu'elle esta un corps de péché, trop souvent esclave des sens, et tombant dans des fautes continuelles. Vanité pour le cœur : il s'agite, se tourmente, s'épuise en désirs. Se croit-il privé de quelque bien, il le cherche sans relâche, et à peine le possède-t-il, qu'il s'en dégoûte. Enfin , accumulez richesses sur richesses , jouissances sur jouissances ; supposez un homme orné des plus magnifiques dons de la nature, supposez un Salomon : en voyant l'éclat qui l'entoure, vous êtes frappé d'étonnement comme la reine de Saba; mais entrez un peu dans son cœur, vous y verrez un dégoût surprenant, un ver rongeur qui empoisonne toute sa félicité; et, du sein de l'opulence et des plaisirs, vous l'entendrez proférer ce cri de tristesse et de douleur : Vanité des vanités, et tout n'est que vanité * !
Quittant donc ce globe de fange, élevons-nous jusqu'au Ciel, puisque rien de ce qui est créé ne peut remplir une âme faite pour posséder Dieu. Il n'y a que Dieu qui, étant un bien infini, puisse rassasier pleinement toutes nos facultés : notre intelligence , en nous faisant voir clairement
toutes les vérités nalui^ellrs et surnaturelles^ la cause de tous les effets, la raison des divers é\ énemcnts, tous les desseins et tous les ressorts de la Providence ; notre volonté, en nous donnant le souverain bien, c'est-à-dire en se donnant lui-même à nous, car ce n'est qu'en lui que nous trouverons tout ce qui peut réjouir le cœur de l'homme et l'inonder de délices, de telle sorte qu'en le voyant, en le possédant, nous serons dans un bonheur ineffable, dans une i\Tesse continuelle, sans jamais éprouver ni dégoût, ni satiété (1). Nous aurons en même temps et tout l'attrait du désir et toute la joie de la possession ; et, notre félicité quoique toujoiu-s uniforme, aura cependant tous les charmes de la nouveauté.
Consolez-vous donc, pau\Tes de Jésus-Christ, disgraciés de la natui^e, ou déshérités de la terre, vous êtes faits pour être un jour heureux. Il est vrai que vous portez maintenant un joug pesant; on dirait que le travail, la peine, la misère, le deuil et les Lrmes sont votre unique partage ; mais vous savez que nous n'avons pas ici-bas une cité permanente, et, si vous aimez Dieu, bientôt il essuiera lui-même vos pleurs, et il vous fera part de sa félicité.
Toutefois, ce n'est pas seulement dans le Ciel que Dieu fait notre béatitude. Dès cette vie même, il nous donne im avantgoût, du bonheur céleste par les charmes et les douceurs secrètes qu'il a attachés à l'observation de ses lois. Et qui pourrait redire le délicieux contentement dont jouit une âme fidèle ? Quel plaisir, quelle aimable suavité d'être en paix avec son Dieu, de marcher toujoui^s en sa présence, de jouir de sa grâce ! Il est vrai que le chrétien, même le plus fervent, n'est pas exempt des peines et des afflictions de cette vie; mais il bénit la main qui le frappe pour l'éprouver, ou pour le rendre plus parfait et plus conforme à Jésus-Christ, son divin modèle. Et cette pensée qu'il souffre pour son Dieu et sous les yeux de son Dieu, est pour lui un anple dédora-
(1) Semper avidi, semper pleni Pcl, Dam. Hym. de Parad.
magement. Aussi, disait un ancien apologiste de la religion, le chrétien peut paraître malheureux ; mais il ne l'est pas réellement (1). L'amour divin est un adoucissenient à sa tristesse et un baume à ses souffrances ^ (2).
Soyons donc pieux et fervents, et nous goûterons un peu de cette manne cachée que Dieu réserve à ses enfants, tandis qu'au contraire le trouble et le remords accompagnent toujours le pécheur et Timpie.
TRAITS HISTORIQUES
1. Des philosophes, étant venus visiter saint Antoine dans son désert, furent étonnés de sa sagesse et de la solidité de tout ce qu'il leur disait, et lui demandèrent dans quels livres il puisait son admirable doctrine. Le Saint leur montra d'une main le Ciel, et de l'autre la terre : « Voilà mon livre, leur dit-il, je n'en ai point d'autre ; tous t les hommes devraient léludier, et, y découvrant à chaque instant c des traits de la sagesse, de la puissance, de la bonté divines, ils € s'élèveraient par la contemplation des créatures à la connaissance « et à l'amour du Créateur. » Saint Athanase.
2. L'abbé de Rancé, fondateur de la Trappe, ne jetait jamais ses regards sur les collines, les fontaines, les oiseaux, les fleurs, les planètes et les Cieux, qu'il ne se sentît enflammé d'amour pour Dieu. — Lorsque sainte Marie-Magdeleine de Pazzi considérait une fleur, elle était tout embrasée d'amour pour Dieu, et s'écriait : « C'est « donc par amour pour moi, que Dieu a songé de toute éternité à créer « cette fleur. »— Sainte Thérèse, à l'aspect d'un arbre, d'un ruisseau, d'un pré, d'une fontaine, se reprochait son peu d'amour pour Dieu, qui avait créé tous ces beaux objets pour êlre aimé d'elle. — Un pieux solitaire, croyant s'entendre reprocher la même chose par les herbes et les fleurs qu'il rencontrait sur sa route, leur disait : c Taisez-vous; « vous m'appelez ingrat, vous me dites que c'est par amour pour moi « que Dieu vous a créées, et que cependant je ne l'aime pas ; mais je «vous entends, taisez-vous, et ne me le reprochez pas davantage. »
Saint Liguori.
(1) Cbrislianus miser videri potest, non inveniri potest. Minutius Félix.
(2) Ubi amatur non laboralur; aut si laboralur, labor amtttur. Aug. De Dono liduit., vj, 2l.
3. Gain refusa d'être l'enfant du Seigneur ; il devint celui du démon. Il ne rendait qu'avec répugnance et dédain l'hommage qu'il devait à son Créateur; il ne lui offrait qu'à regret des sacrifices. Le Seigneur, voulant le ramener à de meilleurs sentiments , lui adressa des paroles de paix et de douceur ; mais Gain y fut insensible; il n'en conçut qu'une plus violente haine contre son frère Abel, et poussa sa fureur jusqu'à le tuer. Dieu lui reprocha avec force son crime, et lui prolesta qu'il serait maudit sur la terre et vagabond toute sa vie. Gain, le désespoir dans l'âme et la honte sur le front, erra dans diverses contrées, pendant le reste de sa misérable existence, et vécut en horreur à lui-même et aux autres.
4. Dés l'âge le plus tendre, saint Louis de Gonzague ne respirait que l'amour du Seigneur. On le trouvait souvent caché dans des lieux écartés, où il priait avec une ferveur extraordinaire. A voir son recueillement, on l'eût pris pour un ange revêtu d'un corps mortel. Il se faisait un devoir de réciter tous les jours, à genoux, l'Office de la Vierge, les sept psaumes de la Pénitence, et plusieurs autres prières, pratique dont il ne se départit point tant qu'il vécut. Il renonça généreusement à tous les avantages de la noblesse, aux plaisirs, aux honneurs du monde, à une souveraineté même, pour embrasser la vie religieuse dans la compagnie de Jésus. Il mourut à l'âge de vingtirois ans, plein de mérites et consommé en sainteté. Quatre de ses confesseurs, et tous ceux qui avaient le mieux connu son intérieur, déclarèrent, après sa mort, qu'ils étaient fermement persuadés qu'il n'avait de sa vie commis aucun péché mortel. Quel exemple plus propre à confondre notre lâcheté dans le service de Dieu ! — Saint Pierre de Luxembourg avait une telle ardeur pour la pratique du bien, que ceux qui le connaissaient n'en pouvaient assez marquer leur étonnement. Il n'avait point encore atteint sa septième année, lorsqu'il se consacra sans résen'e au service du Seigneur. Il fut toute sa vie un parfait modèle de la perfection chrétienne. A peine avait-il dix-huit ans accomplis, lorsqu'il rendit sa belle âme à Dieu. Voici un trait extraordinaire qu il serait indiscret de vouloir imiter, mais qui prouve jusqu'à quel point il poussait l'esprit de pénitence et d'humilité. Sentant que ses forces l'abandonnaient, il fit venir ses domestiques, qui se rangèrent en pleurant autour de son lit. Il les pria Je lui pardonner le scandale qu'il leur avait donné, en ne les édifiant point par ses exemples, comme il l'aurait dû ; il les conjura ensuite de lui promettre tous qu'ils feraient pour l'amour de lui ce qu'il allait leur prescrira. Ils furent extrêmement surpris, quand ils l'entendirent leur donner l'ordre suivant : c Prenez la discipline qui est sous mon chevet, € et que chacun de voijs^'jén'ïîmne plusieurs coups, pour me punir c des fautes que j'ai o<îmn^*rere^è^*ous, qui étez mes frères en Jésus- « Clirist. > Malgré/W /epugnanc^smMls avaient à exécuter un pareil
(4LÎ2IIARy)S]
ordre, ils obéirent cependant pour ne pas contrister le saint. Pierre s'entretint ensuite en silence avec Dieu, jusqu'au moment où il rendit l'esprit. Godescard.
6. Darius, roi de Perse, était inconsolable de la mort de la reine son épouse. Le philosophe Démocrite promit de la ressusciter, pourvu qu'il voulût bien lui fournir les choses nécessaires à son dessein. Le roi, extrêmement ravi de celle proposition, dit qu'il emploierait avec joie tous les trésors qui étaient à sa disposition, fallût-il même donner la moitié de son empire. Mais le philosophe lui demanda seulement le nom de trois personnes qui, durant leur vie, n'eussent jamais eu aucun chagrin, ni aucune tristesse, pour les graver sur le tombeau de la reine. Jamais on ne put les trouver, malgré toutes les perquisitions que l'on fit dans toute l'étendue du royaume. Hist. ancienne.
Saint Philippe de Néri, ayant un jour rencontré, à Rome, un jeune homme distingué par ses talents, nommé François Zarrera, fort attaché au monde, lui fil comprendre d'une manière trés-frappante la vanité et le néant de toutes les choses de la terre. Le serviteur de Dieu lui dit : c Mon enfant, vous ferez une grande fortune ; vous serez « bon avocat; puis, prélat, ensuite cardinal; peut-être enfin, il est « possible que vous deveniez pape. — Et ensuite? ensuite? dit le « jeune homme. — Allez, lui répondit saint Philippe, pensez à ces « dernières paroles. » François retourna chez lui, réfléchissant à ces deux mots : Et ensuite ? ensuite ? Le résultat de ses réflexions fut qu'il renonça à toutes les sollicitudes mondaines; qu'il devint membre de la congrégation de l'Oratoire, et commença tout de bon à ne plus s'occuper que de Dieu.
fi. Saint Romuald, dont la vie fut si austère, malgré ses jeûnes continuels et ses longues oraisons, avait un visage si gai qu'il portait à la joie tous ceux qui le voyaient. — Saint Alhanase écrit de saint Antoine qu'il paraissait en tout temps si content, que chaque jour semblait être pour lui un jour de fêle. Si quelque étranger, venant dans le désert pour le voir, l'eût trouvé parmi un grand nombre de moines, il l'eût distingué aussitôt de tous les autres, et l'eût reconnu, en admirant la joie et la bonté qui brillaient sur sa physionomie. — Saint Philippe de Néri goûtait au service de Dieu, et dans le saint exercice de la méditation, de si grandes douceurs que, ne pouvant se soutenir, il tombait par terre et s'écriait : « C'en est assez, Seigneur, « c'en est assez ; je vous prie de suspendre un peu le torrent de vos c consolations. Eloignez-vous de moi. Seigneur, éloignez-vous de c moi; je suis un homme mortel, et par conséquent incapable de € supporter une telle abondance de délices. » A-t-on jamais entendu un partisan du monde tenir un pareil langage?
Terminons par un exemple plus récent, et qui prouve jusqu'à Tévi-
dence que tous les plaisirs de la terre ne valent pas ceux qpie procure une piété solide. Madame de La Valliére passa des pompes et des délices de la cour de Louis XIV aux austérités du cloître, dans l'ordre du Carmel. Et là, imitant sincèrement Madeleine dans sa pénitence, comme elle l'avait fait dans ses faiblesses, on la voyait couverte d'un ciliée, marcher pieds nus, jeûner rigoureusement, chanter la nuit au choeur, dans une langue inconnue. Aucune de ces mortifications ne fut capable de rebuter la délicatesse d'une femme accoutumée à tant de gloire et de mollesse ; elles étaient au contraire pour elle un principe de bonheur. Un jour madame de Monlespan, étant allée aux Carmélites, avec la reine et madame de Mainlenon, eut occasion de lui parler et lui demanda : « Est-il bien vrai que vous soyez aussi satisfaite qu'on le dit? —Non, répondit la carmélite, je ne suis point satisfaite, mais je suis contente. — Et vous, Madame? — Pour moi, je ne suis ni l'un ni l'autre. »
DEUXIÈME INSTRUCTION
Moyeng d'arriver à noire fin. — Les trois vertus théologales. — Persévérance. — La Foi. — Bienfaits de la Foi. — Sa nécessité. — Se» qualités.
D. Qu'est-ce que Dieu demande de nous pour nous rendre éternellement heureux ?
R. Il veut que nous ayons la Foi, l'Espérance, la Charité, et que nous nous trouvions dans cet état à l'heure de la mort.
Dieu nous destine à un bonheur éternel, et nous avons vu que telle est la fin sublime pour laquelle nous sommes créés. Mais ce serait une impiété de croire que nous n'avons rien à faire pour être sauvés. Le Ciel est une récompense magnifique qu'il nous faut mériter, une couronne qui ne sera accordée qu'à celui qui aura légitimement com^attu. Or, Dieu, pour nous admettre à la félicité suprême, nous commande trois vertus principales, auxquelles toutes les autres se rapportent, la Foi, l'Espérance, la Charité; la Foi qui nous fait connaître notre béatitude éternelle, l'Espé-
rance qui nous la fait désirer, la charité qui nous en rend dignes. Nous croyons en Dieu par la Foi; par l'Fspérance nous avons la confiance de le posséder, et nous Taimons par la Charité. Vertus liées entre elles de la manière la plus étroite, car il est impossible de connaître Dieu sans désirer d'aller à lui, et de désirer d'aller à lui sans Taimer; vertus excellentes, absolument nécessaires pour le salut^ et voilà pourquoi TApôtre les exalte par-dessus les autres, et les recommande avec tant d'instance (1).
Ces trois vertus, on les nomme théologales ou divines, parce qu'elles se portent immédiatement vers Dieu, comme vers leur objet principal ; et par là elles se distinguent des vertus morales qui se rapportent bien à Dieu, «nais non pas immédiatement. Par exemple, la justice nous apprend à rendre à cliacun ce qui lui appartient, la tempérance à modérer nos appétits sensuels, la prudence à discerner le bien du mal, la force à surmonter courageusement les périls et les obstacles, tel est le propre objet de ces vertus; au lieu que le propre objet des vertus théologales, c'est Dieu luimême, car c'est croire en Dieu, c'est mettre son espérance en Dieu, c'est aimer Dieu plus que soi-même et plus que toutes choses. L'excellence de ces vertus se tire de leur objet. Elles sont les plus glorieuses et les plus agréables à Dieu. Leur indispensable nécessité se conçoit aussi- très-facilement, car il est bien clair que Dieu n'admettra jamais dans sa gloire ceux qui ne l'aiment point, ou qui n'espèrent point en lui, ou qui ne veulent point croire à sa parole. Conséquemment, le premier devoir de l'homme est d'acquérir ces vertus divines, et d'en produire des actes. Ce serait se tromper bien grandement que de se contenter des vertus morales et civiles, et de négliger les plus excellentes et les plus importantes de toutes, la Foi, l'Espérance et la Charité.
Le catéchisme ajoute que nous devons être dans cet état à l'heure de la mort. En effet, le salut dépend de la per-
(1) Nunc aulem manenl fides, spes et charilas. I, Cor., xm, 1^
h h PREMIERE LEÇON.
sévérance : c'est quelque chose d'avoir bien commencé, d'avoir choisi la voie de la justice, et d'y marcher; mais c'est la fin qui décide de tout. Jésus-Clirist nous en avertit exprès^ sèment, quand il nous dit que celui-là seul sera sauvé, qui aura persévéré dans la pratique du bien, non pas quelques semaines, quelques mois, ou même quelques années, mais jusqu'à la fin (1). D'après ces paroles du divin Maître, saint Bonaventure nous dit que les autres vertus nous méritent la couronne, mais que la persévérance seule est couronnée* (2).
D. Qu'est-ce que la Foi ?
R. La Foi est un don de Dieu par lequel nous croyons avec une parfaite soumission tout ce que Dieu a révélé à son Église.
Nous disons d'abord que la Foi est un don de Dieu, parce que nous n'avons pu la mériter par aucune bonne œu\Te. Car la Foi, étant la première de toutes les vertus siu-naturelles, l'entrée de l'Eglise, la première vie de l'âme, il s'ensuit qu'avant de l'avoir reçue, il est impossible de produh-e aucime action méritoire qui puisse nous élever jusqu'à Dieu. Il a donc fallu que la grâce nous prévînt; et, si nous avons été appelés à la connaissance de Jésus-Christ et de son Evangile, si nous avons le bonheur de vivTC sous l'aimable empire de la Foi, ce n'est que pai* un piu* effet de la bonté et de la magnifique libéralité de notre Dieu (3). De plus, voyez quelle est la faiblesse de l'homme : de nous-mêmes, nous ne sommes point capables de concevoir un seul bon désir, ime seule bonne pensée ; comment donc aurions-nous pu, sans la grâce, par\enir à la vraie foi? Nous ne pouvons pas même en avoir le commencement par les seules forces de la nature, ainsi que l'a défini l'Église. Elle est un don de Dieu.
(1) Qui perseveravil usque in finem, hic salvus eril. Math. 24. 13.
(2) Aliae virlules coronam merenlur, sed sola perseveranlia coronatnr. Div. Bonav. Diat., ii, c. 2.
(3) Gratiâ enim estis salvati per fidem, non ex operibus, ne qui« glorielar, Dei enim donum est. Ephes., ii, 8.
Don excellent, don parfait (1). Cestla Foi qui est la base et le fondement de la religion, et le caractère distinctif des enfants de Dieu.
Pour mieux apprécier ce bienfait inestimable, examinons un' instant ce qu'était le genre humain, avant que le tlambeau divin de l'Évangile brillât aux yeux des nations; et nous verrons se présenter à nos yeux un état si affreux d'ignorance et de superstition, d'impiété et de débauche, que nous ne pourrions jamais le croire, s'il n'était attesté par tous les historiens, à la honte de cette pau\Te raison humaine, tant préconisée de nos jours. C'était la plus hideuse dépravation intellectuelle et morale qu'on puisse imaginer. L'ancien paganisme avait corrompu l'homme dans ses plus précieuses facultés, l'esprit et le cœur.
Corruption de V esprit. La première, la plus essentielle des vérités, l'existence d'un Dieu, n'avait pas entièrement disparu; mais elle était obscurcie et défigurée par mille inventions bizarres et ridicules. Au lieu d'adorer le Dieu créateur de l'univers, les hommes se prosternaient devant de viles créatures. Il y avait un nombre infini de dieux et de déesses imaginaires. Ici, le soleil, la lune, les étoiles; là, des plantes ou des animaux, des bœufs, des dragons, des chats, des crocodiles, etc., recevaient les honneurs divins. Ailleurs, on encensait des dieux infâmes, souillés de vices abominables. Que dis-je? c'était le vice lui-même, et les crimes les plus horribles, le meurtre, le parjure, l'inceste, le vol, qu'on avait divinisés sous des noms divers. On avait élevé des temples peur toutes les maladies, pour toutes les passions des hommes, des temples à la fortune, des temples à la peur, à la fièvre; en un mot, et, comme on l'a si bien dit, tout était Dieu, excepté Dieu lui-même, et l'univers entier n'était qu'un temple d'idoles.
Ne connaissant pas le vTai Dieu, l'homme ignorait égale-
(1) Datum optimum, donom perfectum, descendens à Pâtre lumi* num. Jac-, i, 17.
ie PREMIÈRE LEÇON.
mentsa propre natui'e et ses destinées. Que suis-je? d'où viensr je ? où vais-je ? Mon âme est-elle spirituelle ou matérielle ? doit-elle mourir ou survivre à la ruine du corps? Points essentiels et décisifs pour le bonheur ou le malheur éternel; et •c'étaient autant de problêmes où se perdait la raison. Consultez les oracles de la sagesse païenne, et vous serez étonnés que ces questions, qui nous paraissent maintenant si simples, à nous éclairés de la lumière d'en haut, ne soient nulle part clairement résolues, et qu'il n'y ait partout que ténèbres et absurdités.
Que de mystères encore dans l'homme ! Il est à lui-même une énigme inexplicable. D'un côté, il porte les caractères ineffaçables de son excellence; de l'autre^les preuves évidentes de sa misère. Être sublime et créature dégradée, il aime le bien et il fait le mal; son âme voudrait s'élever vers le Ciel, et un penchant violent l'entraîne vers la terre. Il semble qu'il il y ait en lui comme deux hommes en guerre perpétuelle, dont l'un veut toujours commander, et l'autre ne jamais obéir. Or, avant le règne de la Foi, trouvez un philosophe, un sage qui ait pu expliquer ces contrariétés dans une même personne, cette inclination au mal avec cet amour du bien, ces impétueuses saillies de la cupidité avec ces cuisants remords de la conscience. C'est un abîme que tous les efforts de la science humaine n'ont jamais pu sonder.
Corruption du cœur. Avant Jésus-Christ, quels affreux débordements! Tous les devoirs étaient méconnus; on foulait ouvertement aux pieds les lois les plus sacrées de la pudeur et de la tempérance. Le vice, comme une atï'reuse gangrène, avait perverti tout le genre humain, et se montrait sous mille formes. Et ici, qui oserait dévoiler cet amas de corruption, d'impuretés, d'infamies, ces monstres de crimes avec lesquels on était si familiarisé qu'on n'en savait plus rougir? Mais faut-il s'étonner que l'homme fût méciiant et pervers, quand les Dieux donnaient l'exemple de tous les vices, quand le crime était nécessaire pour les adorer, quand les voleurs, les homicides, les adultères avaient leurs protecteui's dans lo
Ciel? Alors, les temples n'étaient plus que des antres de débauche, et des écoles où Ton apprenait à se porter sans remords aux plus honteux excès. Tirons le voile sm^ ces horreurs, et déplorons la faiblesse de notre natui^e qui se perd dans la fange de tous les vices, si la Foi ne vient, comme un sel mystérieux, la préserver de la corruption.
De plus, avant le règne de la Foi, on eût dit qu'il n'y avait pas d'amour au cœur de l'homme. On se jouait des droits les plus sacrés de l'humanité ; et l'histoire nous raconte des abominations qui font frémir. Les superstitions païennes semblaient sanctionner les actions les plus atroces. N'avezvous pas, en effet, entendu parler de ces sacrifices afireux où le sang humain rougissait l'autel des idoles, où des mères dénaturées livraient leurs enfants pour être immolés, et croyaient se rendre agréables à la Divinité en assistant d'un œil sec à ce spectacle horrible, et en étouffant par des chants impies les gémissements de l'innocente victime. Les peuples civilisés ont eu ces coutumes abominables ; et la terre même que nous habitons, a bu le sang d'une multitude innombrable de malheureux égorgés, en l'honneur des démons.
Représentez-vous encore les cruautés exercées à l'égard des esclaves, qu'on traitait comme des bêtes de somme, qui, pour la moindre faute, pour mie légère imprudence, étaient torturés, assommés, jetés dans les flots, ou bien livrés à la dent des lions, des tigi'es, des panthères, selon les ordres d'un maître capricieux.
Quelle barbarie enfin dans ces combats de gladiateurs, où l'on se faisait un spectacle de l'homicide, où des liommes et même des femmes de famille noble s'entre-tuaient pour le divertissement d'une multitude avide de sang! Voilà le monde tel que le paganisme l'avait fait. Une partie du genre humain opprimait, tourmentait, écrasait l'autre. Partout le règne de la force brutale; nulle justice, nulle pitié. Aux riches, aux puissants les plaisirs, les honneurs; aux petits, aux pauvres, les rebuts, les vexations, le désespoir, la mort. Tel est encore le sort des peuples que le Seignem* n'a pas visités
îîans sa miséricorde. En Afrique, en Asie, chez toutes les nations idolâtres, on trouve cette férocité, ces abominations dont le Christianisme nous a délivrés. Tant il est vrai que, sans la Foi, tous les peuples sont cruels et barbares, et que ridolûtrie ne peut être qu'un culte de sang, parce qu'elle est le culte de celui que nos livres saints appellent homicide dès le commencement.
Mais béni soit le Seigneur Dieu de toute bonté, qui nous a fait naître dans les temps favorisés de sa grâce, et dans un pays où les dons du Ciel nous sont prodigués avec tant d'abondance !
Bienfaits de la Foi pour V esprit. C'est cette divine lumière qui nous a fait connaître le vrai Dieu, qui n'était auparavant connu que dans la Judée. Aux rayonnantes clartés de l'Évangile, sont tombés ces simulacres impurs, ces dieux de bois ou de pierre, ouvrage de la main des hommes ; et le genre humain a enfin adoré le Dieu trop longtemps oubhé, le Dieu par qui tout a été fait, et sans lequel rien n'a été fait. Aux idées les plus grossières ont succédé les idées les plus pures et les plus sublimes sur la nature divine. La Foi nous a dévoilé quelques-unes de ses infinies perfections, cette toutepuissance que rien n'arrête, cette immensité qui remplit tout, cette éternité sans bornes, cette sagesse suprême qui veille à la conservation des mondes, cette bonté inépuisable qui s'étend sur tous les besoins des êtres créés. Enfin, c'est la Foi qui nous a appris à parler de Dieu, à penser de Dieu comme nous le faisons, et sans elle nous eussions été aussi ignorants et aussi aveugles que les païens.
La Foi est venue encore éclairer nos esprits^ en nous faisant connaître notre origine et notre fin dernière. Par elle, l'homme sait qu'il est composé d'un corps périssable, et d'une âme spirituelle, immortelle, faite à l'image de Dieu: que loin d'être un effet du hasard, il est au contraire un des plus beaux ouvTages du Seigneur, élevé au-dessus de toutes les créatures et seulement un peu inférieur aux anges; mais^ d'un autre côté, ouvrage dégradé, dès l'origine, par le
péché de notre premier père. De là^ la source de tous !es malheurs qui nous affligent; delà, ces ténèbres qui obscuicissent notre entendement, ce combat de la chair contre Tesprit, cette inclination au mal dans une âme qui se sent faite pour le bien. Où est le remède à un si grand désordre? La Foi nous le montre en Jésus-Christ notre réparateur, qui s'est revêtu de notre nature pour la rétablir dans ses droits, et dont le sang a été comme un baume précieux qui a guéri toutes nos blessures. Ainsi la Foi nous explique la cause do notre grandeur et de nos misères, la chute du genre humain et sa réhabilitation. De plus, elle nous indique des moyens infaillibles pour parvenir à la bienheureuse immortalité, et nous fournit en même temps les motifs les plus pressants pour travailler à nous en rendre dignes. Magnifiques enseignements de la religion, que nous n'eussions jamais connus. ô mon Dieu, si vous n'aviez daigné vous-même nous en instruire ! Mais la Foi nous explique tout; elle nous explique^ Dieu, elle nous explique l'homme; et, de nos jours, avec la Foi, un simple artisan, un laboureur, une pauvTC femme, un petit enfant qui sait son Catéchisme, sont plus instruits sur la nature de Dieu, et sur leurs propres destinées, que tous ce.^ philosophes anciens, qui étaient si fiers de leur science.
Bienfaits de la Foi pour le cœur . Elle en a corrigé la dépravation. Dès que cette grande lumière se leva sur les nations assises dans les ombres de la mort, le crime fut confondu. le vice proscrit, la terre renouvelée. Au sein d'une licence effrénée, on vit tout à coup briller les plus belles, les plus sublimes vertus, la pureté, la douceur, l'humilité, la patience. De tous côtés s'exhala un doux parfum d'innocence et de piété, et le monde fut étonné de voir d'infâmes débauchées devenir des Madeleines pénitentes, et des voluptueux préférer les rigueurs de la mortification et les tortiues du martyre à l'attrait des plaisirs les plus séduisants. Et voilà comment la Foi, en apprenant à connaître le vrai bien, donna aussi la force de bien faire.
Non-seulement elle obligea les hommes à se respecter
eux-m^mes^ elle leur fit un devoir de respecter leurs scm- Diables. C'est elle qui a poli la rudesse des mœurs,, aboli les sacrifices humains, brisé ou du moins adouci les chaînes de Tesclavage. C'est elle qui a promulgué cette loi divine de la charité, qui nous fait voir et aimer dans chaque homme un frère, fait comme nous à l'image de Dieu, destiné comme nous à régner un jour dans le Fiel. Par elle, le chrétien a compris que nous sommes tous égaux aux yeux du Seigneur, que le maître est pétri du même limon que son esclave, que nos seules vertus nous distinguent, que les plus doux, les plus gens de bien, les plus humbles seront les plus élevés dans la gloire ; et, par un heureux effet de ses salutaires enseignements, le pauvre a été réhabilité, ses larmes ont été essuyées, et le fardeau de ses peines allégé ; car la Foi chrétienne a une consolation pour toutes nos misères et un adoucissement pour toutes nos douleurs. Tels sont les bienfaits du christianisme, loi de paix, d'amitié et de concorde; loi, s'écrie le prophète, plus désirable que l'or et les pierreries, plus douce que le miel ( 1 ) . Heureux ceux qui l'accomplissent ! Ils sont les plus pacifiques, les plus compatissants, les plus charitables des hommes ; tandis que l'impie a le cœur dur, et ses entrailles ne s'émeuvent jamais, ni au souvenir, ni au spectacle de l'infortune. Grâces vous soient donc rendues, ô mon Dieu, pour l'inestimable bienfait de la Foi ! Grâces aux saints apôtres qui l'ont annoncée par tant de travaux et de souffrances, et qui l'ont scellée de leur sang ! Grâces à l'Église, qui en est la seule dépositaire et de qui nous l'avons. tous reçue ^ !
Nécessité de la Foi.
Cette Foi si excellente est-elle d'une indispensable nécessité pour le salut ? Qui pourrait en douter, lorsque saini Paul nous assure que sans elle il est impossible de plaire à
(1) Dalciora super mel et lavum. Ps. xvin, 11.
Dieu (1), et lorsque nous entendons Notre-Seigneur la recommander p^r-dessus tout, en une infinité de passages de 1 Ecriture ? ^ o
Dieu l'exige de nous comme sacrifice de notre esprit et comme principe de toute justification. '
1° Nécessaire comme sacrifice de notre esvrit. Dieu n'est pas seulement le maître de nos cœurs, il l'est encore de nos esprits; et, de même qu'il règne sur noc volontés en les soumettant à ses saints commandements, il veut aussi régner sur nos mtelligences en les captivant par la Foi. Voilà pourquoi le grand Apôtre nous dépeint la Foi comme une sainte servitude, qui tient notre entendement lié, pour ainsi dire et enchaîné à l'obéissance de Jésus-Christ et de sa doctrine. '
Par la Foi, j'immole donc mon esprit, je fais abnégation de toutes mes lumières, de même que, par l'observation des commandements, j'immole mon cœur, avec toutes ses affections déréglées; et ce sacrifice de notre raison est le plus raisonnable qui fût jamais, puisqu'il n'est rien de plus conlorme a la raison que de se soumettre à Dieu, et de croire à sa parole.
Ce sacrifice de notre esprit est si nécessaire que Dieu l'a exige dans l'ancienne comme dans la nouvelle loi Ce n'est que par la Foi qu'Adam, Abel, Hénoc, Jeplité, David et les autres patriarches et prophètes ont pu se rendre agréables au Seigneur. Ce n'est que par la Foi que les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges ont obtenu l'effet des promesses éternelles. Aussi Dieu n'en a-t-il jamais dispensé personne, et ,1 ne peut en dispenser, sans se renier et se délire lui-même. Car s'il parle, c'est qu'il veut être cru; et refuser de le croire, c'est mépriser son autorité, c'est faire mjure a sa véracité suprême. Il est donc incontestable que tout homme est obhgé de croire, sous peine de damnation ce que Dieu a révélé. Jésus-Christ lui-même l'a ainsi décidé! • Prêchez 1 Evangile à toute créature; celui qui croira sera
(1) Eeb., XI, 6.
jj PREMIÈRE LEÇON.
sauvé et quiconque ne croira pas sera condamné (1). » Et pourquoi tant de miracles ont^ils été opérés smon afin que norcroyions, et qu'en croyant nous ayons a v.e e erneUe
î Nécessaie comme principe de toute justificaUonM Paul nous rnseigne expressément, quand il nous d>t que ce i' st que par'la Fol que nous s— s jus.ftes (Jh qu'il faut croire de cœur pour arriver a la justice (3). « Qu e Ttiez-vous avant d'avoir reçu le don précieux de la Fo ? «Svait- aux Éphésiens. Morts par vos déréglemente ae 0 péchés, esclaves de l'esprit malin, abandomies . aix désfrs de la chair, enfants de colère par le fait seul de vot naissance, état mallieureux dans lequel nous ions Jous été! Mais Dieu, qui -triche en miser.co^e^^^ « lorsaue nous étions morts par nos pèches, nous a renau Ten Jésus-Ci.ist, par la gr^e duquel nou-omm
« sauvés, et cela par la Foi W- » Non/l"tJt Z St orier suffise pour arriver au Ciel; mais c'est qu elle nous fai prier et 5 (?cst qu'elle nous fait vivre par la chante et c est alnïqu'elle e'st le commencement de notre salut, le fondement et ta racine de toute justification (5).
Nous en avons des exemples bien Irappants dans le saint Évansie Voyez notre divin Sauveur : lorsqu'il remet les péchés trsqul guérit les infirmités du corps, figure desma-
Ss de nos âmes, lorsqu'il exauce le -"« -s^^^^^^^^^ laissevaincreparlessainlesimportunite de aChanan^^^^
lorsqu'il rend la santé à l'hémoro.sse, c est t?")»*^^^ " Hte de If Foi qu'il attache ses faveurs et ses.graces.- Croyez, dit-il e tout vous est possible (6). - Qu .1 vous soit fa.t ^- Sn otrc Foi (7). - Croyez-vousl demande-t-.l a Marthe (8).
(1) Marc, XVI, 15.
(2) Rom., V, t.
(4) Gr'Juâ esiis salvali per fidem. Efha,. ", 1
(5) C. Trid.
(6) Marc, ix, 23.
(7) Matth., vin, 13.
'8) Joan., XI, 26.
DE LA FOI ET DU SYMBOLE. Si
— Oui, Seigneur, je crois, répond-elle. — En voilà assez pour rendre la vie à un mort enterré depuis quatre jours.
La Foi est donc la première, Tunique porte de âalut, pour passer de la mort du péché à la vie de la grâce. Ce que nous comprendrons encore mieux, si nous réfléchissons que, sans elle, il n'y a point de vertus surnaturelles. C'est elle qui en est la source, et qui les forme dans nos cœurs. C'est la Foi qui anime notre espérance, par l'excellence des biens éternels qu'elle propose. C'est la Foi qui enflamme notre charité, en nous dévoilant les infinies perfections de Dieu, et les innombrables bienfaits dont il nous comble. C'est la Foi qui nous entretient dans l'humilité, en nous mettant sous les yeux l'abîme des grandeurs divines et l'abîme de nos misères. C'est la Foi qui soutient notre patience, en nous assurant qu'un moment de tribulation sera récompensé par un poids éternel de gloire. Enfin, c'est la Foi qui opère en nous la crainte salutaire des jugements de Dieu, et qui nous fait prier avec ferveur et recueillement, en nous donnant la plus haute idée de la majesté de celui à qui nous parlons. En un mot, la Foi est l'âme de la religion et de la piété. Toutes les vertus vivent de la Foi; elles naissent et meurent, croissent et décroissent avec elle ; et, sans elle, aucune vertu ne peut avoir ce mérite, cette beauté surnaturelle qui nous rend dignes de la récompense céleste. Vainement donc nous pratiquerions toutes les œuvres prescrites par la loi divine, si nous n'avions pas la Foi, elles ne serviraient de rien ; mais la Foi, animée par la charité , opère notre justification (1).
Qualités de la Foi.
Pour que la Foi soit sincère et profitable, il faut qu'elle ait les quatre qualités suivantes : elle doit être ferme, simple, agissante, miiverselle.
(I) Gai, y, 4.
\o Ferme. C'est-à-dire qu'elle doit nous rendre supérieurs aux épreuves les plus dures et les plus séduisantes, aux touiments et aux plaisirs, aux mépris et aux honneurs, à la vie ft à la mort. Viennent les impies et les libertins, avec leurs railleries et leurs sarcasmes ; qu'ils ti'aitent notre religion de bassesse d'àme, de petitesse d'esprit; la Foi nous apprend à dédaigner ces ]jrétendus esprits forts, dont toute la sagesse, qui n'est en réalité qu'orgueil et folie, les mène directement à la mort. La Foi nous préserve de la contagion de leurs mauvais exemples, et nous tait marcher hardiment devant eux, dans le chemin de la piété, sans aucmie crainte de leurs vains jugements. Vienne le monde avec ses joies, ses biens, ses grandeurs, la Foi nous en découvre la frivolité; et, pour nous arracher à toutes ses séductions, elle nous ouvre le Ciel avec ses délices ineffables, séjour du repos et du bonheur éternel, mais qu'on ne peut conquérir que par la croix, et en se revêtant en quelque sorte de la mortification de Jésus-Christ. Vienne le démon avec toute sa malice; la Foi nous dévoile les ruses et les artifices de ce cruel ennemi de notre salut, qui se rit de nos malheurs, et ne paie que par des supplices sans terme ceux qui se laissent aller à ses infernales suggestions. La Foi nous dit que notre seul maître et roi, c'est Jésus-Christ, qui est mort pour nous, afm de préparer un trône dans le Ciel à ses fidèles serviteurs. Enfin, si la chair se révolte, la Foi nous fait surmonter ses penchants déréglés et ses convoitises, afin de conserver la pui-eté de 1 âme, qui est notre plus précieux trésor.
Ainsi la véritable Foi donne au chrétien la force de vaincre le monde, de vaincre l'enfer, et de se vaincre lui-même (1). Elle élève, agrandit l'âme, augmente sa puissance, et l'engage à tuut faire, à tout sacrifier, à tout souffrir, et même à mourir plutôt que de trahir la cause de son Dieu, plutôt que de l'oflenser par un seul péché ; de telle sorte que notre Foi,
(1) Haec est Victoria quae vincit mundura fides noslra. Joan., i, S.
DE LA FOI EX DU SYMBOLE. oi'
selon la belle expression de Tertullien, est débitrice du martyre (i).
Telle a été la Foi d'Abraham. Sans aucun doute sur la parole de Dieu, qui lui avait promis une postérité aussi nombreuse que les étoiles du firmament, il n'hésita pas à lui sacrifier son fils unique Isaac, Tobjet de ses plus chères alîeclions, et en qui reposaient toutes ses espérances. Telle la Foi des saints qui, pour demeurer fidèles à leur Dieu, ont soufi'ert les chaînes, les prisons, les chevalets ; ont triomphé de toutes les persécutions des tyrans, et de la persécution encore plus dangereuse de la volupté.
Est-ce bien là le caractère de notre Foi? Hélas! rougissons de l'avoir si faible, si vacillante. Nous chancelons à la moindre tentation ; nous n'osons nous faire la moindre violence, ni souff'rir le moindre mépris ou la plus légère raillerie. Prions le Seigneur qu'il augmente en nous la Foi, afin que désormais nous soyons invincibles à toutes les attaques du monde, de la chair, de l'enfer ^.
2» Simple. C'est une des plus belles qualités de la Foi. Cette aimable simplicité fait que le vrai fidèle, loin de vouloir pénétrer le fond des mystères, et entrer dans des discussions vaines et curieuses, suspend et arrête ses lumières, avoue son ignorance, et ne demande qu'à se soumettre à l'autorité de Dieu, qu'à lui faire hommage par la plus prompte, la plus aveugle , la plus universelle dépendance. Pour mieux témoigner à Dieu sa déférence et le respect profond qu'il a pom' sa parole, il se fait gloire d'adhérer à ce qu'il y a de moins plausible et de moins convaincant en apparence, à ce qui semble même impossible (2) , parce qu'il sait que la Foi consiste à croire ce qu'on ne voit point ; et que vouloir approfondir et ne pas vouloir croire, c'est vouloir être orgueilleux et non fidèle.
(1) Fidem marlyrii debilricem. Tertul Scorp., n. 8.
(2) Fides Christian or um est fides impossibilium. Tertul., libcontr. Marcion.
5 6 PREJiilERE LEÇON.
Que fait au contraire l'incrédule? Il s*élève insolemment contre la Divinité; il lui demande raison de ses jugements, de ses décrets éternels; il lui demande raison de ses opérations admirables, raison de toute sa conduite. 11 mesure les hauteurs infinies de Dieu à la faible portée de son esprit ; et, parce qu'il ne peut comprendre tout ce que Dieu peut faire, il dit : Je ne crois pas. 0 aveuglement déplorable ! Mais écoutez , ô enfants des hommes : nul de vous n'a encore vu Dieu, ni pénétré ses augustes mystères (1). Vous ne savez, dites-vous, ce qu'il en faut croire? Mais le Fils de Dieu qui est en son sein, qui connaît tous ses secrets, est venu lui-même nous les raconter (2). Que cherchez-vous après le témoignage de ce divin Sauveur? Oserez-vous encore raisonner et dire : Pourquoi ceci? comment cela, lorsque c'est le souverain Seigneur et maître qui parle? Ah! ne vous plaignez plus de l'obscurité des dogmes de l'Évangile. Si nous n'avons pas de lumières propres, nous avons celles de Jésus-Clu^ist qui nous dirigent. Après Jésus-Christ il n'y a plus de recherches à faire (3). Ce divin Maître nous ayant parlé, toute curiosité de l'esprit humain doit être à jamais arrêtée; il ne faut plus songer qu'à l'obéissance * (4).
Mais quelque simple que soit notre Foi, ce n'est pas qu'elle n'ait son raisonnement et sa prudence, car toute notre sagesse ne consiste pas à répéter stupidement ; Je crois, comme le reprochait Julien l'Apostat aux premiers disciples de l'Évangile. Nous croyons ce que Dieu nous enseigne; et la simplicité de notre Foi se fonde sur l'infaillibilité et la véracité divines. Elle n'est donc pas une soumission aveugle et superstitieuse qui croit tout, qui admet tout, sans règle et sans discernement; mais une soumission éclairée et raison-
(1) Deum nemo vidil unquàm. Joan., i, 18.
(2j Unigenilus filius qui est in sinu patris, ipse enarravit. Joan., 1.18.
(3) Nobis curiositate opus non est posl Clirislum, ncc inquisitione poît Evangelium. Tertul. Prœscript., n. 8.
(4) Ipsum audile. Luc, ix, 35.
nable^ dit saint Paul (1). D'où nous concluons que c'est un devoir de s'instruire de la religion, de l'étudier, de la méditer, non dans un esprit de dispute et de coiitradiction, mais dans un esprit d'obéissance, pour se confirmer dans la Foi, pour s'assurer des motifs de son espérance, pour connaître ses obligations. C'est un devoir surtout d'écouter les pasteurs interprètes de la vérité , de recueillir avidement et avec le plus grand respect leiirs instructions, parce qu'on ne peut acquérir la connaissance des vérités de la Foi que par l'enseignement (2). C'est Dieu qui nous parle et nous instruit par la bouche de ses ministres (3). Mais quand les pasteurs se sont prononcés, quand l'Eglise a décidé, il ne reste plus au fidèle que la soumission. Là doit s'arrêter le raisonnement ; ici doit commencer la docilité. C'est ainsi que la Foi doit être éclairée , et c'est en ce sens seulement que l'Apôtre permet aux chrétiens de raisonner en matière de Foi.
30 Agissante. Croyez et agissez conformément à votre croyance, voilà la vie du chrétien. Si vous avez la Foi, montrez-la par vos bonnes œuvres, car la Foi sans les œuvres est morte, c'est-à-dire inutile pour le salut. Elle ne nous est pas donnée pour connaître et croire seulement, mais pour agir et mettre en pratique ce que nous croyons. Jésus-Christ ne demande pas des contemplateurs oisifs, mais des ouvriers laborieux. Et qu'importe en effet de dire : Je crois, si votre conduite dément votre Foi ? Vous dites : Je crois en Dieu, et vous méprisez sa loi sainte, vous blasphémez son nom, vous ne lui adressez aucune prière ! De quoi vous servira votre Foi? Ô homme insensé! les démons aussi croient, et ils tremblent ; et vous osez vous révolter contre votre Dieu ! Vous croyez, dites-vous , en Jésus-Christ; mais vous rougissez de sa croix; mais les exemples de sa vie, mais les
Cl) Rationabile obsequium. iîom., xii, 1.
(2) Fidesexaudilu, audilus autem pcr vcrbum Christi. Rom., x, 17,
^3) Tanquàm Deo exhorlanle per nos. II, Cor., v, 20.
grâces de ses sacrements, quel cas en faites-vous? Lui obéissez-vous, quand il vous commande de montrer votre lèpre au prêtre, de déposer vos péchés au tribunal de la pénitence, de manger sa chair sacrée à la table sainte? Aveugle que vous êtes ! il ne suffit pas de dire : Seigneur, Seigneur, pour entrer dans le royaume de Dieu ; il faut de plus faire la volonté du Père céleste. Sans cela, votre Foi n'aboutit à rien. Que dis-je? elle vous servira; mais à quoi? à rendre votre conduite plus inexcusable, à vous attirer mi châtiment plus rigoureux. Eh quoi! avec tant de grâces, avortant de lumières, vous agissez comme si vous ne connaissiez pas Jésus-Christ; vous menez une vie de païen ! En vérité, je vous le dis après le divin Sauveur , Sodome et Gomorrhe seront traitées moins sévèrement au jour des vengeances, parce que si ces villes infâmes avaient connu les merveilles de la Foi, elles en auraient mieux profité que vous *.
A" Universelle. C'est-à-dire qu'il ne suffit pas de croire un ou plusieurs articles de Foi, mais qu'il faut les croire tous également, parce que c'est le même Dieu qui les a tous également révélés.
L'auteur de notre Foi, c'est Jésus-Christ. Or, Jésus-Christ n'est-ii pas tout sagesse, tout lumière, tout vérité? Pourquoi donc croire une partie de ce qu'il dit et rejeter l'autre ? Pourquoi défigurer sa doctrine par cette distinction injurieuse {!)? Est-ce que Jésus-Christ serait à la fois un Dieu de vérité et de mensonge? et son Évangile un assemblage monstrueux de vrai et de faux? Quel horrible blasphème de le penser (2) !
Il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu'une Foi (3) ; et tous les articles qu'elle enseigne ont entre eux un enchaînement si étroit, qu'on ne peut en nier un seul, sans ébranler aussitôt tous les autres. Celui qui contesterait un seul article de la
(1) Qu'ddimidias mendacioChrislum?rer(u/, ,deCarneC/imf..n.&. (2; lotus verilas fuit. Tertul., ibid.
(3) Uqus Deus, una fides. Ephes., iv, &.
Foi, pourrait bien^ il est vrai, conserver le titre de chrétien, qu'il a acquis par le caractère indélébile du baptême; mais il perdrait le nom et la qualité de fidèle, et encourrait infailliblement la perte de son âme (1).
Pour fruit de cette instruction, appliquons-nous à conserver le dépôt sacré de la Foi dans une conscience pure, à Ventretenir et le fortifier en nous par une vie sainte. Surtout prenons garde que ce don parlait, ce bien excellent ne tourne pas à notre perte ; mais qu'il agisse et fructifie sans cesse en nous. Un chrétien qui a la Foi sans les œuvres,, n'a que la superficie du chrétien.
TRAITS HISTORIQUES
1. Judas a bien commencé et mal uni; saint Paul a mal commoncé et bien fini. — A Sébaste, ville d'Arménie, quarante soldats d'une légion romaine, sommés de sacrifier aux idoles, refusèrent constamment, sans avoir égard ni aux récompenses qu'on leur promettait ni aux tourments dont on les menaçait. Le gouverneur ordonna qu'ils fussent exposés tout nus, pendant une nuit entière, sur un étang glacé; mais en même temps, pour les tenter, il fil préparer un bain chaud auprès de l'étang, pour y transporter ceux qui, succombant à la rigueur du froid, voudraient renoncer à Jésus-Christ, et sacrifier aux dieux. Ces généreux athlètes s'encourageaient mutuellement, disant qu'une nuit de souffrance leur vaudrait une éternité de bonheur. En même temps, tous faisaient la même prière, avec une égale ferveur : < Seigneur, nous sommes entrés quarante dans la lice, faites que nous c soyons couronnés, sans qu'il en manque un seul de ce nombre si « mystérieux. » Cependant ils eurent la douleur de voir qu'un d'entre eux, manquant de courage, allait se jeter dans le bain chaud; mais ce malheureux mourut aussitôt qu'il y fut entré. Un moment de persévérance de plus, il gagnait le Ciel, tandis qu'il se perdit pour toujours. Toutefois, Dieu ne voulut pas que la prière des martyrs fût sans effet ; un garde qui avait ordre de les observer, vil des anges qui descendaient du Ciel et qui tenaient des couronnes suspendues sur la tête de ces généreux soldats de Jésus-Christ, excepté sur un seul , c'était )e
v1) Qui fidem iniegram non servaverit, absque dubio in oelcrnum peribit. Sumb. Athan.
iâche qui venait de renoncer sa Foi. Ce jjarde, animé par cette vision, se déclara aussitôt chrétien ; il alla prendre la place de l'infortuné déserteur, et remporta ainsi la couronne dont celui-ci s'était rendu indigne. Actes des martyrs de S. Basile, en 320.
2. Déjà une très-grande partie de l'univers était éclairée des lumières de l'Évang-ile, et nos pères restaient toujours plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie. Enfin parurent les apôtres des Gaules. Saint Saturnin vint prêcher la foi à Toulouse, saint Denis à Paris, saint Austremoine à Clermont, saint Martial à Limoges. Saint iMartial vint aussi à Rodez, et voilà pourquoi cette Église l'honore d'un culte particulier ; mais le zèle de cet apôtre ne put bannir entièrement la superstition de nos contrées. Celte gloire était réservée à notre glorieux pontife saint Amans. En même temps qu'il gagnait les cœurs de tous ses concitoyens par la douceur de son caraclère et la sainteté de sa vie, plein d'ardeur pour la gloire de son Dieu, il leur reprochait vivement leurs abominations et leurs impiétés ; et les miracles éclatants qu'il opérait, en donnant plus de force à sa parole, terrassaient les esprits les plus rebelles. Un jour, la ville célébrait avec d'abominables orgies, une fêle en l'honneur de son idolo, nommée Ruth, et faisait retentir l'air de chants dissolus. Le saint évêque s'élève avec force contre ce culte infâme ; mais de tous côtés on s'irrite, on s'emporte contre lui, et il eûi peut-être péri victime de son zèle et martyr de sa foi, si le Ciel ne se fût ouvertement déclaré en sa faveur. Tout à coup et par un temps jusque-là serein , les nuages s'amoncellent, la foudre sillonne les airs, un épouvantable coup de tonnerre fait voler en éclats le simulacre, objet de folles adorations. Une partie de l'idole alla tomber dans l'Aveyron, une autre dans le ruisseau qu'on nomme Laulerne, et le reste demeura dans la prairie qui rappelle encore le souvenir de cette merveille. A partir de ce jour, les Ruthénois vinrent en foule se ranger sous la bannière de Jésus-Christ.
3. Quels plus beaux modèles d'attachement à la Foi pourrions-nous citer que ces anciens martyrs, qui aimaient mieux tout souffrir que de renoncer à leur Dieu. « Abjure ta foi, sacrifie aux. dieux, foule aux pieds la croix, blasphème le nom de Jésus-Christ, » leur disait un tyran impie. — El eux de répondre avec une sainte liberté : « Jésus-Christ est notre roi; Jésus-Christ est notre Dieu c'est par son sang qu'il nous a sauvés; coniinent pourrions-nous l'abandonner?»— «Je t'accablerai de coups, ajoutait le persécuteur enflammé de colère ; je déchirerai tcus tes membres avec des ongles de fer; je te ferai manger par les bêtes féroces ; je le ferai biûler à petit feu.... > — < Que tardez-vous? répliquaient lek martyrs toujours inébranlables; faites tout ce qu'il voue plaira. Nous préparât-on mille morts, nous les souîTririons avec jOie plutôt que de perdre le glorieux titre de chrétiens. » El, sous la dent
<ie« lions êl des tigres, dins les bûchers ardents, an milieu des plus affreux supplices, ils ne cessAbnl jamais de confesser le nom de Jésus-Christ.
Le DIX-HUITIÈME siècle a eu aussi ses martyrs. Des milliers de prêtres, de simples religieuses, des laïques même ont prouvé qu'on sait mourir, encore aujourd'hui, pour Jésus-Christ, tout comme du temps des empereurs païens. Rien de plus glorieux pour la religion, que la fermeté admirable que déploya le clergé de France, dans la fameuse séance, où, selon un décret de l'assemblée nationale, tous les ecclésiastiques qui en étaient membres, devaient être nommément et individuellement sommés de prêter, en face du corps législatif, le serment de maintenir la constitution civile du clergé, c'est-à-dire de renoncer solennellement aux vrais principes de la Foi catholique. De toutes parts retentissaient à leurs oreilles des cris furieux, des hurlements de mort : A la lanterne lesévêques et les prêtres, qui ne feront pas le serment ! Le premier sommé de jurer est 3L de Bonnac, évêque d'Agen ; « Messieurs, dit-il, les sacrifices de la fortune me coûtent « peu ; mais il en est un que je ne saurais faire, celui de votre estime « et de ma Foi. Je serais trop sûr de perdre l'une et l'autre, si je prê- « tais le serment qu'on exige de moi. » M. Fournel, du diocèse d'Agen, fut appelé ensuite, et s'exprima ainsi : « Je dirai avec la simpli- « cité des premiers chrétiens, à laquelle vous voulez nous ramener, « que je me fais gloire de marcher sur les traces de mon évêque, t comme saint Laurent marcha sur celles de Sixte, son pasteur; je le « suivrai jusqu'au martyre. » iM. Leclerc, curé de Cambre, diocèse de Séez, se lève ensuite et dit : c Je suis né catholique, apostolique « et romain ; je veux mourir dans celte Foi, je ne le pourrais pas en « prêtant le serment que vous me demandez. » Les ennemis de la religion commençaient déjà à se repentir d'avoir provoqué des professions de Foi si claires et si précises, et on allait mettre fin à l'appel nominal, lorsque M. Beaupoil de Saint-Aulaire, évêque de Poitiers, craignant qu'on ne le prive d'une si belle occasion de rendre témoignage à la Foi, s'avance vers la tribune et prononce ces paroles : « Messieurs, j'ai soixante et dix ans, et j'en ai trente-cinq d'épiscopat. c Je ne souillerai pas mes cheveux blancs par le serment que vous me « demandez; je ne jurerai pas. » Tous refusèrent ainsi, à l'exception d'un seul curé. L'ass<^mblée se sépara ; et les évêques, glorieux de leur fidélité, traversèrent d'un pas lent et ferme les rangs des groupes qui les accablaient d'invectives et de menaces. Plusieurs furent maltraités; aucun ne reçut de blessures dangereuses. On se bornait encore à un martyre d'ignominie. Lacretelle.
Mais plus tard, combien payèrent de leur tête leur fidélité à Jésus- Christ! En un jour, dans l'église des Carmes, à Paris, il y eut jusqu'à cent quatre-vingt cinq prêtres massacrés en haine de la religion. Une
62 ;?REMIÈRE LEÇON.
si afiFrense exécution fui imitée partout où l'on put trouver des brigands assez féroces pour immoler les victimes qu'on leur offrait.
Actuellement encore, n'avons-nous pas sous les yeux un exemple admirable d'attachement invincible à la Foi. L'Europe entière s'émeut au récit des traitements indignes que le tyran de la Pologne fait subir à tout un peuple, pour le forcer à briser les liens de l'unité catholique. Des prêtres ont été spoliés, bannis de leurs églises, fustigés, persécutés de toute manière; des enfants martyrisés pour contraindre les mères à l'apostasie ; des religieuses violemment arrachées de leurs cloîtres, traînées de cachots en cachots, condamnées au bâton, à la soif et à la faim, aux travaux forcés, aux injures, livrées à la brutalité des soldats, frappées à mort, et meurtries jusque dans la boue sanglante, où elles venaient d'expirer. On en compte par centaines qui ont péri de la sorte sur les places publiques, sur les chemins, dans les lacs glacés; d'autres, en ce moment même, achèvent de mourir enfermées sous les neiges de la Sibérie. On ne peut lire sans admiration les réponses courageuses que les religieuses de l'ordre de Saint-Basile, de î\Iinsk, ont adressées à leurs bourreaux. « ^'ous êtes encore libres. « leur disait un infâme persécuteur, nommé Siemaszko, de choisir « entre les richesses que vous possédez, jointes à celles que la magna- < nimité de l'empereur est prête à y ajouter, si vous passez à la reli- « gion orthodoxe (c'est-à-dire au schisme de Russie), et les travaux « forcés et la Sibérie, si vous persistez dans votre refus. — De ces deux « choses, nous choisissons la meilleure, c'est-à-dire les travaux forcés « et cent Sibéries, plutôt que d'abandonner Jésus-Christ et son Vicaire. « — Attendez un peu ; lorsqu'à force de verges, je vous aurai enlevé c la peau dans laquelle vous êtes nées, et qu'une autre peau aura rec couvert vos os, vous deviendrez plus traitables. — Enlève notre € peau, enlève notre chair, brise nos os; mais nous resterons fidèles c à Jésus-Christ, et à son Vicaire.» Pendant sept ans entiers, depuis 1838 jusqu'en 18i5, il n'est pas d'avanies et de tortures qu'elles n'aient endurées. La plupart ont péri. Quatre seulement d'entre elles échappées, comme par miracle, à la vigilance de leurs gardiens, sont arrivées dans la capitale du monde chrétien, et ont déposé de ces faits, à la face du monde; et leur récit ressemble trait pour trait aux actes de nos premiers martyrs. Univers, 26 et 28 janv. 1846.
4. Le fameux Thaulére, ayant rencontér à la campagne un pauvre berger avec qui il lia conversation, fut tout étonné de sa vivacité en même temps que de la simplicité de sa Foi. Voici le dialogue qu'ils eurent ensemble. — Th. Mon ami, je vous souhaite le bonjour, "^r Le Berg. Je vous suis obligé du bonjour que vous me souhaitez; mais je n'en ai jamais eu de mauvais. — Th. Je prie le Seigneur de vous donner non-seulement un jour heureux; mais toute la vie. — Le Berg. Je l'ai eue telle jusqu'à présent, grâces à Dieu. — Th. Gomment, mon ami,
TOUS n'avez jamais eu de mauvais jours, depuis que vous êtes au monde? Voire état est si triste et vous donne tant à souffrir! — Le Berg. Je puis vous assurer que tous mes jours sont heureux et rien jusqu'à présent, grâces au ciel, n'a troublé la paix de. mon âme. — Th. Expliquez-vous un peu plus, je vous prie; dites-moi comment vous entendez tout ce que vous me dites ? — le Berg. Je l'entends peut-être mal ; mais puisque vous le vouleï, voici comme je le pense. Je me dis à moi-même : le bon Dieu régie tout en ce monde, ainsi dans tout ce qui arrive, je regarde sa sainte volonté, et la consolation que j'ai de faire sa sainte volonté, me rend véritablement heureux. — Th. Vous avez raison, la volonté de Dieu doit être accomplie en tout; mais si Dieu voulait en ce moment vous précipiter dans l'enfer, que feriez-vous ? — Le Berg. Je sais que Dieu ne le veut pas ; en tout cas, j'ai deux bras, je le serrerais si étroitement, que je le tirerais avec moi; et, si j'étais avec Dieu, je serais en paradis.
Thaulere se retira adorant la bonté de Dieu, qui éclaire d'une manière si spéciale les humbles et les petits, tandis qu'il aveugle ces prétendus esprits forts , qui s'évanouissent dans leurs pensées. OEuvres spirituelles de Thaulere.
6. Saint Pacôm3, un des plus anciens patriarches de la vie solitaire, fut enrôlé, à l'âge de vingt ans, pour servir dans la guerre de Constantin contre Maxence. On l'embarqua sur un vaisseau, avec plusieurs autres. Ils arrivèrent le soir dans une ville dont les habitants, touchés de compassion pour ces jeunes gens, leur donnèrent toute sorte de secours avec empressement. Pacôme demanda qui étaient ces gens si charitables. On lui répondit que c'étaient des chrétiens. — Et que veut dire ce nom ? ajouta Pacôme. — Ce sont des gens, lui dit-on, qui croient en Jésus-Christ, fils unique de Dieu, et qui font du bien à tout le monde, espérant en être récompensés dans une autre vie. Pacôme, touché de ce discours, leva les mains au Ciel, et promit à Dieu de quitter, aussitôt qu'il le pourrait, la profession des armes, pour se faire chrétien, et se consacrer entièrement au Seigneur. Dansi-»^ suite, il illustra le désert par ses vertus.
6. L'empereur Constantin voulait forcer saint !\laximeà signer un formulaire de Foi, qui favorisait l'erreur des monoihélites. « Ce n'est pas mon intention, répondit-il, de déplaire à l'empereur; mais je na puis me résoudre à offenser Dieu. J'aimerais mieux perdre îa Viequt de m'éioigner de la Foi, dans la moindre chose. »
TROISIÈME INSTRUCTION
Motif et mérite de la Foi. — Le Symbole. — Ses quatre principale!
formules. — Obligation de savoir le Symbole des apôtres. — Actes intérieurs et extérieurs de Foi. — Quand et comment il faut en faire. — Nécessité de croire toutes les vérités révélées.
D. Pourquoi devons-nous croire tout ce que Dieu a révélé à son Église ?
R. Nous devons croire tout ce que Dieu a révélé à son Église, parce que Dieu, qui est la vérité même, ne peut se tromper ni nous tromper.
Certitude de la Foi. Notre Foi est fondée sur la parole de Dieu, et voilà ce qui en fait la certitude; certitude qui l'emporte infiniment sur toute celle qui peut se trouver dans les connaissances humaines. Car il n'en est pas de Dieu comme des hommes, qui sont trompeurs^ ou du moins sujets à se tromper. Dieu est la vérité môme, il sait tout, il connaît tout, il est incapable de se tromper et de nous tromper.
Si donc nous nous en rapportons au témoignage des hommes, lorsqu'ils nous annoncent môme des choses que nous ne voyons pas, et que nous ne pouvons pas vérifier par nos sens, par exemple, qu'il y a eu autrefois un fameux conquérant nommé Alexandre, qu'il y a une ville qui s'appelle Rome, etc., à combien plus forte raison devons-nous croire Dieu, quand il nous révèle les vérités célestes, les mystères de l'autre vie ? Dès que sa voix se fait entendre, plus de doutes, plus d'hésitation. Dieu l'a dit; c'est assez, nous croyons; et nous pouvons dire avec autant d'assurance que l'Apôtre : Je sais sur qui je me repose (1); je sais que suivre la parole de mon Dieu, c'est m'éloigner des ténèbres et mar-
(I) Scio cui credidi. Il, Tim., \, 12.
cher à la lumière ; et je ne crains plus de m'égarer, d^s que j'ai pour guide le Dieu vrai et fidèle.
Ainsi, quelque étonnants, quelque incompréhensibles que soient les mystères de notre sainte religion, nous les croyons; et, avec saint Augustin, nous douterions plutôt de notre existence que de ces vérités , parce que ces vérités viennent de Dieu, et que sa parole nous tient lieu de preuve et de démonstration.
De là il résulte : 1° Que les vérités de notre religion sont de la plus grande certitude, et que ce serait le comble de la déraison de ne pas y croire, puisque, d'un côté, il est clair que Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper, et que d'un autre, le fait de la révélation nous est attesté par tant de miracles, par l'accomplissement de tant de prophéties, par le sang de tant de martyrs, en un mot, par un amas de preuves si fortes, si concluantes qu'elles produisent le plus haut degré de certitude où l'homme puisse parvenir. 2° Que la Foi ne peut changer. Hier elle était la vérité, elle le sera aujourd'hui et demain et toujours. Les pensées des hommes passent, varient, sont corrigées, réformées; mais la Foi est immuable, comme le Seigneur de qui elle émane (l). Les usages de la discipline, les cérémonies de l'Église, tout ce qui n'intéresse point la Foi peut être différent, selon les temps et les lieux; la Foi est invariable. Elle peut être développée, éclaircie de diverses manières. On peut consacrer à l'expliquer plus distinctement des expressions plus précises; mais c'est comme un habit plus brillant ou plus juste qu'elle peut prendre, tandis que le corps de la Foi, la substance de la Foi sont toujoiu-s les mêmes.
Mérite de la Foi. Quelque certaine que soit la Foi, elle a cependant ses ombres aussi bien que ses lumières; elle a son côté resplendissant et sa partie obscure. Certaine dans son motif, qui est la véracité de Dieu, évidente dans les preuves sur lesquelles elle s'appuie, ce serait s'aveugler soi-même
(1) Jésus Chrislus heri et hodiè ipse et in sscula. Heh., xiii, 18.
que de ne pas croire avec une parfaite soumission les vérités qu'elle nous propose ; mais cachée dans les profondeurs et les abîmes de la sagesse éte^nePe, ce serait une folie de vouloir scruter ses merveilles, où se perdent les anges euxmêmes. Telle est la Foi : lumière obscure ou obscurité lumineuse, brillante afin d'exclure tout doute, obscure pour tenir nos esprits dans la sujétion; c'est, comme le dit saint Jean, une lumière qui luit au milieu des ténèbres (1).
Et voilà ce qui la rend méritoire. En effet, quel mérite y aurait-il à croire ce qui nous serait clairement démontré, ce que nous pourrions voir sans aucune ombre, sans aucun nuage ? Quel mérite y aiu-ait-il, par exemple, à croire la divinité de Jésus-Christ, si nous l'avions vu, comme les juifs le désiraient, descendre glorieusement de la croix? à croire sa résurrection, après que nous aurions mis, comme Thomas, nos doigts dans ses plaies adorables ? Alors nous croirions parce que nous verrions. Mais heureux ceux qui croient sans voir (2) ! Ils renoncent à leur jugement, ils démentent et ils désavouent leurs sens, pour se soumettre humblement à l'autorité divine et se captiver dans la partie la plus libre, qui est l'entendement.
Rien donc de plus méritoire que la Foi. De tous les sacrifices que l'homme peut faire, il n'en est point, au jugement des saints Pères, de plus grand, de plus héroïque que celui de notre esprit. Et, une pensée de saint Bernard bien remarquable, c'est qu'il ne craint pas de ranger la Foi au nombre des prodiges les plus surprenants. Le Tout-Puissant, dit ce Père, a fait trois merveilles si étonnantes que jamais il ne s'en est fait et il ne s'en fera de pareilles. Et quelles sont ces merveilles? Un Dieu-Homme, une vierge mère, et l'admirable accord de l'esprit humain et de la Foi dans un chrétien (3).
(1) Lux in tenebris lucet. Joan., i, 15.
(2) Quia vidisti me, Thoma, credidisti ; beali qui non viderunl et eredideruDl. Joan., xx, 29.
(3) Deus et homo, mater et virgo, fides et cor humanum. D. Bem, cwit. Âbeilard.
Pour résumer ici en deux mots ce que nous avons déjà issez longuement expliqué sur la Foi, nous dirons que c'est me vertu surnaturelle, par laquelle nous croyons sans ra> M)nner, sans disputer, avec une extrême soumission d'esprit ît de cœur, non pas seulement certains dogmes, certaines mérités, mais absolument tout ce que Dieu a révélé à son Église.
Remarquons aussi ces dernières paroles : Ce que Dieu a "év'lé à son Église. Car nous ne connaissons les vérités de a Foi que par l'enseignement de l'Église. Jésus-Christ ne lous parle pas immédiatement à nous-mêmes, mais par le ïiinistère des hommes, par l'organe des pasteurs. Nous îroyons donc les vérités de la religion, parce qu'elles sont révélées de Dieu; mais sans autre évidence de cette révélation lue le témoignage de l'Église, témoignage du reste aussi infaillible que celui de Dieu même , parce que c'est Dieu qui l'assiste, qui l'inspire et qui parle par elle ; de sorte que l'éîouter, c'est écouter la voix de Dieu, et mépriser ses déciîions, c'est mépriser l'ordre de Dieu (1).
D. Où sont contenues les principales choses que nous devons croire ?
R. Les principales choses que nous devons croire sont contenues dans le Symbole des apôtres.
On est obligé de croire en général, et sans distinction, toutes les vérités de la Foi; mais il est un certain nombre de points capitaux que tout fidèle doit connaître, et croire explicitement, sous peine de damnation. Nous les trouvons renfermés dans le Symbole des apôtres.
Le mot Symbole, du grec aojxêoXov, signifie deux choses : 1" assemblage ou réunion, 2° marque à laquelle plusieurs personnes se reconnaissent et se distinguent des autres.
Dans le sens le plus littéral, on appelle Symbole, la profession de foi du chrétien, soit parce qu'elle est l'assemblage
(t) Qui vos audit, me audit; qui vos spernit, me spernit.Iuc, x, lô.
des principaux articles de notre croyance, scit parce qu'elle est comme le mot de guet pour les troupes de Jésus-Clrist, çt le signe qui sert à distinguer les vrais croyants d*avec les juifs, les hérétiques et les idolâtres.
Il y a dans l'Église chrétienne quatre Symboles principaux, celui des Apôtres, celui de Nicée, celui de Constantinople et celui de saint Athanase que les prêtres récitent, le dimanche, à l'office de prime. Ces diverses formules ne nuisent point à l'unité de la Foi, et, quoique Tordi^e des articles et les termes par lesquels ils sont exprimés, ne soient pas exactement les mêmes, elles enseignent cependant la même croyance, avec plus ou moins de développements, mais sans jamais annoncer aucun changement dans le fond de la doctrine. Car, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, rÉglise conserve invariablement la Foi , et ne peut y rien ajouter, ni en rien retrancher. Mais, lorsqu'il s'est élevé des hérétiques, qui ont osé contester certains points sur lesquels on n'avait jamais eu auparavant le moindre doute, elle a été obligée de les exprimer d'une manière plus formelle, et même de les insérer dans le Symbole, afin qu'on ne fût pas exposé à confondre la vérité avec l'erreur, les orthodoxes avec les mécréants.
Ainsi, par exemple, personne ne s'était avisé, avant Arius, de nier la divinité de Jésus-Christ. Mais lorsque cet impie osa blasphémer notre divin Sauveur, et n'en faire qu'un homme, en disant qu'il était simplement le fils adoptif de Dieu, les évêques assemblés à Nicée se virent dans la nécessité d'expliquer et de commenter le deuxième article du Symbole, je crois en Jésus-Christ son fils unique; et ils exprimèrent nettement la croyance universelle de l'Église piir ces paroles ; Nous croyons en un seul Seigneur, Jés-'s-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, vrai Dieu de vrai Dieu consubstanîiel au Père, etc. Pareillement, au concile de Constantinople, on exposa avec plus de clarté et de précision un dogme universellement reconnu, la divinité du Saint- Esprit, audacieusement attaquée par l'hérétique Macédonius.
L'Église a donc décidé^ non ce qu'il falla il commencer à croire^ mais ce qui avait toujours été cru. Exacte et sévère gardienne du dépôt des dogmes qui lui sont confiés^ elle ne s'arroge point l'autorité d'introduire une nouvelle doctrine, d'augmenter le nombre des articles de Foi ; elle se contente d'expliquer plus distinctement ce qu'on croyait plus obscu' rément (i), de défendre avec zèle ce qu'on croyait avec simplicité. L'hérésie, au contraire, a toujours cherché à innover et à corrompre, par de fausses interprétations, le vrai sens des Écritures et du Symbole. L'Église, pour la combattre, a été forcée d'entrer dans certains détails, et d'employer de nouveaux termes, afin de défendre, l'antique croyance des fidèles. Ainsi, les Symboles peuvent différer quant à la forme; mais ils sont absolument les mêmes quant au fond.
La plus ancienne profession de foi qui ait été en usage dans l'Église, et celle qui est encore la plus généralement répandue parmi le commun des fidèles, c'est le Symbole des apôtres.
On l'appelle ainsi, parce que les apôtres, encore assemblés à Jérusalem, avant de se partager le monde pour y annoncer l'Évangile, dressèrent d'un commun accord cet abrégé de la Foi chrétieime, soit pour établir entre eux et leurs disciples une parfaite uniformité de doctrine et d'expressions, soit encore afin de donner aux fidèles un formulaire de profession de Foi, court pour faciliter la mémoire, simple pour être proportionné à la grossièreté des plus ignorants, parfait pour instruire pleinement.
Ce Symbole n'est qu'un précis de ce qu'il faut croire, et cependant, semblable à une fontaine dont le Ut paraît resserré, mais qui foiine les plus grands fleuves (2), il renferme toute l'étendue de la Foi catholique. Aux petits, il présente le lait de la doctrine ; et les grands et les savants y trouvent toujours de quoi méditer et s'instruire.
(1) s. Vincent de Lér.
(2) D. Pet. Chrysol. Serm. tu.
Il se compose de douze articles. Quelques Pères ont cm que chaque apôtre avait fourni le sien. Ces douze articles sont autant de pierres précieuses sur lesquelles est bâti rédifice de notre Foi, autant d'oracles qui renferment exacment les points essentiels de la doctrine enseignée par les apôtres. On y trouve les trois principaux mystères^ V celui de la Trinité : Je crois en Dieu le père, etc., et en Jésus- Christ son fils unique... Je crois au Saint-Esprit. 2° Celui de l'Incarnation : Qui a été conçu... est né, etc.. 3° Celui de la Rédemption : A souffert sous Ponce Pilate, etc.. On y trouve, en second lieu, les vérités qui ont rapport à notre destinée future, la résurrection de la chair, le jugement, la vie éternelle. Il nous montre encore les moyens de parvenir au salut, la grâce, les sacrements, et tout cela nous est indiqué par ces mots : Je crois la rémission des péchés. Einfin, toutes les vérités de la Foi sont équivalemment renfermées dans cet article, ^e crois à la sainte Église catholique. C'est comme si nous disions : Je crois tout ce que l'Église m'enseigne et m'enseignera, tout ce que les pasteurs, successeurs des apôtres, ont décidé et décideront, développé et développeront, quoique ces points ne soient pas expressément marqués dans le Symbole ; si bien qu'en récitant le Symbole, nous faisons un acte de Foi explicite pour chacun des articles qu'il renferme, et implicite pour toutes les vérités de la religion *.
D. Tous les chrétiens sont-ils obligés de savoir le Symbole des apôtres ?
R. Oui, s'ils veulent être sauvés.
Nous avons dit que pour être sauvé, il faut avoir la Foi. Or, le moyen d'avoir la Foi et d'adhérer aux vérités qu'elle nous révèle, si on ne les connaît ? Comment croira-t-on, dit TApôtre, ^e dont on n'a jamais entendu parler? Ces vérités se troment renfermées dans le Symbole, on est donc obligé de le savoir.. Et pourquoi croyez-vous que les apôtres Talent
fait si court? C'est, dit saint Augustin (1), afin qu'il pût éclairer ^'esprit sans charger la mémoire, et que tous les fidèleS; hommes, femmes, grands et petits, jeunes et vieux, ignorants et savants, pussent s'instruire aisément de ce qu'ils doivent croire. Aussi l'Église fait-elle un devoir rigoureux à tous les chrétiens de l'apprendre, aux pasteurs de l'expliquer , aux pères et aux mères de l'enseigner à leurs enfants.
Dans les premiers temps, si on ne savait cette formule vénérable de la Foi, on n'était point admis au baptême. Le catéchumène, avant de recevoir ce sacrement, devait rendre le Symbole, c'est-à-dire le réciter publiquement, au milieu de l'assemblée des fidèles et d'un lieu élevé qu'on appelait le Jubé. Dans l'état actuel de l'Église, on conserve un vestige précieux de cet usage antique. Comme les petits enfants qu'on présente au baptême, n'ont ni raison ni parole, l'obligation de rendre le Symbole tombe sur les parrains et les marraines, qui répondent de leur foi et leur servent de caution.
Il y a deux manières de savoir le Symbole , ou par coeur ou en substance; par cœiu", c'est pouvoir en réciter tous les mots de suite; en substance, c'est en connaître le sens, sans en retenir les mots. L'Église fait une obligation expresse à tous les fidèles de savoir le Symbole par cœur ("2). Si, cependant, quelqu'un a la mémoire tellement ingrate qu'il lui soit impossible de retenir les paroles du Symbole et de les réciter de suite, alors il lui suffit d'en connaître le sens. Son impuissance l'excuse de péché; Dieu se contente des efforts qu'il fait pour retenir le Symbole , et de l'adhésion qu'il donne à toutes les vérités révélées. Hors ce cas, qui doit être fort rare, ceux qui ne sauraient pas le Symbole, seraient coupables d'une ignorance crasse, que saint Thomas lAxe de péché mortel (3) ; ils sont donc indignes dc« sa-
(1) D. Aug. Serm. xix, de Temp.
(2) Anle omnia symbolum aposlolorum tenele, dit un coneiU'
(3) D. Thom. 2. 2. q. II, art. 7.
crements. Saint Charles Borromée enjoint aux confesseurs de leur différer l'absolution, à moins qu'ils ne soient en danger de mort, auquel cas même, avant de les absoudre, il faut les instruire.
Remarquons toutefois, que ce ne serait rien de savoir les paroles du Symbole, si on n'en comprenait le sens. Il serait alors un livre fermé, une lettre morte, dont on ne tirerait aucun profit. On ne sait vraiment le Symbole, qu'autant qu'on peut en réciter de suite les mots, et qu'on en comprend bien le sens.
D. Est-on obligé de faire souvent des actes de Foi ? R. Oui, on est obligé de faire souvent des actes de Foi.
Nous devons toujours avoir au dedans de nous la Foi habituelle, c'est-à-dire croire en tout temps, en tout lieu, les vérités de la religion. Mais ce consentement habituel ne suffit pas, il faut de plus en produire des actes. Or, il est dans la vie certains moments, certaines circonstances où Ton est plus strictement obligé de faire des actes de Foi. C'est :
1° Quand on est par\'enu à l'âge de raison, et qu'on a assez de discernement pour connaître la nécessité du salut, auquel on ne peut arriver sans la Foi.
2** Quand on doit recevoir quelque sacrement, car la Foi est une disposition indispensable pour en recueillir les fruits; et nos actions, dit saint Augustin , quelque excellentes qu'elles soient, ne peuvent être méritoires devant Dieu, si elles ne sont précédées de la Foi (1).
3° Quand nous éprouvons des tentations contre la foi; pour dissiper ces nuages que l'esprit d'erreur et de mensonge élève dans notre esprit, il faut témoigner à Dieu quVu s'en rapporte entièrement à sa divine lumière; il faut prendre dit saint Paul, le bouclier de la Foi (2), c'est-à-dire s'at-
(1) Wemo benô operatur, nisi fides praecesserit. Div. Aug.
(2) Id omnibas sumentes icoium fidei. Eph., vi, 16.
tacher fortement à la vérité combattue, et dire, ou de cœur ou de bouche : « Oui, mon Dieu, je crois, malgré toutes ie^ suggestions du démon ; je crois cette vérité et toutes celle.qu'il vous a plu de me révéler, et aucune puissance infernale ne sera capable de m'arracher ma Foi. » Et si, après avoir ainsi fait preuve de son inébranlable attachement à 1-» parole divine, la tentation continue, il faut la mépriser ( : en détourner son esprit, en s'occupant de quelque autre chose.
4.» Quand l'Église nous propose quelque vérité comme révélée de Dieu, on doit se soumettre humblement à sa décision, parce que c'est TEsprit-Saint qui nous paiie par la bouche de nos pasteurs ; et celui qui n'écoute pas l'Église, mérite d'être traité comme un païen et un publicain.
5" Quand on est en danger de mort. Alors que le monde nous échappe et que le démon redouble ses efforts pour nous perdre, c'est par la Foi que nous devons triompher du monde et du démon. La Foi est cette cuirasse, qui nous environne de toutes parts (1), pour nous rendre impénétrables aux traits enflammés de l'ennemi. Nous devons donc, surtout dans ce moment critique, nous y attacher comme à une ancre assurée, qui nous fixera contre les agitations de notre esprit, qui nous soutiendra contre la tempête des tentations.
C'est encore la Foi qui adoucit nos souffrances, qui nous fait quitter sans regret cette terre misérable, ce corps de boue; qui nous console et nous réjouit, en nous élevant à Dieu, en nous ouvrant la porte du ciel, en nous montrant cette vie meilleure, où il n'y aura plus lieu à la Foi, parce que nous y verrons clairement tout ce que nous croyons ici-bas, ni à l'espérance, parce que nous y posséderons tout ce que nous attendons, mais où régnera éternellement la plus belle des vertus, la charité.
La Foi étant donc, à notre lit de mort, le véritable remède
(i) I, Thess., V, 8.
7 4 PREMIÈRE LEÇO?f.
à nos maux et notre seul refuge, nous devons en produire des actes. Aussi TEglise recommande-t-elle à ses ministres d'en suggérer plusieurs aux malades qu'ils assistent; et c'est ce que ne doit pas manquer de faire tout chrétien, qui se trouve dans le cas de donner des soins aux mourants, et qui recueille leurs derniers soupirs.
G^ Enfin, le Catéchisme dit qu'il faut faire des actes de Foi, non pas seulement quelquefois en la vie, mais souvent; et, quoiqu'il ne fixe pas précisément le temps, ni le nombre de ces actes, il est certain qu'un bon chrétien ne laissera jamais passer aucun jour sans en faire plusieiu's, parce que le juste vit de la Foi, dit saint Paul, et qu'il faut, par conséquent, user de cette nourriture spirituelle, comme nous usons de la nourriture corporelle, c'est-à-dire tous les jours, et même plusieurs fois le joiu*.
Comme le Symbole est un des plus excellents actes de Foi qu'on puisse faire, l'Eglise nous recommande de le réciter tous les jours, soit pour l'inculquer de plus en plus dans notre mémoire, soit encore pour nourrir notre Foi et nous soutenir contre les tentations. « Récitez-le, dit saint Augustin (1), le matin à votre lever, le soir à votre coucher. Rendez votre Symbole, rendez-le à votre Seigneur; ayez soin de vous le rappeler à vous-même, ne vous lassez point de le réciter, ne dites pas : je l'ai dit hier, je l'ai dit aujourd'hui, je le dis tous les jours, je le sais bien, j'en suis pleinement instruit. » Mais a récitez-le, continue saint Ambroise, à la maison, aux champs, au travail, en voyage, dans vos chagrins, vos tribulations, vos tentations, dans vos succès et votre allégresse, au milieu des biens et des maux qui vous arrivent..;^ Employez cette armure céleste le joiu* comme la nuit, pour combattre, pour vaincre, pour terrasser à droite et à gauche les démons, les passions, tous vos ennemis. »
De quelle manière faut-il réciter le Symbole?
i° A\ ce attention aux paroles qu'on prononce et aux
(1) Dir Aug. Hom. i, 42.
vérités qu'elles expriment. Car, Dieu se tiendrait-il honoré d'un vain mouvement de lèvTes, et d'un bruit confus de mots qu'on dirait avec un esprit dissipé,, pai* habitude et par routine?
2° Avec une intime conviction, c'est-à-dire en croyant fermement et du fond du cœur chacun des articles qu'on récite. En effet, ce mot, ^e crois, qui commence le Symbole, ne signifie pas, je présume, j'ai une idée vague; mais je suis certain, assuré, convaincu; et, quoique je ne puisse pas comprendre toutes les vérités contenues dans le Symbole, je les tiens pour plus assurées que si je les voyais de mes yeux, que si je les touchais de mes mains, parce que c'est Dieu qui les a révélées.
3° Avec piété, en nous prosternant devant Dieu par un profond anéantissement de notre esprit et de notre cœur ; en attachant les yeux de notre âme sur Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de notre Foi ; en pénétrant notre cœur de tendres sentiments d'amour et de reconnaissance pour ces grands mystères que Dieu a opérés en notre faveur, et dont le Symbole nous rappelle le souvenir. Et pour cela, il faut nous y affectionner, le méditer, l'approfondir. Car, selon la pensée de saint Ambroise (1), cet excellent abrégé de notre Foi et de notre espérance a été dressé par les apôtres, pour être écrit, non avec l'encre et sur le papier, mais sur les tables de notre cœur.
D. Suffit-il de faire des actes intérieurs de Foi? R. Non, il faut aussi faire dans les occasions une profession extérieure de la Foi.
On distingue deux sortes d'actes de Foi : 1° l'acte intériern^ qui n'est autre chose que l'acquiescement que l'on donne du fond du cœur aux vérités révélées, sans qu'il en paraisse rien au dehors ; 2" l'acte extérieur, qui est ce même acquiescement, manifesté au dehors par quelque signe sen-
(1) D. Ambres. III E-pist. ad Syr. pap.
sible, par la parole, comme lorsqu'on récite le Symbole, ou qu'on dit de vive voix toute autre formule de profession de foi, ou bien encore lorsqu'on reprend ceux qui tiennent des discours contraires à la religion ; par les pratiques extérieures du culte, telles que les signes de croix, les génuflexions, la fréquentation des églises, des sacrements, et autres exercices de piété, qui témoignent ouvertement de notre croyance intérieure.
Cela posé, nous disons qu'il ne suffit pas de croire intérieurement ; mais que nous devons de plus manifester notre croyance, sans crainte et sans respect humain. Caria Foi du coeur est imparfaite et défectueuse sans la confession de bouche; il faut que le cœur et la bouche s'accordent dans k profession de Foi (1). C'est le sacrifice des lèvres qui doit accompagner celui de l'esprit 2.
Ainsi notre Foi doit passer de l'entendement et de la volonté à la langue par une confession ouverte de notre croyance, par une défense généreuse de la religion contre les discours impies; et de la langue aux mains, par une exacte fidélité à régler notre conduite d'après ses maximes, à former nos mœurs sur ses dogmes, et à pratiquer les vertus qu'elle nous enseigne. Tenir la Foi renfermée au dedans de soi-même, sans en donner aucune preuve, c'est être comme un infidèle. Si vous croyez véritablement, que ne le montrez-vous ? J'ai cru, dit le prophète, c'est pourquoi j'ai parlé (2).
D. Celui qui refuserait de croire une seule vérité de la Foi, ou qui en douterait volontairement, pécherait-il grièvement ?
R. Oui, ce serait un péché mortel de refuser de croire une seule vérité de la foi ou d'en douter volontairement.
De même que c'est une véritable révolte contre Dieu
(1) Corde credilur ad justiliam, ore aulem confessio fit ad saluiem Heb., xiii, 15.
(2) Credidi, propler quod loculus sum. T». cxv, t.
que de violer ses commandements et de lui dire : Non, je ne veux pas vous servir (1); de même aussi,, c'est lui faire un grand outrage que de résister aux vérités qu'il nous révèle, et de lui dire : Non, non, je ne veux pas vous croire. C'est là une défiance criminelle de la vérité de sa parole, ou plutôt un blasphème horrible, qui suppose que Dieu est fourbe, qu'il peut nous induire en erreur, ou que nous en savons plus que lui. Il n'est donc pas difficile de voir que tout doute volontaire sur les vérités de la foi, est injurieux à Dieu, et par conséquent, un péché mortel. Aussi le voyons-nous puni sévèrement dans les saintes Ecritures. Moïse et Aaron se laissent aller à une légère défiance ; Dieu leur avait dit : Parlez au rocher, et il vous donnera des eaux; et ils ne se contentent pas de parler, ils frappent deux fois et ils doutent en frappant ; Dieu leur adresse les plus vifs reproches, et ils subissent une punition éclatante. Les Israélites doutent que Dieu puisse les introduire dans la terre promise; et ils en sont exclus, leurs enfants seuls y entrent. Pierre sur les eaux commence à douter, et il commence aussi à s'enfoncer.
Toutefois, Dieu ne condamne que les doutes volontaires. Notre esprit est sujet, malgré lui, à des agitations cruelles, qui ne diminuent pas la Foi, mais qui l'éprouvent, et dont les plus grands saints n'ont pas été exempts. Ce sont des tentations qu'on surmonte avec la grâce de Dieu. Mais douter volontairement, mais nourrir ses doutes, c'est s'exposer à un triste naufrage ^
Maintenant que nous connaissons l'excellence de la Foi, sa nécessité, ses vrais caractères, l'obligation où nous sommes d'en produire des actes, arrêtons-nous un instant et examinons notre cœur (2). Oh ! que vous seriez heureux, si l'on pouvait en toute justice vous adresser cet éloge que
(1) Non serviam. Jerem., m, 20.
(2) Vosmelipsos tenlate si eslis in fide; ipsi vos probale. II, Cor., XIII, 5.
saint Paul donnait aux Thessaloniciens, quand il leur disait : Grâces «oient rendues à Di'eu, parce que votre Foi s'augmente de plus en plus (1). Mais ce n'est pas une Foi vaine et oisive qui réjouit le cœur de l'Apôtre, et qui fait la gloire de l'Eglise, c'est une Foi vive, dont la charité est la compagne inséparable ; c'est l'accroissement de la Foi et l'abondance de la charité (-2).
Prions le Seigneur, de qui émane tout don, qu'il daigne fortifier en nous la Foi. Oui, mon Dieu, si jusqu'ici nous l'avons eue faible et languissante, faites qu'elle soit désormais ferme, lertile en bonnes œuvres, ornée de toutes les qualités qui peuvent la rendre méritoire pour le salut. Nous vous le demandons encore une fois. Seigneur, augmentez notre Foi (3). Qu'elle soumette nos esprits, qu'elle gagne nos cœurs; que, durant toute notre vie, elle soit notre guide, l'unique règle de notre conduite, afin qu'un jour elle nous ouvre les portes de rélernelle béatitude, et que nous méritions d'entendre de la bouche de notre Sauveur, ces consolantes paroles : « Votre Foi vous a sauvé (4). »
TRAITS HISTORIQUES
1. Un jeune homme comparait le Symbole à un anneau d'or, enrichi de douze diamants, c'esl-à-dire de ses douze articles, dont, pendant dix-huit siècles, les efforts réunis de toute la terre n'ont pu réussir à en détacher un seul. Mérault.
2. Rien au monde ne doit empêcher de professer sa foi extérieurement, lorsqu'on est persécuté à cause d'elle. Le plus grand bonheur qui puisse arriver à un chrétien, c'est de mourirjpour le nom de Jésus-Christ. Saint Pierre, martyr, nageant dans son sang qu'il avait répandu pour
(1) Gratias agere debemus semper Deo pro vobis, quoniam supercrescil fides vestra. II, Theis., i, 3.
(2) Supercressit fides vestra et abundal charilas. II, Thess., i, 8.
(3) Adauge nobis fidem. Luc, xvii, 5.
(4) Fides tua te salvum fecit. Marc, x, 52.
sa Foi, les bourreaux lui disaient : «Pierre, montrez-nous par un seul signe que vous renoncez à votre religion, et vous êtes sauvé. » — Pierre ne pouvait plus parler, mais il avait encore la force d'agir ; il trempait son doigl dans le sang, et il écrivait sur la terre : Je crois, Credo. Ce seul mot lui mérita la couronne du martyre, et la grârc de posséder Dieu dans toute l'éternité.
C'était; :ilrefois la coutume que le jour anniversaire de la naissance des princes, les soldats portaient sur leur tête une couronne de lierre; ce qui était alors regardé comme une espèce d'apostasie. Un soldat chrétien se présenta devant l'empereur Sévère, portant la couronne à la main. L'empereur lui demanda pourquoi il ne la portait pas comme les autres :« Parce que je suis chrétien, répondit le soldat: je ne veux point recevoir de couronne sur la terre, je ne Taltend; que dans le Ciel. » Aussitôt il fut mis en prison. Saint Cyprien, qiit rapporte ce trait, fait le plus grand éloge du courage de ce soldat.
On voulait forcer saint Maxime à garder le silence sur un article de Foi, vivement attaqué de son temps. « On ne vous demande que de vous taire, lui disait-jn ; vous croirez dans votre cœur tout ce qu^ vous voudrez. » — f. Ce n'est pas seulement dans le cœur, réparV Maxime, que Dieu a renfermé notre devoir ; nous sommes aussi obi gés de confesser Jésus-Christ devant les hommes. » ~ El, pour pri^ de sa constance, il ïut battu de verges ; on lui arracha la langue, et on le conflua dans une prison, pour le reste de ses jours.
Nous sommes bien loin de la vertu héroïque de ces généreux confesseurs de la Foi. L'indifférence, voilà la plaie de notre siècle. Cependant, malgré le relâchement de nos mœurs, il est encore des âmes d'élite, qui ne craignent pas de faire les plus grands sacrifices pour étendre le régne de Jésus-Christ sur la terre; et les Annales de la propagation de la Foi sont pleines de traits décourage, de zélé, de dévouement à toute épreuve des nouveaux apôtres de l'Évangile. 11 n'y a pas longtemps qu'elles ont raconté la mort glorieuse de monseigneur Borie, martyrisé au Tonquin. Déjà un de ses frères avait versé son sang pour la Foi, lorsqu'il se sentit inspiré d'aller, lui aussi, évangéliser les peuples infidèles, c Je pars, dit-il à sa mère ; Dieu m'appelle où mon frère est mort; ma mère, bénissez-moi : je veux ouvrir le Ciel aux bourreaux de votre fils! » Mais ce ne fut qu'après de longues et pénibles luttes qu'il put obtenir le consentement de ses parects. Il alla demander à la sainte Vierge, au sanctuaire de Koc-Amadour, où il passa toute une nuit en prières, la force nécessaire pour vaincre les résistances qu'on opposait à sa noble détermination. Au mois de décembre 1839, il s'embarqua au Havre, pour Macao. Arrivé en Cochinchine, à six mille lieues de la France, il travaillait sans Tclâche, prêchant, catéchisant, confessant, encourageant les prêtres indigènes, gagnant partout des âmes à Dieu. Mais la persécution ne se fit pas
attendre. Le cruel Minh-Menh, qui régnait en Cochinchine, publia an édil qui ordonnait auL chréiiens, sous les peines les plus sévères, d'abjurer leur religion. Au mois de juillet 1H38, M. Borie fut dénoncé, saisi, et bieniôl après comdamné à mort. Il alla au supplice le visage rayonnant d'une sainte joie; car sa course était finie, le Ciel allait 8'ouvrir ! En lisant les lettres qu'il écrivait à ses amis de France, on y voit l'âme de ces héros inconnus du monde, et bien- aimés de Dieu, qu'on appelle missionnaiies; et on se sent fier d'appartenir à la Foi et au pays qui produisent de tels hommes.
3. Un philosophe, incrédule lui-même (1), a remarqué que c presque € tous ceux qui vivent dans l'irréligion nefont que douter. Se voyant f dans le lit d'infirmité, où l'irréligion n'est plus d'aucun usage, ils f prennent le parti le plus sûr, celui qui promet une félicité éternelle c en cas qu'il soit vrai, et qui ne fait courir aucun risque au cas qu'il c soit faux. » On ferait une longue liste des incrédules, qui ont rendu hommage à la religion, au moment de la mort.
Mézeray, historien célèbre, avait affecté, pendant tout le cours de sa vie, un pyrrhonisrae qui était plus dans sa bouche que dans son cœur ; c'est ce qu'il fit paraître dans sa dernière maladie ; car ayant fait venir ceux de ses amis qui avaient été les témoins les plus ordinaires de sa licence à parler sur les choses de la religion, il en fit devant eux une espèce d'amende honorable. 11 la termina en les priant d'oublier ce qu'il avait pu leur dire autrefois de contraire : SouveneXvous, ajouta-t-il, que Méxeray mourant est plus croyable que Mézeray en santé. Feller, Dict. Hist.
Boulanger, auteur d'un ouvrage qui est peut-être celui où l'esprit d'incrédulité a rassemblé le plus d'art, de sophismes et d'érudition, déclara dans sa dernière maladie, qu'il n'avait jamais eu que des doutes, et que le plus cuisant regret qu'il éprouvait, était de ne pouvoir pas assez réparer le mal qu'il avait fait.
Volney faisait une promenade sur mer, avec quelques amis, le long des côtes de Baltimore ; le vent s'éleva tout à coup, et le petit navire américain, qui portait la fine fleur des incrédules des deux mondes, parut vingt fois au moment de se perdre. Chacun s'était déjà mis en prières, lorsque la tourmente s'apaisa subitement. Quelqu'un qui avait vu M. de Volney se saisir d'un rosaire et réciter des Ave, Maria, avec une ferveur édifiante, tant que le péril avait duré, s'approcha de lui au retour du calme : c Mon cher monsieur, lui dit-il, avec une mali- 1 cieuse bonhomie, à qui donc vous adressiez-vous tout à l'heure? »
— On est philosophe dajs son cabinet, répondit son compagnon de « voyage, un peu confus de ^'aventure ; mais on ne l'est plus dans une « tempête. » OasiNi, Hist. delà Vierge,
(1) Bayle
DE LA FOI ET DU SYMBOLE. g|
On sait aussi que Diderot, avant de mourir, voulait se confesser; mais de cruels amis lui en ôlèrent le moyen. Sans moi, disait Con dorcet, parlant de dAlembert, sans moi, il faisait le plongeon. li paraît qu'on se précaalionna également contre \à faiblesse de Voltaire, qni mourut, au rapport de Tronchin, dans les convulsions de la rage en poussant ce cri sinistre : Je suis abandonné de Dieu et des hommes :
8î DEUXIÈME LEÇON.